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La Géorgie, Washington et Moscou jouent au poker géopolitique nucléaire


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Dimanche 27 Juillet 2008

La Géorgie, Washington et Moscou jouent au poker géopolitique nucléaire

Global Research, F. William Engdahl, 12 juillet 2008


​​​​En tant que nation, la république caucasienne de Géorgie ne semble pas être un acteur mondial majeur. Pourtant, Washington a investi d'énormes sommes et s'est débrouillé pour installer son propre despote, Mikhail Saakashvili, à la présidence afin de refermer l'anneau de fer nucléaire de l'OTAN autour de la Russie. Maintenant, la Ministre des Affaires Étranges, Condoleezza Rice, est à Tbilissi, faisant des déclarations cinglantes contre Moscou pour son soutien à l'indépendance des États voisins, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, rendant en substance Moscou responsable d'une guerre imminente. Washington a poussé la Géorgie afin de l'amener dans l'OTAN lors du sommet de l'organisation en décembre.


​​​​Les médias occidentaux, soit n'ont pas relevé l'aggravation de la tension dans la région stratégique du Caucase, soit ont laissé entendre, comme l'a suggéré Condoleeza Rice, que le conflit entier est provoqué par le stupide soutien de Moscou à la sécession des républiques d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. En réalité, un tout autre jeu d'échec se joue dans la région. Il a le potentiel de faire exploser une grande poussée de tension entre Moscou et l'OTAN.


​​​​Depuis la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, l'un après l'autre, les anciens membres et États de l'URSS ont été enjôlés, et dans de nombreux cas achetés par de fausses promesses de Washington, pour rejoindre l'organisation rivale, l'OTAN.


​​​​Au lieu d'ouvrir des discussions après la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 sur la dissolution systématique de l'OTAN, Washington a transformé méthodiquement l'OTAN en ce qui peut être seulement appelé le véhicule militaire d'une autorité mondiale impériale étasunienne, relié à un réseau de bases militaires du Kosovo à la Pologne, en passant par la Turquie l'Irak et l'Afghanistan. En 1999, les anciens membres du Pacte de Varsovie, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, ont adhéré à l'OTAN. La Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie et la Slovaquie ont fait de même en mars 2004. Washington met à présent une immense pression sur les membres de l'OTAN dans l'UE, en particulier l'Allemagne et la France, pour qu'ils votent en décembre en faveur de l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine.



Le tableau militaire Géorgie contre Abkhazie


​​​​L'actuelle montée de la tension dans la région a commencé en mai, quand l'Abkhazie a signalé avoir abattu deux drones géorgiens dans son espace aérien. L'annonce venait deux semaines après que la Géorgie ait accusé la Russie d'avoir abattu un drone sans pilote au-dessus de l'Abkhazie, considérée par Tbilissi comme un territoire sous sa souveraineté. Moscou avait nié son implication.



​​​​La Russie a dirigé un contingent de maintien de la paix en Abkhazie et en Ossétie du Sud depuis les conflits sanglants dans les années 90, et a envoyé des troupes en Abkhazie récemment pour dissuader ce qu'elle appelle un projet d'offensive militaire géorgienne. Les deux partis, la Géorgie et l'Abkhazie, sont en état de conflit larvé depuis 1993, quand les séparatistes abkhazes, appuyés par des forces russes, ont réussi à faire partir les Géorgiens de la province. Tbilissi revendique sa souveraineté sur l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud et fait allusion à elles comme à des « républiques séparatistes. » En 2001, les troupes géorgiennes se sont jointes à des Moudjahidines opposés à Moscou, formés de soldats tchétchènes de la province musulmane russe de Tchétchénie voisine, pour monter une attaque militaire, ratée, contre l'Abkhazie.


​​​​Dans l'analyse de ce que serait un possible affrontement militaire, pas loin de ressembler à une guerre nucléaire entre la Russie et l'OTAN, Ilya Kramnik, le commentateur militaire de RIA Novosti du gouvernement russe, a exposé l'état des forces des deux côtés. Fin 2007, les forces armées de Géorgie comptaient environ 33.000 hommes et officiers, dont une armée forte de 22.000 soldats, comptant cinq brigades et huit bataillons séparés. Ces unités avaient plus de 200 chars, dont 40 T-55 et 165 T-72, de grands chars de bataille actuellement en cours de révision.


​​​​Kramnik a signalé que l'armée géorgienne est face à une force de défense forte de 10.000 Abkhazes avec 60 chars, dont 40 T-72s, et 85 pièces d'artillerie et mortiers, dont plusieurs douzaines d'un calibre de 122 à 152 millimètres, et 116 véhicules blindés de différents types, de nombreuses armes antichars, allant des lance-roquettes RPG-7 aux missiles guidés antichars Konkurs-M (ATGMs). La marine abkhaze dispose de plus de 20 embarcations à moteur, armées de mitrailleuses et de canons de petit calibre.


​​​​Mais plus décisif, comme l'a montré l'expérience du conflit géorgien-abkhaze de 1992-1993, même les petites unités peuvent résister longtemps à des forces ennemies supérieures en région montagneuse. En conséquence, le résultat d'un hypothétique conflit dépendrait du niveau de formation militaire des factions et de l'influence des partis tiers, principalement des unités russes des forces de maintien de la paix du Collectif CIS. Les forces armées de Géorgie sont notoirement corrompues et mal formées. Bien que les États-Unis aient formé ces dernières années plusieurs excellentes unités géorgiennes, l'efficacité de la lutte contre tous les autres éléments est incertaine. Il n'existe aucun sergent entraîné, et le moral des troupes est bas. Environ 50% à peine du matériel militaire est opérationnel, et la coordination des opérations en conditions défavorables est impossible.


​​​​Les forces armées abkhazes forment un pack plus dévastateur car elles s'opposent à un agresseur qui a déjà tenté de priver leur République de son indépendance. Et les unités abkhazes sont commandées par des officiers formés dans les écoles militaires russes. Beaucoup d'entre elles ont combattu au début des années 90. La plupart des analystes conviennent que l'armée abkhaze est prête au combat et n'est pas perturbée par la corruption. Moscou a récemment renforcé le contingent de maintien de la paix local. Les États voisins du Caucase, notamment l'Ossétie du Nord qui se met du côté de l'Abkhazie, sont prêts à se battre contre la Géorgie.



Stratégie possible de Moscou


​​​​Moscou a renforcé ses liens avec les deux petites républiques, avec en toile de fond la proposition de l'OTAN à la Géorgie et la reconnaissance par l'Occident de l'autonomie du Kosovo. La Russie n'a toutefois officiellement reconnu ni l'Abkhazie ni l'Ossétie du Sud.


​​​​Cependant, Moscou soutient depuis longtemps l'indépendance de fait de l'Abkhazie. Elle a accordé la citoyenneté russe à nombre de ses habitants et a récemment légalisé des liens économiques avec la république séparatiste. Pour la Russie, le conflit constitue une base d'influence à la fois sur l'Abkhazie et sur la Géorgie. Plus la Géorgie cherche à se distancier de la Russie, plus la Russie met son poids derrière l'Abkhazie.


​​​​Cependant, sous l'homme fort de Washington, le Président Mikhail Saakashvili, un dictateur assez impitoyable comme il l'a récemment montré contre son opposition interne, la Géorgie refuse de reculer devant l'offre provocante de l'OTAN.


​​​​La Géorgie est aussi un pays de transit stratégique pour le pipeline anglo-américain de pétrole caspien, qui va de Bakou en Azerbaïdjan jusqu'au port turc de Ceyhan à travers la Géorgie. En plus, le gazoduc de Bakou-Tbilissi-Erzurum a été la clé pour l'Azerbaïdjan en tant qu'alternative au contrôle monopoliste de la compagnie Transneft de l'État russe, afin de transporter ses ressources pétrolières et gazières vers l'Occident. L'ensemble du Caucase fait partie de ce qui peut être décrit comme un nouveau Grand Jeu entre Washington et la Russie pour le contrôle de l'Eurasie.


​​​​C'est considéré tel quel par le Moscow Times :

​​​​Un moyen de perturber l'aspiration à l'OTAN géorgienne serait de réchauffer le conflit en Abkhazie à un niveau qui le rendrait inacceptable pour l'alliance occidentale, qui joue sur le consensus de tous ses membres pour proposer une adhésion. Le leadership de la Géorgie pourrait faire monter la tension dans l'espoir de pousser l'Abkhazie et la Russie à faire une démarche qui ne laisserait à l'Occident aucune chance, sauf intervenir.

​​​​Quelle que soit sa motivation, celui qui alimente le conflit doit comprendre qu'il joue avec le feu. Cette stratégie de la corde raide peut conduire à une véritable guerre. La Géorgie perdrait probablement la guerre si la Russie soutenait l'Abkhazie, tandis que la Russie perdrait l'espoir de devenir un acteur mondial bienveillant et risquerait de distendre sérieusement ses liens avec l'Union Européenne et les États-Unis.



Rice jette de l'essence sur le feu


​​​​L'administration Bush est en train d'ajouter de l'essence sur le feu dans le Caucase. Le 10 juillet à Tbilissi, Rice, la Ministre des Affaires Étranges étasuniennes, a déclaré à la presse : « La Russie exige d'avoir un rôle résolutoire dans ce problème et de le résoudre et n'y contribue pas. Je l'ai dit aux Russes publiquement. Je l'ai dit en privé. »


​​​​L'effet de ses commentaires, accusant Moscou d'aggraver la tension, est de signaler le soutien étasunien aux efforts du côté géorgien pour faire sortir les troupes russes de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.


​​​​En mai dernier, Sergei Bagapsh, le Président abkhaze, a déclaré qu'il était disposé à conclure un traité militaire avec Moscou, similaire à celui entre les États-Unis et Taiwan. « L'Abkhazie proposera à la Russie de signer un traité militaire garantissant la sécurité de notre république, » a déclaré Bagapsh. « Nous sommes aussi disposés à accueillir des bases militaires russes sur notre territoire dans le cadre de ce traité. Je voudrais insister sur le fait que cela ne transgressera pas la jurisprudence existant déjà dans la pratique internationale. Par exemple, ce traité pourrait être analogue à celui entre les États-Unis et Taiwan. »


​​​​Tout comme Moscou refuse de reconnaître la souveraineté du Kosovo, Washington refuse de reconnaître la souveraineté de l'Abkhazie. En mai, une haute délégation étasunienne du Ministère des Affaires Étranges s'est rendue en Abkhazie, à une réunion avec des ONG locales de là-bas ainsi qu'avec le Président. Dans le passé, de la Serbie jusqu'à la Géorgie et l'Ukraine, les agences de renseignement de Washington ont eu recours à diverses ONG. Le Congrès étasunien a financé la National Endowment for Democracy, la Freedom House liée à la CIA et la mal nommée Institution Albert Einstein de Gene Sharp, pour diriger une vague de changements de régimes, qui commence à être connue sous le nom de « révolutions colorées. » Dans chaque cas, le nouveau régime est favorable à Washington et opposé à Moscou, comme dans le cas de Saakashvili en Géorgie et de Viktor Yushchenko en Ukraine. Ces deux pays ont commencé à chercher à entrer dans l'OTAN après le succès des révolutions colorées financées par les États-Unis.


​​​​Dans tout cela, Washington joue décidément avec le feu nucléaire potentiel, en augmentant la pression pour pousser la Géorgie et l'Ukraine dans l'OTAN. Le 8 juillet, Karl Schwarzenberg, Ministre des Affaires Étrangères de la République tchèque, a signé un accord autorisant le déploiement d'installations radar spéciales étasuniennes sur le sol tchèque dans le cadre du projet top secret des « missiles de défense, » prétendument destiné à contrer la menace des missiles voyous de l'Iran. Comme même l'ancien Ministre des Affaires Étranges étasunien Henry Kissinger l'a fait remarquer récemment, le refus catégorique de l'administration Bush de donner suite à la contre-proposition faite en 2007 par Vladimir Putin, alors Président, d'une station radar étasunienne dans les installations de reconnaissance russes louées en Azerbaïdjan, était une erreur provocante. Il est tout à fait clair que la stratégie militaire de Washington vise au démantèlement de la Russie en tant qu'adversaire potentiel. Ce qui est, comme je l'ai écrit précédemment, la recette pour une possible guerre nucléaire par mauvais calcul. La dernière visite de Rice au Caucase et en République tchèque n'a fait qu'augmenter la montée du danger.



​​​​F. William Engdahl est l'auteur du livre, Pétrole, une guerre d'un siècle : L'ordre mondial anglo-américain. Il termine un livre dont le titre provisoire est The New Cold War: Behind the US Drive for Full Spectrum Dominance. On peut le joindre par son site Internet, engdahl.oilgeopolitics.net.


​​​​F. William Engdahl contribue fréquemment à Global Research. Ses articles sur Global Research.



Original : globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9564
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info




Dimanche 27 Juillet 2008


Commentaires

1.Posté par Roland le 27/07/2008 19:28 | Alerter
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Très interessant.

La guerre Froide reprend de plus belle.

En fait elle n'avait pas cessé, contrairement à ce que s'était imaginé le pauvre et naïf Gorbatchev (et l'opinion mondiale dans les dernières années 80 qui pensaient que l'hosillité USA-URSS allait cesser.
En fait ce fut une reddition à sens unique, mais tout a une fin.

2.Posté par azgral le 28/07/2008 06:51 | Alerter
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des petites etats marionettes entre les mains de grandes etats marionettes entre les mains de cretins satanistes, devinez entre les mains de qui ?
il n'existe pas ?!!
c'est sa plus vieille ruse.

3.Posté par michel49 le 28/07/2008 09:37 | Alerter
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La guerre froide etait une imposture: elle ne visait pas à renverser le communisme mais à detruire la Russie, seul rival à la hauteur des USA.
Souvenons nous qu'en 1917 les banques de New York ont livré des wagons d'or aux bolcheviques pour renverser le tsar; les plans d'hegemonie US ne datent pas d'aujourd'hui.

4.Posté par Sébastien le 28/07/2008 22:06 | Alerter
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D'après ce que je peux lire, à mon avis, les pays limitrophes de la Russie commettent une grave erreur en se jetant dans le bras des Etats-Unis. Il rejoignent un géant au bord du précipice qui, tel un animal blessé, n'a plus rien à perdre, et se retrouveront en plein centre d'un éventuel futur conflit, local, régional...Mondial???

5.Posté par AS le 29/07/2008 15:02 | Alerter
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l'auteur oublie les anglais dans le tableau, et c'est pas loin que les sionistes ont pris en otage une ecole, massacree des dizianes d'enfants, a Beslan a quelques kilometres au nord du pipeline BTC, en Ossetie du Nord... ce ne sont pas seulements les ricains mais l'axe londres-wallstreet-tel-aviv...


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