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La France et les États-Unis copieusement hués par la foule à Beyrouth


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Mercredi 30 Novembre 2016 - 11:41 La guerre à la vérité de l'Ouest


Le Hezbollah réussit sa démonstration de force prosyrienne

Le pari a été relevé. La « majorité numérique » promise quelques jours plus tôt par le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a été « exhibée » hier, chiffres à l’appui. Ils étaient 400 000 rassemblés en « signe de fidélité à la Syrie ». Mais le spectacle était bien plus porteur de sens que les chiffres avancés. C’est à un véritable déferlement humain auquel ont eu droit hier les « autres Libanais », les yeux rivés à leurs écrans télévisés pour suivre l’énorme démonstration de force. Résolu à prouver à l’opposition mais aussi à l’opinion publique internationale le rapport de force en présence, selon lui, sayyed Nasrallah ne s’est pas privé de l’exprimer ouvertement : « Si la démocratie signifie la majorité, la majorité refuse la 1559. » Parfaitement organisée par les militants du Hezbollah qui étaient sur le qui-vive, cette manifestation de masse visait également à « rendre hommage » à la Syrie, « pays allié, qui ne saurait en aucun cas être bouté du Liban dans l’humiliation ».


Mercredi 9 Mars 2005


« Surprise ; surprise », affichait une énorme pancarte écrite en français – brandie au milieu d’une foule enflammée. Adressée à la France, qui figurait aux côtés des États-Unis et d’Israël sur la liste des pays placés aux bancs des accusés, ce trait d’esprit était annonciateur de titres, moins humoristiques, qui devaient marquer cet événement « historique », selon l’expression employée par al-Manar.
En l’espace de quelques heures, la place Riad el-Solh, le père de l’indépendance, a été envahie par une marée venue dire sa conception et son entendement de la souveraineté du Liban et revendiquer une légitimité populaire à la couleur politique certaine. Ce ralliement sans précédent est venu consacrer la popularité incontestable de cheikh Nasrallah au sein de la population chiite et des alliés de Damas. Une scène qui a tristement souligné la profonde division de la population vis-à-vis de ce régime et de l’avenir escompté du Liban.
Les partis libanais prosyriens auront ainsi réussi à mobiliser une masse en colère contre « les ingérences extérieures, incarnées par la résolution 1559 », les « humiliations subies par la Syrie », et l’attitude de certains membres de l’opposition « accusés de collaboration avec Israël ». Complètement interdites, les bannières partisanes ont laissé la place à des bannières qui rendaient hommage à la Syrie pour avoir protégé le pays des ingérences extra-arabes.
Les manifestants, brandissant uniquement des drapeaux libanais et des portraits des présidents syrien Bachar el-Assad et libanais Émile Lahoud, ainsi que celui du chef du Hezbollah, ont afflué de partout. Acheminés en bon ordre à bord de bus, parvenant en rangs serrés vers la place Riad el-Solh, noire de monde deux heures même avant le début de la manifestation, ils sont venus contrer la vague antisyrienne qui semblait submerger le Liban depuis l’assassinat de Rafic Hariri, il y a trois semaines, et jurer fidélité à la Syrie.

Les bus syriens
Une dizaine de jeeps et cinq blindés de l’armée libanaise séparaient la place Riad el-Solh de la place des Martyrs voisine. Plusieurs dizaines de bus syriens – dénudés de leurs plaques – en provenance de la Syrie, ont transporté des manifestants venus soutenir leurs alliés libanais (voir par ailleurs).
Derrière les rangées des soldats de l’armée, qui n’a à aucun moment entravé le chemin des partisans, les éléments du Hezbollah montaient la garde avec vigilance.
Vêtu de noir à l’instar de tous les militants du parti chiite, Fouad, un étudiant de la LAU, affirme : « Notre message est clair : la souveraineté appartient à ceux qui ont libéré la terre », dans une allusion à la libération de la bande occupée du Liban-Sud. Même son de cloche chez un sympathisant du parti de Dieu, qui dit que sayyed Nasrallah « est notre unique boussole au Liban ».
Une véritable marée humaine a entonné l’hymne national libanais et crié des slogans pour « remercier la Syrie ».
Un appel à l’observation d’une minute de silence à la mémoire de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri a été suivi de la diffusion de l’hymne national libanais pour marquer le début de la manifestation tenue sous le slogan de « la souveraineté du Liban et la fidélité à la Syrie ».
« Beyrouth est libre, l’Amérique dehors ! » scandaient les manifestants, dont certains brandissaient une croix et un Coran.
Suzie, 28 ans, enseignante de français dans une école de Nabatiyé, exprime sa profonde déception de la politique du président français « qui a soutenu la résolution 1559 », celui « qui a prohibé la télévision al-Manar », et « interdit le port du voile islamique » dans les institutions pédagogiques. « Ils doivent nous laisser en paix », insiste la jeune francophone qui dit toutefois exclure les Syriens, « du fait de la fraternité qui nous lie à ce pays ». Suzie n’exclut pas une « confrontation » avec les membres de l’opposition qui « doivent renoncer à leurs idées folles et qui sèment le désordre dans le pays », dit-elle.
« Non à l’ingérence extérieure, ô ambassadeur américain, ne te mêle pas du Liban », a lancé depuis la tribune un meneur, repris par la foule en chœur.
« Non à la partition, non à l’implantation définitive (des Palestiniens), notre unité est plus forte que la (résolution) 1559 », a-t-il poursuivi.
« Nous voulons dire la vérité, l’Amérique, nous n’en voulons pas ! » chantaient les manifestants en chœur.
L’un d’eux brandissait un portrait du Premier ministre israélien Ariel Sharon, barré d’une phrase : « Sharon, le Liban sera ta tombe ! »
Les slogans hostiles à Israël revenaient sur toutes les lèvres, reléguant au second plan la question du retrait syrien revendiqué par l’opposition. « Le retrait des troupes de Damas n’est pas une mauvaise chose », reconnaît un militant du Parti syrien national social, qui affirme que l’opposition doit « renoncer à qualifier les Syriens d’ennemis ».
La terminologie « indigne utilisée par les protestataires de la place des Martyrs n’est acceptable par personne », crie Hassan qui considère « honteux » le port des balais par les jeunes opposants. « Qui veulent-ils balayer exactement ? » s’interroge ce sympathisant de Rafic Hariri. Selon lui, l’ancien Premier ministre « reste pour l’ensemble des Libanais le symbole du patriotisme, de l’arabité et de la charité ».
Amale, 22 ans, reproche à l’opposition sa passivité vis-à-vis d’Israël. « En trente ans d’occupation, ils n’ont jamais porté les armes contre l’État hébreu », s’indigne-t-elle en allusion à l’opposition.
Un membre du mouvement Amal met en garde contre « les tentatives d’infiltration à Moukhtara », en dénonçant « les contacts entrepris par certains membres de l’opposition avec Israël ». Malgré ce climat chargé d’animosité, plusieurs affirment pourtant « être prêts et ouverts au dialogue national » et au rapprochement « avec certains représentants » de l’opposition plurielle. Pour ces loyalistes, ce n’est pas tant le retrait syrien qui pose problème que la résolution 1559, qui, disent-ils « sert les intérêts d’Israël, notamment en cherchant à désarmer le Hezbollah », une condition que cette immense foule est venue rejeter unanimement.


L'Orient le jour


Mercredi 9 Mars 2005


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