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La Fête des librairies indépendantes.


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Vendredi 21 Avril 2017

La Fête des librairies indépendantes.
La Fête des librairies indépendantes.
 
Ce week-end, le premier tour de l’élection présidentielle éclipsera, malheureusement, un autre événement nullement anodin.
                                                                                              
En 1926, l’écrivain et journaliste valencien Vicente Clavel Andrés, installé depuis sa jeunesse à Barcelone, avait préconisé que lors de la Sant Jordi (la Saint-Georges) soient célébrées solennellement la promotion et la diffusion des livres.
Cette fête, qui se veut aussi celle des amoureux, se réfère directement à l’exécution, le 23 avril 303, du Saint Patron (1) de la Catalogne ainsi qu’au décès, le 23 avril 1616, de Miguel de Cervantes Saavedra et William Shakespeare.
 
«Embellissement de la vie»
 
Le 15 novembre 1995, l’UNESCO consacra la journée susvisée au livre et aux droits d’auteur. Dans l’Hexagone, c’est Marie-Rose Guarniéri, la fondatrice de la librairie des Abbesses (2), qui avait lancé en 1998 l’idée que le samedi le plus proche de la Sant Jordi se déroule la Fête des librairies indépendantes, reprise notamment en Suisse romande et en Wallonie. Pour la dynamique bibliophile, il importe de lutter aussi contre la «concentration extrême» du secteur et de ne point considérer les lecteur(-trice)s comme de vulgaires «parts de marché» ou «des cerveaux à remplir avec du prédigéré». Se plonger dans un roman, un essai ou une bande dessinée nous amène au «contact de notre intériorité» (3), constitue un vecteur «d’embellissement de la vie» (4).
J’incline à penser que les «productions» intellectuelles ne sont pas des marchandises banales. Aucune comparaison avec une transaction en vue de l’acquisition d’une bagnole, d’un lave-vaisselle, d’une tondeuse ou d’une véranda! Je juge d’autant plus affligeant d’avoir entendu, le mardi 24 mai 2016, le gérant de l’unique librairie d’Obernai prétendre «Nous, on ne sait que vendre!». Quelle conception étriquée, dénuée d’ambition, du «projet d’entreprise»! De surcroît, cette saillie ne me semble guère flatteuse pour ses collaborateur(-trice)s, dont l’une a décroché un master en management couronnant huit années d’études supérieures… Eu égard à la réglementation des tarifs, le choix de l’approvisionnement se détermine largement en fonction de critères non financiers, par exemple l’affect…
 
Érudit
 
Demain, pour la 19ème édition, les libraires se prévalant d’une authentique «indépendance» (5) et s’attachant au respect scrupuleux de la tradition (6) offriront à chaque personne qui franchira le seuil de leur enseigne une rose et un ouvrage, en l’occurrence «Le corps du livre» de Massin, un des pionniers de la typographie. L’an passé, ce fut «Amour & Psyché» d’Apulée, conçu spécialement pour cette occasion par Diane de Selliers.
Quiconque s’attarde régulièrement entre les rayons, flâne d’un espace au suivant, s’imprègne de l’atmosphère, sollicite un conseil, se fie aux «coups de cœur» de son interlocuteur(-trice), ne saurait qu’approuver l’approche de Jorge Carrión dans son imposant et érudit volume «Librairies – Itinéraires d’une passion» (7). Le Tarragonais disserte sur «le pouvoir de la rencontre dans un contexte livresque avec tout son érotisme et son sexe latent», sur «la lecture comme obsession et folie, mais également pulsion inconsciente ou négoce, avec ses problèmes afférents de gestion et ses abus dans le monde du travail…». Il insiste sur «la plénitude des sens», qu’évidemment nul(-le) ne peut appréhender dans l’univers complètement désincarné de l’e-commerce…
Dans son «Petit éloge de la lecture» (8), Pierre Élie Ferrier dit Pef fournit une des plus belles définitions de ce plaisir: «la lenteur paisible d’un trésor à partager», qui «mène à l’amour», car «magique, énigmatique dans sa découverte, puis son apprentissage».
 
Féru de littérature, résolument hostile à la numérisation et à l’ubérisation/«amazonisation» de la culture (9), appréciant la texture d’une couverture, l’odeur du papier, le froissement des pages, comme les discussions, souvent passionnées, avec celles et ceux des professionnel(-le)s qui ne s’intéressent pas qu’au tintement du tiroir-caisse, j’envisage d’ouvrir, le…mardi 23 avril 2019, une «boutique» que je baptiserai, en hommage au célèbre poète grec Homère, «Aux doigts de rose».
 
(1) À Silcha (Silène) en Lybie, le preux chevalier Georges de Lydda avait terrassé un dragon et sauvé des griffes du monstre la princesse Sabra. L’empereur romain Dioclétien ordonna sa décapitation.
 
(2) Au 30 rue Yvonne Le Tac 75018 Paris. Olivia Goudard et Pauline Pierre l’assistent.
 
(3) Sur le site de «La Croix», le 22 avril 2016.
 
(4) France Culture, le 3 septembre 2015.
 
(5) Non liées à un groupe de presse, une société d’édition ou une autre entité.
 
(6) Les garçons gratifient leur bien-aimée d’une rose (rouge ou d’une couleur différente). Les filles les gâtent avec un livre.
 
(7) Traduction de Philippe Rabaté, Le Seuil, septembre 2016, 320 pages, 22 euros.
 
(8) Gallimard Folio, janvier 2016, 142 pages, 2 euros.
 
(9) À l’instar de l’ensemble des domaines essentiels à mon existence.
 
 
                                                                                                                                                  René HAMM
                                                                                                                              Bischoffsheim (Bas-Rhin)
 


Vendredi 21 Avril 2017


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