Politique Nationale/Internationale

La Constitution fossoyeuse de l'unité nationale irakienne ?


La Constitution irakienne devrait être annoncée le 22 août, après qu'une première annonce prévue pour le 15 août a été reportée à cause de désaccords sur la question du fédéralisme, qui est au centre des négociations entre les diverses communautés irakiennes. La presse arabe s'insurge contre les risques liés à une approche communautaire de la Constitution.


almas_31@msn.com
Dimanche 21 Août 2005

Dans les rues de Bagdad, le 16 août 2005 - AFP

"La Constitution irakienne régentera-t-elle toute la région ?" titre Asharq Al-Awsat, qui s'inquiète de la tournure fédérale que prend la vie politique irakienne. "S'il y a une leçon à tirer du projet de Constitution fédérale, c'est que les sociétés moyen-orientales ont échoué, durant six décennies d'indépendance, à passer de leurs allégeances tribales et confessionnelles à des allégeances proprement nationales. En cela, le projet de la Constitution irakienne est peut-être une première expérimentation de ce qui attend le nouveau Moyen-Orient", prédit le quotidien panarabe édité à Londres.

"O vous Arabes, prenez garde et réveillez-vous ! Aujourd'hui plus que jamais, ce cri est justifié. Votre unité est immolée, vos Etats sont dilapidés et votre démocratie est réduite à un fédéralisme rampant qui s'étend à partir de l'Irak. Car, après l'Irak, ce pourrait bien être le tour d'autres pays. Le Liban est le théâtre le plus propice à une répétition de l'expérience irakienne : les groupes confessionnels n'y ont pas encore appris à vivre ensemble. Ensuite, la Syrie, où beaucoup craignent qu'un effondrement du pouvoir central n'entraîne un retour au fédéralisme des années 1920, quand le pays était divisé en micro-Etats confessionnels. Et même Israël n'est pas à l'abri d'une telle évolution : le retrait de Gaza rend plausible l'émergence d'une fédération palestino-israélienne, sans parler du clivage grandissant entre juifs religieux et Israéliens laïcs", poursuit le quotidien.




Car ce qui inquiète le plus les observateurs arabes à propos de la Constitution irakienne en cours d'élaboration, c'est bien la question du fédéralisme : "Les principales divergences qui ont empêché l'adoption de la Constitution irakienne à la date prévue du 15 août étaient ceux du fédéralisme et du rapport entre la religion et l'Etat", rappelle Al-Seyassah, un journal du Koweït, pays voisin de l'Irak, où l'on observe avec une inquiétude aiguë l'enlisement du processus politique irakien.

"Le problème auquel doivent faire face les Irakiens aujourd'hui est bien le même qui préoccupe tous les Arabes : celui de leur identité. Dans le passé, l'identité irakienne était nationaliste arabe. Aujourd'hui, certains considèrent qu'il s'agit d'un pays arabe, d'autres d'un pays musulman. Mais selon quel islam – sunnite ou chiite ? Alors que, auparavant, on divisait les gens selon le clivage entre gauche et droite, ou entre communistes et libéraux, on le fait aujourd'hui selon un clivage confessionnel. Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que certains politiciens irakiens voudraient diviser le pays en un Etat kurde dans le Nord et un Etat chiite dans le Sud, en passant par pertes et profits les droits nationaux des autres habitants du pays", c'est-à-dire surtout des sunnites du centre.

"Grâce à Dieu, l'appel séparatiste chiite a fait pschitt", affirme pour sa part Al-Quds Al-Arabi, le plus nationaliste des quotidiens panarabes, qui revient sur l'idée d'une région autonome chiite dans le sud de l'Irak, sur le modèle de la région autonome kurde dans le Nord, lancée comme un ballon d'essai par le dirigeant chiite Abdelaziz Al-Hakim. "Son initiative conspiratrice a déclenché la colère des Arabes d'Irak, qu'ils soient sunnites ou chiites, et n'a trouvé un accueil favorable qu'auprès des habitants chiites d'origine iranienne."

Un avis que ne partage pas tout le monde. Ainsi, Al-Rafidayn, l'un des principaux quotidiens irakiens, estime que "l'appel de dirigeants chiites influents à la création d'une région autonome dans le Sud a trouvé un large écho populaire, parce qu'il se fonde sur une réalité historique et géographique. Depuis la création de l'Irak moderne, en 1924, la majorité de la population, dont les Kurdes, a été soumise à diverses formes de discrimination et s'est trouvée exclue de la vie politique. Un imam issu de la minorité [arabe sunnite] a déclaré lors de la grande prière de vendredi dernier, depuis la principale mosquée sunnite de Bagdad, que le peuple irakien ne voulait pas du fédéralisme. Il a argué que l'Irak devait rester la patrie de tous et a demandé aux habitants du Sud de ne pas tomber dans le piège, afin d'éviter que l'Etat n'aille à sa perte. Mais nous posons la question à ce cheikh : Avez-vous protesté contre les mesures arbitraires de l'ancien régime baasiste ?"

Le même journal s'inquiète du sort des chiites, menacés de nettoyage confessionnel : "Rappelons qu'il y a plus de 4 000 familles chiites qui vivent dans les villes de ce que certains affublent du sinistre nom de 'triangle sunnite'. Tous ceux qui croient que ces familles appartiennent à la patrie irakienne et refusent qu'elles soient massacrées par les terroristes mécréants en raison de leur appartenance confessionnelle font preuve de sincères sentiments nationaux. Venez avec nous pour écrire une nouvelle Constitution irakienne qui ne divise pas entre Kurdes, chiites, sunnites, chrétiens, sabéens, Arméniens, Yézidis, chaldéens, assyriens, etc. Nous sommes tous descendants de Hammourabi, qui a élaboré la première Constitution de l'histoire de l'humanité. Rejoignez-nous afin de dialoguer, non pas dans les antichambres feutrées de la Zone verte [zone protégée par les Américains dans le centre de Bagdad], mais à même les nattes de sol tissées par le bon paysan irakien que nous étendrons au bord de l'Euphrate, loin des étrangers et des ambitieux qui convoitent nos richesses, pour écrire une nouvelle Constitution garante de notre unité populaire."

Quant à Azzaman, l'autre grand quotidien irakien, il prend la défense du fédéralisme : "Un Etat centralisé tendra toujours à la tyrannie et la dictature, alors qu'un Etat fédéral tendra plus vers la démocratie, grâce à ses institutions régionales qui équilibrent celles du centre." Et de conclure par un vœu qu'il adresse à la commission chargée de l'élaboration de la nouvelle Constitution : "Ce texte doit aborder le sujet du fédéralisme par une approche unitaire." Autrement dit, ce que tout le monde souhaite, c'est trouver la recette pour réussir la quadrature du cercle.



Samedi 3 Septembre 2005


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