Economie

La Chine et la Russie à l'assaut du marché énergétique iranien, le Japon s'en morde les doigts



Dimanche 13 Janvier 2008

Le rapport de la direction des renseignements américains sur la nature pacifique des activités nucléaires iraniennes est tombé et avec lui, les illusions d'un japon trop confient dans ses alliés outre-atlantique. La seconde économie mondiale s'inquiète désormais d'être le grand perdant du jeu géopolitique au Moyen Orient qui l'écarte de plus en plus du marché pétro gazier iranien au profit des chinois et des russes.

Dans un article publié par le quotidien nippon, Japon Times, Eric Johneston revient sur le récent rapport des services des renseignements américains sur l'Iran pour affirmer que ce texte lançait à tous point de vue de nouveaux défis au Japon, pays dont les relations avec l'Iran a connu ces dix dernières années des hauts et des bas.

Le rapport en question confirme ce que les Iraniens ne cessent de clamer depuis plus de 3 ans, à savoir le caractère pacifique de leurs activités nucléaires, quoiqu'il commette des inexactitudes sur les dates. « Si l'Iran a renoncé à ses ambitions nucléaires militaires en 2003, affirme Johneston, il y a de fortes chances qu'il en soit toujours ainsi à l'heure où nous sommes ». Le Président iranien et d'autres dirigeants du pays se sont félicités du rapport et s'y sont référés pour arguer de leur sincérité quand ils affirment que l'Iran ne cherche pas à se doter de l'arme suprême. N'empêche que ces quelque pages de papier blanc ont soulevé, depuis qu'elles ont été rendu public, une tempête politique sans précédent autant à l'intérieur qu'à l'extérieur des Etats-Unis. Accusé par les siens d'avoir ignoré un texte de portée extrêmement importante, le Président Bush s'obstine pourtant, en dépit de toutes les preuves de considérer l'Iran comme une menace et de l'accuser de développer un programme d'arme atomique secret.

Au Japon, les autorités se sont refusées à s'exprimer officiellement sur le sujet. Reste à savoir comment Tokyo, d'habitude si prudent, compte se comporter face à ce véritable coup de théâtre qui peut influer directement sa présence dans la région ultra stratégique du Moyen Orient. Pour le directeur exécutif de « Shin Guettso », Institut d'étude des relations islamo- nippones, le rapport du renseignement américain ouvre la porte à une amélioration des relations avec l'Iran, une opportunité que les Japonais hésitent encore à saisir. « Depuis la publication de ce texte, ajoute Micheal Pen, Téhéran a tenté de redynamiser ses coopérations avec Tokyo sans qu'aucun écho favorable vienne l'encourager en ce sens ». A cette excessive prudence japonaise, il existe selon M Pen deux principales raisons : d'abord, le Japon n'ose pas pousser les choses trop en avant par crainte de léser les Américains et ensuite, il est circonspect puisque ses dirigeants issus de la droite conservatrice le sont. « Cette circonspection, ajoute cet analyste, n'empêche pas pour autant les autorités nipponnes de suivre avec une obsessions quasi maladive le moindre agissement de leur concurrents économique sur le marché pétro gazier iranien ». La chine est en passe de finaliser son gros investissement dans le champ pétrolifère de Yad Avaran et la Russie a déjà livré le premier convoi de combustible nucléaire pour la centrale de Boushehr. Cette réalité que le marché pétro gazier iranien est témoin d'un retour en force des investisseurs n'a pas laissé indifférentes les compagnies japonaises qui exigent désormais du gouvernement d'en faire autant.

Il y a cinq ans de cela, la perspective des relations irano- japonaises prêtait pourtant à l'optimisme. En 1999, les Iraniens ont découvert un champ pétrolier avec une capacité de réserve estimée à plus de 26 milliards de barils au sud ouest du pays dans la région d'Azadégan. En l'an 2000, le président iranien de l'époque se rendait à Tokyo pour annoncer que le droit de l'exploitation de ce gisement revenait de façon exclusive aux sociétés japonaises. A partir de cette date, les négociations ont débuté sans être jamais facile. Après de nombreuses vicissitudes, les parties sont finalement tombées d'accord en février 2004 sur l'exploitation du champ pétrolier en question. Mais était-ce la fin des désaccords ?
Les ingérences et les pressions américaines n'ont cessé pendant tout ce temps de nuire aux accords conclus et ces pressions ont fini par changer la donne, le Japonais « Inpex » ayant décidé de se retirer du contrat tout en préservant 10% de ses actions.

En dépit de cette mauvaise passe, l'impression générale est que tout n'est pas fini et que les deux états pourraient prochainement reprendre leurs coopérations. L'Ambassadeur iranien en poste à Tokyo, Mohsen Talai, partage cet avis. « Le rapport de la Direction des renseignements américains, a-t-il jugé, peut marquer un nouveau point de départ dans nos liens bilatéraux ». A en croire Chirzad Azad , chercheur à la faculté des sciences politiques, de l'économie et des communications de Aoyama (Japon), l'Iran reste un pays important pour le Japon bien que le soutient de Tokyo aux politiques anti-iraniennes de Washington a compromis de le processus de l'élargissement des relations irano- nippones. « S'il est vrai que le Japon préfère aujourd'hui se procurer le pétrole auprès des pays arabes, l'Iran n'en reste pas moins à ses yeux un pays de poids stratégique. Les orientations commerciales changent mais le fond demeure le même : l'Iran est acteur incontournable ».
A la fin de son analyse, le « Japon Times » évoque les 12,3 milliards dollars de volume d'échanges commerciaux en 2007 entre les deux pays fait du Japon le premier partenaire économique de l'Iran qui y exporte quotidiennement 485 milles barils du brute soit 14% des besoins japonais en pétrole. Toujours est-il que le Japon regard d'un œil extrêmement les points marqués par son éternelle rivale la Chine sur le marché énergétique iranien. Cela donne de plus en plus aux actuels dirigeants nippons l'envie de remettre le compteur à zéro et de reprendre une coopération qui au-delà des considération politique peut s'avérer déterminent pour l'économie japonaise.



Dimanche 13 Janvier 2008

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