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La Chine est-elle en route pour la première place du peleton néo-colonialiste ?



redaction@mecanopolis.org
Lundi 6 Avril 2009

La Chine est-elle en route pour la première place du peleton néo-colonialiste ?
Par Régis Mex

La Chine est-elle en route pour la première place du peleton néo-colonialiste ?

La République Populaire de Chine, entrée récemment à l'OMC, trouve avec les pays africains de nouveaux partenaires avec qui elle peut discuter, et qu'elle peut aider sur le plan international. En 2004, des entreprises chinoises et africaines ont signé à Addis-Adeba une vingtaine de contrats pour une valeur totale de près de 460 millions de dollars US en marge de la première conférence des hommes d'affaires sino-africains. Ainsi, en 2004, 17 entreprises chinoises ont procédé à la signature de contrats avec des entreprises, des institutions commerciales ou des gouvernements africains, notamment avec l'Éthiopie, le Nigéria, le Cap-Vert, le Rwanda, l'Ouganda, le Soudan et la Tanzanie. Les accords passés avec les pays africains portent notamment sur la construction d'usines, les secteurs de la cimenterie, du sucre, du textile, d'une station hydroélectrique, de la production et de la commercialisation de médicaments. Ces projets de coopération économique sont de plus en plus fréquents entre la Chine et l'Afrique avec des projets importants et concrets pour les pays africains. Toujours en 2004, sur un plan qui marque bien la volonté chinoise du rapprochement stratégique de la Chine avec l'Afrique, le géant chinois a décidé d'accroître le statut de pays de destination touristique (ADS) aux huit pays appartenant à l'aire africaine suivante: l'île Maurice, le Zimbabwé, la Tanzanie, le Kenya, l'Ethiopie, les Seychelles, la Tunisie et la Zambie. Cette décision du gouvernement chinois porte à onze le nombre de pays africains pour les touristes chinois. Jusqu'à présent, la Chine avait attribué l'ADS à 28 pays et régions dont seulement trois pays africains: l'Afrique du Sud, l'Egypte et le Maroc. Il s'agit de l'une des mesures parmi d'autres que le gouvernement chinois met en oeuvre pour stimuler la coopération sino-africaine.

Dans l'espoir de promouvoir la coopération avec l'Afrique, la Chine va également s'ouvrir au marché africain en pratiquant un tarif douanier "zéro" pour une partie des marchandises des pays africains les moins développés et augmenter le capital du Fonds de développement des ressources humaines africaines, mis en place par la Chine, afin de former "10 000 personnes pour l'Afrique" dans les trois ans à venir. Par ailleurs, la Chine va organiser en 2004 le "Festival des jeunesses chinoises et africaines", le festival international "Rendez-vous à Beijin", qui sera consacré à l'Afrique et le "Voyage de la culture chinoise en Afrique" pour élargir la connaissance entre les peuples chinois et africains.

china-africaLe Forum de coopération Chine-Afrique est un mécanisme de consultation et de dialogue lancé en 2000 à Pékin par la Chine et 49 pays africains, avec comme objectif la promotion des relations sino-africaines pour le nouveau siècle. Environ 400 hommes d'affaires africains et chinois étaient présents le 16 décembre 2003 dans la capitale éthiopienne pour participer à une conférence en marge de la réunion ministérielle. Dans les affaires internationales, la Chine et l'Afrique souhaitent intensifier leur consultation et leur coopération au sein des Nations Unies, de l'OMC et des autres organisations internationales. La RPC s'engage ainsi à soutenir les efforts des pays d'Afrique qui ne sont pas encore membres de l'OMC pour leur future adhésion. Sur le plan économique, la RPC et les pays membres du forum s'engagent à promouvoir leur coopération dans l'agriculture, la santé, les infrastructures, le commerce, l'investissement, le tourisme, l'exploitation des ressources naturelles...

Depuis la fin de l'accord multifibres, en janvier 2005, qui limitait les exportations de textile des pays en développement vers l'Europe et les Etats-Unis, les ventes chinoises ont explosé. De ce fait, la Commission de Bruxelles a annoncé, le 14 avril, l'ouverture d'une procédure de surveillance. Parfois agressive, mais jouant la carte tiers-mondiste, la stratégie de l'empire du Milieu suscite espoir et controverse sur le continent noir. Quant aux échanges commerciaux, le plan d'action indique que la Chine et les pays africains s'engagent à promouvoir le commerce équilibré dans les deux sens entre les deux parties. La RPC décide aussi de faire bénéficier du "tarif zéro" une partie des produits en provenance des pays d'Afrique les moins avancés pour leur accès au marché chinois, et de lancer en 2004 des négociations bilatérales avec les pays concernés sur la liste de produits qui seront exemptés de droits de douane. Vu le potentiel et la coopération entre les deux parties, la Chine et l'Afrique ne sont qu'au début de leur collaboration.

Toutes ces mesures illustrent bien l'importance que la Chine attache au continent africain par les temps actuels, importance croissante s'il en est. Cependant, sommes-nous en position légitime de croire que la Chine respectera ses engagements et accordera du respect aux africains dans le cadre des affaires qu'elle mène avec eux ? Tout semble démontrer le contraire dans les instants présents, et c'est en contradiction avec ceux, naïfs ou hypocrites, qui affirment que les liens sino-africains se font avec plus d'harmonie et d'humanité que les rapports occidentaux que nous allons nous positionner.

Historique résumé des relations sino-africaines:

Alors que 120 millions de chinois ruraux ont rejoint les villes et s'entassent autour des grandes villes pour chercher du travail, encouragés par le slogan de Deng Xiaoping lancé en 1978 ("Enrichissez-vous !"), des tensions se créent. La Chine bouillonne et pourrait bien se rebeller. Il est alors préférable pour le gouvernement chinois d'encourager un bon nombre de ses citoyens à aller trouver le travail recherché à l'extérieur du pays. En outre, le gouvernement essaie de mener une politique d'amitié avec l'Afrique, à cause du fait qu'il souhaite obtenir les voix du continent noir aux Nations-Unies pour sortir de son isolement sur la scène internationale, surtout après la condamnation internationale de la répression après les évènements de Tienanmen. Le mot d'ordre lancé par le président Jiang Zemin, "Sortez !" (des frontières), est évocateur à ce sujet.

1212448361-chine_afrique Les temps changent et, à Pékin, le pragmatisme a pris le pas sur la rhétorique idéologique. Commerce extérieur et coopération économique sont d'ailleurs gérés par le même ministère. De 1955 à 1977, la Chine a vendu pour 142 millions de dollars de matériel militaire à l'Afrique. Elle entrouvrait aussi ses universités : quinze mille étudiants africains y ont eu accès depuis les indépendances. En 1977, la valeur totale des échanges commerciaux entre l'Empire du Milieu et le continent noir atteint le record de 817 millions de dollars. Dans les années 1980, alors que le Nord et l'URSS se retirent de l'Afrique et que l'aide occidentale au développement chute de moitié, Pékin maintient ses liens. Mais, abandonnant l'exportation de sa boîte à outils révolutionnaire, la Chine se consacre désormais à l'essor de son commerce extérieur et de ses investissements à l'étranger. Lorsque la géopolitique de l'après-guerre froide et l'évolution incertaine du Proche-Orient ramènent les pays du Nord en Afrique, notamment pour diversifier leurs approvisionnements pétroliers, elle est déjà devenue l'« usine du monde » et convoite les matières premières du continent.

Deuxième consommateur de brut de la planète, plus de 25 % de ses importations de pétrole proviennent du golfe de Guinée et de l'hinterland soudanais. La soif d'un pays qui sera contraint d'importer 60 % de son énergie d'ici 2020 ne connaît aucune frontière, pas même celles des États qui, tel le Tchad, maintiennent leurs relations diplomatiques avec Taïwan. Si l'Afrique ne représentait que 2 % des échanges commerciaux chinois en 2004, le continent bénéficie particulièrement de sa « politique d'ouverture » : au cours des années 1990, le volume des échanges commerciaux entre Pékin et le continent a crû de 700 % et, depuis l'organisation, en l'an 2000 à Pékin, du premier forum sino-africain, plus d'une quarantaine d'accords ont été signés, doublant la valeur totale des échanges en quatre ans (plus de 20 milliards de dollars fin 2004). Fin 2005, la Chine est devenue le troisième partenaire (après les États-Unis, la France et devant le Royaume-Uni) commercial de l'Afrique. Passée maîtresse dans le montage de projets avec la Banque mondiale, elle chercherait même à élaborer, en Afrique, un « paradigme de la globalisation qui la favorise ».

Les 674 sociétés publiques chinoises implantées sur le continent placent autant leurs fonds dans les secteurs porteurs - des mines à la pêche en passant par l'exploitation du bois précieux ou la téléphonie - que dans ceux jugés moins rentables, et parfois abandonnés par les Occidentaux. C'est ainsi qu'ont été relancées l'exploitation des mines de cuivre zambiennes de Chambezi et les recherches pétrolières dans un Gabon où les réserves sont supposées se tarir. En 2004, les investissements chinois s'élevaient à plus de 900 millions de dollars sur les 15 milliards de dollars d'investissements directs étrangers (IDE) en Afrique. Des milliers de projets sont en cours ; 500 sont exclusivement menés par la firme de travaux publics China Road And Bridge Corporation, contribuant à placer 43 sociétés chinoises parmi les 225 premières entreprises mondiales du secteur. Pékin s'est emparé du marché éthiopien des télécommunications, a repris certaines activités de la Gécamine (industrie minière) congolaise, a rénové la route Monbasa-Nairobi (Kenya) et lancé le premier satellite nigérian. Huit pays africains ont reçu le statut officiel de destination touristique, incitant les ressortissants chinois à s'y rendre.

Cette offensive économique et commerciale s'accompagne d'une intense activité diplomatique. Arrivé au pouvoir en mars 2003, le président Hu Jintao a déjà effectué une visite remarquée au Gabon. En outre, une centaine de rencontres officielles ont été organisées sous l'égide des ministères du commerce et des affaires étrangères, qui se sont dotés de « départements Afrique ». Dans de nombreux pays en crise ou en délicatesse avec la diplomatie occidentale, Pékin engrange les fruits de sa doctrine de non ingérence dans les affaires intérieures. Les relations avec le Soudan - au ban des Nations unies en raison, notamment, de la situation au Darfour - sont exemplaires d'une stratégie sans états d'âme. Pour la Chine, nous explique Mme He Wenping, directrice adjointe du département relations internationales de l'Institut des études africaines de la faculté des sciences sociales de Pékin, « la protection des droits de la personne ne saurait contraindre l'exercice de la souveraineté nationale. Il ne fait aucun doute que les succès rencontrés par Pékin en Afrique ont bénéficié de cette vision, même si ce n'est pas l'unique point commun [que la Chine partage avec ses] partenaires africains ».

2008052220sa20tDix ans après s'être installée sur les champs pétroliers alors inexploités de Muglad (au Sud Soudan), elle importe 50 % du brut local. De la Compagnie nationale de pétrole de Chine (CNPC) à la Zonggyuan Petroleum Corporation, treize des quinze premières sociétés étrangères implantées au Soudan sont chinoises. Le cynisme de Pékin est apparu au grand jour lors du vote, en septembre 2004, de la résolution 1564 du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) décrétant un embargo sur les armes à destination de ce pays. Sur fond de massacres au Darfour, l'ambassadeur chinois auprès de l'organisation, M. Wang Guangya, menaça d'y mettre son veto avant de s'abstenir. La résolution, proposée par les Etats-Unis, était pourtant déjà bien édulcorée. Cet incident a permis de mesurer la solidité des liens tissés entre Pékin et Khartoum.

« Une autre manière de faire du business »:

De nombreux autocrates africains louent l'esprit de « respect mutuel » et l'« attention pour la diversité » culturelle qui caractérisent le commerce et la coopération chinoises - pour reprendre les mots du vieil ami de la Chine qu'est le président gabonais Omar Bongo Ondimba. Mais ce « safari » dans « l'eldorado » africain inquiète les transnationales qui gravitent traditionnellement autour du continent « utile ». De même, une diplomatie américaine officiellement soucieuse de « bonne gouvernance » commence à s'irriter des pratiques économiques chinoises. M. Gal Luft, spécialiste en sécurité énergétique et directeur exécutif de l'Institut pour l'analyse de la sécurité globale (IAGS), un think-tank néoconservateur, estime ainsi que « les Chinois sont enclins à mener leurs affaires d'une manière que les Américains et les Européens commencent à rejeter : payer des pots-de-vin et autres dessous de table. D'où l'intérêt de certains pays africains à travailler avec des entreprises chinoises plutôt qu'avec des compagnies occidentales dont les marges d'action se sont resserrées depuis le lancement de campagnes telle que Publish what you pay (Publiez ce que vous payez) visant à plus de transparence financière ».

« Cette autre manière de faire du business » - selon les termes du ministre rwandais des finances, M. Donald Kaberuka - est encore plus préoccupante pour les organisations non gouvernementales qui dénonçaient déjà les cyniques pratiques occidentales en Afrique. En effet, si les prêts conditionnés des grandes organisations internationales demeurent critiquables car ils soumettent sans discussion le pays bénéficiaire aux diktats des bailleurs, la coopération chinoise - qui accorde des crédits sans condition et prône le « clef en main » - favoriserait les « éléphants blancs » (projets morts nés) et s'écarterait des exigences minimales de transparence financière.

De leur côté, les associations de défense de l'environnement surveillent l'avancée commerciale de la nation la plus polluante du monde - qui refuse de signer le protocole de Kyoto - ; 60 % des 4 millions de mètres cubes de grumes (troncs d'arbres) qu'exportent les pays africains est destiné à l'Asie, en quasi totalité (96 %) pour la Chine.

Les ventes d'armes chinoises constituent un autre sujet de préoccupation. Après avoir entretenu le meurtrier conflit érythréo-éthiopien de la fin du XXe siècle (plus d'un milliard de dollars de contrats), la Chine est soupçonnée d'avoir utilisé le Soudan, début 2000, comme débouché pour sa technologie militaire. En outre, elle continue d'assister militairement le Zimbabwé, autre nation au ban de l'Occident. Plus globalement, on observe une impressionnante concentration d'attachés militaires chinois dans les pays membres de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe - SADC. Ici aussi, « les considérations financières semblent plus importantes que les ambitions idéologiques et géopolitiques qui primaient sous la guerre froide ».

Le modèle chinois du « win-win » (gagnant-gagnant) - ce nouveau jeu économique où, selon Pékin, il n'y aurait a priori aucun partenaire perdant - ne serait-il, finalement, qu'une nouvelle forme de néocolonialisme drapé des illusions d'un développement Sud-Sud ? Certains observateurs africains n'ont pas manqué de s'interroger sur les limites de la politique commerciale chinoise et sur la concurrence directe que font peser certains produits asiatiques - du textile à l'acier - sur le tissu économique africain. Premier partenaire africain de la Chine, l'Afrique du Sud, qui rompit en 1997 ses relations avec Taïwan pour se rapprocher de Pékin, est confrontée tout à la fois « à une appétissante collaboration et une terrifiante menace », note M. Moeletsi Mbeki, vice-président de l'Institut sud-africain des affaires étrangères de l'université de Witwatersrand, à Johannesburg : « En échange des matières premières que nous leur vendons, nous achetons leurs produits manufacturés. Et cela ne peut qu'avoir un résultat prévisible : une balance commerciale négative. N'assiste-t-on pas à la répétition d'une vieille histoire ? ».

Le fait est que, de 24 millions de dollars en 1992, le déficit commercial de Pretoria à l'égard de Pékin a passé la barre des plus de 400 millions de dollars. En septembre 2004, l'une des principales organisations membre de la puissante fédération syndicale Cosatu a ainsi menacé de boycotter les vendeurs de produits chinois, accusés de contribuer à la montée du chômage. Même perplexité sur l'avenue Charles-de-Gaulle à Dakar, où les produits chinois à bas prix - des chaussures aux médicaments - envahissent désormais les trottoirs et les étals, tandis que les ateliers textiles du Lesotho sont menacés par la fin de l'accord multifibre en janvier 2005.

Face à ces interrogations, le partenaire chinois multiplie promesses, cadeaux, références historiques à l'esprit de Bandung et mesures symboliques à l'égard d'un continent dont il a annulé 10 milliards de dollars de dette bilatérale depuis l'an 2000.. Tout en reconnaissant que la décision finale se trouve entre les mains de l'Union africaine, le pays soutient par ailleurs publiquement les trois candidats africains (Nigeria, Afrique du Sud et Égypte) - mais officieusement surtout le Nigeria - à un siège de permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Un nouveau grand bond en avant commercial a eu lieu en 2006, avec le lancement du Nouveau Partenariat stratégique Asie-Afrique, qui concerne le secteur privé et dont Pékin devrait être le premier bénéficiaire. Et, lors de son voyage au Gabon en 2004, le président Hu Jintao a promis « une coopération économique qui se préoccupera davantage des infrastructures, de l'agriculture et du développement des ressources humaines ». Un vœu pieux ? Une chose est sûre : Pékin « se comporte désormais comme n'importe quelle autre puissance soucieuse de ses intérêts bien compris. Elle cible sa coopération sur des pays à fort potentiel, qu'il s'agisse de matières premières, de pouvoir d'achat et d'influence diplomatique ».

Jusqu'où et comment les partenaires traditionnels du continent s'accommoderont-ils de cette présence ? En 2005, selon le Fonds monétaire international, l'Afrique devrait connaître son meilleur taux de croissance en trente ans : 5,8 %. Ce sera en partie grâce à l'investissement de la Chine.

A ce titre, le Livre Blanc sur la politique africaine de la Chine publié en 2006 met en exergue « le maintien, en l'augmentant, d'une assistance économique chinoise à l'Afrique sans condition politique». Allant plus loin, le journaliste sénégalais écrit: « C'est un projet ambitieux qui n'exclut pas l'instauration d'une Zone de libre échange sino-africaine. »

arton1003Avant même la promulgation de ce Livre Blanc, les entreprises chinoises sont devenues les principaux bâtisseurs en Afrique. Ponts, barrages, routes, stades, bâtiments publics, portent l'empreinte chinoise partout à travers le continent. En une dizaine d'années, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont décuplé. Entre 2007 et 2008, ils ont progressé de 45 %. Quoiqu'il en soit, la présence chinoise est aujourd'hui plus contestée... par les Africains eux-mêmes. Le sentiment anti-chinois s'exprime très clairement, notamment en Zambie où le président Hu Jintao avait dû annuler une visite officielle en 2007.

Camouflet diplomatique qui n'a pas, pour autant, diminué notablement les investissements chinois dans ce pays. C'est que les gisements miniers continuent d'intéresser Pékin qui sait mettre de côté ces velléités et agit avec beaucoup plus de pragmatisme économique qu'elle ne l'avoue. Pour Adama Gaye, c'est surtout un « unilatéralisme qui sous-tend la démarche des Chinois qui sont prioritairement mus par la préservation de leurs intérêts ».

Cependant, la crise financière internationale qui a éclaté au dernier trimestre de 2008 a quelque peu calmé les ardeurs anti-chinoises en Afrique. A nouveau, la coopération sino-africaine est qualifiée « d'exemplaire » par les chefs d'États africains. Ayant entamé son actuel périple africain par le Mali, le président Hu Jintao y a déclaré que « la Chine maintiendra la densité de ses échanges avec le continent » et que les investissements devraient même augmenter. Le discours a de quoi plaire aux gouvernements africains qui craignent une contraction de l'aide au développement à cause de la conjoncture internationale.

"La Chinafrique", le livre:

Les auteurs de "La Chinafrique" sont: Serge Michel, 39 ans, correspondant en Afrique de l'Ouest pour Le Monde, prix Albert Londres en 2001 pour ses reportages en Iran. Il est l'auteur de Bondy Blog (Le Seuil, 2006); Michel Beuret, 38 ans, chef du service étranger du magazine suisse L'Hebdo; Paolo Woods, 37 ans, photographe ayant reçu un World Presse Photo Award en 2004 pour ses reportages en Irak. Ils ont publié ensemble Un monde brut (Le Seuil, 2003) et American Chaos (Le Seuil 2004).

Leur ouvrage a pour but de répondre aux questions suivantes: Qui sont ces aventuriers Chinois ? Dans quels pays vont-ils ? Pour y faire quoi ? Quel est le secret de leur succès ? Comment se passe la rencontre de ces deux mondes si différents ? Et avec quelles conséquences sur les droits de l'homme et l'environnement ? Et quelle place pour les Européens, les Français en particuliers ?

Pour répondre à ces questions, les auteurs ont parcouru quinze pays, sillonnant tout le continent à la rencontre de cette « Chinafrique », des forêts ratiboisées du Congo aux rivages venimeux du Nigeria, des sables militairement mouvants du Niger aux pipelines du Soudan, des souvenirs d'Egypte made in China aux restaurants gastronomiques de Douala, des campagnes misérables de la Chine à ce continent mystérieux qu'est l'Afrique pour les nouveaux aventuriers.

Voici quelques extraits:

« Jamais l'occident ne s'est autant intéressée à l'Afrique que depuis la Chine est partie à sa conquête », notent les deux auteurs de La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir. La Chine ne peut se détourner de l'Afrique tant qu'elle aura besoin de ses matières premières abondantes pour soutenir sa croissance, même si elle accuse un ralentissement. Paradoxalement, l'attrait salvateur, sur le court terme, des ressources naturelles africaines provoquent le dévoiement de son développement. La dissymétrie est toujours à l'honneur, qu'il s'agisse des relations sino-africaines ou autres.

ouvriers100308275 Quelques chiffres: 750 000 Chinois sur le continent 106,84 milliards de dollars: montant en 2008 du commerce bilatéral. 51 % des exportations chinoises vers l'Afrique sont constituées de machines et produits finis. 20 pays africains totalisent des échanges supérieurs à 1 milliard de dollars annuels avec la Chine. 40 % : la part consentie à l'Afrique pour la totalité de l'aide chinoise pour le développement. La Chine est devenue le 2e partenaire commercial de l'Afrique, juste après l'Union européenne. Les Chinois quittent la Chine avec un contrat de travail. "Comment justifier que l'Afrique a besoin d'eux ?", se demandent les auteurs du livre, alors qu'elle a un taux de chômage qui atteint parfois 50 % (en comptant les chômeurs non déclarés). La réponse, disent-ils, est que les entreprises chinoises sont avant tout soucieuses d'exploiter les richesses du continent.

Les pays d'Afrique où la Chine investit le plus sont en effet des pays producteurs de pétrole. Les nouveaux dictateurs arrivés à la tête de ces pays par des coups d'État à répétition annulent les projets des précédents et lancent de nouveaux chantiers, qui s'orientent essentiellement dans l'intérêt des Chinois. Remarquablement organisés, ils sont capables de "redresser" une entreprise là où les bailleurs occidentaux ont abandonné : par exemple, le barrage d'Imboulou au Congo (l'endettement et instabilité politique du pays en avaient arrêté la construction).

Même si les transactions entre Chine et pays africains peuvent enrichir ces derniers, ce sont les gouvernements qui en profitent et non les peuples. Le peuple, désespéré, se révolte ou se tourne vers des mouvements extrémistes, islamistes par exemple. Le problème est résumé admirablement à la page 260 : "Des Chinois pour extraire le pétrole, puis l'engouffrer dans un pipeline chinois surveillé par des miliciens chinois, à destination d'un port construit aussi par des Chinois... Des Chinois, qui importent leur nourriture, qui font pousser leurs légumes avec des maraîchers chinois , des chinois enfin pour ARMER un pays qui commet des crimes contre l'humanité".

La Chine qui n'a de communiste que le nom, utilise les mêmes méthodes que les pays capitalistes: elle se sert de son immigration, avec la complicité des pays "demandeurs" pour profiter de la croissance des pays d'Afrique.

Racisme chinois:

racisteLes Chinois sont globalement très racistes. Le peuple chinois est à 91% constitué des Han, peuple descendant de la dynastie des Han, et malgré toute l'hypocrisie du gouvernement chinois à dire que la Chine est pluriethnique, les autres minorités se font écraser. Le racisme y est discret, pas de grand tapage médiatique, pas d'affiches placardées sous les ponts comme en Europe, il se fait en douce, en méprisant les autres couleurs de peau, en empêchant certains peuples d'accéder aux fonctions plus importantes ou en les ignorant dans la rue. Les musulmans, par exemple, sont parmi les plus pauvres de Chine, cantonnés officieusement aux métiers misérables. Les africains sont aussi systématiquement dévisagés. Les enfants imitent parfois les singes dans la rue en les voyant, sous l'oeil amusé de leurs mères approbatrices, de même que nombre d'adultes ne se gênent habituellement pas pour les comparer eux aussi à des singes, verbalement. C'est encore pire pour les Philippins, ou plus précisément les Philippines, constamment perçues comme prostituées (et le plus souvent effectivement cantonnées à ces métiers). Quasiment impossible pour ces minorités, en effet, de trouver du travail, même à Shanghai. Les Indiens, qui y sont appelés les "gris", sont assez mal vus ; le racisme à leur égard ne s'exprime pas forcément par de la violence ou de l'agressivité mais plutôt par du mépris ou un certain sentiment de supériorité. Les Chinois sont le plus souvent méprisants pour ceux qui ne sont pas Chinois.

Angola:

Ce sont des responsables chinois plutôt embarrassés qui rendirent visite, début décembre 2004, au président angolais José Eduardo Dos Santos. Quelques jours auparavant, l'association britannique Global Witness avait publiquement laissé entendre que les 2 milliards de dollars de crédit accordés à Luanda par la banque publique chinoise Eximbank risquaient d'être détournés. Officiellement, cette somme avait été allouée pour rebâtir les infrastructures angolaises détruites par trente ans de guerre civile (électricité, chemins de fer et bâtiments administratifs). En échange, la Chine recevrait 10 000 barils de pétrole par jour. Or une partie de ces 2 milliards a été effectivement détournée au profit de la propagande gouvernementale en vue des élections générales de 2006. Et, sous pression chinoise, le 9 décembre 2004, M. Antonio Pereira Mendes De Campos Van Dunem, intermédiaire connu des milieux d'affaires étrangers, était prié de quitter son poste de secrétaire du conseil des ministres.

Le temps d'un émoi, Pékin avait ainsi dérogé au principe fondateur de sa longue marche commerciale vers l'Afrique : ne pas se mêler des affaires intérieures des pays concernés. Un peu de morale - sans doute justifiée par la pression exercée par les bailleurs de fonds internationaux sur un pays notoirement corrompu - n'empêcherait pas les affaires sino-africaines de tourner à plein rendement.

Trente ans après avoir rompu avec un Angola devenu indépendant, mais jugé trop proche de l'Union soviétique, l'Empire du Milieu a largement réparé son erreur initiale. L'ancienne colonie portugaise - dont il importe désormais 25 % de la production de pétrole - est devenue son deuxième partenaire commercial sur le continent. Luanda envisage même de créer des vols directs avec Pékin, et il serait question d'encourager la construction d'un quartier chinois dans la capitale en vue d'accueillir les cadres asiatiques.

Octroyé avec un taux d'intérêt de 1,5 % sur dix-sept ans, le crédit contesté aurait pu se révéler, à court terme, désavantageux pour Pékin. Il n'en permettait pas moins aux entreprises chinoises de s'attribuer la majeure partie du juteux marché de la reconstruction nationale. De quoi soulever l'inquiétude de la population. « Selon les termes du contrat, 30 % du crédit alloué doivent être attribués à des entreprises locales, explique notamment l'économiste indépendant Jose Cerqueira. Mais cela signifie que 70 % ne le sont pas. Or le secteur de la construction est l'un des seuls où les Angolais peuvent trouver du travail ».

Selon le responsable sortant du programme angolais de Care, M. Douglas Steinberg, « les conditions d'octroi des crédits chinois donnent beaucoup plus de possibilités à l'Angola, comparées aux exigences fixées par d'autres accords, en premier lieu ceux passés avec le Fonds monétaire international. En fait, cela permet aux autorités gouvernementales de ne pas pratiquer la transparence ».

Congo:

Le ministre congolais de la Construction ne tarit pas d'éloges sur les Chinois : "Ils sont fantastiques, ils ont construit le stade, le ministère des Affaires étrangères, l'autoroute, le barrage d'Imboulou, les logements. Ces logements, le ministre y tient parce que ce chantier joue un rôle central dans sa campagne électorale (il veut être élu député). C'est du gagnant-gagnant" dit-il. "Dommage pour vous, les Français" ajoute-t-il, faussement compatissant. "La Chine suscite évidemment des réflexes racistes tant de la part de l'immigré que de l'autochtone. C'est que, en construisant les logements, les Chinois construisent également leur palais, plus luxueux que l'ambassade américaine. Le ministre congolais a aussi deux discours, il se lâche parfois : "Les Chinois sont en mission. Pour eux, l'entreprise est un instrument de conquête. Je pense que l'objectif de la Chine est de devenir la première puissance du monde".

Les ouvriers congolais, engagés par les Chinois, paient fort cher leur repas, travaillent dur, et sont surveillés par des contremaîtres chinois : "Ils n'arrêtent jamais, dit l'un d'eux. Ce sont des robots diaboliques, ils nous traitent comme des esclaves, ils nous frappent avec des planches".

Maroc:

La concurrence chinoise bouleverse le secteur du textile marocain. Auparavant, les concurrents du Maroc étaient les Tunisiens, les Turcs, les pays de l'Europe de l'Est... Aujourd'hui, c'est le géant: la Chine. Le prix chinois défiant toute concurrence, les commerçants marocains craignent pour les produits proposés par leurs entreprises et déclarent ne plus pouvoir s'aligner sur des prix aussi compétitifs. Pour ces autorités et les entrepreneurs marocains, le principal problème reste la sous-facturation et les circuits parallèles, des deux côtés.

En 2002, les échanges commerciaux entre l'Égypte et la Chine se sont élevés à 945 millions de dollars, soit le double du Maroc. Les secteurs où les Chinois ont investi le plus sont la construction aéronautique, le textile, les marbreries, l'industrie légère...

_________________________________________________________________________________________________________ Nous pouvons donc conclure de tout cela que voir une alternative bienfaisante au néo-colonialisme dans la Chine et penser qu'elle puisse faire positivement contrepoids aux pays occidentaux serait sot autant qu'aveugle. La Chine est effectivement un des pays au monde qui a le plus négligé les droits de l'homme dans son pays et considéré ses citoyens comme des esclaves, souvent traités d'une façon bien inférieure à ce qu'une personne normale ferait avec un animal. sans-titreCette triste réalité est plus vraie que jamais aujourd'hui, et il n'y a aucune raison pour qu'un pays soumis à une implacable dictature, communiste au niveau politique et capitaliste sur le plan économique, ait de quelconques égards pour des citoyens étrangers, Noirs qui plus est. Rappelons que l'Empire du Milieu condamne plus de 10 000 personnes à la peine capitale par an et octroie un charmant salaire de 23 cent par jour à ses ouvriers, contre 20$ pour un américain et 14€ pour un français (toutes prestations sociales comprises), pour un travail bien plus pénible, tant au niveau des conditions que de l'effort fourni et du temps de travail (45 heures par semaine). On peut donc bien se demander pourquoi les Chinois, racistes de surcroît, traiteraient des travailleurs étrangers placés sous leurs directives d'une meilleure façon que leurs compatriotes. L'Occident, et surtout la France, ont certes causé plusieurs torts durant leurs colonisations, mais ont au moins contribué à l'alphabétisation des habitants de leurs colonies, bati un certain nombre d'hôpitaux, et les conditions de travail auraient difficilement pu être pires que celles que promettent la Chine.

Pour compléter la vision des auteurs du bien bel ouvrage qu'est "La Chinafrique", sur lequel je ne saurais que trop vous recommander de vous pencher, je vous suggère de parcourir deux de nos propres articles: Un fléau nommé Chinafrique et Marcel Zandi, le "Gandhi Africain".

Par Régis Mex, pour Mecanopolis


Lundi 6 Avril 2009


Commentaires

1.Posté par bla blaaa le 06/04/2009 13:27 | Alerter
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Après l'hégémonie américhienne sioniste génocidaire , voila les chinois qui viennent colonisé l'Afrique .

yen a marre de toute ces puissances de MERDE .

tous les mêmes , faut que les peuples se réveillent , ils font que se soumettre a croire que sa la fait vibrer de vivre comme sa ces cons.

2.Posté par riyuma le 06/04/2009 13:46 | Alerter
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C'est quoi cet article, on croirait le jt de tf1...............

3.Posté par don vito corleone le 07/04/2009 01:37 | Alerter
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Et vas y , c'est repartit pour un tour de grand 8 ! Le darfour comme d'hab ', ils nous parlent pas des millions de morts que font les occidentaux .... Les chinois sont des buisnessmans , pas des samaritains ! Ils sont là pour faire du chiffre, disons qu'ils sont globalement moins trash que les occidantaux, quand au corrompus africains , c'est pas leurs problemes, mais celui des africains ; et ils ont raisons !
Ils nous parlent du commerçant marocain qui achete chinois desormais, mais ils ne dit rien sur la corruption et collusion incroyable du pouvoir avec l'elite luciferienne mondiale .
Moi je dis que si les africains ( les dirigeants surtout), ne sont pas stupides , ils peuvent profiter du savoir faire chinois, avec eux tous est negociable, ils peuvent beneficier d'aides avantageuses pour lancer leur economie, chose impossible avec le fmi, la balle est dans le camp des africains, les chinois ne sont pas des enfants de coeurs , mais il y a une possibilité de partenaria qui pourrait etre a peu pres equitable, a eux de voir sinon l'autre option c'est : suck bouanas ad vitam eternam ....

4.Posté par ciborg le 12/04/2009 14:36 | Alerter
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les Chinois ne viennent pas en afrique pour la clonisée mais pour aider les peuples africains longtemps gardés comme des betes sauvages par l'occident pendant q 'il piller toutes leur richesses avec lesquelles et cela est incontestable, il a pu faire des accumulations et ainsi developper des technologies
et des industries qui lui donne l'arrogance que l'on voit et qu'on subit actuellement . c'est vrai ausi que les chinois sont en afrique et ailleurs pour se procurer des matiere premiere parceque les monopoles occidentaux sur ces matieres premieres ne font pas cadeaux a la chine ,et mieux encore , leur but c'est d'empecher le developpement de la chine . Dans le cas d'un contexte de cooperation internationale , les relations entre etats ne sont pas des relations basées sur le monopole, le trust, le cartel et l' oligarchie finaciere mondialisée et globalisée et- c'est a cà que travaille laé chine et la russie .

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