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LIBAN: La bourgeoisie au gouvernement et dans l’opposition : 'Le Liban passe... Nous demeurons'


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Vendredi 30 Mai 2008

Les réunions de Doha, au Qatar, sur le Liban ont abouti au même résultat déjà promulgué par les accords successifs allant de celui du Caire (à la fin des années 1960) à celui de Taëf (en 1989) : Un consensus passé entre les décideurs, à savoir les Etats-Unis et son projet pour le « nouveau »Moyen Orient et ses Arabes « modérés », d’une part, et l’Iran et la Syrie, d’autre part. Ce consensus fut, ensuite, traduit en cinq points par les forces politiques libanaises. Et la guerre cessa, en attendant...

Ainsi, et comme chaque fois que les grandes puissances et les puissances régionales ne sont pas d’accord sur la répartition des rôles et des intérêts entre eux, dans un Moyen Orient considéré comme la région centrale dans la stratégie internationale, une guerre interconfessionnelle éclate au Liban ; et la « révolte » des belligérants ne se calme que si les grands joueurs leur donnent le mot de passe qui annonce, en réalité, une trêve plus ou moins longue en fonction des intérêts réalisés et des rôles échus à partir d’un consensus international très branlant.

Une fois de plus, donc, les Libanais, après avoir pâti du combat des « Horace » et des « Curiace » locaux, divisés en « 14 mars » et « 8 mars », ont pu admirer l’entrée du Qatar, à la place de l’Arabie saoudite ou de l’Egypte et de la Syrie, dans l’arène des solutions difficiles, et ce à la suite de recoupements entre les différentes forces internationales et régionales sur l’Irak, ou ailleurs. Et ils furent soulagés de voir les chefs libanais s’incliner devant le principe dit « lâ ghaleb wa lâ maghloub » (ni vainqueur, ni vaincu), bien qu’ils aient noté une régression visible dans la place désormais tenue par certains belligérants locaux en faveur d’autres, nouveaux, dont l’importance était devenue notoire depuis l’an 2000 et dont le rôle au sein du pouvoir n’avait pas évolué dans le sens qui convient avec cette notoriété.

Et c’est ainsi que les réunions de Doha, précédées par celles de Beyrouth le 15 mai, ont abouti à un accord sur la nouvelle répartition des forces politiques libanaises, à partir de deux points : le premier relevant des changements dans les relations entre les forces influentes en Irak ; quant au second, il part de la situation sur le terrain libanais où il fallait à tout prix arrêter (pour le moment ?) la guerre civile qui a fait plus de 80 morts en quelques jours seulement.

L’histoire se répète au Liban, depuis les années 1860 : des quotas répartis entre les confessions religieuses par les forces colonialistes, d’abord, puis par les forces de tutelle qui se sont succédées depuis. Le peuple libanais n’avait pas une véritable appartenance patriotique, vu qu’il était divisé entre les confessions religieuses, anciennes et nouvelles. Telle était la situation pendant le pouvoir du « féodalisme politique », qui gouverna jusqu’en 1975 au nom et à la place de la bourgeoisie naissante, et telle est la situation nouvelle, depuis que la bourgeoisie a pris en main les rennes du pouvoir, même si l’Accord de Taëf (1989) a repris le pouvoir des mains de la bourgeoisie d’origine « maronite » pour le remettre entre les mains de la bourgeoisie « sunnite » et même si la bourgeoisie « chiite » revendique sa part du pouvoir à travers le mot d’ordre « nous voulons le partenariat » lancé par l’opposition, à la suite de la victoire de la Résistance, dirigée par le Hezbollah, en 2006.

Il est vrai que la science politique bourgeoise et la logique même du combat politique au sein de la bourgeoisie parlent de la passation du pouvoir à travers des critères et des principes, dont, en premier lieu, les élections. Cependant, le régime politique libanais n’a rien à voir avec ces critères ; c’est un régime bâtard, de tendance bourgeoise mais basé sur des pratiques confessionnelles. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de passation véritable du pouvoir selon les normes bourgeoises de la démocratie.

Le pouvoir politique au Liban, contrairement à toutes les formes de la démocratie bourgeoise appliquée un peu partout dans le monde, est régi par les équilibres qui se font, à un moment donné, entre les différentes confessions qui ne forment et ne pourront former, en aucun cas, une nation. Cette pratique, appelée communément la « démocratie consensuelle », constitue une entente sur l’imposition du confessionnalisme en politique ; par contre, les parts du gâteau confessionnel peuvent changer en fonction du rôle économique, d’abord, mais aussi de l’évolution démographique et des développements régionaux et internationaux, c’est-à-dire des forces extérieures qui peuvent aider à changer le statu quo intérieur.

Pour toutes ces raisons, le Liban connaît des explosions de violence cycliques qui peuvent se prolonger ou non selon le changement voulu dans l’équilibre des forces confessionnelles et, surtout, de la confession de la partie de la bourgeoisie qui tente d’opérer le changement à son profit.

Les motifs et le changement dans les quotas

A partir de ce qui vient d’être dit, analysons les motifs de ce qui s’est passé le 7 mai 2008, à la suite de la décision prise par le gouvernement présidé par Fouad Sanioura concernant le réseau de télécommunication utilisé par le Hezbollah.

Cette décision constitua le détonateur dans une situation en crise depuis la fin de l’agression israélienne contre le Liban, en juillet 2006. En effet, elle prit la forme d’une tentative (vouée d’avance à l’échec) visant à faire le lien entre de gros intérêts internationaux (étasuniens et israéliens, notamment) et ceux, intérieurs, du groupe du « 14 mars », parce qu’elle visait en même temps, aux dires de beaucoup d’observateurs, à donner aux Nations Unies le prétexte de déployer les forces renforcées de la FINUL au Sud Liban le long des frontières avec la Syrie, répondant ainsi à l’attente déclarée des Etats-Unis et de plusieurs gouvernements européens, dont celui de Berlusconi, et aussi à utiliser la politique de grignotage dans les zones d’influence du Hezbollah, dans le but final d’appliquer la clause concernant les armes de ce parti et contenue dans la résolution 1559.

Au même moment, dans le groupe du « 8 mars », deux tendances se sont recoupées : celle de la priorité de défendre les armes de la Résistance et celle demandant un rééquilibrage des forces au sein du gouvernement sur la base du nouveau poids acquis par le Hezbollah à la suite de sa seconde victoire consécutive sur l’armée israélienne.

Donc, les motifs anciens, accumulés depuis l’agression israélienne de 1996 (appelée « les raisins de la colère »), se sont mélangés aux nouveaux développements, dont l’avenir des armes du Hezbollah, et ont abouti à la déflagration qui prit, cette fois, un aspect de conflit sunnite-chiite, allant dans le sens de ce qui se passe en Irak, suite à l’occupation étasunienne, surtout que la bourgeoisie d’origine « chrétienne », qui fit la guerre en 1975, est aujourd’hui divisée en deux après l’échec de son projet de mainmise sur le Liban ; échec bien inscrit dans les articles de l’Accord de Taëf.

Et, là, il est nécessaire de s’arrêter pour dire que la fracture qui a eu lieu dans les derniers affrontements confessionnels restera, malheureusement, bien visible pour très longtemps ; et ce, malgré l’Accord de Doha passé entre la bourgeoisie chiite et sunnite et aussi le traité entre l’administration de Bush et le gouvernement irakien (pro iranien) de Maliki, signé le 25 mars passé, ou encore l’entente tacite entre les Etats-Unis et l’Iran sur la nécessité de reconstruire l’Etat irakien (entente traduite, par rapport à certains, par ce qui advint de la résistance menée par Moktada Sadr), ou enfin ce qui vient d’être divulgué sur le rôle joué, depuis deux ans, par la diplomatie turque afin de relancer les négociations de paix entre la Syrie et Israël, même si ces négociations prennent actuellement une tournure indirecte.

Le tournant dans le conflit arabo-israélien

Nous nous trouvons, donc, face à un tournant historique, nouveau, sur le plan de la région arabe tout entière. Ce tournant annonce, après soixante ans de la « nakba », une nouvelle étape dans la le conflit entre Arabes et Israéliens et, par suite, une redéfinition de la carte géopolitique de la région et du rôle étasunien dans le nouveau Moyen Orient.

En effet, si le projet du « Nouveau Moyen Orient » bat de l’aile actuellement, à cause du développement de la résistance dans plusieurs pays arabes, mais aussi de l’entrée des Etats-Unis dans l’après Bush, il serait mortel pour les résistances de penser que ce projet est mort et enterré. Surtout si nous prenons en considération la possibilité d’une guerre étasunienne contre l’Iran, malgré l’entente actuelle, après l’arrivée au pouvoir à Washington du candidat « républicain », et le volte-face du Parti démocrate qui a délaissé sa position appelant à ne pas financer la guerre de Bush en Irak en votant un nouveau crédit de 160 milliards de dollars.

Ajouter à cela ce qui se prépare contre les Palestiniens, au projet dit de « transfert » qui disperserait à nouveau des dizaines de milliers de familles palestiniennes, y compris des familles vivant dans les territoires occupés par Israël en 1948, au projet de la liquidation du droit de retour dont les prémices se trouvent dans la déclaration de Georges Bush, le 16 mai 2008, concernant l’appui inconditionnel de Washington à la relance de la construction de Kibboutzim sionistes nouveaux dans les territoires palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et ce, afin d’accélérer la réalisation du projet de « judaïsation » de toute la Palestine.

L’Accord de Doha et le rôle nouveau prévu pour le Liban


Le tournant se dessine de plus en plus clairement, de même que le rôle futur prévu pour le Liban qui devra se transformer en un Etat acceptant les Palestiniens à qui Israël refuse déjà le droit de retour, au cas où le projet étasunien et israélien triomphe...

Ce nouveau rôle va compliquer la situation intérieure, non seulement à partir de la fracture confessionnelle évoquée entre Sunnites et Chiites mais aussi à partir du rôle grandissant de certaines formations fondamentalistes subventionnées par des pays du Golfe arabique et dont le regroupement au Liban fut facilité par certaines forces politiques.

L’exemple du communiqué publié par Fath Al Islam, dernièrement, constitue un spécimen ; et c’est peut-être pour cela que l’Accord de Doha fit suite à celui de Beyrouth en exprimant plus clairement, dans son article 5, la nécessité « d’appliquer la loi et de respecter la souveraineté de l’Etat sur toutes les régions libanaises, de manière à interdire la présence de zones investis par des hors-la-loi et afin de traduire en justice tous ceux qui commettent des crimes ou qui violent la loi ».

Quant à l’accord passé entre les belligérants et dont le caractère confessionnel cache les véritables luttes de classes et retarde le véritable changement, il constitue une trêve dont le but est d’éviter un nouvel été « chaud », si possible, tout en faisant des promesses en l’air à la majorité des Libanais, les marginalisés, les chômeurs et tous ceux dont les salaires ne suffisent pas à procurer le pain qu’ils mangent pétri dans le sang. Des promesses que les beaux jours vont bientôt revenir sur les ailes de la paix civile qui leur vient, cette fois encore, du côté du Golfe... Et ce, en attendant l’aboutissement des pourparlers arabo-israéliens, des changements en Irak et en Afghanistan et leurs répercussions sur l’équilibre des forces intérieures libanaises...

Quant à la loi électorale adoptée à Doha, sur la base du retour à la petite circonscription de 1960, le « caza », avec les changements nécessaires opérés à Beyrouth, afin d’accorder les circonscription de la capitale avec l’atmosphère générale confessionnelle à outrance, elle constitue le nouveau détonateur qui mettrait le feu aux poudres... Et, il est impossible de savoir sur quoi se sont basés les metteurs en scène du nouvel accord pour affirmer qu’une telle loi électorale garantirait la stabilité pour très longtemps.

Tout le monde sait que la loi électorale de 1960 fut à la base des divisions qui avaient abouti à la guerre civile de 1975 et tout ce qui s’en suivit comme catastrophes.

Tout le monde sait que les tensions, tant internes que régionales, demandent des solutions radicales déjà reconnues, en principe, par la bourgeoisie elle-même dans certaines parties de l’Accord de Taëf, dont, en premier lieu, la suppression du confessionnalisme de la vie politique et des statuts civiles.

Et tout le monde sait que la loi électorale constitue la porte d’accès obligatoire vers la stabilité, la paix civile et la transformation du Liban en une patrie véritable.

Mais le consensus toujours passé entre les différentes factions de la bourgeoisie se résume dans la phrase suivante : la patrie passe... Nous demeurons.

Beyrouth, le 25 mai 2005,
Jour anniversaire de la Libération

Pour le numéro du vendredi 30 mai 2008
du bimensuel "An Nidaa"

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Vendredi 30 Mai 2008

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