MONDE

LEVÉE DE BOUCLIERS CONTRE LA NOMINATION DE WOLFOWITZ


La nomination de Paul Wolfowitz pour diriger la Banque mondiale a été interprétée comme un camouflet pour la communauté internationale. Cet homme, grand défenseur et architecte de la désastreuse guerre d’Irak, n’a aucune qualification pour ce poste ; il s’agit d’un choix tout à fait politique, car il aura pour tâche de mettre cette grande institution financière internationale au service de la campagne de « démocratisation » de Bush.


Mercredi 23 Mars 2005


Plusieurs quotidiens britanniques, ainsi que le Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Süddeutsche Zeitung, ont mis en avant les conceptions philosophiques de Wolfowitz, ancien élève du philosophe néo-conservateur Leo Strauss, qui a également étudié auprès d’Alan Bloom et d’Albert Wohlstetter. Il fut le premier à envisager publiquement la possibilité que les Etats-Unis lancent des attaques nucléaires sans devoir craindre de représailles, réflexions qui lui ont valu le surnom de « Dr Folamour ». Le Süddeutsche Zeitung mentionne son rôle central dans la rédaction du « Guide de planification de défense » de 1992 qui appelait à un ordre mondial dans lequel l’ONU ne jouerait aucun rôle marquant. L’actuel numéro deux du Pentagone et son supérieur hiérarchique, Donald Rumsfeld, ont aussi encouragé l’Office of Special Plans, qui a préparé la guerre d’Irak.

Dans son édition du 17 mars, le New York Times reconnaissait que Wolfowitz allait utiliser la Banque mondiale pour assommer les nations. Le quotidien rappelle qu’il avait écrit un jour « qu’une grande leçon de la Guerre froide pour la politique extérieure américaine était "l’importance du leadership et en quoi il consiste : non pas à donner des leçons, à prendre position et à exiger, mais à démontrer que vos amis seront protégés et qu’on s’occupera d’eux, que vos ennemis seront punis et que ceux qui refusent de vous soutenir le regretteront" . »

En revanche, le Wall Street Journal, en soutenant sa nomination, écrivait que cet « intellectuel de la sécurité "néo-conservateur" » pourrait sans doute apporter « son expertise » à la finance internationale. En Indonésie et aux Philippines, « il a constaté avant la plupart des gens, et en a parlé publiquement, la nécessité que les dictateurs planifient une transition démocratique. Dommage qu’ils n’aient pas écouté son conseil. En fait, ce sont les dictateurs du monde qui sont les principales causes de la pauvreté. Et il nous semble que s’il est une personne qui puisse affronter les Robert Mugabe du monde, c’est celui qui a confronté Saddam Hussein », conclut le quotidien de Wall Street.

Dans le reste du monde, la majorité des réactions étaient résolument négatives. Le bureau du secrétaire d’Etat britannique au Développement international a déclaré qu’il fallait « voir s’il y aurait d’autres candidats, vu qu’il faut suivre un processus dans lequel les considérations des pays en développement sont importantes. C’est le conseil d’administration de la Banque qui prend la décision ». Le personnel de la Banque mondiale, après avoir rencontré la direction, a demandé à avoir son mot à dire. La présidente de l’Association du personnel, Alison Cave, a envoyé un courriel aux membres, précisant : « Tout en prenant acte que la sélection et la confirmation du prochain président de la Banque mondiale sont la prérogative des actionnaires, le personnel demande à ce que son opinion soit sérieusement prise en compte par les décideurs. » Une des questions controversées a trait à la relation entre Wolfowitz et son amie, la féministe arabe, Shaha Ali Riza, qui travaille comme conseillère à la communication pour le département Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Clare Short, ancien secrétaire d’Etat britannique au Développement international, a déclaré : « C’est vraiment choquant. C’est comme s’ils tentaient de détruire nos systèmes internationaux. Ils ont nommé un homme qui n’a aucune expérience dans le développement, qui a été derrière la guerre d’Irak et était responsable, au Pentagone, de l’Irak après la guerre - et c’est un désastre complet et absolu, la pire situation post-conflit que nous ayons eue dans le monde depuis très longtemps. »

De son côté, John Kerry a déclaré : « Après les erreurs de calcul graves et répétées du ministre adjoint Wolfowitz concernant les coûts de la guerre d’Irak et les risques que l’Amérique y rencontrerait, je ne crois pas que ce soit la bonne personne pour diriger la Banque mondiale. » Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, commentait : « La Banque mondiale deviendra une fois de plus une institution haïe. Ceci pourrait provoquer des manifestations dans les rues et de la violence à travers le monde en développement . »

Pour la ministre allemande du Développement, Heid Wiezoreck-Zeul, « l’enthousiasme dans la vieille Europe est très limité ». John Cavanaugh, directeur de l’Institute for Political Studies, a déclaré que Wolfowitz suivait les pas de Robert McNamara, « qui, lui aussi, avant d’obtenir ce poste, avait aidé à tuer des dizaines de milliers de gens dans un pauvre pays que la plupart des Américains seraient incapables de situer sur la carte ».

Jeffrey Sachs, directeur du Projet du millénaire contre la faim et la pauvreté de l’ONU, a déclaré : « Il est temps que d’autres candidats se présentent qui ont de l’expérience dans le domaine du développement. Nous avons besoin d’une personne forte d’une expérience professionnelle dans la lutte pour aider les gens à échapper à la pauvreté, ce que Wolfowitz n’a pas . »

Les organisations humanitaires qui travaillent avec la Banque mondiale sont particulièrement inquiètes. Peter Hardstoof, du Mouvement pour le développement mondial, a déclaré qu’il s’agissait d’« une nomination véritablement terrifiante ». L’Agence catholique du développement outre-mer, à Londres, a accueilli cette nomination avec « appréhension ». Leur directeur des relations publiques, George Gelber, disait : « Si vous prenez l’Afrique, par exemple, son souci principal a été la guerre au terrorisme. Dans le domaine du développement, il est inconnu . »

Abdel Bari Atwar, rédacteur d’Al Qods al Arabi, a déclaré que sa nomination était « une provocation du gouvernement et des néo-conservateurs américains contre le tiers monde, en particulier contre les Arabes et les musulmans ».


http://solidariteetprogres.org/spip/sp_article.php3?id_article=1683


Mercredi 23 Mars 2005


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