RELIGIONS ET CROYANCES

LES SILENCES DE BENOÎT XVI; CARITAS IN VERITATE


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Samedi 18 Juillet 2009

LES SILENCES DE BENOÎT XVI; CARITAS IN VERITATE
Lire Benoît XVI n’est pas toujours chose facile. L’intellectuel qu’il est sait manier les mots, les concepts qui s’y rattachent et les logiques qui les mettent en interrelation les uns aux autres. Il a l’art de la sémantique et des sous-entendus qui viennent renforcer les objectifs de son discours. Il sait mettre l’accent sur certains points et en diluer d’autres dans un ensemble de considérations qui en relativisent l’importance. Plus que tout, il y a de ces silences sur des réalités qui viendraient normalement illustrer merveilleusement bien son propos sur l’Amour dans la Vérité, mais il s’en garde bien.

1. JEAN XXIII ET PACEM IN TERRIS
Dès l’introduction, le lecteur est frappé par l’absence de références explicites au Pape Jean XXIII et à son encyclique PACEM IN TERRIS. Ses principales références seront prises chez Paul VI et Jean-Paul II. Un relevé des 159 notes de bas de pages, données en référence, indique que trois se réfèrent à PACEM IN TERRIS. Dans les trois cas, Benoît XVI, ne mentionne pas PACEM IN TERRIS. Il se contente d’un renvoi, indiqué par un chiffre, sans que le lecteur sache qu’il s’agit d’une référence à PACEM IN TERRIS. Dans un seul cas (p.67), il mentionne Jean XXIII, de vénéré mémoire. Ces trois références sont en relation avec la nécessité de réformer les Nations Unies et d’en arriver à la constitution d’une instance internationale avec des responsabilités et des pouvoirs pour assurer le BIEN COMMUN à l’échelle de la planète.

Pourquoi ce silence sur une encyclique qui a rejoint tellement de monde et de mouvements sociaux, en dépit du fait que bien des pays et, on pourrait presque dire le Vatican lui-même, l’aient mises sur les tablettes ? Cette encyclique qui parle des droits et des devoirs a su mettre en évidence l’importance des États pour assurer et gérer les exigences du BIEN COMMUN. Dans un langage simple et accessible à la grande majorité, Jean XXIII a su indiquer, entre autres, que les libertés individuelles ne pouvaient pas être absolues et qu’elles devaient se soumettre aux exigences de ce Bien commun. De nombreux passages de cette encyclique gardent toute leur actualité et trouvent dans certaines régions du monde et dans certains pays des mises en application de ses principes et objectifs.

2. LE SOCIALISME DU XXIème siècle


Nous savons tous que l’Amérique latine est une des régions du monde où l’Église catholique compte le plus grand nombre de fidèles. Elle est, comme dit Saint Paul, le Corps du Christ aux multiples dons avec à sa Tête, le Christ. Au N. 21 de son encyclique, Benoît XVI rappelle les grandes attentes de Paul VI dans son encyclique POPULORUM PROGRESSIO et constate qu’elles n’ont pas été réalisées.

« Paul VI avait une vision structurée du développement. Par le terme « développement », il voulait désigner avant tout l’objectif de faire sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de l’analphabétisme. Du point de vue économique, cela signifiait leur participation active, dans des conditions de parité, à la vie économique internationale; du point de vue social, leur évolution vers des sociétés instruites et solidaires; du point de vue politique, la consolidation de régimes démocratiques capables d’assurer la paix et la liberté. Après tant d’années, alors que nous observons avec préoccupation le développement des crises qui se succèdent en ces temps, ainsi que leurs conséquences, nous nous demandons dans quelle mesure les attentes de Paul VI ont été satisfaites par le modèle de développement qui a été adopté au cours de ces dernières décennies. »

Benoît XVI ne semble s’attarder qu’à un modèle de développement, passant sous silence les autres. L’actualité des divers modèles de développement qui se développent en Amérique latine est complètement mise de coté. Il y a Cuba qui a atteint des sommets dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la solidarité internationale et de la participation politique de tout un peuple grâce auquel il a su résister à ce jour à un blocus économique et politique criminel de la part de son voisin du nord. Il y a la Bolivie qui a fait des pas de géant pour devenir un pays libre d’analphabétisme et en voie d’assurer de plus en plus d’accessibilité aux soins de santé, à l’éducation et à la participation à la vie politique et économique des autochtones au passé millénaire . Il y a le Venezuela qui a développé le concept du Socialisme du XXIème siècle et qui reprend pratiquement à son compte les grands énoncés de l’encyclique PACEM IN TERRIS de Jean XXIII. Il y a l’Équateur, le Paraguay, le Nicaragua et le Honduras dont le Président vient d’être mis à la porte « manu militari » par les forces oligarchiques, qui développent également des modèles s’inspirant du socialisme du XXIème siècle. POURQUOI CE SILENCE? Serait-ce parce que la cupule ecclésiale de ces régions se solidarise avec ces oligarchies, habituées de faire la loi et de s’assurer que les institutions de l’État répondent à leurs attentes et intérêts? Pourtant ce sont des modèles qui se rapprochent des grands principes évangéliques, qui donnent à la démocratie son vrai sens et au Bien commun la place qu’il doit occuper dans les priorités de l’État. Curieusement, la majorité de ces gouvernements sont dirigés par des croyants catholiques qui prennent à cœur la justice sociale, le respect des peuples et la solidarité internationale.

3. LA FORCE DE L’EMPIRE

Ce n’est plus un secret pour personne que les puissances économiques et politiques de notre Occident chrétien se mobilisent et n’ont pas l’intention de rendre les armes pour répondre aux impératifs du Bien commun des peuples et du monde. Ils ont intérêt à garder l’entière accessibilité aux richesses naturelles des peuples ainsi qu’à leur exploitation. Ils ne sont pas disposés à perdre leur pouvoir sur les institutions politiques et économiques des divers pays qui leur sont assujettis. Si la démocratie participative met en échec les démocraties traditionnelles, placées entièrement sous leur contrôle, ils n’hésiteront pas à utiliser les armes, la corruption, la cupule des églises, la désinformation systématique et le terrorisme, pour reprendre le contrôle de la situation et y régner en maître. Ils sont les premiers à vouloir garder leur emprise sur les Nations Unies par l’intermédiaire du Conseil de sécurité qui leur assure un droit de véto sur l’ensemble des 192 membres de l’Assemblée générale. POURQUOI ALORS NE PAS EN PARLER? Des milliers de vie humaine sont en cause. Il suffit de regarder ce qu’ils font actuellement au Honduras et ce qu’ils trament dans les autres pays de la région. Pourtant la grande majorité confesse leur foi en Dieu dont ils ne cessent d’invoquer sa bénédiction.

4. LES MOYENS DE COMMUNICATION

Un des thèmes principaux de l’encyclique de Benoît XVI est la VÉRITÉ. Bien que celle-ci n’ait fait l’objet d’aucune définition formelle, permettant de la reconnaître dans les milieux de vie et dans notre environnement international, elle n’en reste pas moins une référence qui doit nous rattacher à la réalité et à sa compréhension. Nous reconnaissons tous l’importance des moyens de communication et le rôle qu’ils jouent dans la diffusion de cette vérité, indispensable à toute participation politique responsable. Ce n’est qu’à la toute fin de son encyclique (N.73) que Benoît XVI y fait référence.

« Pour le bien et pour le mal, ils sont insérés à ce point dans la vie du monde, qu’il semble vraiment absurde, comme certains le font, de prétendre qu’ils seraient neutres, et de revendiquer leur autonomie à l’égard de la morale relative aux personnes. De telles perspectives, qui soulignent à l’excès la nature strictement technique des media, favorisent en réalité leur subordination au calcul économique, dans le but de dominer les marchés et, ce qui n’est pas le moins, au désir d’imposer des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques. »

En raison de l’importance des media et des techniques de communication, ce sujet aurait mérité un développement plus substantiel et une analyse plus circonstancielle de l’usage qui en est fait par ceux qui en ont le contrôle. Ils ont la capacité de transformer en saint un diable et de faire d’un diable un saint. Sous leur emprise, le mal peut devenir bien et le bien devenir mal. Il s’agit donc d’une question fondamentale qui va au-delà des simples intérêts économiques. Il suffit de penser à leur usage dans le secteur politique et social. Nous vivons dans un monde enveloppé de mensonges et nous nous taisons. L’information produite par les empires est complètement différente de celle obtenue sur le terrain. Il y en va de la Vérité au quotidien et aussi de la Vérité dans ce qu’elle a de plus sacrée : la liberté responsable. « La vérité vous rendra libre ». POURQUOI ALORS NE PAS EN AVOIR FAIT UN THÈME ACCOMPAGNANT CONSTAMMENT LE THÈME DE LA VÉRITÉ? Nous avons vu la capacité de créer la nouvelle lors des dernières élections en Iran et maintenant avec ce qui se passe au Honduras et dans les autres parties de l’Amérique latine. POURQUOI ÊTRE DEMEURÉ SI DISCRET SUR CET OUTIL QUI DOIT PORTER LA VÉRITÉ À TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ?

5. LA VOIX DES PROPHÈTES

Benoît XVI comme pasteur universel de l’Église n’est certes pas à lui seul l’Église. Saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens parlent des Apôtres et des Prophètes comme étant les fondations de l’Église.

« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. 21 C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. »

Benoît XVI ne sent pas le besoin de faire appel à ces voix chrétiennes qui se font entendre sur l’Église, le monde, la justice, la vérité et surtout sur le bon combat à mener à la suite de Jésus pour que le Royaume et l’homme nouveau deviennent réalité pour tous les hommes dans la plénitude de leur être. Il y a des prophètes qui témoignent comme ce fut le cas de Mgr Romero, de Don Elder Camara, de ces jésuites assassinées en Amérique centrale et de tous les autres, laïcs ou religieux, qui risquent quotidiennement leur vie pour la justice et la vérité. Il eût été intéressant que le Pasteur de l’Église universelle donne la parole à certains de ces prophètes dont la caractéristique principale est de n’avoir les mains liées avec aucun pouvoir. Benoît XVI a plutôt choisi d’être à la fois apôtre et prophète.

"En elle (doctrine), s’exprime la mission prophétique des Souverains Pontifes: guider d’une manière apostolique l’Église du Christ et discerner les nouvelles exigences de l’évangélisation." (N. 12)

"Éduquée par son Seigneur, l’Église scrute les signes des temps et les interprète et elle offre au monde « ce qu’elle possède en propre: une vision globale de l’homme et de l’humanité ». (N.18)

Heureusement que le prophète poursuit sa route et témoigne de la Parole de Dieu en discernant également les signes des temps. Il a l’avantage d’avoir l’écoute du peuple qui se reconnaît et reconnaît son sauveur dans ses propos.

6. LETTRE DE L’APÔTRE JACQUES

Dans le Nouveau Testament, nous avons le Sermon de Jésus sur la montagne qui nous parle des Béatitudes de justice, de paix, de sincérité, de solidarité, ainsi que la narration du Jugement dernier qui nous donne des indications pertinentes sur le comportement que nous devons avoir les uns envers les autres. Il y a aussi la Lettre de l’apôtre Jacques qui s’est avancé passablement sur la question de la foi et des œuvres. Pour Benoît XVI le développement sans la foi en Dieu ne peut conduire à la fraternité.

« La raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité. » (N.19)

Benoît XVI n’a pas jugé pertinent de mettre en relief cette affirmation en relation avec ce que nous dit l’apôtre Jacques à ce sujet.

« Mes frère, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise: Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il? Il en est ainsi de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même, Mais quelqu'un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j'ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile? » (Jc. 2, 14-20)

Oscar Fortin

Québec, le 17 juillet 2009

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Samedi 18 Juillet 2009


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