Néolibéralisme et conséquences

LES PRIX NOBEL D’ECONOMIE ET LA CRISE MONDIALE


Dans la même rubrique:
< >

Vendredi 9 Décembre 2016 - 08:29 SECURITE DES MOYENS DE PAIEMENT 



abderrahmane mebtoul
Mercredi 13 Octobre 2010

LES PRIX NOBEL D’ECONOMIE ET LA CRISE MONDIALE
En 2009 le prix Nobel d’économie a été attribué aux chercheurs qui ont
fait le lien entre l’efficacité des institutions, la bonne gouvernance et le
développement économique. En 2010 le prix Nobel a été attribué à des
recherches sur le marché du travail. Et la crise économique, non encore
terminée, parce que structurelle n’est pas étrangère à ces attributions.



I.- Les prix Nobel 2009 : l’efficacité des institutions et la bonne
gouvernance  


Le prix Nobel 2009 a été attribué pour les travaux sur les institutions et
la bonne gouvernance, ce terme « corporate governance », pouvant le traduire
par gouvernance d'entreprises, ayant au départ été utilisé dans les milieux
d'affaires américains. Par la suite, la notion de « urban governance »
s'est généralisée dans l'étude du pouvoir local et a fait par ailleurs son
apparition à la fin des années 80 dans un autre champ, celui des relations
internationales. Le terme de " good governance " est employé par les
institutions financières internationales pour définir les critères d'une
bonne administration publique dans les pays soumis à des programmes
d'ajustement structurel. Mais le pas décisif  de la recherche sur la bonne
gouvernance date des années 1990 en réaction à la vision, jugée techniciste,
du New Public Management où ont été mis en relief, à juste titre, que la
crise de l’État ne connaît pas seulement une crise interne touchant à ses
fonctions et à sa structure, mais concerne davantage la capacité de l’État
à asseoir sa légitimité ainsi qu’à formuler des politiques publiques en
phase avec les besoins socio-économiques. Ces théories ont pris en compte les
agents économiques opérant dans la sphère informelle, qui dans leur
conscience, fonctionnent dans un espace qui est leur droit avec des
codifications précises entretenant des relations complexes avec la sphère
réelle, nous retrouvant devant un pluralisme institutionnel/juridique
contredisant la vision moniste du droit enseigné aux étudiants. Comme
consécration de la recherche du rôle fondamental des institutions, en octobre
2009, le jury du Prix Nobel en Sciences économiques de l’Académie Royale
Suédoise des Sciences a choisi  le travail d’une femme, Elinor Ostrom, pour
« son analyse de la gouvernance économique, en particulier des biens communs
» et d’Olivier Williamson pour « son analyse de la gouvernance économique,
en particulier des frontières de la firme ». Ces apports théoriques à
portées opérationnelles montrent que les institutions ont un rôle dans la
société, déterminant la structure fondamentale des échanges humains,
qu’elles soient politiques, sociales ou économiques et qu’elles constituent
un des facteurs déterminants du développement économique de long terme. Sur
le plan opératoire, la version actualisée de l’année 2009 des indicateurs
de gouvernance dans le monde, établie par des chercheurs de la banque mondiale,
montre que certains pays progressent rapidement dans le domaine de la
gouvernance (D. Kaufmann,) tout en reconnaissant que les données font aussi
apparaître des différences sensibles entre les pays. Les progrès sont en
rapport avec les réformes dans les pays où les dirigeants politiques
considèrent la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme des
facteurs indispensables à une croissance durable et partagée.  



2.-Le prix Nobel 2010 : marché du travail et chômage  


Pour 2010 le prix Nobel d'économie a été attribué le 11octobre 2010 à
deux Américains et à un Britannique d'origine chypriote pour leurs travaux
sur l'influence de l'ajustement entre offre et demande sur certains marchés,
travaux ayant largement influencé les politiques publiques. Ces prix Nobel sont
Peter Diamond, 70 ans, est un ancien professeur de Ben Bernanke, l'actuel
patron de la Federal Reserve. Dale Mortensen, 71 ans, enseigne à l'université
de Northwestern. Il a publié des travaux reconnus sur les théories sur la
recherche d'emploi et le chômage frictionnel. Christopher Pissarides, 62 ans
enseigne à la London School of Economics étant un spécialiste des
interactions entre le marché du travail et les décisions prises au niveau
macro-économique. Pour situer ces apports, quoi ont une influence sur les
politiques publiques dont les agences de travail, il est intéressant de relater
brièvement les différentes théories de l’emploi. Selon la théorie
marxiste, l'exploitation provient du fait que le travailleur produit plus que
ce qui est nécessaire à la reproduction de sa force de travail. Selon le
courant néo-classique, le chômage provient des rigidités du fonctionnement du
marché du travail. Le travail est un bien comme un autre qui s'échange sur un
marché étant un arbitrage volontaire entre l’offre des salariés fonction du
salaire réel qui acceptent un taux de salaire minimum à partir duquel un
individu donné passe d'une offre de travail nul à une offre de travail
positive et la demande de l'entrepreneur fonction décroissante du salaire
réel. Si les conditions de concurrence pure et parfaite sont respectées sur le
marché du travail, il existe un niveau de salaire d'équilibre qui permet la
satisfaction de l'offre et de la demande de travail. Si l'offre de travail est
supérieure à la demande de travail, la baisse du salaire conduit certains
offreurs à sortir du marché du travail et des demandeurs à entrer sur le
marché. Il en résulte que le chômage est d'abord et avant tout volontaire.
Selon Keynes et à sa suite les keynésiens, le chômage n'est pas du à un
mauvais fonctionnement du marché du travail, les salariés ne pouvant offrir un
travail en fonction d'un salaire réel puisqu'ils ne maîtrisent pas les prix
des biens et des services, négocient le salaire nominal. Le niveau d'emploi
dépend des décisions des entrepreneurs qui cherchent à maximiser leur taux de
profit en fonction d'un univers incertain où ils anticipent l'offre et la
demande globale (consommation et investissement), pouvant ne pas correspondre au
niveau du plein emploi (situation de sous emploi d’où les plans de relance de
la demande par le déficit budgétaire). Selon les théoriciens du
déséquilibre, les prix des biens et des services ainsi que le salaire sont
fixes et que tout déséquilibre sur les marchés qu'ils soient des biens et
des services ou bien du travail entraîne un rationnement par les quantités,
raisonnant en économie ouverte ,la compétitivité sur les marchés extérieurs
influençant le niveau de la demande extérieure et le niveau du chômage
expliquant que bon nombre de firmes préconisent une plus grande flexibilité du
marché du travail et la délocalisation fonction du niveau du niveau de
salaire, le coût du travail trop élevé nuisant à la rentabilité des
investissements.  


Les prix Nobel 2010 s’inscrivent dans le cadre de la théorie dite du job
search développée par George Stigler dans les années 1960, qui permet
d'expliquer la coexistence entre un chômage volontaire et un chômage
involontaire, théorie qui a mis en relief la théorie du chômage prospectif,
l'individu procédant à un calcul coût-avantage lors de sa recherche
d'emploi. L’information étant imparfaite, il peut être avantageux pour lui
de prolonger sa période de chômage afin d'acquérir le maximum d'information
sur les postes disponibles. Le chômeur arbitrera    entre, le coût, dont la perte
de revenus pendant qu'il est au chômage, et la désincitation à reprendre un
emploi du fait de l'existence de l'indemnisation du chômage qui conduit
l'individu à augmenter sa durée au chômage et par la suite ses difficultés
à être embauché. Dans le prolongement de cette théorie, les prix Nobel 2010
ont montré que contrairement aux théories classiques qui stipulent que
l’offre s’ajuste à la demande déterminant grâce à une information
transparente, le prix du travail ne correspond pas à la réalité car existant
des frictions qui empêchent des acheteurs de satisfaire leur demande et
certains vendeurs d'écouler toute leur offre, pouvant exister un chômage «
frictionnel » ou d'attente, même en situation de plein emploi. Cela suppose
de comprendre en dynamique et à moyen et long terme, à la fois le comportement
du chômeur(plus les allocations chômage sont importantes, plus le taux de
chômage est élevé et la durée de recherche est longue) et le comportement
des entreprises dans la gestion des ressources humaines( stabilité du collectif
ou rotation) dont l’impact des mutations mondiales concernant l’adaptation
à la compétitivité par l’émergence de secteurs dynamiques de croissance.
Ces auteurs essaient de répondre ainsi à plusieurs questions lancinantes :
pourquoi y a-t-il autant de gens sans travail alors qu'au même moment il y a
de nombreuses offres d'emplois ? Comment la politique économique
influence-t-elle le chômage ? Aussi, l’importance de ces travaux est de
mettre en relief les liens entre les politiques macro-économiques et
macro-sociales et l’évolution du marché du travail y compris le niveau
d’indemnisation du chômage. Ces analyses s’inscrivent plutôt dans le cadre
des théories du déséquilibre faisant le pont entre la théorie keynésienne
et la théorie néo-classique, et non dans le cadre des théories de la
régulation française suite aux travaux de Robert Boyer- Michel Aglietta,
synthèse entre la théorie keynésienne et la théorie marxiste.


III-Les divergences des prix Nobel d’Economie face à la crise  


Dans son rapport publié courant octobres 2010, la banque mondiale note que le
pire de la crise financière est derrière nous et la reprise économique
mondiale est en cours, mais que cette reprise est fragile, l’ampleur globale
de la reprise et sa durabilité dépendant du redressement de la demande des
ménages et des entreprises. Pour preuve,  la faible reprise de la sphère
réelle, le nombre de sans-emploi dans le monde ayant atteint près de 212
millions en 2009, en raison d’une hausse sans précédent de 34 millions par
rapport à 2007, à la veille de la crise économique mondiale, a annoncé le
Bureau international du Travail (BIT) dans son rapport annuel sur les tendances
mondiales de l’emploi publié fin janvier 2010. S’appuyant sur les
prévisions économiques du FMI, le BIT estime que le chômage devrait rester
élevé en 2010, notamment dans les économies développées et l’Union
européenne où un surcroît de 3 millions de personnes pourrait grossir les
rangs des chômeurs en 2010. Qui dit chômage seul indicateur de la reprise de
la sphère réelle, dit baisse de la demande solvable qui se répercute sur le
niveau de l’appareil de production et l’Espagne le pays le plus frappé de
l’Europe avec près de 20% du taux de chômage est un exemple significatif. Et
le danger dans les années à venir est le risque  de conjonction de bulles
financières et de bulles budgétaires 2013/2015 à travers l’endettement
excessif des Etats. Pour l’Europe, à l’occasion de son séminaire européen
qui s’est tenu à Namur (Belgique) du 22 au 24 mai 2010 ADTM, la dette
publique européenne serait passée de 7300 à 8 700 milliards d’euros entre
2007 et 2009 et selon CMA DataVision, le G7, au 31 décembre 2009, totalise
30.000 milliards de dollars de dette publique depuis la crise, des déficits qui
commencent à inquiéter les marchés, des marchés nerveux, inquiets de la
situation excessive de l’endettement public de certains pays. Face à
l’ampleur de la crise, les prix Nobel d’Economie, pour les solutions, sont
divisés parfois avec des propositions contradictoires entre les partisans de
l’orthodoxie monétaire  et les partisans de la relance par le déficit
budgétaire. Et cela se constate à travers la lecture des revues
internationales entre les différentes doctrines économiques ayant des impacts
sur les politiques économiques entre les «keynésiens», les «marxistes»,
les «néo-libéraux» les «monétaristes» dont Milton Friedman( prix Nobel
d’économie)  et ses disciples , les Chicago Boys et les «Autrichiens» ,
chacune les événements économiques d’après leur conception de l’homme et
du monde. Cependant, la grande majorité des économistes s'accorde
aujourd'hui sur la nécessité d'asseoir la macroéconomie sur des fondements
microéconomiques, que voir les phénomènes de bulles et de surendettement est
une chose, anticiper les crises en est une autre et que les économistes sont
mal armés pour analyser le systémique et les phénomènes d'anticipation
collective qui provoquent une crise et que les économistes doivent avoir une
approche pluridisciplinaire et travailler plus avec les sociologues et les
spécialistes de l'opinion en intégrant les instituions et les forces sociales
d’où la relecture des œuvres de Karl Marx théoricien avant tout du
capitalisme.  

C’est que de mon point de vue, l’émergence d'une économie et d'une
société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration
de l'empire soviétique, l’apparition des pays émergents qui bouleversent la
carte géostratégique mondiale, remettent en cause la capacité des Etats-
nations à faire face à ces bouleversements. Les gouvernements à travers les
Etats Nations – et la crise actuelle en est la démonstration, sont désormais
dans l'impossibilité de remplir leurs missions du fait de la complexification
des sociétés modernes, de l'apparition de sous-systèmes fragmentés, de
l'incertitude liée à l'avenir et de la crise de la représentation
politique, d’où l’exigence de s'intégrer davantage dans un ensemble plus
vaste pour pouvoir répondre aux nouvelles préoccupations planétaires avec une
nouvelle régulation mondiale. L'Américain Paul Krugman néo-keynésien qui a
obtenu, en 2008, le prix Nobel d'économie pour ses travaux sur le libre
échange et la mondialisation dans sa conférence le 10 août 2009 à Kuala
Lampur (Malaisie) devant un forum international des chefs d'entreprise, à une
question posée, il affirmera humblement que les gouvernants et les économistes
sont désemparés faute d’un nouveau modèle tenant compte de la complexité
du monde actuel. Pour preuve de cette mésentente entre les économises des
propositions qui ne s’attaquent pas à l’essentiel lors des différentes
réunions du G20 tenues à Londres et à Pittsburg  représentant 85% du PIB
mondial et 2/3 de la population mondiale., ces réunions ont évité d’aborder
des sujets qui fâchent comme la suprématie du dollar, la refonte des relations
économiques et financières internationales. Elles ne sont pas parvenus à
avancer  sur des sujets aussi complexes tel que la protection de
l’environnement (suite logique du résultat mitigé de la réunion de
Copenhague), la régulation des produits dérivés, le projet d'une taxe sur
les transactions financières (divergence entre les USA et l’Europe à
Toronto) et le rythme de retrait des plans de relance. Ces difficultés posent
clairement la question de la méthode de gouvernance mondiale et du processus de
prise de décision à vingt pays. Or, outre le fait de se poser la question si
face à la crise mondiale qui est structurelle et non conjoncturelle, les
politiques contradictoires en l’espace de deux années, des dépenses
publiques dites néo-keynésiennes avec un rôle central à l’Etat régulateur
courant 2009 et celles plus monétaristes depuis le début 2010 avec les
restrictions budgétaire, s’avèreront-elles efficaces ?

Le prix Nobel d'économie de 2001 Joseph Stiglitz estime  que ces actions ne
sont  qu'une solution à court terme les comparant à «une transfusion
sanguine massive à une personne souffrant d'une grave hémorragie interne».
Aussi, l’objectif stratégique est de repenser tout le système des relations
économiques internationales et notamment le système financier mondial issu de
Breeton Woods en 1945 en intégrant le défi écologique, car en ce début du
21ème siècle, des disparités de niveau de vie criardes font de notre planète
un monde particulièrement cruel et dangereusement déséquilibré. Quand on
sait que, dans les 25 prochaines années, la population mondiale augmentera de
deux milliards d’individus - dont 1,94 milliard pour les seuls pays en voie de
développement - on peut imaginer aisément le désastre qui menace cette partie
de l’humanité si rien de décisif n’est entrepris. 

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d’Université-Economiste- expert
international

ADEMMEBTOUL@GMAIL.COM


Mercredi 13 Octobre 2010


Commentaires

1.Posté par gilblog le 13/10/2010 12:35 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Intéressant article, merci.
Une précision toutefois.
Le "Prix Nobel d’économie" n'a jamais existé.
Par contre, il existe un "Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel".
Faire bénéficier de l'aura du Nobel les théories économiques qui participent à la désinformation est une opération pas très honnête.
Alfred Nobel n'a jamais créé de Prix Nobel de l'économie, répétons le.
Cordialement,
gilblog

2.Posté par gustav le 14/10/2010 09:24 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Article intéressant. Il est à noter que les "nobel" de cette année ont été attribué à des idéologues. Chacun peu vérifier: il n'y a pas de corrélation entre le niveau de chômage et le niveau des revenus sociaux (sur le site de l'INSEE, on trouve les graphiques)

De ce point de vue, Maurice Allais avait une grande longueur d'avance dans ces analyses: les délocalisations d'entreprises pour accéder à des marchés où la main d'œuvre est au plus bas prix sont destructrices d'emploi. Et où l'on voit que la théorie des marchés est TOTALEMENT inadaptée à la vie en société ... voir aussi le cas de l'agriculture. D'ailleurs, il n'existe pas de marchés à proprement parlé. Les prix sont sur l'immense majorité des marchés décidés ... par les décideurs. On pourrait parler de fonctionnement d'offre et de demande peut-être sur le marché boursier ... mais là encore, les délits d'initiés étant la règle plutôt que l'exception (pour les très grosses fortunes), ce marché est vicié.

A quand une étude économique sur le lobyying et son impact sur le marché de l'emploi ... des volontaires ???

Par ailleurs, comme suggéré plus haut, le fondement structurel de l'impossibilité au capitalisme à fonctionner ... c'est la différence de niveau de vie entre les plus pauvres et les plus riches ... est-ce qu'un économiste va oser le démontrer mathématiquement ???

Jean-Marc

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires