Politique Nationale/Internationale

LES OPTIONS STRATÉGIQUES DANS L’ÈRE POST-CHENEY





Voici une version légèrement raccourcie du discours prononcé par Lyndon LaRouche le 6 décembre à l’occasion d’un séminaire privé de l’Executive Intelligence Review à Berlin.


Je vais soulever plusieurs points de la manière la plus succincte. Tout d’abord, considérons ce qui s’est passé aux Etats-Unis dans le courant de la semaine dernière ; il s’est produit un événement en politique intérieure comparable à celui du Serment du Jeu de Paume 1. Il se situe dans la tradition de Lafayette, même si Lafayette n’a pas eu, à l’époque, le courage d’aller jusqu’au bout, ou d’y amener le Roi.


Mardi 10 Janvier 2006

J’indiquerai ensuite de quelle manière nous en sommes arrivés à cet événement, ainsi que l’approche que j’ai du problème. J’expliquerai pourquoi les Etats-Unis, et eux seuls, doivent mener à bien ce parallèle moderne du Serment du Jeu de Paume - non pas ce qui s’est passé en juillet 1789, mais ce qui aurait dû se passer en juin. En Europe, il faut comprendre l’importance pour le monde entier des évènements actuels aux Etats-Unis. Car s’ils ne remplissent pas la mission implicitement définie dans les accords conclus et rendus publics la semaine dernière, j’ai bien peur que le monde n’ait plus aucune chance. Aucune autre nation au monde n’a les moyens de traiter le problème spécifique posé par la crise mondiale. Voyons les problèmes.

Depuis la présidence Nixon jusqu’à l’été 2004, le Parti démocrate américain était en voie de désintégration, car il s’éloignait de la tradition de Franklin Roosevelt. Cette tradition représentait l’essence de la civilisation européenne, telle qu’elle s’est développée depuis l’époque des pythagoriciens, qui avaient profité des idées de l’Egypte antique.

La base essentielle de cette évolution est la notion d’intérêt général. Il s’agit d’une conception très spécifique, qu’on appellerait aujourd’hui « science » : nous ne sommes pas des animaux (même si certains se comportent comme tels, notamment certains politiciens), mais des êtres humains. Etant humains, nous avons un pouvoir créateur qu’aucun animal ne possède. Aucun animal ne peut changer le comportement de son espèce par la découverte d’un principe physique universel. Seul un être humain le peut. Chacun d’entre nous a cette capacité, certains la développent, d’autres non. Et d’autres encore vont en sens inverse. Mais nous avons tous ce potentiel.

Alors que ce concept de la civilisation européenne avait été développé de manière exemplaire par les pythagoriciens, Thalès, Platon et d’autres, (...) une Athènes en dégénérescence morale se lança dans les Guerres du Péloponnèse [431-404 av. JC], sous l’influence d’une philosophie qui ressemble à celle qui domine actuellement en Europe et aux Etats-Unis : le sophisme. La vérité ne représentait plus un repère du comportement, elle était remplacée par la simple opinion sociale (faites comme vos voisins, sinon...). Ainsi, sous l’influence néfaste de l’opinion publique, la plus grande civilisation de l’époque s’autodétruisit dans ces guerres.

Cela s’est reproduit à maintes reprises au cours de l’histoire de la civilisation européenne. Nous avons eu des horreurs comme l’Empire romain, puis l’Empire byzantin, qui était une continuation du même mal, avec un peu plus de sophisme que chez les Romains. Il y eut ensuite une autre forme d’empire, aux alentours de l’an 1000 de notre ère : celui de l’oligarchie financière vénitienne. Avec le déclin de Byzance, Venise s’allia avec la chevalerie normande et celle-ci domina l’Europe à partir de 1000 jusqu’au grand effondrement du milieu du XIVe siècle, l’âge des Ténèbres. Au XVe siècle, la civilisation fut relancée avec la Renaissance, centrée autour de Florence. Tout ce qui représente la civilisation européenne moderne découle de là.

La décadence n’a pas disparu pour autant. En 1492, avec l’expulsion des Juifs d’Espagne par le Grand Inquisiteur, une longue période de guerres de religion s’ouvre, allant de 1492 à 1648, et faillit détruire l’Europe. Sans Mazarin et son collaborateur Colbert, la civilisation aurait disparu.

Mais il y eut ensuite Louis XIV, et ses relations avec la Fronde, l’ennemi intérieur traditionnel de la France. Ce roi s’est lancé dans une guerre contre la Hollande. Les Hollandais, d’abord persécutés, sont devenus néfastes et ressemblaient aux banquiers vénitiens. Ils se sont emparés petit à petit de l’Angleterre, d’où la montée de la philosophie libérale anglo-hollandaise, qui a détruit l’Europe de l’intérieur !

Tout au long de cette période, on a assisté à une lutte constante entre deux forces au sein de la civilisation européenne : d’un côté, la tradition de la Grèce classique, de Solon et des pythagoriciens en science, qu’il fallait maintenir et, de l’autre, le principe « oligarchique » ou « impérial ».

Les méthodes d’empire

Cela commence par un Empire romain en pleine décadence qui céde la place à l’Empire byzantin, autre forme de dégénérescence qui torpilla les efforts de Charlemagne pour bâtir la civilisation. (...) Puis il y eut l’alliance entre Venise et Rome durant la période des Croisades - un mal à l’état pur, et qui devait servir de modèle aux futures guerres de religion.

Aujourd’hui, certains proposent une guerre de religion entre l’Islam et l’Europe, qui n’est autre que la répétition de cette tendance. Ce sont les mêmes méthodes d’empire. Nous sommes devant une menace venant du même vieil ennemi, c’est le même mal que nous affrontons depuis Babylone. L’ennemi que nous avons aujourd’hui n’est pas une nation (tant que nous penserons que le problème vient d’une nation, nous ne pourrons ni le comprendre, ni le résoudre), c’est un mal qui domine la civilisation européenne et une bonne partie de la civilisation mondiale, notamment depuis 1971-72 et le changement du système monétaire international marqué par l’abandon du système de Bretton Woods.

Le monde est dominé par une forme vénitienne d’oligarchie financière internationale, qu’on appelle le « libéralisme anglo-hollandais », et qui saigne l’économie mondiale.

Considérons ce qu’on appelle les hedge funds, qui sont tout simplement des prédateurs. Certaines sociétés les feraient pendre pour ce qu’ils font : du vol. Profitant de la règle du marché libre (la « valeur aux actionnaires »), ils arrivent dans un pays et achètent immédiatement des actions d’une société. Puis, à titre d’actionnaires, ils exigent que la société accroisse ses profits et ses dividendes. Il faut couper ci, fermer ça, afin de convertir le capital productif en argent liquide - lequel sera ensuite réparti entre les actionnaires ! En conséquence, la société en question n’est plus qu’une coquille vide. Et avec l’argent volé, les fonds s’en vont piller une autre société, et ainsi de suite.

C’est exactement ce type de mentalité qui prévaut dans le système monétaire international actuel, miné par les produits dérivés financiers. C’est l’usure sous sa forme la plus extrême qui dirige le monde. Et l’Europe se laisse détruire par les accords de Maastricht. Elle ne survivra pas si elle ne les abroge pas ! Ils ont été conçus de façon à permettre le pillage de l’Allemagne, afin de soutenir les autres pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne, etc. L’Allemagne ne peut plus assurer ce rôle - elle n’a plus les moyens de le faire ! L’Europe est donc condamnée si elle maintient Maastricht. (...)

Les Etats-Unis sont une création européenne - dont la conception remonte au cardinal Nicolas de Cues, un dirigeant de la Renaissance du XVe siècle. Après la chute de Byzance, Cues propose que l’Europe entreprenne des voyages d’exploration à travers les océans, allant à la rencontre des peuples et lançant avec eux des programmes de développement. C’est grâce à ses plans, même s’il est mort entre-temps, que les Amériques furent découvertes - ou plutôt redécouvertes. Les documents produits par Cues et développés par ses collaborateurs tombèrent entre les mains de Christophe Colomb en 1480. Douze ans plus tard, ce fut la redécouverte du continent américain, avec lequel l’Europe avait été associée, bien, bien longtemps avant.

A partir de cette époque [de Cues], alors que l’Europe sombrait dans ses crises internes, la civilisation européenne regardait au-delà de l’océan et, avec le temps, s’intéressait de plus en plus à la colonisation anglophone en Amérique du Nord, comme un foyer où bâtir un Etat-nation dont la réussite permettrait de ramener en Europe même les fruits de la réforme. Et la lutte est engagée depuis ce temps-là.

Les Etats-Unis sont devenus une nation à l’issue de la « Guerre de Sept ans » en Europe. Afin de construire leur empire, les Anglais orchestrèrent cette guerre, dans laquelle les grands pays d’Europe continentale s’affrontaient et se détruisaient. A partir du Traité de Paris de 1763, la Compagnie britannique des Indes orientales devint de fait un empire !

Et toutes les guerres en Europe tournaient autour de cet enjeu. Napoléon fut un instrument des Britanniques, contrôlé par une secte franc-maçonne dirigée par Joseph de Maistre qui édifia la personnalité de Napoléon sur le modèle du Grand Inquisiteur de 1492. La France fut atteinte de la maladie napoléonienne, et l’Europe aussi. Elle servit de modèle au fascisme du siècle dernier. L’enjeu a toujours été le même : torpiller la tentative des Européens et des forces américaines luttant à leurs côtés de créer une nouvelle situation entre nations souveraines permettant enfin d’atteindre les objectifs originels de la civilisation européenne.

Les guerres napoléoniennes furent menées pour la plus grande gloire (et pouvoir) de l’Empire britannique ! C’est lui qui manipulait la politique en Europe. Prenons par exemple le cas de l’Allemagne : Bismarck était un homme politique intelligent, parrainé par un ami de la famille d’Heinrich Heine, James Rothschild. Diplomate chevronné, il devint ensuite chancelier de Prusse. A l’époque, les Etats-Unis avaient remporté la guerre de Sécession et mis en échec les Britanniques en battant la Confédération, leur entité fantoche, et en assurant que Maximilien soit évacué du Mexique. A partir de là, l’influence du système d’économie politique américain s’étend ; il est adopté par Bismarck en 1878. En France, après la chute de Napoléon III, certains éléments en sont repris. Le tsar Alexandre III adopte ce système. Quant au Japon, il sera transformé en un Etat-nation moderne, sous l’influence directe de l’économiste américain Henry Carey, le même qui avait contribué à amener Bismarck à appliquer les grandes réformes sur lesquelles se fondait la grande puissance industrielle allemande à cette époque.

Les Britanniques organisèrent alors la riposte- non parce qu’ils sont britanniques, mais parce que c’était l’empire - pour tenter de détruire l’Europe. Par conséquent, Bismarck fut remercié par le neveu du Prince de Galles [Guillaume II] ; Nicolas II, un sot, accéda au pouvoir en Russie et les arrangements entre Bismarck et son monarque, d’une part, et Alexandre III, d’autre part, furent rompus. Les Britanniques orchestrèrent ensuite ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale.

Les guerres du XXe siècle

Plus tard, ils orchestreront la Deuxième Guerre mondiale. Elle ne se développera pas de la manière dont ils l’avaient prévue, en raison des options différentes de certains généraux allemands et de Staline. L’attaque allemande se portera d’abord contre l’Ouest, et non contre l’Est. Et les Etats-Unis, par leur entrée en guerre, sauvèrent le monde.

A l’instant où Roosevelt est mort, le système qu’il avait mis en place fut détruit par son successeur Harry Truman, agent de ce que Churchill représentait. Nous avons alors traversé une période totalement inutile de menace de guerre nucléaire de 1945 jusqu’ aujourd’hui, en raison de la capitulation de Truman et ses amis face à Winston Churchill. Ils entendaient d’abord larguer les bombes nucléaires sur Berlin, mais l’Allemagne capitula avant. Ils les larguèrent alors sur Hiroshima et Nagasaki, reportant la signature de l’accord de paix qui avait été négocié par l’intermédiaire du Vatican. Puis, ils offrirent à l’empereur du Japon les mêmes termes que ceux qu’il avait négociés avec le Bureau des affaires extraordinaires du Vatican. Tout cela dans le but de transformer le monde en enfer.

Staline n’a jamais eu l’intention d’envahir l’Europe ! Il comptait sur l’accord passé à Yalta avec Franklin Roosevelt. Mais eux voulaient détruire cet accord. Roosevelt comprenait que le grand défi, à l’époque, était d’éliminer le colonialisme. Il s’agissait de libérer les pays sous influence et de les aider à se développer en tant que nations libres et indépendantes : d’éliminer une fois pour toutes le facteur d’impérialisme. (...)

Qu’ont-ils fait ensuite ? Ils ont bourré le crâne de toute une partie de la jeunesse de mon pays, une génération née entre 1945 et 1950. Une organisation, le Congrès pour la liberté de la culture, qu’on aurait mieux fait d’appeler Congrès pour la destruction de la culture, avait pour cible, en particulier, les 20 % de la population les plus riches. Toute une génération a été détruite, notamment les jeunes qui allaient devenir des cols blancs, vivant dans les banlieues résidentielles.

Après, ce fut la crise des missiles de Cuba en 1962, le départ d’Adenauer orchestré par les Britanniques, les tentatives d’assassinat répétées contre Charles de Gaulle, l’assassinat de Kennedy. Puis, ils lancèrent une autre guerre absurde, la guerre d’Indochine. C’était une folie qui dépasse l’imagination ! Une folie destinée, avant même d’être lancée, à briser les Etats-Unis et les corrompre.

Les jeunes se sont révoltés en 1968 - et étaient révoltants aux yeux des gens civilisés. Cela a miné la base de la tradition rooseveltienne, dans les partis démocrate et républicain. Il y a eu un coup de barre à droite - en réaction au comportement dégoûtant des soixante-huitards. Et Nixon fut élu président.

A cette époque, une tentative de coup d’état fasciste aux Etats-Unis a pu être déjouée. De la même manière que l’intention du 11 septembre 2001 était de mener à un coup fasciste. Puis la guerre d’Irak. Les idiots disent que le but de cette guerre était de la gagner. Mais non, le but était de détruire les Etats-Unis - et ils ont failli réussir.

Un tournant aux Etats-Unis

C’est dans ces circonstances que l’équivalent du Serment du Jeu de Paume s’est produit. Voici ce qui s’est passé.

Lors de la Convention du Parti démocrate, en juillet 2004, il y eut une sorte de réconciliation entre certaines personnes du Parti démocrate et moi. Cela ne veut pas dire que, avant cette date, tout le parti était contre moi, mais la majorité des dirigeants, qui étaient à la solde de Wall Street, l’étaient. Des personnalités financières bien connues de Wall Street m’ont toujours haï - la plupart de mes ennuis viennent de là, ainsi que de cretains cercles britanniques.

Mais alors [à la Convention], la crise économique étant visible ainsi que le danger d’un deuxième mandat pour Bush, il y eut donc réconciliation, dans un sens, entre une partie des dirigeants démocrates et moi-même. Puis à la fin août, ils se rendirent compte qu’ils avaient besoin de mon aide pour faire campagne. J’ai donc été impliqué dans la campagne de Kerry, mais c’était déjà trop tard. Kerry n’avait pas assez de « punch ». Il aurait pu gagner, mais seulement avec un esprit de combattant. Parfois, il faut vraiment se battre pour remporter des batailles politiques. Il faut surtout dire la vérité, sans la diluer ! Pour gagner des gens à votre cause, vous devez leur dire la vérité sans essayer de les manoeuvrer.

Le 2 novembre, grâce à la fraude et diverses autres manipulations dans l’Ohio, Bush fut officiellement réélu. (...) Le 3 novembre, au Parti démocrate, c’était la démoralisation totale, de Kerry jusqu’à la base. Le 9 novembre, j’ai eu une conférence Internet où je disais, en gros, au Parti démocrate : « Si vous êtes intelligent, vous pouvez faire de George Bush un canard boiteux avant même son inauguration. »

Et nous l’avons fait ! George Bush est un canard boiteux depuis le jour de son entrée en fonctions pour le deuxième mandat. Ce n’est pas Bush qui gouverne, ce sont d’autres forces qui contrôlent la situation.

J’ai dit : Bush va tenter de piller le système de retraites public au profit de Wall Street. Nous devons nous y opposer. Et ils ont accepté. Deux sénateurs, dont Barbara Boxer, ont agi en ce sens, lors de la certification.

Le 23 mai de cette année, il y avait une forte majorité de démocrates au Sénat qui s’était alliée à notre politique, et aussi suffisamment de sénateurs républicains pour former une combinaison bipartisane au Sénat, qui s’est maintenue depuis lors. Plus récemment, les sénateurs ont voté 98 voix contre 2 contre la torture, telle que les Américains l’infligent à Guantanamo et ailleurs. La bagarre était ouverte et le vice-président des Etats-Unis et ses cohortes ont défendu l’utilisation de la torture comme moyen légitime. Condoleezza Rice l’a défendue hier ici même, en Allemagne [le 5 décembre] ! Elle a prétendu que « les Etats-Unis n’ont jamais admis avoir pratiqué la torture ». Pourtant, si : Dick Cheney, qui fait fonction de Président, a fait campagne pour cela.

Ensuite vient le projet de loi sur le budget de la défense, actuellement bloqué à la Chambre des représentants, parce qu’il contient l’amendement présenté au Sénat par le sénateur McCain interdisant la torture. S’il n’y a pas encore eu de vote sur ce projet de loi, c’est parce que l’administration Bush-Cheney veut qu’il soit adopté sans l’amendement McCain 2. Concernant la politique de guerre en Irak, 403 députés - démocrates et républicains - l’ont répudiée.

Défendre le secteur de la machine-outil

Entre-temps, j’ai dirigé une lutte au sein du Parti démocrate et ailleurs pour faire comprendre aux Américains que General Motors avait l’intention de se faire mettre en faillite, pour se transformer en une simple société financière, tout comme l’ont fait US Steel et General Electric il y a quelques années.

Il est vrai que nous produisons trop d’automobiles, mais l’enjeu ici est l’intégrité de la nation en tant que pays productif. Aux Etats-Unis, la productivité est concentrée essentiellement dans un secteur (et il en va de même, en partie, en Allemagne avec les PMI) : non seulement dans le secteur de la technologie de pointe, mais celui de la machine-outil avec sa force de travail qualifiée. Le secteur de la machine-outil moderne, avec ses travailleurs, constitue la partie fondamentale de toute économie moderne. Si vous n’avez pas cette capacité, à grande échelle, vous n’avez pas d’économie moderne ! L’économie sera de deuxième ou de troisième rang. (...)

Aujourd’hui, les capacités en machines-outils sont surtout concentrées, aux Etats-Unis et en Europe, dans une petite partie de l’industrie aéronautique (...) et dans l’automobile, où on trouve la plus forte concentration d’emplois productifs qualifiés. Sans ce secteur de la machine-outil, une économie ne peut pas se développer de manière indépendante, car elle ne pourra pas produire de nouvelles technologies. On pourra faire des inventions, des découvertes scientifiques en laboratoire, etc., mais sans un secteur de machine-outil efficace et lié à l’industrie, il n’y aura pas de progrès économique.

La plus grande concentration de capacités en machines-outils se trouve dans l’industrie automobile. C’est ce qui nous reste de la formidable puissance productive que Franklin Roosevelt et Harry Hopkins ont mise en place, qui a étonné le monde pendant la Deuxième Guerre mondiale. Si nous la perdons, nous n’aurons plus d’économie nationale. Si l’Europe perd les PMI en Allemagne et les entreprises productives en France et ailleurs, elle se condamne à mort économiquement !

Pouvoir fabriquer un produit à partir d’esquisses ou de compétences qu’un autre pays vous prête ne représente pas l’indépendance. Chaque nation doit avoir ses propres capacités en machines-outils, avec lesquelles elle a les moyens de transformer une idée en une conception de fabrication et, de là, la produire effectivement. Chaque nation a besoin de cela.

Les banquiers ne sont pas d’accord, évidemment, et c’est la raison pour laquelle ils ne m’aiment pas beaucoup.

Un député de Californie, George Miller, a traité le problème du point de vue des retraites. Car tout le système de retraites privées est en danger actuellement aux Etats-Unis. (...) Mais j’ai toujours souligné que pour résoudre le problème des pensions-retraites, il fallait créer des entreprises viables. Cela veut dire que nous devons sauver l’industrie automobile, mais pas seulement pour la production de voitures.

A partir des capacités de l’industrie automobile, on peut produire des systèmes ferroviaires. L’Allemagne est en tête avec le Maglev et si une entreprise allemande passe un accord avec une contrepartie adéquate aux Etats-Unis, on pourrait mettre en place un système à lévitation magnétique relativement rapidement. Ce serait le plus efficace. Car nous avons, aux Etats-Unis, les capacités en machines-outils pour appliquer cette conception. C’est ce que la Chine a fait. Elle a choisi un projet de Maglev allant d’un quartier peuplé de Shanghai à l’aéroport, ce qui était faisable en termes de ses capacités propres et elle l’a réalisé en coopération avec les Allemands. Par conséquent, la Chine s’est dotée des débuts d’une capacité en Maglev, parce qu’elle a pris un projet auquel il fallait appliquer une technologie, et elle pourra ainsi en élargir l’application.

On peut bâtir un système de transports, on peut bâtir un système de production et de distribution d’électricité, on peut construire des centrales nucléaires... comme des petits pains ! Et il n’y a pas d’alternative à l’énergie nucléaire, dans quelque pays que ce soit. Une nation qui n’a pas droit à l’énergie nucléaire n’est pas souveraine.

Le Serment du Jeu de Paume

Voilà les enjeux essentiels. Nous en avons discuté au printemps, en été et en automne. Puis la direction du Parti démocrate au Sénat et à la Chambre a passé une bonne partie du mois de novembre à préparer un accord politique, cohérent avec ce que je réclame depuis un certain temps. C’était le « Serment du Jeu de Paume ».

Ce programme démocrate, que la présidente du groupe démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, a présenté [le 2 décembre], à l’université de Harvard, est disponible (...) sur Internet. Le député Miller, de par son travail sur la question des retraites, s’est intéressé à la question de la reconstruction économique. Entre-temps, certains industriels, tel que le PDG de Ford Motors, William Ford, se sont joints à la bataille.

Aujourd’hui une coalition essentiellement bipartisane mais dirigée par la direction démocrate au Sénat et à la Chambre - le parti anti-guerre - a pris l’initiative et des républicains se sont joints à eux, notamment sur la question de la guerre d’Irak et sur la torture.

Nous nous efforçons de reprendre le gouvernement. Pour ma part, j’insiste sur la nécessité de se débarrasser de Cheney, et ensuite, nous pourrons nous occuper de l’idiot à la Maison Blanche, relativement isolé.

Ce régime se meurt, ce n’est pas un régime puissant. Le Président est au bout du rouleau, il n’est pas capable, intellectuellement, de comprendre ce qui se passe. Cheney est certes un criminel et un assassin, mais pas particulièrement puissant, il n’est même pas un Adolf Hitler. Il est stupide ! C’est un bandit, un mafieux. Ses qualités sont celles d’un tueur à la solde du crime organisé. Tandis que le Président, avec sa maladie mentale, est contrôlé par trois femmes : sa mère Barbara, Condoleezza Rice, qui est un poids léger sur le plan intellectuel, et Karen Hughes, qui le maternait au Texas.

La situation est telle que, en poussant à fond les enjeux que j’ai mentionnés, nous pourrons changer la politique menée par les Etats-Unis. Mais nous avons besoin de la branche exécutive. On ne peut diriger une révolution avec le seul pouvoir législatif. La législature doit se situer dans le cadre d’un système présidentiel, car le pouvoir exécutif est analogue à celui du commandant en temps de guerre. On ne conduit pas une guerre à l’aide d’une assemblée, à moins qu’on veuille la perdre.

C’est donc le pouvoir exécutif qui doit prendre les décisions au jour le jour. Nous avons, aux Etats-Unis, des personnes pour le faire - dont certains viennent des rangs de l’Armée, du renseignement ou de la diplomatie : ce sont de très bons citoyens, ils ont de l’expérience, et nombre d’entre eux sont mes amis. Nous pourrions rassembler une équipe exécutive, qui rappelle, pour ceux qui connaissent l’histoire, celle de Roosevelt.

Globalisation : une forme d’esclavage

L’Europe, tout comme les Etats-Unis, est la victime de la vague de sophisme qui s’est imposée dans la période d’après-guerre. La Guerre froide a contribué au sophisme, car on ne disait plus la vérité. On disait ce qu’on voulait bien qu’on nous entende dire. On ne disait plus la vérité, on ne la partageait pas avec d’autres. Comme l’ancienne Athènes, l’Europe - et les Etats-Unis - sont devenus des nations de sophistes. C’est l’« image » qui compte, ou les relations publiques.

Dans ces circonstances, la politique ne s’occupe pas des mesures nécessaires mais se résume à ce qu’on pense pouvoir vendre. Mais les idées qu’on peut vendre sont, généralement, celles qui nous ont amenés au désastre, par exemple, la mondialisation. La civilisation et la mondialisation sont irréconciliables, car sans l’Etat-nation souverain, il ne peut y avoir de civilisation. C’est toute l’histoire de l’Europe, depuis la Grèce. Sans une souveraineté nationale, basée sur le principe d’intérêt général, il ne peut y avoir d’économie efficace, ni de gouvernement efficace.

Prenons le cas de l’Inde. Certains disent que l’Inde, comme la Chine, est un succès économique. Certaines dupes superstitieuses disent que la Chine et l’Inde sont une menace pour l’Europe, parce qu’elles vont s’emparer du marché mondial. Des bêtises ! Et tous ceux en Europe qui réfléchissent, savent que c’est absurde ! La mondialisation ne profitera à personne ! La mondialisation est une forme d’esclavage pour des pans entiers du monde.

En Inde, par exemple, 70 % de la population vit dans une pauvreté désespérée et qui ne cesse de s’aggraver - une pauvreté physique. Si l’Inde est un tel succès, pourquoi n’a-t-elle pas les moyens d’améliorer les conditions de vie des pauvres ? (...) Parce qu’aux prix auxquels elle doit exporter, elle ne gagne pas assez ! On a tendance à ne penser qu’aux revenus qu’un individu gagne. Mais ici nous avons affaire aux revenus physiques de toute la population. La productivité, la vie intellectuelle, les qualifications d’une nation concernent toute sa population et pas seulement la partie qui a un emploi. Une nation est une unité intégrée et l’ensemble de la population constitue sa productivité. Si 70 % d’une nation est condamné à la pauvreté, la nation ne pourra pas fonctionner (...).

Mais que se passera-t-il si nous insistons pour que l’Inde et la Chine reçoivent pour leurs produits des prix correspondant aux coûts de production aux Etats-Unis ou en Europe ? C’est ce qu’il faudrait faire. Ces pays n’ont pas le niveau de productivité que nous avons aux Etats-Unis ou en Europe. Ils veulent y arriver, mais pour cela, il faut établir une coopération dans le cadre de laquelle l’ensemble de la population, sur une génération ou deux, participe au progrès. Dès lors, il y aura une certaine parité au niveau de la productivité, à travers le monde. Il faut donc un système protectionniste !

Il ne faut pas manipuler la valeur des monnaies, c’est de la folie. Il faut parvenir à un accord international entre nations portant sur un système de type protectionniste comme celui de Bretton Woods. Il faut le calculer en tenant compte d’une amélioration du niveau de vie, qui profite à l’ensemble de la population, dans toutes les nations. Sinon, cela ne marchera pas.

Voilà où nous en sommes. Ceci pourrait être fait dès à présent ! Il ne sera pas possible de réaliser du jour au lendemain l’amélioration voulue des conditions de vie des peuples de cette planète. Mais en l’espace de deux générations, nous pouvons ! Nous pouvons adopter, dès maintenant, une politique allant dans cette direction.

Le modèle de la NASA

Nous avons discuté de deux modèles économiques. L’un est la mobilisation lancée par Roosevelt dans les années 30, qui a mené aux capacités dont nous disposions en 1940-41. Pour comprendre comment reconstruire l’économie mondiale aujourd’hui, il faut étudier la période, sous Roosevelt, depuis l’entrée en fonctions de [son proche conseiller] Harry Hopkins jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Le problème avec ce modèle, dans l’esprit de beaucoup, est qu’il correspond à des conditions de guerre. En réalité, ce n’étaient pas des conditions de guerre, mais de pré-guerre. Et c’est parce que, au moment où Roosevelt accédait à la Maison Blanche, on venait de faire d’Hilter un dictateur - deux semaines auparavant ! A partir de là, tous ceux qui étaient au courant de la politique savaient que la Deuxième guerre mondiale était inévitable. On ne savait pas quand, ni où et sous quelle forme elle éclaterait mais on savait qu’elle était inévitable.

La mobilisation de Roosevelt étant lancée dans ce contexte de pré-guerre, certains pensaient qu’en mettant en avant ce modèle à ce moment-là, des gens croiraient que les Etats-Unis se préparaient à une guerre - ou à un empire. (...)

L’autre est le modèle de la NASA. La décision, par Kennedy, de mettre un homme sur la Lune en l’espace d’une décennie, a représenté l’un des projets les plus grands de l’histoire moderne. C’est l’une des raisons pour lesquelles il fut assassiné. Et certaines personnes aux Etats-Unis dans les plus hautes sphères politiques ont été impliquées dans son assassinat, et dans l’effort pour le couvrir.

Pour ce qui est du modèle de la NASA, l’exploration de l’espace par l’homme n’est pas seulement un projet. Par là, l’homme affirme son identité en tant qu’être universel. L’homme est une créature dans l’univers, il fait partie de la création, il en est la partie créative. C’est là que nous devons chercher notre identité. Oui, nous avons besoin de nations souveraines pour fonctionner et de cultures nationales. Mais nous avons aussi une identité supérieure qui est notre nature d’être créateur de l’univers.

A partir de là, nous regardons le ciel et nous disons : « Qu’allons-nous faire là haut ? » Le système solaire va poser certaines inquiétudes dans un avenir proche. C’est nous qui en avons la responsabilité. Pas forcément ceux qui vivent actuellement, mais nos petits-enfants, nos descendants auront cette responsabilité. Et lorsque nous réfléchissons à cette tâche, nous nous élevons au-dessus des mesquineries. Nous commençons à nous rendre compte que nous sommes des êtres créateurs, au sein de la création.

C’est ce sens là qu’il faut renforcer, aux Etats-Unis et partout sur la planète. Il faut élever les gens, au-dessus de la petitesse. On voit partout la corruption, les maladies morales de l’humanité. Comment élever l’humanité pour qu’elle se conçoive dans sa vraie nature ? Pour qu’elle pense à quelle humanité va représenter ses descendants ?

Cette inspiration est nécessaire, car des objectifs que nous nous fixons, certains peuvent être atteints dans le court terme, mais d’autres ont besoin de plus de temps, de vingt à cinquante ans. Cinquante ans, ce n’est pas vraiment très longtemps.

Le Parti démocrate a amorcé le changement. Et l’ennemi aussi va avancer. L’ennemi n’est pas une nation, ce n’est pas la Grande-Bretagne, ce sont les banquiers. C’est l’oligarchie financière internationale qui est associée, dans notre souvenir, à l’amalgame vénitien. Que veut l’ennemi ? Il l’a signalé clairement.

Il se dit : « Nous avons des entités financières géantes qui sont plus grandes et plus puissantes que les gouvernements. Nous n’allons plus accepter les règles des gouvernements, nous allons gouverner. » Notre tâche est donc de neutraliser le pouvoir de ce succube financier.

De quelle manière ? Chaque grand système bancaire, en Europe en particulier et dans les Amériques, est en faillite. Il n’existe plus de banque réellement solvable. Elles sont toutes en faillite. Le système financier est en banqueroute - nous parlons de centaines de milliers de milliards de titres fictifs, sous forme de produits financiers dérivés. Le monde ne pourra jamais payer cette dette. Le système financier est en faillite.

Si nous le mettons en redressement judiciaire, nous aurons une chance. Reste à savoir si le gouvernement des Etats-Unis aura le courage d’imposer, encore une fois, un système similaire à celui de Bretton Woods et de générer, dans le cadre de ce système, le crédit qui est nécessaire pour les projets à grande échelle nécessaires pour l’exploration de l’espace et le développement de l’humanité ?

Voilà la situation. Elle est similaire à celle du Serment du Jeu de Paume. La résolution prise à cette époque représentait l’intention d’apporter, en Europe, ce que les Etats-Unis avaient réussi à faire en créant une république. Si la France avait pu se libérer - même dans les conditions qui lui avaient été imposées, sous influence britannique, dans la période 1782-1789 - d’un Jacques Necker, d’un Philippe Egalité, etc., alors elle aurait pris la tête de la dynamique pour propager, en France et en Europe, la même chose que la Révolution américaine, sous forme d’une monarchie constitutionnelle en l’occurrence. Cela ne s’est pas produit, les événements ont pris la direction contraire.

Mais aujourd’hui, nous devons revenir à cette intention. Nous en avons l’opportunité tant la crise est grave. L’ennemi ne dispose plus des solutions, en termes de puissance financière, qu’il avait par le passé. Par conséquent, nous nous trouvons devant la menace d’une crise d’effondrement général et la possibilité d’une grande victoire - ou d’un nouvel âge des ténèbres.

C’est aux Etats-Unis que nous devons prendre l’initiative pour que les autres nations puissent se regrouper derrière cet effort commun. Nous comptons en particulier sur les forces en Europe qui ont une certaine compréhension, certes limitée, de ce que sont les Etats-Unis, qui comprennent ce que nous sommes réellement : les Etats-Unis, ce n’est pas George W. Bush, ni Dick Cheney. Ce n’est pas Wall Street. Nous incarnons une longue tradition remontant à Solon d’Athènes. Cette tradition s’est exprimée aux Etats-Unis, et c’est pour elle que l’Europe s’est battue aussi dans ses efforts positifs. Voici donc le défi : c’est une situation analogue au Serment du Jeu de Paume, mais plus importante encore. Le sort de l’humanité dépend de ce que nous ferons. Réussirons-nous ? Je ne sais pas. Mais c’est la seule chose qui vaille la peine.

Notes

1. Le 20 juin 1789, un mois avant la prise de la Bastille, des députés du Tiers-état se réunirent dans la salle du Jeu de Paume, sous la direction du marquis de Lafayette et de Jean-Sylvain Bailly, et s’engagèrent à ne pas se séparer avant d’avoir établi une Constitution pour la France. En réaction, des agents de l’oligarchie, britannique et autre, se mobilisèrent pour provoquer une confrontation entre le Roi et l’Assemblée constituante, déclenchant ainsi le processus sanglant de la « Révolution » française qui allait mener au rétablissement d’un régime oligarchique.

2 Le 14 décembre, ce projet de loi a été adopté, 308 députés votant pour et 122 contre.



Solidariité et Progrès


Mardi 10 Janvier 2006

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