Géopolitique et stratégie

LES NON-DITS ET INSINUATIONS DES PROPOS DE THOMAS PERRIELLO


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Samy BOSONGO
Jeudi 25 Février 2016

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LES NON-DITS ET INSINUATIONS DES PROPOS DE THOMAS PERRIELLO
La tenue des élections avant fin 2016 est un enjeu majeur pour éviter au peuple congolais de revivre des guerres liées à la conquête du pouvoir, telle est la justification que donne l’envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs, Thomas Perriello, à son invitation à la classe politique congolaise à trouver un consensus pour organiser les élections dans «un vrai délai constitutionnel». Invitation lancée, le lundi 22 février courant, à la classe politique congolaise au terme de ses échanges avec, tour à tour, les présidents de deux Chambres du Parlement congolais.

D’une déclaration à une autre, l’officiel de l’Oncle Sam a estimé que toutes les structures du Gouvernement congolais étaient essentielles pour essayer de trouver une solution en cette période très cruciale du processus électoral congolais. A s’en tenir à ses propos rapportés par la radio Okapi, Washington considère que les prochaines élections constituent une opportunité importante et historique pour les populations de la RDC qui ont connu beaucoup d’années de guerres.
A l’approche de Thomas Perriello, l’occasion est maintenant offerte, rapporte notre source, aux Congolais de s’exprimer afin de décider de la voie à suivre pour un avenir plus sûr et radieux, mais également pour penser au développement économique de leur pays. Et la voie recommandée par l’officiel américain, quant à ce, est le dialogue dont il a évoqué la nécessité. Pour lui, en effet, d’après la radio onusienne, «Nous croyons qu’il faut que le pays trouve une voie de sortie. Et je pense qu’un dialogue, s’il est bien tenu, ça serait un moyen de trouver une bonne perspective afin d’organiser les élections dans les délais les plus constitutionnels qui soient.»

Contradiction apparente

Nous estimons qu’il y ait une contradiction ostensible dans les propos de Thomas Perriello qui exhorte au dialogue et qui, en même temps, lance l’invitation à la classe politique congolaise à trouver un consensus pour organiser les élections dans «un vrai délai constitutionnel». Dans la mesure où ce n’est que compte tenu des difficultés réelles à respecter le délai constitutionnel que le dialogue trouve sa justification de consensus entre acteurs politiques congolais pour ne pas mettre le pays à feu et à sang et pour se donner le temps requis pour préparer les meilleures élections possibles. C’est-à-dire, eu égard aux récentes expériences électorales congolaises, apporter des solutions satisfaisantes pour tout le monde à tous les problèmes en mesure de conduire à des contestations où aux troubles et émeutes après les élections. Si le consensus est trouvé dans l’intérêt de tout le monde, la RDC préservera ses acquis chers et ne connaîtra aucun remous. Les acteurs politiques ne feront pas des vagues en attendant le moment convenu au dialogue pour organiser les meilleures élections possibles. Dans l’expectative de ces élections, des mesures exceptionnelles seront prises pour contenter les uns et les autres, dans la paix et l’ordre, afin de ne pas ouvrir une brèche aux invasions militaires de tous les ennemis de la RDC, qui sont à l’affût d’une moindre empoignade entre les Congolais pour sévir contre eux et leur pays.

Quand Thomas Perriello parle d’un vrai délai constitutionnel, il est facile de comprendre qu’il croit qu’il y a un faux délai constitutionnel. Ce qui soulève toute la problématique liée à la souveraineté réelle de la RDC qu’énerve et bafoue l’administration américaine. Si les Congolais lèvent un consensus, ils sont libres de s’y conformer, même si ce n’est pas la volonté des Américains. Et il ne sied pas à l’administration Obama de décider en lieu et place des Congolais. Du reste, l’aide américaine pour organiser les bonnes élections en RDC reste minime. Bien au contraire, l’administration Obama trouble les Congolais en ne leur prescrivant que des logiques inadaptées à leurs réalités, et en taxant certaines élections de plus importantes que d’autres. Au rebours de la démocratie qui ne se réalise mieux que si toutes les élections sont organisées.

C’est quoi donc la priorité américaine dans ce cadre ? Réaliser une alternance en RDC le plus vite possible pour mettre à sa tête leur marionnette qui va satisfaire leurs intérêts plutôt que ceux des Congolais. C’est alors que, dans leur impatience de se débarrasser de Joseph Kabila, jugé souverainiste et accusé de collaborer avec la Chine, ils ne s’en tiennent qu’aux élections grâce auxquelles ils vont atteindre leurs objectifs en RDC. L’histoire de la RDC est très accusatrice contre les Américains qui s’activent à gérer la RDC au gré de leurs intérêts plutôt qu’à ceux des Congolais. C’est le lieu de rappeler l’histoire de Lumumba, tué, non pas parce que les Congolais ne voulaient pas de lui, mais parce que les intérêts de la meute des néocolonialistes occidentaux étaient incompatibles avec le nationalisme de Lumumba.

Thomas Perriello justifie mal son invitation

En déclarant que « La tenue des élections avant fin 2016 est un enjeu majeur pour éviter au peuple congolais de revivre des guerres liées à la conquête du pouvoir », l’officiel américain justifie mal les guerres qui ont eu lieu en RDC depuis son indépendance. L’histoire de la majorité des guerres de la RDC montre la main impérialiste derrière elle. Les Belges ont fait la guerre au premier gouvernement congolais dirigé par Emery Patrice Lumumba lors qu’ils ont détaché la riche province du Katanga du reste du Congo. Quand, après la mort de Lumumba, les nationalistes ont conquis le pays, Mobutu soutenu par les Occidentaux, notamment par les USA, a écrasé tous les mouvements nationalistes. C’est un secret de polichinelle que ce sont les USA qui ont aidé l’AFDL à chasser Mobutu, non pas que M’zee voulût conquérir le pouvoir, mais parce qu’il fallait un coup d’Etat institutionnel contre la RDC et que le fameux plan de la formation de l’empire Himma-Tutsi devrait se matérialiser. Après la guerre de l’AFDL, sont venues les guerres, ou plutôt les agressions, du RCD/Goma, du MLC, du CNDP, puis du M23, toutes compliquées par les milices étrangères qui doivent décourager les Congolais de l’Est de vivre sur leurs terres. Afin qu’ils les abandonnent au profit des peuples que les conspirateurs de la balkanisation de la RDC veulent établir sur ces terres.

Il est même possible de prendre ces propos de Thomas Perriello pour une menace maligne de l’administration Obama. Beaucoup porte même à croire que si le dispositif du Front citoyen 2016 mis en place par elle, échoue dans sa mission d’évincer Joseph Kabila du pouvoir, l’administration Obama a prévu, dans son agenda caché, une guerre en RDC dont l’objectif serait de déchoir manu militari Joseph Kabila.

Si les Américains se disent démocrates et respectueux des libertés et droits de l’homme, ils doivent laisser les Congolais décider librement de leur devenir. Il ne leur appartient pas de leur dicter des logiques à utiliser pour les seuls profits américains. Les Congolais sont capables de s’entendre en considérant leurs intérêts sans déconsidérer les intérêts occidentaux pour éviter à leur pays un chaos inutile. Il sied donc aux Américains de cesser d’alimenter des animosités et des divisions entre Congolais, de nourrir leur susceptibilité et intransigeance politiques qui prépareraient le lit à une guerre dont l’objectif ne serait que de mettre à la tête de la RDC un voyoucrate de sang pur.

Samy BOSONGO


Jeudi 25 Février 2016


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