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LE PAPE EN PALESTINE : Comment défendre les justes causes


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Le gouvernement israélien fascisant a l’intention de tirer le maximum de profits de la visite de Benoît XVI, en essayant d’obtenir de lui tout ce qu’il faut de reconnaissance et de repentance pour les souffrances infligées aux Juifs au siècle dernier. La tâche s’annonce particulièrement malaisée de ce point de vue, quand on sait que le chef de l’Eglise catholique romaine, en fidélité aux principes du Vatican a plutôt une position conforme au droit international. Mais, il y a le risque que tout sera fait pour que les souffrances infligées par Israël au peuple palestinien soient traitées par des euphémismes et passées sous silence par la caravane médiatique qui accompagnera Benoît XVI.


fadaoudi@gmail.com
Lundi 4 Mai 2009

LE PAPE EN PALESTINE : Comment défendre les justes causes
«Votre voix peut contribuer à ramener plus de compréhension, à faire reculer la loi du plus fort et la logique inique de la colonisation»

Cette visite n’est pas anodine, elle est symboliquement chargée d’enjeux, même si un religieux ne peut changer la donne.

Le pape se rend au Proche-Orient, en «terre sainte», ce début mai, du 8 au 15. Les Israéliens diront c’est une visite officielle en Israël, pour en tirer profit. Les colonisés palestiniens comment doivent-ils l’interpréter? Heureusement, le pape commence sa visite en Jordanie. Dira-t-il une parole de vérité face au drame palestinien, ou s’accommodera-t-il d’un contexte inique et explosif? Cette visite n’est pas anodine, elle est symboliquement chargée d’enjeux, même si un religieux ne peut changer la donne. L’armée israélienne récemment est intervenue à Bethléem, pour stopper les préparatifs d’accueil du pape Benoît XVI au camp de réfugiés d’Aïda. Elle a ordonné l’arrêt de la construction d’un podium où Benoît XVI doit prendre la parole. Le lieu se trouve à quelques mètres seulement de la grande muraille d’annexion et de la honte. Le camp de concentration d’Aïda et les cinq mille Palestiniens qui s’y entassent sont encerclés par le béton et les miradors israéliens sur trois des quatre côtés du camp.
La soldatesque israélienne a affirmé que le camp d’Aïda fait partie de la zone «C», de la Cisjordanie occupée, à savoir une zone sous juridiction militaire israélienne, et qu’on ne pouvait donc rien construire sans permission de l’Etat juif. Ce qui est un mensonge, un de plus, puisque les cartes des Nations unies montrent qu’Aïda fait partie de Bethléem, et appartient de ce fait à la zone «A», dite autonome palestinienne.
Le gouvernement israélien fascisant a l’intention de tirer le maximum de profits de la visite de Benoît XVI, en essayant d’obtenir de lui tout ce qu’il faut de reconnaissance et de repentance pour les souffrances infligées aux Juifs au siècle dernier. La tâche s’annonce particulièrement malaisée de ce point de vue, quand on sait que le chef de l’Eglise catholique romaine, en fidélité aux principes du Vatican a plutôt une position conforme au droit international. Mais, il y a le risque que tout sera fait pour que les souffrances infligées par Israël au peuple palestinien soient traitées par des euphémismes et passées sous silence par la caravane médiatique qui accompagnera Benoît XVI. D’où les pressions sionistes pour que la halte à Bethléem se limite à une visite de l’Eglise de la Nativité. J’ai donc pris la décision d’écrire de nouveau au pape pour l’alerter et le sensibiliser sur la tragédie du peuple palestinien.
Votre Sainteté, à juste titre, vous encouragez le dialogue et la bonne entente entre les trois religions abrahamiques et entre les communautés respectives. Vous aviez proclamé avec clarté maintes fois, comme à Istanbul en novembre 2006, la nécessité d’appliquer le droit international en Palestine. Lors de la guerre contre Ghaza vous aviez aussi exprimé votre réprobation. A la veille de votre voyage aux Lieux saints, nous attirons votre souveraine attention sur la question palestinienne. Des chrétiens d’Orient et d’Occident regrettent que vous ayez maintenu votre visite en Israël après les crimes commis par l’armée israélienne durant la guerre de Ghaza, suivie par l’arrivée au pouvoir d’une droite sectaire alliée à l’extrême droite, opposée à la paix, compromis entre des ambitions de pouvoir au service d’un nationalisme à courte vue. Certes, nous comprenons qu’il faut poursuivre le dialogue entre l’Eglise catholique et le judaïsme auquel légitimement vous tenez. Vous savez qu’il ne faut jamais se contenter du récit du dominant.
Le discernement est l’art des justes et nous savons que votre lucidité est celle de l’homme de paix. Il ne peut y avoir de paix sans justice. Nul ne peut prendre comme prétexte les dérives des extrémistes politico-religieux et les archaïsmes dans le monde musulman pour fuir ses responsabilités. L’Amour de Dieu et du prochain ne peuvent rester lettre morte. Aujourd’hui, le Palestinien est opprimé, colonisé, meurtri. L’humanité est confrontée aux défis des dérives du monde dominant qui déshumanise, aux injustices qui poussent au désespoir et à l’instrumentalisation de la religion qui porte préjudice à nos valeurs communes. Des juifs considèrent le sionisme comme étant l’antijudaïsme. Tout comme l’islamisme est l’anti-islam et le néoconservatisme est l’antichristianisme. L’histoire atteste que les Arabes qui ont toujours accueilli et respecté leurs frères juifs n’ont aucun rapport avec l’effroyable holocauste et l’antisémitisme qui ont eu lieu en Europe. Il n’existe aucune solution militaire à la guerre coloniale en Palestine.
Cohabiter, négocier est la seule solution. Reste à tirer les leçons pour que chacun travaille ses points d’aveuglement. Les lignes d’une paix honorable sont connues, il n’y a plus d’alibi pour, une fois encore, en détruire les chances. Pour leurs responsabilités passées et présentes dans l’équilibre du monde, l’Europe et les chrétiens doivent peser de tout leur poids pour que les enfants juifs, chrétiens et musulmans de Palestine et d’Israél, aient enfin droit à une vie normale dans des sociétés qui ne soient plus dominées par la peur et la haine. Un compromis pour la paix juste est possible. Le monde arabe a pris conscience que durant des décennies il n’a pas su dialoguer. Un plan de paix a été examiné en 1991 à Madrid, accepté par les Arabes, puis approfondi lors de la négociation d’Oslo (1993), ensuite inachevé à Taba (2001), puis relancé par l’Initiative pertinente arabe (2002) qui propose une normalisation avec Israël sur la base de la paix en échange de la terre occupée par la force depuis 1967. L’Organisation de Libération de la Palestine a amendé sa Charte et reconnu l’État d’Israël depuis 1988 et les Palestiniens survivent aujourd’hui sur seulement 8% des territoires qui leur reviennent. La description de Hamas comme un mouvement «terroriste» ne correspond pas à la réalité. Le Hamas est un mouvement de résistance, qui est entré dans le jeu politique, abandonnant le recours aux attentats terroristes. Il défend la solution de deux Etats dans les frontières de 1967. La politique de confrontation pratiquée par Israël renforce les tendances radicales chez les peuples, israélien et arabes, ce qui favorise le désespoir.
La société civile arabe est disposée au vivre-ensemble. La communauté internationale sait que le droit est du côté des Palestiniens, d’autant que plus de 60 résolutions de l’ONU, restées lettre morte, en sont le reflet. Pourtant, la tragédie continue. Ce qui s’est passé à Ghaza et le risque que cela se répète, dans une sorte d’immonde solution finale génocidaire, obligent à dire que l’injuste colonisation doit cesser. C’est ce que diraient sans l’ombre d’un doute le Messie et tous les prophètes, qui ne chercheront pas à renvoyer dos à dos le colonisé et le colonisateur. La relance d’un plan de paix définitif, par une négociation entre toutes les parties concernées, sous l’égide des Nations unies et des USA: l’État d’Israël, l’Autorité palestinienne et le Hamas - élu en 2006 est incontournable. Les autorités morales, et Votre Sainteté à leur tête, ont pour noble devoir de contribuer au règlement de cette question centrale qui détermine l’avenir des relations internationales. Cela implique la fin du blocus de Ghaza et de Cisjordanie, le démantèlement des colonies, la restitution des territoires occupés depuis 1967, la démolition du mur de la honte, de l’apartheid, dit «de sûreté», dénoncé par les instances internationales dont l’Union européenne, et une négociation sur les questions sensibles, comme le partage de Jérusalem, ville sainte de nos trois religions, aujourd’hui violentée. Les questions concernant le Moyen-Orient sont en général décrites en termes d’euphémismes trompeurs: on confond sans cesse l’opprimé et l’oppresseur. Les dirigeants d’Israël s’acharnent à réaliser l’impossible: détruire la résistance palestinienne. Le contrôle de la Cisjordanie et de Ghaza et au-delà de toute la région, est l’objectif des élites politiques d’Israël depuis 1967, au détriment de la paix dans le monde et de la pérennité des valeurs abrahamiques.
Quiconque dans le monde est aujourd’hui sincèrement, à la fois, attaché aux droits légitimes des peuples palestinien et israélien - un Etat viable et souverain pour le premier, une sécurité garantie pour le second - ne peut qu’être atterré par la politique israélienne. La politique d’Israël a pour effet de faire régresser la réflexion et, partant, de saboter toute forme de rapprochement entre chrétiens et musulmans.
Des voix humanistes, juives, chrétiennes, musulmanes s’élèvent pour s’opposer à une guerre qui n’atteindra aucun des objectifs que lui assignent les Israéliens. Tant que le peuple palestinien n’aura pas son indépendance, la guerre sera totale dans les esprits en Orient. Les Palestiniens peuplaient depuis toujours la Palestine, et en furent expulsés. Cette histoire est aussi celle de l’Occident qui a abandonné ce peuple à son triste sort.
A cause de l’intransigeance des Israéliens, qui se fourvoient, trop de pourparlers sont jusqu’à présent allés d’échec en échec, en dépit des rares moments où l’on s’est pris à espérer que la raison l’emporte grâce à quelques visionnaires. Les problèmes et les dérives injustifiables qui suscitent insécurité et peur, relèvent des injustices, de la politique et de l’ignorance.
Si nous ne répondons pas à l’exigence de justice, les jeunes Palestiniens oubliés de la vie seront nombreux demain à être candidats à la mort, non par fascination nihiliste ou par fanatisme mais par conviction de n’avoir plus rien à perdre et pas d’autre moyen de faire entendre leur voix.
Pour mettre en pratique les principes de la foi, de la paix, les faire adopter, nous devons être solidaires de manière non sélective, des peuples qui souffrent.
Saint-Père, votre voix peut contribuer à ramener plus de compréhension, à faire reculer la loi du plus fort et la logique inique de la colonisation. Il s’agit de réinventer une nouvelle civilisation qui peut se dénommer celle de l’hospitalité, qui n’exclut ni le droit à la résistance ni le débat. Ce qui se joue est l’avenir de la liberté, du droit à la différence, du droit des peuples. Les déshérités palestiniens, chrétiens et musulmans et même des juifs, attendent de votre voyage une parole vraie et un signe fort.

Mustapha CHERIF
Philosophe algérien, membre du Forum mondial islamo-catholique.
www.mustapha-cherif.net.mustapha-cherif.net


Lundi 4 Mai 2009


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