Politique Nationale/Internationale

LE HEZBOLLAH, Parti politique ou organisation terroriste ?


L’alliance du Hezbollah avec le parti du général Aoun, et non la capture de deux soldats israéliens, est sans doute l’élément déclencheur de l’offensive israélienne


Farid@evhr.net
Jeudi 27 Juillet 2006

LE HEZBOLLAH, Parti politique ou organisation terroriste ?
La force du Hezbollah, fondé en 1982 en pleine guerre civile, réside dans l’opacité qui structure ce parti. «La résistance islamique au Liban ne dispose pas de bases militaires, ni de casernes», affirmait son leader Hassan Nasrallah. Les effectifs de sa branche militaire ne sont pas connus. Son budget est tenu secret. Et le type d’armes dont il dispose n’est pas dévoilé. Ce mouvement politicoreligieux chiite est le produit d’un double mouvement identitaire et politique. Identitaire, parce qu’il a réussi à exploiter le fait que les chiites, qui représentent près du tiers de la population libanaise, ont longtemps vécu sous un statut de seconde classe et que le parti Amal de Nabih Berri, miné par la corruption, ne défendait pas les intérêts de cette communauté. Politique, rassemblant plusieurs tendances — le «Amal islamique» (une dissidence d’Amal) et la branche libanaise du parti Daâwa —, il va rapidement s’imposer socio-politiquement et militairement en évinçant son rival chiite Amal du sud du Liban en 1987 et du sud de Beyrouth en 1988, n’hésitant pas à affronter l’armée syrienne alliée alors d’Amal, avant de se lancer dans une résistance armée contre l’occupation du sud du Liban par Israël entre 1990 et 2000.

Dans les zones qu’il contrôle, il impose un ordre social religieux comparable à celui de l’Iran des mollahs. Toutefois, ce sont les attentats suicides contre les Marines (200 morts) et les parachutistes français (58 morts), le 28 octobre 1983, attribués au Hezbollah, qui constituent son véritable acte de naissance, et cela bien qu’il ne les ait pas tout à fait revendiqués. Et bien qu’il s’en défende, il ne fait aucun doute que derrière le jihad islamique auteur d’une bonne partie des 150 rapts de ressortissants étrangers, dont le chercheur français Michel Seurat, se cachait le Hezbollah. Le Parti de Dieu est de ce fait vite catalogué de «mouvement terroriste». A partir de 1985, le Hezbollah fait sa mue politique et se transforme en mouvement de résistance politico-religieux, s’interdisant toute action paramilitaire — enlèvements ou attentats — à l’intérieur ou en dehors du territoire libanais. Il faut rappeler, à ce propos, que c’est à la suite des attentats du 11 septembre 2001 que le Hezbollah a été placé par Washington sur la liste des organisations terroristes, alors qu’il figurait sur celle des mouvements de libération. Et si l’Iran de Khomeini l’a aidé financièrement et militairement lors de sa création dans la plaine de la Bekaa, il serait faux de le considérer comme l’instrument des mollahs iraniens ou des «moukhabarat» (services secrets) syriens. En réalité, le Hezbollah s’est surtout affirmé comme force politique et militaire en prenant la tête de la résistance armée contre l’occupation israélienne du sud du Liban entre 1990 et 2000, non sans éliminer les autres composantes de la résistance, en particulier les groupes armés communistes à l’origine de cette résistance.

Dirigé par Hassan Nasrallah, le Hezbollah chapeaute plusieurs organisations caritatives : l’association Al-Jarih, qui aide les blessés et handicapés, l’association Al-Shahid, qui prend en charge les familles des «martyrs», et l’association Jihad et Binaa, qui réhabilite les sites détruits par l’armée israélienne. Il entretient également un vaste réseau d’écoles, de dispensaires et d’hôpitaux et dispose d’une radio et d’une chaîne de télévision, Al- Manar. Sur le plan politique, le Hezbollah s’est converti au pluralisme. Suite au scrutin législatif de 2005, il dispose d’un groupe de 28 députés dont 11 sont issus de ses rangs et siège au gouvernement où il dispose de trois portefeuilles ministériels, dont celui de l’Energie est occupé par un de ses dirigeants. Enfin et surtout, le 8 juin 2006, il a conclu une alliance politique, dite «Document d’entente», avec le Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun. Document qui stipule que le désarmement de la branche militaire du Hezbollah devra être décidé dans le cadre d’un «dialogue national». Cette alliance inattendue, qui avait pris au dépourvu le «camp anti-syrien», a radicalement modifié le champ politique libanais. C’est sans doute cette alliance — et non la capture de deux soldats israéliens — qui a été l’élément déclencheur de l’offensive militaire israélienne. Washington ne reproche-t-il pas au général Aoun d’avoir rallié le «camp syrien» !


Hassane Zerrouky
LeSoir dAlgerie.com






Jeudi 27 Juillet 2006


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