Géopolitique et stratégie

LE DOSSIER GAZIER AU CŒUR D'UN SOMMET TENU EN TURKMENIE



Lors d'un sommet qui s'est tenu le 12 mai à Turkmenbachi (Turkménie), les dirigeants de trois pays (Kazakhstan, Russie, Turkménie) ont convenu de la construction, le long du littoral de la Caspienne, du Gazoduc caspien. Par ailleurs, ces trois chefs d'Etat et leur homologue ouzbek ont annoncé le même jour la décision de moderniser le système de gazoducs reliant l'Asie centrale à la Russie.


RIA Novosti
Mardi 15 Mai 2007

Les deux Déclarations

Les Présidents kazakh, russe et turkmène – Noursoultan Nazarbaïev, Vladimir Poutine et Gourbangouly Berdymoukhammédov – se sont accordés le 12 mai sur la construction du Gazoduc caspien, l'accord ad hoc devant être signé d'ici le 1er septembre 2007.

"Le Président de la République du Kazakhstan, le Président de la Fédération de Russie et le Président de la Turkménie ont décidé de charger leurs gouvernements respectifs de préparer et de signer d'ici le 1er septembre 2007 un accord de coopération de leurs trois Etats concernant la construction du Gazoduc caspien", précise la Déclaration conjointe adoptée par les dirigeants de ces trois pays lors du sommet qui s'est tenu à Turkmenbachi.

Conformément à cette Déclaration, l'accord devra prévoir l'élaboration de la justification technico-économique, les principales caractéristiques et les délais de la réalisation du projet, des engagements communs pour la création de conditions favorables pour sa réalisation économique efficace, et préciser quelles seront les organisations compétentes.

Les dirigeants des trois pays ont chargé leurs gouvernements "d'assurer la réalisation par les organisations compétentes du projet de construction du Gazoduc caspien, sur la base de la justification technico-économique du Gazoduc caspien, à partir du second semestre de 2008". La déclaration a été signée "afin de développer les capacités de transport du gaz naturel turkmène, conformément, notamment, à l'accord de coopération dans le secteur gazier signé le 10 avril 2003 par la Fédération de Russie et la Turkménie, ainsi que les capacités de transport du gaz naturel kazakh".

Le Gazoduc caspien devrait passer le long du littoral de la Caspienne, en empruntant les territoires de la Turkménie et du Kazakhstan, et déboucher sur le territoire russe.

Les capacités de transport du système de gazoducs actuel reliant l'Asie centrale au Centre de la Russie, construit dans les années 60-70 du siècle dernier, ne correspondent ni au niveau actuel du partenariat, dans le secteur gazier, entre la Russie, d'une part, la Turkménie et le Kazakhstan, de l'autre, ni aux projets qu'ont ces deux Etats d'Asie centrale de diversifier les voies d'acheminement de leurs livraisons de gaz naturel vers les marchés mondiaux.

Le Kazakhstan, la Russie et la Turkménie, ainsi que l'Ouzbékistan ont convenu de moderniser le système de gazoducs existant entre l'Asie centrale et le Centre de la Russie et de créer de nouvelles capacités de transport du gaz, a-t-il également été annoncé le 12 mai.

"Les Présidents du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, de la Russie et de la Turkménie ont décidé de charger leurs gouvernements respectifs de préparer et de signer, d'ici le 1er septembre 2007, l'accord de coopération entre les quatre Etats pour la modernisation du système de gazoducs existant et la création de nouvelles capacités pour le transport du gaz naturel provenant des régions de l'Asie centrale", peut-on lire dans la Déclaration commune des quatre dirigeants.

Cet accord devra prévoir, souligne la Déclaration, l'élaboration de la justification technico-économique, les principales caractéristiques et les délais de la réalisation du projet, les engagements communs concernant la création des conditions favorables pour sa réalisation efficace au plan économique, notamment les livraisons-échanges de gaz, et préciser quelles seront les organisations compétentes.

Les Présidents ont chargé les gouvernements des quatre pays "d'assurer la réalisation du projet, par les organisations compétentes, sur la base de la justification technico-économique, dès le premier semestre 2008".

La Déclaration a été signée dans le but de développer les capacités de transport pour les livraisons sur les marchés intérieurs et extérieurs du gaz naturel, en conformité, notamment, avec l'accord de coopération dans le secteur gazier signé le 10 avril 2003 par la Fédération de Russie et la Turkménie.

Les réactions des chefs d'Etat

La Turkménie pourra approvisionner tous ses partenaires avec lesquels elle est liée par des accords, a déclaré à Turkmenbachi le Président Gourbangouly Berdymoukhammédov. "Ne vous inquiétez pas, il y en aura assez", a-t-il assuré le 12 mai aux journalistes, qui lui demandaient si la Turkménie aurait assez de gaz pour remplir le Gazoduc caspien et réaliser dans le même temps ses projets avec l'Iran, l'Afghanistan et la Chine.

La modernisation et l'extension du système du Gazoduc caspien permettront d'ici 2012 d'augmenter sa capacité de transport de 12 milliards de mètres cubes, a déclaré quant à lui Vladimir Poutine, également le 12 mai devant la presse. "Nous devons le moderniser, nous le ferons très prochainement et il [le gazoduc] entrera en service. Je pense que d'ici 2012, ce sera un plus d'un minimum de 12 milliards de mètres cubes" [de gaz], a-t-il dit.

Le Président russe a noté que l'itinéraire caspien, qui n'a pratiquement pas été utilisé, a été créé à la demande de la partie turkmène. "Nous pompons déjà 4,2 milliards de mètres cubes, et nous pouvons en pomper 10,5 milliards", a souligné le chef de l'Etat russe.

Le Président kazakh a indiqué pour sa part que sur le territoire de son pays le Gazoduc caspien sera construit par la partie kazakhe, et sur le territoire de la Turkménie, par la partie turkmène. Il sera établi une jonction, plus loin, avec le vieux système de gazoducs Asie centrale-Centre de la Russie, ou avec un autre système de conduites.

Noursoultan Nazarbaïev a également souligné que dans le contexte de la construction de ce gazoduc, il ne fallait pas parler de contournement par l'Est ou par l'Ouest. "Nous avons une approche des plus pragmatiques, a-t-il dit. La diversification du gaz est pour nous une condition avantageuse. Cela ne fait aucun doute. Les volumes de production de gaz et de pétrole vont augmenter, et cette diversification sera nécessaire."

Le dirigeant kazakh a également noté : "Pour nous, il était important de préciser une fois pour toutes nos frontières dans la mer Caspienne, le point de jonction des trois pays. Nous avons discuté en détail du problème du statut de la Caspienne et de la participation des investisseurs à l'exploitation du plateau continental".

La Russie est prête à investir non seulement dans l'extension et la modernisation du système de conduites, mais aussi dans la production du gaz turkmène, a également déclaré Vladimir Poutine. La Russie, a-t-il spécifié, est prête à investir non seulement dans le système de conduites lui-même, mais aussi dans la production", a-t-il dit. "Il existe des accords entre nos compagnies énergétiques pour attirer ce type d'investissements", a-t-il noté, avant d'ajouter que la Turkménie saluait les investissements étrangers, tant russes que kazakhs.

La Turkménie prévoit de produire cette année 80 milliards de mètres cubes de gaz et 10,4 millions de tonnes de pétrole, selon les médias turkmènes, qui se réfèrent au programme de développement du secteur des hydrocarbures approuvé par le Président. "Les volumes de production de gaz augmenteront cette année de 20 %, et ceux de pétrole de 15 %", selon ces médias. Le programme précise que ces projets ont été établis "en prenant en compte les besoins intérieurs du pays et les contrats conclus avec les partenaires étrangers dans le cadre d'accords intergouvernementaux à long terme".

Les commentaires de Viktor Khristienko

Rien de concret concernant notamment la forme de propriété du Gazoduc caspien n'a pour l'instant été décidé, a déclaré le ministre russe de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristienko. "La question, a-t-il précisé le 12 mai à la presse, à Turkmenbachi, sera débattue en deux étapes : la première interviendra le 1er septembre, quand sera prêt l'accord intergouvernemental, et la seconde comprendra la préparation des documents des entreprises pour le début du lancement de tout le processus."

La Déclaration signée par les chefs d'Etat porte sur "l'accord concernant le développement du système de transport du gaz, mais son statut concret, et notamment la possibilité d'y participer, est encore à préciser", a-t-il dit.

Concernant le projet quadripartite de modernisation du système de gazoducs reliant l'Asie centrale à la Russie, Viktor Khristienko a indiqué que le gaz venant de toutes les conduites dont il est question dans la Déclaration commune des chefs d'Etat, partira vers le Nord, vers le système russe. "Chaque pays a ses propres projets, l'objectif essentiel est de les arrimer, de les coordonner", a-t-il ajouté.

Le rehaussement du système de gazoducs reliant l'Asie centrale au Centre de la Russie permettra d'acheminer à la frontière de la Russie plus de 90 milliards de mètres cubes de gaz par an, a également déclaré Viktor Khristienko. "Les deux déclarations qui ont été signées aujourd'hui supposent le développement d'une très puissante infrastructure dans toute la région de l'Asie centrale", a-t-il souligné.

Selon le ministre russe, l'accord à long terme russo-turkmène, qui court jusqu'en 2028, de livraison de gaz turkmène, ainsi que le développement de la production en Ouzbékistan et au Kazakhstan "permettront de rehausser tout le système Asie centrale-Centre de la Russie dans des volumes qui donneront au final, à la frontière de la Russie, 90 milliards de mètres cubes".

Revenant sur le projet de construction du Gazoduc caspien, Viktor Khristienko a noté qu'il était pour l'instant prématuré de parler de sa capacité. "Selon nos estimations, a-t-il dit, la première phase pour le Gazoduc caspien sera de parvenir à 10 milliards de mètres cubes par an dans la fourchette 2009-2010". Quant aux chiffres concernant la seconde phase, il faut les avancer avec beaucoup plus de circonspection. Si l'on s'en tient à la prospection et à l'évaluation des actifs avant prospection du gaz en Turkménie, le volume annuel devrait être de 30 milliards de mètres cubes. "Autrement dit plus 20 milliards dans une fourchette de plus 5 à 7 ans", a-t-il précisé.

"Pour ce qui est du coût, je ne répondrai pas, a poursuivi le ministre. Cela nécessite des études plus détaillées." "Mais compte tenu que cet axe n'est pas nouveau, qu'il est déjà utilisé, je ne vois rien là de surnaturel tant au plan économique que sur le plan technique", a-t-il dit.

Le ministre russe de l'Industrie et de l'Energie s'est montré sceptique quant à la possibilité de réaliser le projet de construction d'un Gazoduc transcaspien (autrement dit, traversant la Caspienne en passant sur le fond de cette mer – NdlR). "De mon point de vue, en tant qu'expert, les risques qui existent – de caractère technique, juridique, écologique – sont tels qu'il sera impossible de trouver un investisseur si ce n'est pas un projet politique, sans même parler de la question du remplissage de ce tube, s'il devait exister."

Prié par les journalistes de commenter les déclarations du Président turkmène, selon lequel le projet de Gazoduc transcaspien n'était pas retiré de l'ordre du jour, Viktor Khristienko a noté : "Je pense que si le Président turkmène a dit cela, c'est qu'il avait des raisons de le dire".

"Etant donné, a poursuivi Viktor Khristienko, que la question de ce gazoduc a été mise à l'ordre du jour non pas tant par la partie turkmène que par d'autres parties, situées bien loin de la Turkménie et du continent eurasiatique, ce sont ceux qui ont soulevé cette question qui devront en quelque sorte y répondre."

Le ministre russe a également noté que concernant le Gazoduc caspien, il existe un programme compréhensible, des délais stricts de réalisation, la base de ressources naturelles est connue, le territoire est déterminé et l'on sait comment ce gazoduc sera relié au territoire russe. "Il y a là des questions techniques, et aucune politisation", a-t-il dit.

Dans le même temps, Viktor Khristienko a déclaré qu'il souhaitait s'abstenir de comparer les projets, car pour le faire, il faudrait en être partie prenante. Or, la Russie n'est pas associée à l'idée du Gazoduc transcaspien.

L'idée du Gazoduc transcaspien a été avancée par les Etats-Unis en 1996. Elle consiste à poser sur le fond de la Caspienne un gazoduc d'une capacité de transport annuelle de 30 milliards de mètres cubes de gaz. Ce projet déplaît à Moscou, car il évite le territoire de la Russie.

Réaction d'une source au Kremlin

Après la signature, à Turkmenbachi, des documents concernant la construction du Gazoduc caspien, la Russie va avoir de nouveaux arguments à faire valoir dans son dialogue énergétique avec l'Union européenne, a déclaré le 13 mai une source proche du Kremlin.

Selon cette source, pour les Occidentaux "l'argument tombe, selon lequel la Russie n'achète pas de gaz turkmène : des volumes supérieurs à nos besoins seront désormais acheminés depuis la Turkménie".

Le représentant du Kremlin n'attend pas de réaction négative de la part des Occidentaux à la signature des documents adoptés à Turkmenbachi. Selon lui, il n'y aura pas de Gazoduc transcaspien évitant la Russie dans un avenir prévisible. "Il n'y a pas de justification technico-économique, de fondement juridique, de direction dans laquelle poser cette bretelle", a-t-il dit.

En ce qui concerne le Gazoduc caspien, on estime au Kremlin qu'"il y aura assez de gaz turkmène" pour alimenter cette conduite.

Par ailleurs, cette source de l'Administration présidentielle apprécie positivement l'invitation lancée par la Turkménie aux compagnies russes pour qu'elles "prennent part à la prospection et à l'exploitation de gisements sur le plateau continental de la Caspienne". "Cela permettra de passer à des mesures concrètes, et les compagnies russes auront la possibilité de travailler sur des secteurs turkmènes du plateau continental, et pas sur des secteurs considérés comme litigieux", a souligné l'interlocuteur de RIA Novosti.

Selon lui, de bonnes perspectives s'annoncent également concernant le travail sur les gisements pétroliers de la Turkménie. "La spécificité de ces couches pétrolières est de contenir beaucoup de gaz associé", a-t-il noté.

On estime au Kremlin que "l'on pourrait, concrètement, commencer dès demain la construction" du Gazoduc caspien, car "l'infrastructure existe, les acquisitions de sols ont été réalisées, et d'autres travaux nécessaires ont déjà été effectués concernant la troisième bretelle du système Asie centrale-Centre de la Russie.




Mardi 15 Mai 2007

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