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LE DEBAT SUR LE GOUVERNORAT DE LA BCEAO: MA PART DE VERITE


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Samedi 22 Décembre 2007

rDepuis le 4 décembre 2005, date à laquelle M. BANNY a été désigné Premier Ministre de la République de Côte d'Ivoire, s’ouvrait le débat sur le gouvernorat de la BCEAO. En effet, l’instabilité politique que connaît la côte d’ivoire depuis septembre 2002 a aiguisé l’appétit de certains pays membres au point de réclamer le gouvernorat de la banque ouest-africaine. La côte d’Ivoire, elle, menace de se retirer de l’union monétaire si son candidat n’est pas retenu. C’est dans ce cadre d’effroi et presque de panique que les huit pays membres attendent le nom du nouveau patron de la BCEAO qui sera désigné le 16 janvier 2008, en marge du sommet des chefs d`Etat de la CEDEAO à Ouagadougou. Avant ce grand rendez-vous, il est peut être opportun de revenir sur la remuante histoire du franc CFA et celle de la BCEAO pour comprendre que les pays membres s’enlisent dans un vrai faux débat.

Historique du franc CFA et de la BCEAO
&#61558; Origine du Franc CFA
La zone franc , au 19e siècle, était essentiellement composée de la France métropolitaine, la Sarre, Monaco et les anciennes colonies françaises. La crise des années trente qui provoqua l’effondrement des échanges commerciaux a conduit les puissances européennes à circonscrire des zones d’échange privilégiés et à les doter de barrières protectionnistes. La zone franc est donc née de la volonté de construction d’une zone protégée de repli [Gérardin, 1989 ; Guillaumont P. et S., 1988 ; Vallée, 1989 ]. Officiellement créée en 1948 entre la France, ses colonies et protectorats, elle est passée d’une intégration monétaire contrainte à une coopération monétaire entre la France et quatorze pays africains et le Comores. Mais le véritable extrait d’acte de naissance du franc CFA remonte au 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds Monétaire International (FMI). Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique » jusqu’en 1958, puis entre 1958 et la décolonisation communautés françaises d’Afrique (y compris en Algérie, aux Comores et à Mayotte, jusqu'à l'indépendance des premiers et le remplacement du franc CFA par le franc français à Mayotte). Aujourd’hui, le franc CFA désigne le « Franc de la Communauté Financière d’Afrique », pour les pays de l’Uemoa, et le « Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale », pour les pays membres de la CEMAC. La France voulait ainsi à la création du franc CFA réinstaurer son autorité monétaire dans ses territoires. C’était aussi une manière subtile pour elle de surveiller les économies de ses anciennes colonies. En effet, depuis la colonisation, les pays africains, réservoirs de matières premières devraient irriguer les industries françaises pendant que ces dernières déversaient leur trop plein de produits manufacturés. Le franc CFA permettait ainsi de garantir le rapatriement sans risque de change des bénéfices des ses firmes françaises.
&#61558; Le cas de la BCEAO
La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest est créée le 4 avril 1959 , comme la transformation de l'Institut d'Emission de l'Afrique Occidentale Française et du Togo. Depuis cette date, la BCEAO a toujours été dirigée par un directeur général français. Le dernier français en est Robert Julienne qui occupa le poste de gouverneur depuis le 28 septembre 1962 jusqu’en 1973. Le siège de la banque était à Paris. Avant de passer le flambeau aux africains pour la direction et le siège de la banque, la France exigea la signature le 4 Décembre 1973, d’un nouvel Accord de Coopération et de la nouvelle Convention de Compte d'opérations entre la République Française et l'UMOA. C’est finalement le 15 décembre 1974 que M. Abdoulaye FADIGA sera nommé aux fonctions de Gouverneur de la BCEAO. Ce dernier va œuvrer pour le transfert du siège de la BCEAO de Paris à Dakar en Juin 1978 et l’inaugurer le 26 mai 1979.
Le Débat stérile sur le gouvernorat de la banque
Après le décès du Gouverneur Abdoulaye FADIGA, le 11 octobre 1988, M. Alassane Dramane OUATTARA est nommé aux fonctions de Gouverneur de la BCEAO, le 28 octobre 1988. À la suite de la nomination le 07 novembre 1990 de M. Alassane Dramane OUATTARA aux fonctions de Premier Ministre de la République de Côte d'Ivoire, M. Charles Konan BANNY est promu Gouverneur de la BCEAO, par intérim le 04 décembre 1990 .
Le gouverneur est nommé par le conseil des ministres pour un mandat de six années renouvelable. Il doit être choisi de manière à appeler successivement à cette fonction un ressortissant de chacun des Etats membres de l’Union, selon l’article 41 des statuts de la BCEAO. C’est justement cet article qui justifie la volonté des pays membres de voir l’un des leurs à la tête de la banque. Dans le souci de garder la hiérarchie et une bonne solidarité dans les ensembles, le plus souvent des accords tacites sont faits. Il en est ainsi de toutes les grandes organisations au monde. Au terme d'un "gentlemen's agreement" passé entre Américains et Européens dès 1947, le directeur du FMI est un Européen et celui de la Banque mondiale, un Américain. La preuve : dans sa première interview au journal Le Monde, Dominique Strauss-Kahn déclare notamment : ""L'accord tacite entre les Américains, qui se réservent la direction de la Banque mondiale, et les Européens, qui placent un des leurs à la tête du FMI n'a plus de raison d'être." Il sera difficile de vouloir déchoir un ivoirien du poste du gouverneur de la BCEAO au regard du poids économique de la Côte d’Ivoire dans la sous-région. D’ailleurs le président ivoirien est catégorique sur le sujet. Dans une interview accordée à Jeune Afrique (voir JA n°2416 du 29 avril au 5 mai 2007), il disait ceci : "Je vais faire part de mon choix à mes pairs. C'est celui qui a le plus d'argent dans une banque qui la dirige. Le poste de gouverneur de la Bceao revient naturellement à la Côte d'Ivoire. Si les autres chefs d'Etat veulent s'opposer à cette évidence, je me retire de la zone monétaire pour créer ma propre monnaie. Je ne négocie rien". Comment il pourrait en être autrement lorsque " sur les 3500 milliards FCFA de réserves de devises de la Bceao, 1900 milliards, soit 54,28% appartiennent à la Côte d'Ivoire. Le Sénégal qui est parmi les mieux lotis, ne possédant que 700 milliards FCFA de ces avoirs". Une discussion constructive sera celle portant sur la personne du banquier central.

Le banquier en question
S’agissant du banquier central, comme la politique monétaire doit être une politique modèle pour toute institution, il doit inspirer confiance afin de conforter sa crédibilité. Le choix devrait être fait de façon professionnelle et non émotionnelle ou politique. Il doit être un homme de l’art et de science. En la matière, Alan Greenspan (qui est resté à la tête de la Réserve fédérale du 11 août 1987 au 31 janvier 2006) est considéré aujourd’hui comme l’archétype de cet « homme d’art ». Simultanément, il a assuré la stabilité du système financier américain en faisant jouer à la FED, son rôle de prêteur en dernier ressort . En toute circonstance, le banquier central doit répondre avec pragmatisme, intégrité et indépendance. Il doit agir avec doigté et finesse, dans une mission communautaire qui est celle de maintenir une monnaie solide et stable, en faisant preuve de souplesse si nécessaire. La solidité et la stabilité de la monnaie seront garanties par une politique sage de la banque centrale. Une institution d'émission de monnaie ne doit pas être soumise à des pressions politiques, c’est pourquoi le banquier central lui même doit être d’une probité légendaire. En définitive, le banquier central doit avoir au moins les trois caractéristiques suivantes :
• un esprit de synthèse fantastique face aux situations les plus complexes ;
• un talent exceptionnel pour prendre très rapidement des décisions claires ;
• enfin, un cap bien tenu, une fermeté ne se démentant jamais, et ce en toutes circonstances même les plus difficiles.
En accord avec les qualités ci-dessus, le choix du gouverneur de la BCEAO, doit porter sur un intellectuel dont la probité ne souffre d’aucun doute. Il doit avoir une vision d’ensemble des phénomènes économiques : il doit rechercher l’intérêt général de la communauté. Le débat sur le choix du pays doit laisser place à un débat de fond sur les personnes candidates au poste de gouverneur de la banque.



Le véritable débat est celui d’une monnaie décolonisée
En amenant les pays de l’UEMOA à se concentrer sur le choix d’un gouverneur d’une banque centrale, qui en réalité n’est pas une, le débat sur l’importance pour les pays membres d’avoir une monnaie décolonisée a été occulté. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que depuis les indépendances, les pays africains ont mis de coté l’essentiel pour s’occuper du superfétatoire. En se battant pour un poste de gouverneur de la BCEAO, on accepte de facto l’esclavage monétaire dans laquelle la France met ses anciennes colonies depuis 1945. Une banque centrale est le garant et surveillant du système financier en même temps qu’elle joue son rôle de prêteur en dernier ressort. En effet, en cas de crise, le prêteur en dernier ressort assure la liquidité des banques de second rang, de façon à leur permettre de faire face à leurs engagements. En se posant comme ultime recours dans les périodes de " courses à la liquidité ", la Banque Centrale apporte au marché la régulation qu'il ne peut trouver en lui-même ". En outre, la monnaie est étroitement liée à la souveraineté. C’est en 1748, que Montesquieu écrivait ceci : « Il y a dans chaque Etat trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice et la puissance de juger ». La société reconnaît une importance considérable au rôle de la monnaie, jusqu’ à créer une institution spécifique autonome et indépendante en charge de sa gestion. Elle est l’expression la plus forte de la souveraineté car, la souveraineté se définit aussi comme le pouvoir de battre monnaie. On comprend mieux, dans ce cadre l’articulation très forte entre pouvoir et monnaie. Car le pouvoir de battre monnaie signifie la possibilité de définir une politique monétaire, qui elle même va financer la politique économique. Dans cette approche, la monnaie est au service d’une politique. On ne peut financer une politique économique (exemple le plein emploi), si on ne maîtrise pas la monnaie. M. Jean-Paul Fitoussi se pose la question fondamentale, de savoir comment un Gouvernement peut agir pour régler les problèmes quotidiens des populations dont il a la charge lorsqu’il n’a plus la maîtrise ni de la politique monétaire, ni de la politique budgétaire. Si la démocratie est la construction de la souveraineté du peuple, dont l’expression la plus haute, est le pouvoir de battre monnaie alors, la constitutionnalisation de l’indépendance de la banque centrale, est un acte politique qui détruit les fondements de cette souveraineté, pour ne conserver que le caractère formel de l’élection de représentants. La souveraineté émane d’un peuple ou d’une nation qui la délègue à un souverain par contrat, souverain qui devient un symbole de l’acceptation d’un certain ordre politique et économique dans le cadre d’un territoire donné. Le contrat social fondement de la souveraineté revêt une multiplicité d’expression dont le contrat monétaire. Dès lors, la monnaie devient un symbole fort des croyances et des représentations collectives lies à la valeur en tant que concept philosophique et anthropologique. Dans cette vision, la délégation de battre la monnaie conférée par le peuple à la banque centrale constitue le pendant économique et monétaire au régime représentatif. La monnaie apparaît au centre de deux relations opposées. L'une verticale reliant l'homme à la souveraineté, l'autre horizontale reliant les hommes entre eux. Elle est un enjeu de pouvoir entre la sphère publique et la sphère privée, entre la Res publica et la Res privata. Or le Franc CFA est soumis à la tutelle politique du Trésor public français et non des états africains. Le franc CFA n’est pas une monnaie africaine mais une monnaie-instrument, qui sert à assujettir les économies des pays membres aux intérêts français. Dans ces conditions la politique monétaire du Trésor public français a tendance à favoriser les activités des multinationales françaises et est incompatible avec le souci des africains d'améliorer leur revenu. De ce fait, le Franc CFA n'est pas au service des économies africaines et l'on comprend mieux pourquoi cinquante ans après les pseudos indépendances de 1960, les pays africains francophones, pourtant riches en matières premières stratégiques n'ont pas engagé le processus de leur industrialisation. Quant à la France, elle en tire de nombreux avantages. On peut citer le contrôle économique des pays africains francophones par les réserves de changes, la position privilégiée pour les entreprises françaises pour tout investissement étranger par le contrôle et les garanties des transferts, la conservation des débouchés commerciaux, la conservation des sources d'approvisionnements...Vous en conviendrez avec nous pour reconnaître qu’au nombre des causes de la pauvreté en Afrique francophone, au-delà de la mauvaise gestion des régimes dictatoriaux installés (soutenus par la France), l'absence de souveraineté monétaire de ces pays est un facteur limitant. Quand on sait l'importance de la monnaie dans le cycle économique, aucun pays ne peut laisser à une institution sur laquelle il n'a aucun contrôle, la responsabilité de gérer sa monnaie. Pourtant l'Afrique noire francophone a abandonné sa politique monétaire à la France. Le professeur Joseph Tchundjang Pouemi affirme dans son célèbre ouvrage Monnaie servitude et Liberté : "Mettre la monnaie au service de l'économie. Ce n'est possible que si la banque centrale est soumise à la tutelle du politique via le ministère chargé du trésor. Cette 'subordination fondamentale' conditionne la maîtrise de la conduite de la politique économique de tous les gouvernements".
Le moment est venu pour les pays membres, de prendre en main leur destin monétaire en renonçant à cette souveraineté monétaire par ordonnance avec le Franc CFA.
Dieu bénisse l’Afrique et ses enfants !


Prao Yao Séraphin
Président du MLAN
www.mlan.fr
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Samedi 22 Décembre 2007

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