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Politique

LA RUSSIE ET L'ARMENIE : 15 ANS APRES


La rencontre qu'ont eue récemment Vladimir Poutine et Robert Kotcharian a montré une nouvelle fois que dans le contexte de relations qui vont en se compliquant entre la Russie et toute une série d'Etats de l'espace postsoviétique, les liens politiques et économiques russo-arméniens se développent de manière parfaitement positive.



Alexéï Makarkine, directeur général adjoint du Centre de technologies politiques

(Agence RIA Novosti)





Les deux pays fêteront cette année le 15e anniversaire de l'instauration de leurs relations diplomatiques et le 10e anniversaire de la conclusion de l'Accord bilatéral de base d'amitié et de coopération. Au cours des onze premiers mois de 2006, les échanges entre les deux pays ont progressé de près de 70 %. Le volume des investissements russes accumulés en Arménie atteint déjà 800 millions de dollars, mais on s'attend à ce qu'il double dans la toute prochaine période. On connaît bien les investissements dans l'économie arménienne effectués par des compagnies telles que Gazprom ou Vympelkom (ce dernier a acheté 90 % des parts de l'opérateur de télécommunications Armentel). Les investissements russes ne se limitent toutefois pas à l'énergie (que Poutine a qualifiée de "locomotive des relations" entre les deux pays) et aux télécoms.



Le projet Armenal, qui connaît un développement positif, retient l'attention. Cette usine de laminés en feuilles – le seul producteur de feuilles d'aluminium du Caucase et d'Asie centrale – fait partie depuis 2000 du holding Russki aluminii. La compagnie russe a procédé à une modernisation complexe de l'entreprise, le processus de production est passé en cycle fermé et correspond ainsi totalement aux exigences technologiques modernes. A la fin de l'année dernière, le volume des investissements dans ce projet dépassait les 70 millions de dollars. Selon le ministre arménien du Commerce et du développement économique, Karen Tchchmaritian, la modernisation d'Armenal est l'un des programmes d'investissement les plus importants de l'économie arménienne.



On examine actuellement la question du passage à la gestion en concession des Chemins de fer arméniens. En octobre dernier, les Chemins de fer de Russie (RZD) ont exprimé le désir de participer à l'appel d'offres. Selon le président de RZD, Vladimir Yakounine, "c'est une question de politique étatique des transports, de relations mutuelles non seulement entre chemins de fer, mais aussi entre Etats. La Russie a toujours soutenu l'Arménie. Cela concerne également le développement des relations de bon voisinage dans le secteur du rail".



Les compagnies russes manifestent de l'intérêt pour l'industrie minière arménienne ; des pourparlers sont menés avec Rosatom pour une coopération dans l'exploitation de gisements d'uranium en Arménie. Parmi les autres secteurs prometteurs pour un partenariat, citons la chimie (on a appris l'an dernier que des pourparlers étaient en cours pour l'achat par un investisseur russe de la société Prometei-Khimprom, qui regroupe deux entreprises – une usine chimique et de fibres chimiques, et une centrale thermique), ainsi que le bâtiment.



Il n'est pas étonnant que les principales questions discutées lors de la rencontre Poutine-Kotcharian aient été les dossiers économiques. La coopération militaro-politique entre les deux pays peut elle aussi être considérée comme positive. L'Arménie fait partie de l'Organisation du Traité de sécurité collective. Elle abrite une base militaire russe à Guioumri, qui sera bientôt le seul ouvrage de défense de Transcaucasie appartenant à la Russie (après le départ prévu des troupes russes du territoire de la Géorgie hostile, lesquelles troupes seront, du reste, transférées précisément en Arménie).



Les "plus" des relations entre la Russie et l'Arménie sont objectivement d'autant plus importants si l'on tient compte non seulement de la politique totalement pro-occidentale de Mikhaïl Saakachvili en Géorgie, mais aussi des décisions prises récemment par les autorités azerbaïdjanaises de cesser le transport du pétrole par l'oléoduc Bakou-Novorossiisk et la retransmission des chaînes russes sur le territoire de l'Azerbaïdjan. L'Arménie était récemment mise sur le même rang que la Biélorussie quand on parlait des plus proches alliés de la Russie. Désormais, pour n'importe quel observateur, le contraste est évident entre Alexandre Loukachenko, jouant sur les coups d'éclat et les émotions, et Robert Kotcharian, réservé, rationnel.



L'Arménie s'est du reste demandée, à juste titre, pourquoi le gaz russe lui a été livré l'an dernier au même prix qu'à la Géorgie, alors même qu'en ce qui concerne l'Arménie, il s'agissait non seulement d'une coopération politique, mais aussi de la réalisation d'un schéma économique concret de "gaz en échange d'actifs". Mais la situation se présente sous un tout autre jour cette année. L'Arménie paie le gaz russe 110 dollars le millier de mètres cubes, et la Géorgie 235 dollars. La différence est évidente. Une question demeure, toutefois : que se passera-t-il en 2009, quand l'accord "préférentiel" arrivera à son terme, et qu'il faudra en conclure un nouveau ?



Pour Robert Kotcharian, sa rencontre avec le Président russe revêtait une signification d'autant plus importante que cette année auront lieu en Arménie les élections au Parlement. Le soutien public apporté par le dirigeant russe, le leader du pays qui est le principal investisseur dans l'économie arménienne, constitue un atout politique de poids. Dans le même temps, la Russie pourra difficilement renoncer à jouer un rôle "équilibré" dans le conflit du Karabakh. Tout mouvement brusque sur cette question pourrait ranimer le feu qui couve. Il n'est pas fortuit que le Président russe se soit montré extrêmement prudent quand il a évoqué le thème des conflits transcaucasiens lors de sa conférence de presse. Kotcharian a fait preuve, peut-être, d'encore plus de retenue, en notant que sur la question du Karabakh il y avait "pour l'instant peu d'optimisme". Le seul acquis, sur le fond – mais c'est un acquis important – est le processus de négociations lui-même, car une mauvaise paix vaut tout de même mieux qu'une bonne guerre.





Mercredi 31 Janvier 2007
Alexéï Makarkine

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