Palestine occupée

LA PALESTINE EST LE DEVENIR DU MONDE


La Palestine mandataire (c’est-à-dire l’Etat d’Israël et les territoires occupés) représente moins de 5 % de la superficie de la France. Le conflit qui s’y déroule entre dans la catégorie des conflits dits de basse intensité. En effet, bien que la violence y soit quotidienne, ce n’est pas, loin s’en faut, le conflit le plus meurtrier de la planète. A cet égard, les massacres en Afrique ou en Tchétchénie sont beaucoup plus sanglants. Les adversaires de la cause palestinienne ne manquent d’ailleurs pas d’en faire un de leurs arguments de base. Ainsi, un reproche souvent entendu par les militants de la cause palestinienne est l’excès d’attention porté à cette région quand tant d’autres subissent des dommages bien plus importants. Implicitement ou explicitement, ceux qui assènent cet argument laissent penser que ceux qui soutiennent les Palestiniens ont des ressorts inavouables tels que la haine des juifs. Ce procès ne mérite pas qu’on s’y arrête. Des grandes voix, à travers le monde, y compris en Israël même, de penseurs, d’hommes de lettres, de dirigeants politiques, peu suspects d’antisémitisme, appellent sans relâche Israël à ses devoirs de respect du droit international.



almas_31@msn.com
Dimanche 10 Juillet 2005

Cette surexposition n’en est pas moins une réalité. L’affaire du retrait de Gaza en est une parfaite illustration. Ce territoire de 300 kilomètres carrés, surpeuplé, dépourvu de charge symbolique, fait depuis plusieurs mois la une des journaux du monde entier. L’opinion internationale est suspendue à la question du retrait d’Israël de ce territoire, tout en sachant que ce retrait (encore éventuel, sans doute partiel, et assorti de contraintes telles que le maintien du contrôle terrestre, maritime et aérien par Israël !) ne préfigure en rien la décolonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est.


Par ailleurs, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, jusque dans la Tchétchénie et l’Irak martyres, les keffiehs fleurissent de par le monde, tels les nouveaux étendards de la révolution mondiale. Pourquoi ? Pourquoi les populations qui vivent dans le dénuement et la misère se comportent-elles comme si leur souffrance s’incarnait dans la figure du Palestinien ? Pourquoi, jusque dans les pays occidentaux, la cause palestinienne est-elle devenue l’emblème du refus de la pérennité d’un ordre mondial particulièrement inique ?


Les peuples du tiers monde ont longtemps cru en la possibilité d’une amélioration progressive de leur sort. Longtemps, le discours occidental s’est défaussé de sa culpabilité en pointant les causes endogènes du sous-développement, mauvaise gouvernance, absence de démocratie, corruption généralisée. Ce discours a produit paradoxalement des effets positifs. Jamais, la revendication de liberté n’a été aussi puissante. Jamais, la volonté de s’affranchir de potentats locaux n’a été aussi affirmée. Jamais, les trônes sur lesquels siègent les sanglants satrapes d’Afrique ou d’ailleurs n’ont autant vacillé. En Côte d’Ivoire, au Liban, en Iran, dans le Caucase, monte la même revendication de démocratie, de respect des droits de l’homme, se manifeste le même rejet de pouvoirs liberticides et anachroniques. Quelque chose sous-tend cette révolte. Il s’agit de la conviction que la démocratie est le point de passage obligé vers le développement et le bien-être.


Cette conviction est-elle fondée ? Rien n’est moins sûr. Les pays développés absorbent l’essentiel des matières premières produites dans le monde. A titre d’exemple, les Etats-Unis, qui représentent 5 % de la population mondiale, consomment 25 % des ressources de la planète. De plus, les modes de consommation de l’Occident se traduisent par des désordres environnementaux graves, pollution, effet de serre... Qu’en serait-t-il si le monde entier accédait à ces mêmes modes de consommation ? La situation deviendrait dès lors insoutenable. Les puissances occidentales, les Etats-Unis en particulier, l’ont si bien compris que, pour sauvegarder leur richesse, ils ont délibérément choisi de maintenir la majeure partie du globe hors de la sphère du développement. Ils ne veulent en aucun cas procéder à la révision dramatique de leur mode de vie qu’imposerait l’intégration de la possibilité de l’accès au développement pour tous. Concrètement, cela se traduit par la mise en place de cordons sanitaires, en Méditerranée, le long du Rio Grande ou dans le détroit de Formose, ou par des équipées sanglantes en Irak et ailleurs. Il est intéressant de remarquer que le discours américain sur les vertus de la démocratie tend à s’estomper au profit d’un discours de force beaucoup plus cynique, fortement inspiré par les néo-conservateurs. Il convient d’ajouter que ces cordons sanitaires peuvent passer à l’intérieur des pays occidentaux. Le tiers monde y est en effet présent, en particulier dans les banlieues des grandes villes, et il s’agit de contenir sa menace. Tout le discours sécuritaire actuel doit être compris à l’aune de cette logique.


Et la Palestine là-dedans ? Si le monde a les yeux rivés sur cette région, c’est d’abord parce qu’elle présente une valeur de test de la volonté de l’Occident de mettre en adéquation ses discours et leur application sur le terrain. Le conflit israélo-palestinien met directement au contact le Nord et le Sud. La justice, c’est une affaire entendue, est du côté des Palestiniens. Ils ont vu leur patrie historique disparaître et ils ont connu les massacres, la destruction de leurs villages et l’exode. Dans leur immense sagesse, ils ont, dans un souci de paix, intégré la perte de l’essentiel de leur territoire et revendiquent l’établissement de leur Etat sur les 22 % que leur concède le droit international. Ils ne veulent pas, toutefois, que la mémoire de leur martyrologe soit effacée. Comment leur en vouloir ? Ils réclament que soient reconnues les responsabilités historiques, israélienne et européenne, dans la création de leur tragédie. Ils appellent, enfin, à une solution juste, telle que prévue par la résolution 194, du problème des réfugiés.


Le monde entier connaît peu ou prou ces données. Si le problème palestinien ne trouve pas une solution juste et rapide, le monde entier sera alors convaincu qu’au delà de la Palestine, c’est la perpétuation d’un ordre mondial injuste qui est en jeu. En particulier, les gens du tiers-monde, aussi bien ceux qui vivent dans les pays sous-développés que ceux qui sont citoyens de l’Occident, se rendront définitivement à l’évidence que leur marginalité n’est pas conjoncturelle, mais structure le projet occidental. Il ne faut pas chercher ailleurs le secret de la popularité de la cause palestinienne. Elle est en fait devenue la cause de la justice, pas celle des nantis, mais une justice monde, comme il existe une économie monde et comme devrait exister une démocratie monde. On n’ose penser aux terribles désordres qui marqueraient l’intégration dans l’imaginaire des peuples du tiers monde de leur assignation éternelle au statut de marginalité.


Le monde sera incontestablement meilleur si les Palestiniens se voient reconnaître justice. A défaut, cela signifierait que l’espoir d’une vie meilleure est interdit à la majeure partie de l’humanité. Une telle situation est grosse de tous les dangers et met en grave péril l’équilibre précaire du monde.



par Brahim Senouci


Dimanche 10 Juillet 2005


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires