Géopolitique et stratégie

LA NOUVELLE STRATEGIE DE BUSH : L'impuissance de la force


Le George W. Bush qui s’apprête à annoncer sa nouvelle stratégie en Irak, probablement mercredi prochain, est un homme fini. Il est exactement dans la situation d’un Johnson annonçant l’envoi de troupes supplémentaires au Vietnam, pour «assurer la victoire» et «faire rentrer dignement les boys au pays». On connaiut la suite.


farahmaamar@yahoo.fr
Mercredi 10 Janvier 2007

Expédier davantage de troupes pour garantir le retour de tout le corps peut s’expliquer si l’on se fixe des objectifs clairs, c’est-à-dire un calendrier de retrait échelonné. A ce moment-là, on peut comprendre que les besoins de la logistique exigent la présence d’un grand nombre d’actifs. Retirer 150.000 hommes et un matériel jamais déployé au cours des précédentes guerres demande une planification spéciale. Mais, rien n’est moins sûr ! George Bush ne semble pas du tout décidé à se retirer d’Irak. Tout au plus, il se fixe des horizons lointains, arguant du fait que l’armée locale n’est pas encore en mesure d’assurer la sécurité du pays. Des horizons qui reculeront au fur et à mesure que la guerre fratricide s’installera partout. Tout a été fait pour réveiller les vieux démons confessionnels. Si l’on analyse bien les menées de la politique américaine en Irak, on relèvera que l’un de ses axes fondamentaux a été de détruire l’unité de la nation et du peuple, d’accentuer les clivages communautaires et religieux, d’allumer les feux de la déflagration générale. Tout récemment, et l’exemple a fini par persuader les plus sceptiques, la livraison de Saddam Hussein à des bourreaux haineux et revanchards en est la meilleure preuve. On ne pouvait pas faire mieux pour accentuer la guerre civile dont les prémices déchirent déjà l’Irak.

Gagner du temps
Le président Bush semble vouloir, encore une fois, gagner du temps. Bénéficiant d’un système d’information qui joue le jeu, il passe son temps à recréer le suspense, tablant sur l’effet d’annonce de ses «nouvelles» politiques, de ses «stratégies» dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ressemblent à des épisodes sans relief d’un feuilleton fade et monotone. Un feuilleton qui ne présente aucun intérêt parce que tout le monde en connaît la fin. Le suspense, comme élément dramatique boostant les audiences, n’est d’aucune utilité dans ce cas-là. Seules les chaînes TV nationalistes vont matraquer les Américains, en faisant de la nouvelle «stratégie» qu’annoncera le locataire de la Maison Blanche, l’un des thèmes forts de la rentrée politique 2007. Justement, et Bush a beau feindre qu’il n’a rien à voir avec la barbare exécution de Saddam, il nous semble que cet acte constitue l’un des moments forts de sa nouvelle stratégie, peut-être même son point de départ. Tout n’a pas été dit sur cet épisode et les semaines à venir pourraient nous en apprendre plus, mais, d’ores et déjà, il semble certain qu’un marchandage ait eu lieu. Saddam a été sacrifié sur l’autel d’un double pacte : avec les Iraniens d’abord, pour qu’ils calment leurs troupes en Irak et avec le pouvoir local et ses excités dont la tâche première sera de mater la rébellion sunnite. La mater avec tous les moyens ! Hier, des chefs de tribu de la région de Baghdad faisaient état de la présence de milices armées jusqu’aux dents, prêtes à envahir des quartiers sunnites. Nous allons certainement assister à des massacres collectifs d’une rare violence, œuvre des extrémistes chiites.

L’empire perse règle ses comptes
Impuissants face à la résistance héroïque des élites révolutionnaires du peuple irakien, Bush et ses troupes passent la main aux milices. Un véritable génocide risque d’avoir lieu, sous les yeux complices du monde civilisé et des Nations-Unies dont le comportement est tout simplement une honte ! Pour avoir connu ce type de massacres en Algérie (le commanditaire est peut-être le même), nous redoutons cette nouvelle «stratégie» de la terreur. On parle de centaines de morts par jour, liquidées sommairement par des inconnus. On parle de jeunes drogués qui se livrent à de actes inqualifiables sur les cadavres de leurs victimes. Deux cibles privilégiées : les sunnites et les scientifiques. On a pendu Saddam Hussein, mais cela ne suffit pas. Il faut liquider toutes les traces qu’il a laissées ! Les infrastructures, les centres de recherches, les statues glorifiant la grande civilisation arabe, les savants formés par ses universités ! Qui a intérêt à faire cela ? Outre les Américains qui font le boulot à la place de leurs protégés israéliens, l’Iran règle également de vieux contentieux. Pas seulement avec Saddam qui lui a mené la guerre, au nom de l’Occident, d’ailleurs. Mais avec cette civilisation qui faisait de l’ombre à l’empire perse. Et là, les ambitions des uns et des autres font une jonction inattendue : voilà qui éclaire l’alignement de Téhéran sur les positions de Tel-Aviv à propos de la pendaison de Saddam.

La «somalisation» de l’Irak
La nouvelle stratégie de Bush tient compte de tous ces facteurs. Mais son objectif principal est la division de l’Irak. Carrément, sa «somalisation ». Cette partition ne s’est pas réalisée d’une manière «institutionnelle», comme le souhaitaient les néo-conservateurs. Elle a été battue en brèche par les nationalistes irakiens que l’on aurait tort de sous-estimer. Aujourd’hui, il s’agit de la faire aboutir à travers une autre politique : celle de la guerre civile. La rendre, en quelque sorte, inéluctable. Les stratèges américains y travaillent. Il s’agit de concrétiser le déjà «vieux» plan du nouveau Moyen-Orient : remplacer les entités nationales par des petits Etats communautaires, dominés par le gendarme local : Israël. Mais l’on aurait tort de croire que l’affaire s’arrêtera à trois Etats (kurde, sunnite et chiite). On ira plus loin et tout indique que la prochaine étape sera celle des conflits intracommunautaires. Des chiites se battront contre des chiites et des sunnites contre des sunnites ! Face à ce plan diabolique, qui bénéficiera de la présence active de troupes supplémentaires qui seront concentrées à Baghdad, la résistance doit s’adapter à la situation. Tâche extrêmement complexe devant les pressions exercées par Washington sur le principal pays à travers lequel transitent armes et résistants : la Syrie. Mais, d’un autre côté, nous pensons qu’il y a un fort potentiel révolutionnaire, à l’intérieur même de l’Irak, qui saura s’opposer avec force aux plans de cette «nouvelle stratégie». Paradoxalement, la pendaison de Saddam — et la manière barbare, haineuse et revancharde avec laquelle elle a eu lieu — va jouer en défaveur des Américains. Elle aura pour conséquence immédiate d’unifier les rangs de la résistance autour du noyau baâsiste encore en liberté. Tant mieux, dirons-nous. Il vaut mieux, pour cette résistance, qu’elle agisse sous la responsabilité des nationalistes arabes et qu’elle se débarrasse des éléments intégristes affiliés à El Qaïda qui ternissent son image.

Pour un «front» de libération
En outre, et même si toutes les voitures piégées ne sont pas une spécialité de la seule organisation de Ben Laden (l’histoire récente regorge de cas de manipulations), le courant baâsiste peut imposer l’interdiction de s’attaquer à des civils. On rentrerait alors dans la phase d’une véritable guerre de libération, menée par un front, auquel viennent d’appeler certaines franges de la résistance. Toutes les organisations clandestines auront pour première tâche de se fondre dans ce front, afin d’unifier la lutte contre l’agresseur. Par ailleurs, certains recommandent la formation d’un gouvernement libre et provisoire à l’étranger, afin de donner au combat politique sa véritable dimension et proposer une alternative au cabinet fantoche de Nouri El Maliki. Quelle que soit la nouvelle stratégie de M. Bush, il est trop tard pour refaire l’histoire. Les plus sages de l’establishment américain ont recommandé à la Maison Blanche de se retirer d’Irak, l’opinion publique américaine et mondiale n’en pense pas moins et le nouveau Congrès, dominé par les démocrates, est pratiquement pour la même solution ! L’entêtement de M. Bush ressemble à celui des dictateurs en guerre : ils sont les seuls à croire en la victoire. Vous allez me dire que M. Bush n’est pas un dictateur et qu’il a été élu démocratiquement. C’est ça tout le drame. Mais, lorsque les douze coups sonneront, — c’est pour bientôt —, l’un des gardes le réveillera en sursaut, pour lui annoncer : «Il est minuit, docteur Walker

Par Maâmar Farah


Mercredi 10 Janvier 2007

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