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LA MONDIALISATION EST-ELLE UNE FATALITE ? 4. Quand journalisme rime avec voyeurisme


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LA MONDIALISATION EST-ELLE UNE FATALITE ?
4. Quand journalisme rime avec voyeurisme
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


soirsat@yahoo.fr
Samedi 6 Mai 2006

La semaine dernière, nous avons vu comment ce que l’on appelle la grande presse des systèmes de pouvoir, liée aux puissants groupes capitalistes, manipulait les foules par les moyens les plus variés. Les médiamensonges, dont nous avons cité quelques exemples parmi les plus célèbres, ne constituent en fait que la partie visible de l’iceberg. C’est tous les jours, voire à chaque seconde, que le flux d’informations ininterrompues que nous recevons tente de nous manipuler, de nous éloigner des préoccupations essentielles, de nous détourner de la vérité et de nous empêcher de réfléchir pour agir et défendre nos intérêts de citoyens écrasés par le système.
Cette nouvelle situation réduit peu à peu le rôle du journaliste, en tant qu’acteur principal de la scène médiatique, l’élément central de la mission d’informer ; celui qui dit ce qu’il voit, commente et oriente. Les grands systèmes d’échanges de l’information ne laissent plus de place à l’initiative personnelle du rédacteur, ni à l’expression de sa sensibilité d’être humain et à son penchant naturel pour la justice et le progrès. Le modèle américain, dévoyé par le Capital et qui n’a plus rien à voir avec l’idéal de Pullitzer s’impose désormais à tous. Les dépêches qui sont censées nous informer sont dépouillées à l’extrême, vidées de tout contenu critique, reflétant le point de vue des gouvernants et de leurs acolytes de l’opposition (en fait le même système) et jamais les idées citoyennes qui circulent puissamment dans la société, comme des lames de fonds. Se cachant derrière « l’objectivité », la grande presse refuse le débat et s’enferme dans le Où, Quand, Qui, etc. qui ne sont plus qu’une pâle expression des règles élémentaires du journalisme ; les autres, plus dérangeantes, étant occultées à jamais !
Feu Mohammed Abderrahmani, ancien directeur d’El Moudjahid, lâchement abattu par les terroristes islamistes, me racontait, au retour d’une mission aux Etats-Unis, que les journalistes de ce grand quotidien devaient, pour rédiger leurs informations, se contenter d’un lexique au vocabulaire restreint. Il fallait être efficace et compris par tous ! Jadis, dans nos lycées, professeurs et encadreurs nous conseillaient plutôt d’enrichir notre vocabulaire pour bien maîtriser l’art d’écrire. Mais, enfin, qui a dit que le journalisme était de la littérature ? Non, c’est devenu un machin technique qui s’en fout et du fond et de la forme, un métier hybride qui permet d’aligner automatiquement des mots pour fabriquer des phrases dégueulées par des ordinateurs froids. A l’époque, il y avait au moins le cliquetis des télex et le ronronnement des rouleaux de papier comme musique de fond des salles de rédaction parcourues par le talent et la soif de tout connaître.
Comme pour tout le reste, c’est l’ère de l’information bêtifiante ! Une forme, parmi tant d’autres, de cette culture standardisée, empaquetée dans un seul modèle, celui qui nous vient des States où l’on fabrique tout, des films aux jeux, en passant par la mode, la musique, les logiciels, etc. Cette manière de voir le monde, simplifiée à l’extrême, abrutissante, vise à modeler le « citoyen » de demain, un être dépourvu de la capacité de réagir, prêt à tout gober, fidèle consommateur dont on oriente les goûts et les tendances au gré des intérêts des grands groupes capitalistes. Dans notre environnement linguistique, nous avons un bel exemple de média abêtissant en la première chaîne française TF1. Mais allez dire à la ménagère qu’elle n’a absolument rien à f… des bagarres de voisinage de la vieille Emilie ou des affaires en justice de la nonagénaire Clotilde et qu’elle gagnerait à voir une bonne émission éducative ou un documentaire sur la nature ! Elle vous répondra, comme la majorité du peuple d’en face, que TF1 est une télé « attirante et populaire». C’est-à-dire qu’elle vole au ras des pâquerettes, allant jusqu’à violer l’intimité des couples préfabriqués pour les besoins d’un voyeurisme primaire qu’on appelle pompeusement « Téléréalité » !
Mais, en parlant de France, on ne peut s’empêcher de signaler que quelques îlots résistent encore à l’américanisation des médias, des espaces de plus en plus rares où l’on peut lire des textes d’auteur succulents qui nous réconcilient avec le journalisme d’antan. Ces journalistes-là, il faut les chercher dans les pages des hebdos, au fronton de ces reportages, enquêtes et chroniques qui refusent de céder à la mode du moment et de succomber au pédagogisme qui cache une réelle volonté de tout niveler par le bas! Lorsque le talent rencontre l’esprit critique, on redécouvre le journalisme dans sa forme la plus noble. Et qu’est-ce le journalisme si ce n’est un combat permanent contre l’exploitation, l’injustice, l’oppression, la corruption et tous les vices du pouvoir, une incessante lutte contre les classes possédantes ? Ces îlots résistent à l’invasion du système dominant d’information – de manipulation !- qui se présente comme le modèle du futur. Non à la presse d’opinion, disent-ils ! Non à l’idéologie, martèlent-ils, comme s’ils s’en privaient ! Comme si l’idéologie fasciste primaire n’était pas la marque déposée de leurs produits journalistiques. Comme si le racisme ordinaire, la haine de l’autre, l’esprit de Croisades, le deux poids et deux mesures et tant d’autres joyeusetés n’étaient pas quotidiennement la preuve de leur dérive sectatrice ?
Le vrai journalisme va être bientôt enterré dans le grand cimetière des désillusions, entre un parc d’attraction pour adultes débiles et un grand casino du sexe ! Le journalisme qui décrit la réalité sociale, interroge les hommes et les femmes sur leurs conditions, va plus loin pour inviter à la réflexion, est en train de mourir de sa belle mort. Le journalisme militant – oui, il faut avoir le courage de le revendiquer- est désormais perçu comme une relique du passé, alors qu’il permet souvent aux plus faibles, aux sans-grade de s’exprimer. Il permet au rêve de prendre forme, pas le rêve matérialiste des petits bourgeois –la bagnole, la villa, les voyages-, mais le rêve collectif de bâtir un monde meilleur pour la majorité. Utopique ? C’est la presse militante, ces plumes trempées dans le sang des héros anonymes sur les barricades de Paris, qui a permis au rêve de liberté, d’égalité et de fraternité de grandir et de se réaliser ; c’est la presse militante, dont le prestigieux « El Moudjahid » et « La Voix de l’Algérie », qui aidait les Algériens à comprendre le sens de la révolution qui voulait les libérer du joug colonial. C’est cette même presse militante qui entretenait la flamme de leur mobilisation !
Force de constater que nous sommes loin de ce combat et de ces idéaux aujourd’hui que normalisation rime avec asservissement. A l’ère de la mondialisation qui installe les grandes dictatures de l’argent – via les multinationales- aux lieux et places des gouvernements nationaux, les groupes de presse ne peuvent pas revendiquer une liberté qui remettrait en cause tout le système ! C’est aussi simple que cela : embarquée dans le système, la presse n’échappe pas à la règle de la rentabilité. D’ailleurs, qu’est ce les journaux gratuits si ce n’est la forme élaborée d’un marketing qui va à l’encontre des idéaux même de la presse ?
Mais, paradoxalement, les nouvelles technologies sont en train de donner naissance à un nouveau type de journalisme, populaire, fondamentalement progressiste, celui qu’on rencontre dans les blogs, celui qui circule à la vitesse de la lumière dans les courriers électroniques, les SMS et toutes les formes modernes de communication. On n’a plus besoin d’une affiche rouge, souvent déchirée par les vigiles, pour alerter ses copains ou annoncer une A.G. ou une manifestation : la Toile répond parfaitement aux besoins d’une jeunesse qui n’a pas perdu de sa clairvoyance, ni de sa combativité, contrairement à certaines plumes guettées par l’embourgeoisement et récupérées par le système !
Les jeunes d’aujourd’hui ont juste besoin d’un click pour porter haut leurs idées de justice et de progrès. Les technologies nouvelles leur offrent la possibilité de s’informer directement à la source, mais, surtout, d’exprimer leurs idées, sans barrières, ni censures.
Ils sont les lecteurs-journalistes des temps nouveaux et ça, ce n’est pas bon du tout pour le système et sa presse à papa !


Dimanche 7 Mai 2006

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