Géopolitique et stratégie

LA GUERRE CONTRE L’IRAN A ÉTÉ DÉCLARÉE


LA GUERRE CONTRE L’IRAN A ÉTÉ DÉCLARÉE


Dans un discours prononcé le 10 janvier, le président George W. Bush a exprimé son intention d’étendre à l’Iran la guerre en Asie du Sud-Ouest. De son côté, la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice a déclaré au New York Times du 14 janvier que le Président avait autorisé les troupes américaines en Irak à « défier » les Syriens et Iraniens soupçonnés de soutenir les insurgés. Cette approche a été confirmée par des actions militaires concrètes.


Solidarité et progrès
Mercredi 17 Janvier 2007

  LA GUERRE CONTRE L’IRAN A ÉTÉ DÉCLARÉE
Dès le 25 décembre 2006, le gouvernement irakien a protesté contre cette conduite, après que les forces américaines à Bagdad ont arrêté deux Iraniens accusés de préparer des attaques militaires. Le bureau du président irakien Jalal Talabani a rendu publique une déclaration suivant laquelle les deux avaient été « invités en Irak par son Président (...) dans le cadre d’un accord irano-irakien destiné à améliorer la situation sécuritaire ».

Puis, le 11 janvier, des troupes américaines ont mené une razzia sur le consulat iranien à Irbil, après avoir atterri en hélicoptère sur le toit de l’immeuble et enfoncé les portes. Ils ont arrêté six employés et confisqué des ordinateurs et des documents. Le porte-parole iranien des Affaires étrangères, Ali Hosseini, a dénoncé une telle violation du droit international. Le gouvernement irakien, le gouvernement régional kurde et le ministère russe des Affaires étrangères ont également protesté, car les détenus sont des diplomates.

De surcroît, les Etats-Unis projettent de franchir la frontière et de conduire des raids directement en territoire iranien. Le 12 janvier, le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow affirmait qu’il « n’existe pas » de préparatifs de guerre contre l’Iran, qualifiant le consulat iranien victime de la razzia de simple « bureau de liaison ». Selon des déclarations faites le 12 janvier devant la commission des Forces armées par le secrétaire à la Défense Robert Gates et le général Peter Pace, il est tout à fait possible d’interrompre les livraisons de matériel à l’Irak depuis l’Iran et la Syrie tout en restant à l’intérieur des frontières irakiennes. Mais le conseiller national à la Sécurité Stephen Hadley, interviewé sur la chaîne de télévision ABC, déclarait sans ambages que « des Iraniens ont été pris [à Irbil] et on en verra plus à l’avenir ». Lorsque ABC lui demanda si cela signifie que « vous ne croyez pas être autorisés à entrer en Iran », Hadley répondit : « mais je n’ai pas dit cela ».

En réalité, d’après des articles de Seymour Hersh parus dans le New Yorker et d’autres journalistes comme Abbas Bakhtiar, des forces secrètes américaines, anglaises et israéliennes opèrent depuis un bon moment en Iran, de mèche avec des éléments de groupes ethniques dissidents -Azéris, Baloutchis, Kurdes, Arabes - dans des attentats qui demeurent pour l’instant de « faible intensité ». L’attentat à la bombe commis récemment au Khouzestan en est un exemple.

Mais sur le terrain, les faits militaires en disent long sur les intentions américaines. Un ancien officier de la CIA et ancien membre du National Security Council, Flynt Leverett, écrit dans le Washington Note (paru après le discours de Bush) que les groupes de porte-avions se trouvant dans la région doivent avoir pour but de fournir « le nombre et la variété d’avions tactiques nécessaires » pour attaquer l’Iran, car, pour des raisons politiques, on ne déploierait pas exclusivement des forces terrestres. Selon Leverett, Bush enverrait des batteries de missiles Patriot dans le golfe Persique uniquement en vue de contrer le missile iranien Shahab-3, qui serait « la seule menace existant dans la région en terme de missiles ».

Le 13 janvier, Le Figaro publiait un article sur le même problème, soulignant que le deuxième groupe de porte-avions, le USS Stennis, n’est pas là seulement à titre démonstratif, mais pour participer à des opérations de combat.

L’Iran répond au Conseil de Sécurité et aux provocations politiques

Les dirigeants iraniens sont tout à fait conscients des menaces proférées par l’équipe Cheney-Bush et ont réagi au niveau politique, scientifique et militaire. Suite à une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU au mois de décembre, prévoyant de nouvelles sanctions contre l’Iran, le Majlis (parlement) approuva le 27 décembre une proposition de loi autorisant le gouvernement à réviser sa coopération avec l’Agence internationale pour l’Energie Atomique (IAEA) et souhaitant une « accélération du programme nucléaire iranien ». Le principal négociateur iranien Ali Larijani a précisé par la suite que son pays ne renierait pas le Traité de non-prolifération, mais allait peut-être revoir son niveau de coopération avec l’IAEA. Mais si l’Iran devait être attaqué, tout peut changer, dit-il.

Le président Mahmoud Ahmadinejad et le leader suprême l’ayatollah Ali Khamenei ont réaffirmé leur détermination d’aller de l’avant avec le programme nucléaire civil et le Président est intervenu pour faire avancer à plein régime le programme de production de centrifugeuse à Natanz. De sources iraniennes, l’EIR a appris qu’au mois de février, mois anniversaire de la révolution de 1979, le gouvernement annoncera une percée scientifique importante dans le cycle de combustible nucléaire.

Entre-temps, tout en sachant que le programme nucléaire n’est qu’un bon prétexte pour les néoconservateurs américains, les dirigeants iraniens ont obtenu du soutien international pour leur position, notamment dans les pays en voie de développement. C’est ainsi que le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a de facto reconnu le droit de l’Iran d’acquérir la technologie nucléaire, en demandant le 10 décembre à ses pays membres de préparer un plan de développement de l’énergie nucléaire. Le président Ahmadinejad a répondu aussitôt en proposant de partager la technologie iranienne avec ses voisins. Selon des sources iraniennes, cette offre a été favorablement accueillie, notamment de la part de l’Arabie saoudite.

Sur le plan strictement militaire, le général Yahya Rahim Safavi, chef de la Garde révolutionnaire iranienne, déclara le 11 janvier que « les forces militaires iraniennes sont plus puissantes que jamais et ne fléchiront pas face à un complot ». Le complot en question est l’effort américain pour coaliser les pays arabes contre l’Iran. Pour montrer sa détermination, l’Iran a conduit fin 2006 des manoeuvres militaires à grande échelle. Selon des déclarations faites à l’EIR, notamment par Hossein Shariatmadari, le représentant de Khamenei, il est clair que si l’Iran est attaqué, il ripostera immédiatement par des opérations de guerre asymétrique.


RENFORTS EN IRAK : CONDI RICE FUSTIGÉE AU SÉNAT


Lors d’une audition de la commission des Relations extérieures du Sénat, le 11 janvier, les élus n’ont pas été tendres avec la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. « Ce jour marque la fin d’un Sénat rond-de-cuir pour les deux partis », annonça le sénateur Barbara Boxer. En effet, il n’y avait pas de grosse différence entre les questions posées par les démocrates et celles des républicains, toutes focalisées sur la situation en Irak. Mme Rice elle-même a présenté le plan de guerre régionale dans des termes encore plus crus que le président Bush la veille. Rappelant son concept d’un « nouveau Moyen-Orient » défini par les « extrémistes » violents (Hamas, Hezbollah, Iran et Syrie), face à des gouvernements « responsables » (Conseil de coopération du Golfe, Egypte, Jordanie, Irak, Liban et Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas), elle a clairement indiqué son intention de mobiliser ces derniers contre l’Iran « extrémiste ». Elle a également rejeté l’idée d’entretiens entre Washington, Téhéran et Damas.

Sans toutefois attaquer ouvertement le gouvernement, le sénateur républicain Richard Lugar a présenté sa vision d’une diplomatie régionale plus large et d’un dialogue régional, pour laquelle Bush et Cheney ne cachent pas leur mépris. Lugar a également interrogé Mme Rice sur un article de David Brooks paru dans le New York Times du même jour, selon lequel le Premier ministre irakien al-Maliki entend baser les troupes américaines à la périphérie de Bagdad pour combattre les Sunnites, tandis que les Chiites et les Kurdes se chargeraient de la capitale même.

Chuck Hagel, un autre républicain du Nebraska, estima pour sa part que les renforts annoncés par Bush représentent « une escalade, et je ne suis pas d’accord avec une telle escalade ». Dans son discours, le Président américain avait laissé entendre que les Etats-Unis comptaient mener des incursions transfrontalières en Syrie et en Iran. Interrogé à ce sujet par Hagel, Condi Rice a évité de répondre. « Vous ne pouvez pas nous dire que nous n’allons pas traverser ces frontières, dit Hagel. Certains d’entre nous se rappellent les années 70, lorsque le gouvernement nous a menti à propos du Cambodge. « Le discours du Président, s’il est réalisé, représente la plus dangereuse erreur de politique étrangère depuis Vietnam, déclara-t-il, et je vais y résister. »

Le sénateur George Voinovich (républicain, Ohio) s’est dit sceptique à la fois vis-à-vis de l’escalade et d’al-Maliki, affirmant que le Premier ministre irakien obéit au chef de milice chiite Moktadar al-Sadr.

Chez les démocrates, l’opposition au plan de Bush était unanime, y compris de la part de ceux qui avaient soutenu la guerre au départ. Bill Nelson, par exemple, fut explicite : « Je vous ai soutenu dans cette guerre, mais je ne peux plus continuer. » D’après lui, le gouvernement n’a pas dit la vérité lors des auditions au Congrès, ni au peuple américain.

La sénatrice Barbara Boxer a fustigé la secrétaire d’Etat : « Vous n’écoutez ni le peuple américain, ni les militaires, ni l’ISG [Groupe d’étude sur l’Irak], puis vous vous demandez d’où vient ce sombre nuage de scepticisme et de pessimisme envers la guerre. » Elle a projeté sur un écran une citation de Condi Rice datant de 2005, où celle-ci affirmait n’avoir « aucun doute » que les Irakiens seraient bientôt en mesure d’assurer l’effort et que les Etats-Unis pourraient commencer à se retirer. « Qui en paye le prix ? », demanda Boxer. « Ni vous, ni moi », mais les soldats et leurs familles, illustrant son propos par des témoignages de familles ayant perdu un des leurs. Combien de pertes résulteront de cette nouvelle escalade ? demanda-t-elle à Rice, qui n’a pas pu répondre.

A la fin de l’audition, le sénateur Joe Biden a demandé à la secrétaire d’Etat d’informer le président Bush que la discussion avait été « profonde » et que sur les 21 membres de la Commission, à une ou deux exceptions de près, la politique qu’il avait annoncée la veille suscitait du désaccord, de l’hostilité ou de graves préoccupations



Mercredi 17 Janvier 2007

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