RELIGIONS ET CROYANCES

LA DEMOCRATIE IMPOSEE


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par Hani Ramadan Directeur du Centre Islamique de Genève.
Ce n’est pas un moindre paradoxe : les élections irakiennes devraient entraîner une participation chiite majoritaire, et le futur régime élu démocratiquement viendrait à imposer, comme en Iran, la loi islamique tant redoutée par l’Occident. Bush, qui se vante de vouloir propager les libertés essentielles aux quatre coins de la planète, va une nouvelle fois perdre toute crédibilité. Mais nous le savions déjà : la démocratie ne se décrète pas, elle est le fruit d’un long processus auquel le peuple adhère par son histoire et ses révoltes légitimes. Elle est destinée à renverser les tyrannies sous toutes leurs formes. Comment admettre qu’elle puisse être défendue de la sorte par des forces d’occupation ? Le plus troublant,...


Mercredi 10 Août 2005

LA DEMOCRATIE IMPOSEE

LA DEMOCRATIE IMPOSEE
Ce n’est pas un moindre paradoxe : les élections irakiennes devraient entraîner une participation chiite majoritaire, et le futur régime élu démocratiquement viendrait à imposer, comme en Iran, la loi islamique tant redoutée par l’Occident. Bush, qui se vante de vouloir propager les libertés essentielles aux quatre coins de la planète, va une nouvelle fois perdre toute crédibilité. Mais nous le savions déjà : la démocratie ne se décrète pas, elle est le fruit d’un long processus auquel le peuple adhère par son histoire et ses révoltes légitimes. Elle est destinée à renverser les tyrannies sous toutes leurs formes. Comment admettre qu’elle puisse être défendue de la sorte par des forces d’occupation ?


Le plus troublant, c’est que les musulmans eux-mêmes ont de bonnes raisons de douter de l’intégrité des régimes démocratiques. Bush lui-même a été réélu, au gré de la manipulation médiatique dont son peuple, dans sa faible majorité, a été l’objet. Le manichéisme opposant les forces du bien et du mal est ancré aujourd’hui dans bien des esprits, nourri par un messianisme qui apparaît avec de plus en plus d’évidence. Etant donné l’impact des médias et les coûts mis en jeu dans une campagne, le nombre n’est pas toujours en ce sens un critère de vérité, il ne garantit pas le choix du meilleur ou le meilleur choix.
Là réside précisément le défaut de nos démocraties. Et nous ne sommes pas épargnés en Suisse : il suffit de se rappeler quels slogans avait utilisés l’UDC pour alimenter les craintes islamophobes, et gagner ainsi les dernières votations relatives aux naturalisations.
Certes, la démocratie a des atouts majeurs : elle assure au moins la paix sociale, lorsque chacun se plie au suffrage. Mais précisément, nous savons qu’en Irak, le vote ne sera pas respecté, que la révolte continuera, que le nouveau régime en place sera accusé de collaboration, et surtout, qu’une telle ingérence en climat musulman ne fera que perpétuer le désordre.


Il fallait, avant de coloniser cette région qui risque de devenir une poudrière à l’échelle internationale, prendre la résolution d’engager un réel dialogue de civilisations. Un dialogue fondé sur des considérations humanistes, et non pas sur le profit. Il aurait fallu que les faucons de l’administration américaine, au lieu d’entreprendre cette guerre inhumaine, aient l’humilité de considérer que le monde musulman a quelque chose à nous dire, qui ne se résume pas à des rapports de convenance avec les pétromonarchies. Il aurait fallu qu’ils se débarrassent de cette suffisance qui consiste à se persuader que la supériorité matérielle d’une civilisation prouve nécessairement son caractère supérieur en toute chose. Et d’autres administrations, d’autres gouvernements ont fini par rejoindre idéologiquement, politiquement et militairement, le camp de ceux qui préconisent une mondialisation unilatérale dans les faits, même s’ils se défendent d’en être théoriquement les partisans. Pourquoi ? Parce que l’Occident ne cherche pas à pacifier le monde, mais à préserver sa domination sur les peuples étrangers et sur leurs richesses naturelles.


Ceux qui sont pressés par leurs industries de guerre rechercheront perpétuellement une politique de confrontation, stigmatisant le terrorisme, mais agissant au mépris de toutes les réglementations internationales. D’autres auront à cœur de comprendre que ceux qui sont dans l’autre camp, et notamment les musulmans, ne disparaîtront pas, et qu’il faudra bien un jour se donner le temps d’un authentique dialogue, fonder sur la transparence et le respect, et n’admettant en aucun cas les abus et les injustices.
L’islam reste là, donc, qui nous interroge. Il parle d’une révélation universelle du ciel, faite à Abraham, Ismaël, Isaac, Israël, Moïse, Jésus et Muhammad. Sans nier l’importance du nombre et le droit des peuples à bâtir leur destin, il nous rattache à l’Un, l’Unique, le Créateur de toute chose.



Saurons-nous dépasser nos maladresses, et autrement que par la haine et les armes, autrement que dans le meurtre et le sang, reconstruire bravement le pont qui relie le ciel et la terre, l’Orient et l’Occident ?


par Hani Ramadan

Directeur du Centre Islamique de Genève







Sources : CENTRE ISLAMIQUE DE GENEVE


Posté par Adriana EVANGELIZT



Mercredi 10 Août 2005


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