Economie et pouvoir financier

LA CRISE ÉCONOMIQUE SYSTÉMIQUE DÉMYSTIFIÉE (1 et 2)


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Après lecture de ce texte, vous connaîtrez les causes de la crise économique systémique du capitalisme et les raisons pour lesquelles cette crise ne peut être résorbée, ni le capitalisme réformé.


Robert Bibeau
Jeudi 16 Octobre 2014

LA CRISE ÉCONOMIQUE SYSTÉMIQUE DÉMYSTIFIÉE (1 et 2)
Après lecture de ce texte, vous connaîtrez les causes de la crise économique systémique du capitalisme et les raisons pour lesquelles cette crise ne peut être résorbée, ni le capitalisme réformé. Vous saurez pourquoi il n'y a que peu de choix, soit nous poursuivons cette marche forcée vers la crise, la guerre et la barbarie ; soit, nous nous dirigeons vers la seule alternative envisageable, l'économie socialiste planifiée et la paix sous la dictature du prolétariat.

Comment le capital se reproduit-il ?

Le capital pour devenir du Capital productif (C) doit d'abord devenir des marchandises monnayables. Étant devenue marchandise (M) elle sera commercialisée et vendue, la marchandise redeviendra argent (A) comptabilisable et « thésaurisable », mais l’argent ne sera pas encore devenu du Capital. Il redeviendra du Capital quand cet argent servira à acheter des moyens de production (du capital fixe dont le symbole est Cc) et des forces productives (les salaires dont le symbole est Cv) et ainsi redevenir du capital productif (C), prêt à s’engrosser de plus-value (pv), source de toutes les richesses en système capitaliste. Ainsi se poursuit le cycle de reproduction élargie du capital qui assure l’accumulation. L’accumulation n’est qu’un moment dans le cycle continuel de reproduction du Capital – dont la vocation souveraine est de se reproduire en plus grand, de façon élargie. Cependant, pour se reproduire en plus abondant le Capital doit passer entre les mains des ouvriers qui seuls peuvent y injecter leur labeur, la précieuse plus-value (pv) – c'est-à-dire leur surtravail non payé – expropriée – source unique de capital revivifié.

La crise systémique du capitalisme

Quand s’enraye ce cycle de reproduction élargie du Capital productif, le Capital devient improductif, autant dire qu'il devient du capital mort et inutile. Il n’est plus du Capital en fait, au sens marxiste du terme, car il ne sert plus à produire de la plus-value et donc à se reproduire en plus grand (C -» C’). Ce qui enraye ce mécanisme de reproduction élargie – ce mécanisme de reproduction du capital – c’est la surproduction (relative) des marchandises. En effet, le mode de production capitaliste est le premier mode de production dans l’histoire à produire trop de moyens de production (de forces de travail et de forces productives) par rapport à ses capacités de « contenir, gérer et générer » – faire fructifier – ces moyens de production, c’est-à-dire ce Capital.

Crises de surproduction capitaliste

Comment une telle « surproduction » est-elle concevable au milieu de la famine et de la misère urbaine ? C’est que, in fine, le modus operandi de ce mode de production et d’échanges n’est pas de produire de la richesse, des biens et des services, à distribuer parmi la population en aisance ou en indigence. La finalité du capitalisme est de produire et de reproduire du Capital par le moyen de l'exploitation de la force de travail et l'expropriation de la plus-value ouvrière. Pour arriver à ses fins, de reproduction élargie, le mode de production capitaliste, un peu comme un immense organisme vivant que l’on imagine produire de la valeur d’échange monnayable à partir de la valorisation de la valeur d’usage [donner de la valeur marchande à une matière première n’ayant à l'origine qu’une valeur d’usage relative. Exemple, le minerai de fer qui une fois ouvrée devient l'ossature d’acier d'une automobile].

Pour que l’opération soit profitable, qu’elle ne se résume pas à échanger un euro français contre un dollar américain, une marchandise au prix d’un euro doit coûter un certain prix inférieur à ce prix initial. L’autre partie de la valeur produite par le travail salarié (seule et unique source de valeur marchande) sera expropriée par le propriétaire privé des moyens de production et réintégrera le circuit de circulation du capital.

La plus-value source des profits

Cette portion de la valeur créée par le travail s’appelle la plus-value (pv) d’où émarge l’ensemble des profits déclinés sous différentes appellations telles que profits industriels, dividendes boursiers, rentes foncières et bénéfices commerciaux. Tant que ce processus de création de valeurs d’échange [création de capitaux à réinvestir, en capital constant (moyens de production dont le symbole est Cc) et en capital variable (salaire, ou temps de travail nécessaire dont le symbole est Cv) pour faire produire une nouvelle plus-value aux travailleurs salariés exproprier] le système économique capitaliste est en santé et fonctionne normalement. Le système économique reproduit le Capital en plus abondant ce qui est sa finalité. On dit alors qu’il y a accumulation du capital dans les mains des capitalistes qui poursuivent leur quête incessante de nouveaux profits [de nouvelles richesses, de nouvelles valeurs marchandes].




Le profit c’est l’appât, moins de profit et c’est la crise

Le profit constitue l’appât (du gain) sur lequel s’appuient idéologiquement ce mode de production et les rapports de production qu'il génère, qui l’articule et l’organise. Le problème économique (la crise) surgit au moment où ce processus de reproduction élargie du capital s’enraye. Enrayer signifie ici que la classe des capitalistes, dont c’est la mission d’accumuler et surtout de faire fructifier (valoriser) le capital n’y parvient plus. La classe capitaliste a beau imaginer des subterfuges, des arnaques financières, des pyramides de Ponzi frauduleuses, la création de produits boursiers dérivés et sulfureux, le Capital productif ne se reproduit plus et en lieu et place c'est de l'argent fictif - des papiers de changes - des chiffres virtuels dans un chiffrier électronique d’entreprise – des actions bidon qui s'accumulent dans les livres comptables et les portefeuilles de dividendes des rentiers jusqu'à l'éclatement de la bulle financière affichant soudainement la vacuité de cette activité de thésaurisation de valeur-action virtuelle irréelle. C'est-à-dire que ces papiers et ces actifs utopiques ne sont adossés à aucune valeur réelle tangible ou « marchandisable ». C’est la raison pour laquelle les capitalistes chinois transforment présentement tous leurs dollars américains en avoirs immobiliers aux États-Unis. Ils achètent des centres villes en entier, des mines et des terres agricoles en prévision de l’éclatement de la bulle financière gonflée à l’hélium spéculatif étatsunien.

Attention, chacun doit bien comprendre que ce ne sont pas les marchandises, ni la richesse, ni les biens, ni les services, que les capitalistes, en tant que classe sociale, cherchent à accumuler et à reproduire. Les capitalistes détruiront les moyens de production et les marchandises (par les guerres) plutôt que de les brader à vil prix. Seul le profit les active et les motive car l’assurance du profit c’est la garantie de la reproduction élargie. Si un capitaliste ne se plie pas à cette loi d’airain de la valorisation-reproduction élargie du capital il sera broyé par la machine impérialiste en marche vers le précipice de la crise systémique.

De la non-responsabilité capitaliste dans ce cataclysme

La question qui confronte la classe ouvrière n’est pas d’aimer ou d’apprécier les efforts mis en œuvre par tel ou tel État providence bourgeois, devenu État policier corrompu, ou les efforts déployés par tel ou tel capitaliste, mais de comprendre que le système économique capitaliste fonctionne de cette façon et nullement autrement et qu’il devra rendre l’âme pour faire place au mode de production suivant – le mode de production communiste passant par une transition socialiste égalitariste.

C’est le Capital productif, unique source de plus-value (via le travail ouvrier mis en œuvre) que la classe capitaliste cherche à accumuler, non pas pour le thésauriser, mais pour le réinvestir en capital vivant = en capital variable = et en capital constant ou capital fixe = mort = et ainsi lui faire accomplir un nouveau cycle de reproduction élargie. Quand ce cycle n’est plus possible, ce mode de production tire à sa fin. Malheureusement, il ne s’écroulera pas tout seul et nous devrons le renverser pour l’empêcher à nous entraîner dans sa chute apocalyptique, succession de crises et de guerres meurtrières.

À chaque cycle de circulation du Capital, davantage il y a de capital vivant (salaire) mis à contribution et moins il y a de capital mort (capital constant), ou de moyens de production déjà capitalisés et additionnés dans la comptabilité nationale, plus il y a valorisation et donc profitabilité de l’opération de production. En d'autres termes, plus il y a production de plus-value et plus il y a valorisation et reproduction du capital. L’inverse est aussi vrai.

La crise de surproduction de moyens de production et de marchandises

On dit qu’il y a surproduction quand, dans le cadre du mode de production capitaliste, l’opération d’investissement – de valorisation – du capital productif n’en vaut plus la peine. C’est-à-dire quand le fait de placer son argent en nouveaux moyens de production (usines, énergie, matières premières) et en force de travail (salaires) ne procure aucun profit ou procure un profit moindre par rapport à d’autres formes de placements et d’investissements plus lucratifs. Les économistes en herbe qui devisent à propos du dilemme « investissement et croissance versus austérité et décroissance » attestent simplement qu’ils ne connaissent rien à l’économie capitaliste. L’option investissement et croissance est désormais fermée, d’où le capital s’engouffre à la bourse pour frimer (1).

La monnaie – l’argent – le capital financier

Ainsi, la monnaie, à l’origine un simple moyen d’échange facilitant le commerce des marchandises et la comptabilisation des investissements et des profits, s’est métamorphosé en capital financier, source utopique de profits virtuels alambiqués à partir de papiers de commerce-SDF – d’actifs vagabonds – sans valeur marchande. Nous reviendrons sur l’argent moribond, entremetteur, que les capitalistes en déroutent ont transformé en talisman dans leur fuite en avant face à la crise économique systémique de l’économie impérialiste.

L’argent, ce « Dieu » mythique, est lui-même marchandise abstraite et universelle. L’argent n’est Capital que s’il se convertit en marchandises concrètes, telles que machines, matières premières, énergie, forces de travail, dans un procès de valorisation et de reproduction élargie géniteur de plus-value. S’il ne le fait pas, il n’est rien sous le capitalisme. C’est ce que les capitalistes allemands avaient compris dans l’entre-deux-guerres quand ils expédiaient en France des tonnes d’anciens marks sans valeur à titre de réparation de guerre. C’est ce que font les Étatsuniens présentement avec tous leurs créanciers.

La division internationale du travail provoque le commerce et l’échange révélateur de la crise

La probabilité d’une crise économique que nous savons exister dans la forme élémentaire de l’échange simple se retrouve « contenue dans le mouvement du capital, pour autant qu’il est aussi marchandise et rien d’autre que marchandise » disait Marx (2). Car le mouvement de l’argent-capital est fait d’échanges de marchandises, transformées en argent. Il est évident que les échanges doivent équilibrer les achats et les ventes pour pouvoir s’effectuer sans ambages. Les déficits de la balance commerciale annuelle de nombreux pays sont la garantie d’une crise économique profonde et insoluble. Chaque échange est donc un moment de possibles perturbations, un « saut périlleux » comme l’écrit Tom Thomas (3).

Plus se complexifie la division du travail dans l’usine et dans l'économie en général et plus se multiplient les diverses branches spécialisées de la production industrielle anarchique, et plus se segmentent le processus de production, réparti entre les différentes unités de production éparpillées dans plusieurs pays, et plus s’accroît la masse et la diversité des produits, et plus se multiplient aussi les possibilités de disproportions dans les volumes de marchandises produits, et offerts sur les marchés, et les volumes demandés – entre l’offre soldée et la demande solvable – et plus se multiplie les variations de prix que cela entraine. Phénomène qu’accentuent les variations de la valeur de l’argent, des devises au change flottant, d’un pays d’exportation à un pays d’importation. Cet écart dans la valeur des différentes monnaies étant un révélateur du déséquilibre des échanges de marchandises dont nous parlions précédemment. Ce n’est pas la monnaie qui entraîne les écarts et les déséquilibres des balances commerciales. La valeur de la monnaie ne fait qu’enregistrer et refléter ces écarts.

« Pour faciliter l’exposé de ces possibles perturbations, nous distinguerons les disproportions entre les branches de production, et celles dues à une surproduction de biens destinés à la consommation finale (ou, autre façon de le dire, due à la sous-consommation de la population laborieuse). Il ne faut pas oublier que le commerce international concerne autant les échanges entre entreprises que l’approvisionnement de la consommation finale » (4).

Disproportions entre branches de production

Ces disproportions entre branches de production consistent en goulots d’étranglement dans une branche d’activités dont les produits sont nécessaires à d’autres branches d’activités. Le prix des marchandises s’élève. La production des branches est freinée par la pénurie des intrants nécessaires. Il y a triple dévalorisation du capital ; 1) par la diminution de la production de plus-value du fait du renchérissement des intrants, c’est-à-dire l’enchérissement du capital constant par rapport aux salaires, par l’utilisation notamment d’une plus grande quantité de capital fixe (machinerie sophistiquée et installations valorisées); 2) par la nécessité de hausser la productivité du travail et donc de réduire la quantité de travail – et de surtravail – contenue dans chaque marchandise; 3) par l’inutilisation de moyens de production dans les branches industrielles paralysées en amont.

L’ensemble de ce processus produit une hausse de la composition organique du capital dont la conséquence inéluctable est la baisse des taux de profits moyens par secteur industriel et par zone géographique de production d’où s’ensuit un développement économique impérialiste inégal et combiné.

Le capital inemployé ne produit évidemment pas de plus-value, ce n’est plus du Capital, c’est une déprédation du capital. « Dans la mesure où le procès de reproduction s’arrête, le procès de travail se ralentit ou est, par endroits, complètement paralysé, c’est du capital réel qui est détruit. Le travail qui n’est pas exploité est autant dire de la production perdue. Des matières premières qui restent inemployées ne sont pas du capital. Des bâtiments qu’on n’occupe pas, tout comme des machines et des marchandises qui pourrissent dans les entrepôts, tout cela c’est de la destruction de capital » (5).

Sous-capacités de consommation d’un côté est toujours surcapacités de production de l’autre. L’ensemble produit non seulement une sous-utilisation des machines, mais crée aussi des stocks de marchandises invendues, des forces de travail inutilisées et licenciées, une baisse de la consommation des salariés devenus chômeurs et une baisse de l’investissement, et in fine, des entreprises en faillites. Ces réactions en chaîne sont bien connues et peuvent transformer une perturbation économique localisée en une crise généralisée et systémique de l’impérialisme globalisé et mondialisé.

La propriété privée des moyens de production et d’échange paralyse tout

Mais pourquoi chaque branche industrielle ne produit-elle pas exactement selon les besoins des autres ? Pourquoi la société ne peut-elle répartir « comme selon un plan ses moyens de production et ses forces productives, selon le degré et dans la mesure qu’il faut pour satisfaire ses divers besoins, de sorte qu’échoit à chaque sphère de la production la quote-part du capital social requise pour satisfaire le besoin auquel cette sphère correspond ? » demande Marx.

Nous connaissons la réponse, qui peut se formuler par la question suivante : « Comment, sur la base de la production capitaliste où chacun travaille pour soi (…) la péréquation et la cohérence nécessaire des diverses sphères de la production, la mesure et la proportion entre elles, pourraient-elles se faire autrement que par la constante abolition d’une constante disharmonie ? » (6) En réalité, « Les péréquations sont toutes fortuites », et elles s’opèrent toutes de manière anarchique, par la confrontation de l’offre et de la demande, directement soumise à la loi du marché capitaliste, ce qui oblige à ajuster les quantités et les prix à la demande constatée après coup. L’aveuglement des choix privés est corrigé et éclairé par cette confrontation bancale dans un immense charivari économique que les banquiers et les barons de l’industrie ne contrôlent nullement.

Les économistes en herbe et les journalistes à la solde repasseront avec leurs supputations à propos des mesures de « relance économique », d’investissements et de subventions étatiques pour amorcer la relance. Foutaise que toutes ces élucubrations de catéchumènes économistes dilettantes. Pendant ce temps le salarié peine, s’endette et voit les faucilles de la mort guerrière s’avancer jusqu’à lui.

Cette péréquation entre offre et demande arrive toujours trop tard, après qu’elle ait été effectuée dans l’immense carnaval de la concurrence qui entraîne un redéploiement violent des disproportions : destructions de capitaux dans une branche et transfert de capitaux dans une autre branche industrielle, plus rentable. Chômage ici et pénurie de main d’œuvre là-bas. Profits ici et déficits puis dépôt de bilan là-bas.

L’anarchie de la production

La permanence de ces ajustements que ce mouvement des capitaux est censé réaliser « présuppose aussi la permanente disproportion qu’il doit égaliser en permanence, souvent violemment » par des crises, du chômage, l’inflation des prix et l’érosion du pouvoir d’achat des salariés, que le bourgeois présente comme inéluctables et dont le bourgeois et le bobo subissent les effets eux aussi. D’où la paupérisation hargneuse des petits-bourgeois qui s’aventure à protester, et même à se pâmer, vociférant le mot « révolution » et « fin du compromis », et ils réclamant le retour de la croissance (sic). Mais le Dieu Capital ne les écoute pas.

« Ce phénomène de « l’anarchie de la production » comme conséquence de la propriété privée des moyens de production et cause des crises systémiques a fait l’objet de très nombreuses analyses de la part de spécialistes et d’intellectuels marxisants. Nous verrons que les disproportions que génère le capital, et qui aboutissent à des crises de plus en plus violentes, ne se réduisent pas, loin de là, à des problèmes d’équilibres quantitatifs de productions entre les diverses sphères de l’activité économique. Nous verrons aussi que ce ne sont pas ces disproportions quantitatives en tant que telles qui sont le fait le plus important, mais les dévalorisations des capitaux; la tendance générale à la baisse du taux de profit à laquelle elles concourent. Ce qui est posé ici à ce stade encore général de l’analyse des crises, c’est que le capital ne se développe qu’à travers des destructions, des dévalorisations permanentes, qui sont pour lui le moyen de donner une cohérence sociale à la productivité et à la propriété privée.

Le paroxysme

La crise est le moment paroxystique de ce mouvement chaotique. C’est le moment de l’unicité quand l’anarchie à son comble est devenue un obstacle à la survie. L’anarchie capitaliste apparaît toujours comme disproportions. Mais celles-ci se manifestent évidemment sous des formes différentes au fur et à mesure du développement (valorisation) du capital et de ses transformations selon le cycle de reproduction élargie. Par exemple, elles se manifestent comme pénuries de marchandises dans telle ou telle sphère d’activité et sous la forme de surproduction dans d’autres sphères et secteurs au stade de la petite ou moyenne production éparpillée du capitalisme.

Ainsi au Canada pendant que de grandes multinationales performent et étendent leurs tentacules mondialement (l’industrie des énergies fossiles et des mines par exemple) des secteurs industriels secondaires et des entreprises tertiaires de taille petite et moyenne périclitent et s’effondreront bientôt suite à la signature récente de traités de libre-échange avec l’Union européenne, la Corée, le japon, etc. La crise systémique se manifestera comme excédent généralisé de forces productives et de capital financier. Ce sera une surproduction globalisée de capital sous toutes ses formes à ce stade contemporain du capital concentré, hyperproductif et mondialisé [au stade de l’impérialisme décadent. NDLR]» (7).

Taxer comme moyen de redistribuer le capital qui tend à s’accumuler

Une surproduction n’est que l’envers d’une sous-consommation. C’est la deuxième forme de disproportion que nous allons examiner. Il ne s’agit pas simplement d’un problème d’équilibres pouvant relever d’une planification rationnelle de l’économie. Ces disproportions manifestent une contradiction inhérente au mode de production capitaliste entre le développement des forces productives et la paupérisation relative de la population salariée consommatrice à l’exception d’une couche de privilégiée (moins de 1% de la population totale).

Ceci signifie comme vous le verrez bientôt qu’il est totalement futile d’intervenir pour intervertir le processus d’accumulation concentrique des fortunes entre les mains d’une minorité afin de tenter de redistribuer la richesse avec équité. Amorcer un tel procédé amènerait la destruction du capitalisme et jamais les capitalistes au pouvoir ne laisseront leurs laquais-politiciens les dépouiller et détruire le système. Seule une révolution sociale retirant le pouvoir politique et le monopole de la violence légale à l’État bourgeois pourra permettre d’exproprier les moyens de production, d’échange et de communication.

Disproportion entre production et consommation

« La production peut se diviser arbitrairement en deux grandes branches : la production des moyens de production (secteur I) et celle des biens de consommation (secteur II). Mais c’est évidemment cette consommation finale, donc essentiellement celle des masses populaires qui détermine en dernière instance l’équilibre de l’ensemble, la production du secteur I ne pouvant pas trouver sa finalité en lui-même » (8). En effet, c’est au moment où la marchandise (comprenant les biens et les services) est achetée qu’elle transforme les salaires et les revenus des particuliers en argent pouvant redevenir du Capital productif selon le procédé que nous avons explicité précédemment. On constate que le capital développe davantage la production générale (secteur I) que la consommation finale (secteur II). Les hurlements des capitalistes à propos de leurs difficultés à écouler leurs produits, les usines fermées bien qu’en bon état de fonctionnement, et les stocks de marchandises invendues, détruites ou bradées font foi de cette évidence.

La sous-consommation est une explication de la crise souvent invoquée. Notamment par les keynésiens qui en concluent qu’il suffirait d’augmenter les dépenses publiques et les salaires pour que la consommation augmente et la production reprenne. Ainsi convergeraient harmonieusement les intérêts bien compris du capital et du travail salarié grâce à l’accroissement de la dette et de la masse monétaire en circulation ! Quarante années d’endettement souverain démentiel, et d’endettement des particuliers délirant n’auront pas suffi à mettre fin à ce refrain. Seuls les réformistes, les altermondialistes, les pseudo gauchistes propagent encore ce fumage à l’effet que l’endettement collectif et individuel serait une solution à la crise économique systémique (9).

Avant le mode de production capitaliste, il n’y avait pas (en dehors des périodes de guerres) de destructions massives des moyens de production, de forces productives (des travailleurs) et des marchandises. Il y avait des moyens de production trop frustes, une production trop faible et trop sensible au moindre aléa climatique, d’où la pauvreté et de fréquentes famines. Cette pénurie n’était pas créée par le système social, il l’aggravait seulement par les prélèvements des classes sociales supérieures oisives et parasitaires. Avec le capitalisme la sous-consommation n’est pas due à une insuffisance des capacités de production, au contraire, d’importantes capacités de production sont inemployées. Ce n’est pas tant la surconsommation des classes supérieures, ni même les dépenses gouvernementales monstrueuses qui assèchent les revenus et les dépenses des travailleurs, que le mode de développement du système qui induit une contradiction entre la production et la consommation en général, toutes classes confondues.

Le paradoxe tient au fait qu’il s’agit d’une sous-consommation relative. Il y a capacité de produire de plus en plus de marchandises, en variétés et en quantités de plus en plus grandes, avec de moins en moins de force de travail par unité produite. Plus le système capitaliste produit massivement et à bon marché, plus il a de difficultés à tout vendre, bien que les besoins les plus élémentaires de milliards d’êtres humains ne soient pas satisfaits. C’est que ces êtres humains n’ont pas d’argent pour acheter et concrétiser la plus-value et le profit. Pire, ce premier paradoxe s’ajoute à un second paradoxe à savoir que moins le produit coûte cher en salaire et moins il est profitable, application mécanique de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit (Cc/Cv). Bref, le capitaliste ne trouve aucun avantage à produire davantage. C’est ici que l’apparition du capital financier – fusion du capital industriel productif et du capital bancaire parasitaire est apparue comme la panacée permettant aux capitalistes financiers – aux rentiers – de poursuivre leur accaparement du capital, accumulation futile et utopique puisque ne reposant sur aucune valeur marchande réelle. Du capital bancaire et boursier non adossé à des valeurs tangibles. Un immense nuage spéculatif (160 000 milliards de produits dérivés dit-on dans le New York Times) qui n’est que valeur de pacotille que l’on a vue s’évaporer en fumée lors du dernier krach boursier (10).

On le constate, il ne s’agit pas de disproportions quantitatives entre branches de production différentes dues à l’aveuglement anarchique des producteurs privés ou publics (corporations étatiques capitalistes). Ce n’est pas non plus qu’il se produit trop de valeurs d’usage, puisque l’ensemble des besoins sociaux n’est pas satisfait. C’est que le système produit trop de valeurs d’usage dans un système social qui ne les reconnaît que comme valeurs d’échange marchand. Le système produit trop de marchandises sous forme de valeurs d’échange, c’est à dire des marchandises prétendant se vendre à un prix réalisant une plus-value. C’est cette plus-value qui, se posant en capital additionnel, est le nœud du paradoxe surproduction-sous-consommation spécifique au capitalisme.


Le paradoxe du mode de production capitaliste

Le paradoxe provient du fait que l’économie « souffre » d’une sous-consommation relative. Il y a capacité de produire de plus en plus de marchandises (biens et services), en variétés et en quantités illimitées, avec de moins en moins de force de travail par unité produite. Plus le système capitaliste produit massivement et à bon compte, plus il éprouve des difficultés à tout vendre, bien que les besoins les plus élémentaires de milliards d’êtres humains ne soient jamais satisfaits. C’est que le but de la production capitaliste n’est pas de satisfaire les besoins des humains, mais de satisfaire les besoins des actionnaires. Les êtres humains pauvres ou semi-pauvres, salariés, n’ont pas assez d’argent pour acheter, consommer et ainsi concrétiser la plus-value et le profit.

Pire, à ce premier paradoxe s’ajoute un second à savoir que le capitaliste dans sa quête de profits maximums est amené à réduire les coûts salariaux, mais paradoxalement moins le produit coûte cher en salaire, et moins il est profitable pour le capitaliste, application mécanique de la loi de la hausse de la composition organique du capital, avec pour corollaire, une baisse tendancielle du taux de profit (Cc/Cv).

Bref, le capitaliste ne trouve aucun avantage à produire davantage. C’est ici que l’apparition du capital financier et boursier – fusion du capital industriel productif et du capital bancaire parasitaire est apparue comme la panacée permettant aux capitalistes financiers – aux rentiers – aux créanciers – de poursuivre leur accaparement du capital, leur accumulation futile et stérile puisque ne reposant sur aucune valeur mercantile réelle et utile jusqu’à l’éclatement de la bulle spéculative. Du capital bancaire et boursier, cette immensité du crédit, non adossé à des marchandises tangibles et concrètes n’a pas de véritable valeur commerciale. Ce n’est qu’un immense nuage spéculatif (160 000 milliards de produits dérivés inscrits en bourse dit-on dans le New York Times) qui n’est que valeur de pacotille que l’on a vu s’évaporer lors du dernier krach boursier et que l’on verra bientôt se transformer en fumée lors du prochain krach financier (11).

La contradiction antagoniste

On le constate, il ne s’agit pas de disproportions quantitatives entre branches de production différentes dues à l’aveuglement anarchique des producteurs privés ou publics (corporations étatiques capitalistes comprises). Ce n’est pas non plus qu’il se produit trop de valeurs d’usage, puisque l’ensemble des besoins sociaux n’est jamais satisfait. C’est que le système produit trop de valeurs d’usage dans un système économico-social qui ne les reconnaît que comme valeurs d’échange marchand. Le système produit trop de marchandises sous forme de valeurs d’échange, c’est à dire des marchandises prétendant se vendre à un prix réalisant une plus-value. C’est cette plus-value qui, se posant en capital additionnel (virtuel), est le nœud du paradoxe entre surproduction et sous-consommation spécifique au capitalisme.

Envisagez ici que la vente et la consommation des marchandises, sous leurs différentes formes (biens et services) n’est que la façon pour les capitalistes de récupérer l’entière valeur marchande des produits, portion travail (salaire) et portion surtravail (plus-value).

La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste repose sur l’inadéquation des rapports sociaux de production (privé, bourgeois) et du développement de la force de travail et des forces productives (collectives). Une vérité fondamentale révélée par Marx et que les économistes pseudo marxistes ont totalement oublié, nié ou travestis, préférant stigmatiser l’iniquité dans la répartition de la richesse qui n’est qu’une conséquence de la précédente. Pour résoudre l’injuste distribution des ressources, il faut d’abord résoudre l’injuste appropriation des moyens de les produire. Il faut mettre fin à l’exploitation privée du travail. Il faut cesser l’appropriation du surtravail et l’expropriation privées de la plus-value. Il faut abolir le salariat, la plus-value et le profit, et abolir l’État qui a pour mission de maintenir autoritairement en place cette superstructure catastrophique (12).

Trop de moyens de production à exploiter

On introduit ici dans l’analyse des crises une détermination concrète supplémentaire et fondamentale par rapport au schéma le plus abstrait de l’échange marchand, M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise), auquel nous en étions restés précédemment. C’est celle de l’échange pour l’argent, A-M-A, qui devient nécessairement échange pour l’accroissement de l’argent, A-M-A’ (sinon autant ne pas risquer A dans des investissements périlleux), via le commerce mercantile d’abord ; puis dans le mode de production capitaliste par le moyen de l’extorsion de travail non payé (la plus-value), différence entre la quantité de travail social fournie par l’ouvrier et celle dont il reçoit l’équivalent sous forme de salaire. Cette plus-value apparaît concrètement, on le sait, sous les formes du profit. Et le taux de profit, ou le taux d’exploitation, rapport de la plus-value au capital engagé (noté Pl/C), s’établit comme « la force motrice de la production capitaliste et on n’y produit que ce qui peut être produit avec profit. » Tout ceci est assez connu (quoique travesti et mésinterprété par les économistes pseudo-marxistes). Il en ressort évidemment que si le profit s’effondre la production aussi. La crise apparaît dès lors toujours comme effondrement de la production et du profit, ce qui est la même chose s’agissant d’une production de (pour le) profit (13).

Marx résume très bien la relativité du phénomène : « On ne produit pas trop de subsistances proportionnellement à la population existante. Au contraire. On en produit trop peu pour satisfaire décemment et humainement la masse de la population. Mais on produit périodiquement trop de moyens de travail et de subsistances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens d’exploitation des ouvriers à un certain taux de profit… » (14)

Ainsi, dans le phénomène de sous-consommation, ou de surproduction, la mystification consiste à éluder cet objectif de la production capitaliste : le profit. On occulte alors que la surproduction est uniquement celle de marchandises (valeur d’échange) qui ne peuvent pas être vendues avec profit maximum, réalisant ainsi une plus-value maximale, étant donné la quantité de travail non payé qu’elles contiennent. Sous le mode de production capitaliste, on préférera détruire les marchandises plutôt que de les donner, car alors on épuise le marché. Attention cependant, dans une société capitaliste, nationalisé une entreprise, ou une banque ne constitue pas une socialisation des moyens de production, d’échanges et de communication. Il s’agit tout au plus d’une prise en charge étatique d’un canard boiteux capitaliste, ou la prise en charge d’une mission de reproduction de la force de travail destinée au capital.

Impossible de reproduire sans détruire du capital

La disproportion entre production et consommation sociale se résume ainsi : l’unité inévitable production-consommation ne peut se réaliser sous le capitalisme que dans la détermination ultime de ce système, soit la profitabilité privée. Production et consommation sont les deux faces de la même médaille que l’on appelle le procès de valorisation-reproduction du capital. Mais si on considère qu’il s’agit non pas de production en général, mais de production de plus-value, laquelle est accaparée par le capital privé et vient s’ajouter au capital initial, reproduit pour s’incorporer à un nouveau cycle de valorisation-reproduction-accumulation. On constate que ce procès n’est pas destiné à la consommation en soi, pour satisfaire les besoins des êtres humains, mais qu’il est procès de reproduction sociale élargie, tout comme l’animal humain n’accumule pas pour le plaisir d’accumuler, mais il produit et accumule des biens de consommation afin d’assurer sa reproduction élargie (sa descendance, assurance de sa pérennité sociale). Le mode de production capitaliste, en tant qu’organisme vivant, n’est pas différent. Il tente de se reproduire pour sa postérité. Le problème est que par sa nature (génétique pourrait-on dire par analogie) le mode de production capitaliste privé a atteint son seuil « d’incompétence », son seuil d’incapacité, où il ne peut se reproduire sans s’autodétruire, sans détruire du salariat et du capital. C’est cette impérative nécessité de détruire du salariat et du prolétariat qui poussera la classe ouvrière à la révolte contre le patronat – contre le capitalisme – même s’il n’y paraît pas pour le moment. La tâche des communistes authentiques sera alors de faire en sorte que cette révolte ne soit pas une révolte pour des « réformes », ou un « Printemps arabe » pour la forme, mais devienne une révolution sociale fondamentale.

C’est la reproduction organique élargie qui est le principe qui engendre l’accumulation du capital, sa valorisation et sa reproduction, qui est nécessairement accroissement conjoint de la production et de la consommation. Mais pas au même rythme et c’est là une contradiction systémique. Car ce mouvement inexorable d’accumulation pour la reproduction capitaliste fonde les mécanismes généraux qui amènent effectivement à une surproduction de marchandises, de moyens de production, brefs, de capital sous différentes formes, en même temps qu’à une sous-consommation relative, à une paupérisation relative (pouvant se transformer en misère absolue) des masses ouvrières, puis populaires. Mais dans ce rapport de force entre travail et capital c’est la classe ouvrière qui, par sa position objective comme enjeu central de la contradiction fondamentale, détient le destin de mettre fin à ce nœud gordien.

C’est de reproduction élargie et non d’accumulation que nous discutons ici. La preuve en est qu’au milieu du présent approfondissement de la crise systémique impérialiste, l’accumulation du capital va bon train et les fortunes des milliardaires s’accroissent et se concentrent chaque jour avec entrain dans un petit nombre de mains. Le hiatus dans ce processus est que la reproduction élargie ne se produit pas. Il y a accumulation sans reproduction. Le capital financier qui s’accumule entre si peu de mains est de l’argent de pacotille n’ayant jamais fructifié et ne s’étant jamais reproduit de manière élargie – par le procès de reproduction de la plus-value. L’amas de papiers actions – le tas de fausses monnaies – l’amoncellement de valeurs évanescentes – de produits dérivés – disparaîtra parce qu’il n’a jamais été fructifier par le travail salarié, seule source de richesse socialisée.

La concurrence les enrégimente

À ce stade de l’exposé, nous voyons déjà que la possibilité concrète de la crise de surproduction est induite par cette nécessité où se situe chaque capitaliste individuellement, non seulement de limiter la quantité salariale de ses employés, et donc la consommation ouvrière globale, autant qu’il le peut, afin de produire le maximum de plus-value pour lui-même, en comparaison de ses concurrents chinois, indiens, brésiliens ou russes. Le capitaliste individuel est tenu de convertir cette plus-value en moyens de production supplémentaires (pour une reproduction élargie) plutôt que de la consommer en solitaire. S’il ne travaille pas à faire exister le capital en le reproduisant (ce n’est pas l’accumulation qui donne vie au capital, mais sa reproduction), la concurrence viendra le rappeler à ses devoirs sociaux en l’éliminant comme agent économique.

Faute d’élargir sans cesse sa production, de gagner en productivité en investissant dans les technologies de pointe, d’atteindre les meilleurs rendements, il disparaîtra sous les coups de ses concurrents. Le capital qu’il représente ira s’investir ailleurs dans de meilleures conditions et pour de meilleurs rendements. Ou alors il sera dévalorisé et racheté à bas prix par des concurrents plus puissants, ou encore il sera carrément éliminé. C’est pourquoi l’analyse des rapports concrets entre production et consommation doit faire intervenir la concurrence qui oblige chaque capitaliste à développer au maximum ses forces productives et à réduire au maximum sa masse salariale, ce qui à terme lui sera fatal.

Ce faisant, chaque capitaliste participe activement au drame du capital social, général, puisqu’il consacre ses efforts à diminuer sans cesse la part du travail vivant, la masse salariale, relativement à celle consacrée au capital mort, au capital constant, dans le procès de reproduction du capital qu’il administre. Il voudrait bien que les autres ne l’imitent pas pour que leurs ouvriers continuent de consommer. Mais peine perdue, ils doivent tous agir de la sorte, et le gendarme concurrence le leur rappelle de façon pertinente.

Des hausses de productivité pour spolier les salariés

La diminution de la part relative du produit social qui est consacrée aux salaires nécessaires (Cv) contre celle qui est attribuée au capital constant (investissement et amortissement) est une observation que ressassent les économistes de la gauche bourgeoise pour critiquer le néolibéralisme (expression vaseuse pour ne pas condamner le capitalisme, mais seulement sa mauvaise gestion par l’État des riches que l’altermondialiste aimerait administrés pour leurs bénéfices). Mais il est pourtant évident, néolibéralisme ou pas, que plus croît la part du capital constant (Cc) dans la valeur produite, plus doit augmenter aussi la part du produit qui lui revient, pour le renouveler comme pour maintenir le taux de profit. Ce que Marx avait noté : « Avec le progrès de la productivité du travail social, accompagné qu’il est d’un accroissement du capital constant, une partie relativement toujours plus grande du produit annuel du travail échoira aussi au capital en tant que tel et par là même la propriété du capital (indépendamment du revenu) augmentera constamment et la proportion de la valeur créée par l’ouvrier individuel et même la classe ouvrière diminuera de plus en plus par rapport au produit de leur travail passé qui leur fait face en tant que capital » (15).

C’est là une tendance qui se manifeste avec constance. La recherche permanente de gains de productivité s’accompagne évidemment d’un accroissement plus rapide du capital constant (machineries et moyens de production) et de la consommation de matières premières que du capital variable (salaire). Il n’y a donc rien qui puisse être considéré comme anormal, sous le système capitaliste du moins, dans le fait qu’en France « la part des salaires dans la richesse nationale a chuté de 76,6% en 1980 à 68% aujourd’hui ». Aux États-Unis, elle est passée de 54% du PIB en 1968 à 43% en 2012 (16).

La guerre de classes trahie

Mais ce constat n’est que la manifestation d’une croissance des forces productives plus rapide que celle de la masse salariale. Le capitalisme, par la course de chaque capitaliste aux gains de productivité et à l’augmentation de la production en vue de maximiser ses profits induit une tendance au développement illimité de la production face à un accroissement limité, voire même à un rétrécissement de la consommation finale, et donc, également par contrecoup de la consommation de moyens de production. Ceux-ci se trouvent périodiquement inemployés, dévalorisés en tant que capital, et même envoyés massivement à la casse lors des crises (où il y a destruction brutale de moyens en état de fonctionnement, ce qui est différent d’un renouvellement progressif dû à l’usure). La destruction massive la plus brutale survenant pendant les guerres que l’Occident repousse vers l’Orient, l’Afrique, le Proche-Orient, mais qui de temps en temps s’invite en Ukraine, dans le Caucase, dans les rues des mégalopoles occidentales, à Fergusson ou dans la banlieue parisienne (17). Ces guerres urbaines ne sont pas des affrontements interraciaux, interethniques, interlinguistiques, intercommunautaires, mais véritablement des confrontations interclasses entre riches (par police interposée) et travailleurs ; entre le capital (par l’État interposé) et le travail, que la bourgeoisie et ses affidés de la gauche bourgeoise tentent de présenter comme des batailles au sein des classes laborieuses.

D’où cette observation de Marx : « La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société » (18).

« Ce passage a été mille fois cité par tous ceux qui voulaient s’autoriser de Marx pour expliquer la crise par la seule avidité de capitalistes refusant d’augmenter les salaires pour relancer la consommation, l’investissement et l’emploi. C’est toujours la même ineptie qui prétend isoler la sous-consommation, du rapport dans lequel elle se trouve avec le mode de production. Marx avait d’ailleurs déjà répondu clairement à ce genre de « marxistes » que c’est une tautologie que de dire que les marchandises se vendraient mieux s’il y avait plus d’acheteurs capables de les payer. Il ajoutait qu’il est d’autant plus stupide de prétendre que « cet inconvénient (le manque d’acheteurs) serait pallié dès que s’accroîtrait son (la classe ouvrière) salaire qu’il suffit de remarquer que les crises sont chaque fois préparées justement par une période de hausse générale des salaires… Du point de vue de ces chevaliers qui rompent des lances en faveur du « simple » (!) bon sens, cette période devrait au contraire éloigner la crise… la production capitaliste implique des conditions qui n’ont rien à voir avec la bonne ou mauvaise volonté » (19).

Du rapport dialectique entre surproduction et sous consommation

Répétons que pour Marx la limitation de la consommation n’est pas le motif ultime de la crise relative à la tendance illimitée du capitalisme au développement des forces productives, finalement inemployées. Que cette raison ultime de la crise tient à ce développement paradoxal des forces productives fondé sur la production de plus-value. Ce développement anarchique se heurte de façon contradictoire au moyen même qu’il utilise pour en produire toujours davantage. Prenons par exemple les gains de productivité obtenus par le remplacement du travail vivant (Cv) par du travail mort (Cc), de la machinerie de plus en plus automatique, performante, automatisée et sophistiquée. Bref, le terme, « raison ultime » renvoie ici aussi bien à la surproduction de moyens de production qu’à cette sous-consommation finale qui l’accompagne invariablement. Il renvoie donc au rapport d’appropriation de la plus-value, au mode de reproduction du capital, de chaque capital privé particulier, comme course à la reproduction-accumulation que ce rapport implique. Le scandale du capitalisme à son stade impérialiste réside dans cette sous-consommation parce que, contrairement aux modes de production antérieurs, elle n’a strictement rien de « naturel » ni d’inévitable. Elle n’est pas une limite imposée par les forces de la nature ou par les forces productives à l’homme condamné à la simplicité volontaire ou involontaire. Cette limite est au contraire forgée et sociale.

À contrario, cette contradiction croit avec la production des richesses et avec la facilité à accumuler cette richesse sans parvenir à la reproduire, ce qui rompt le cycle de valorisation-reproduction-accumulation sociale du capital. C’est la raison pour laquelle nous disons que les rapports sociaux de production ne parviennent plus à « contenir », c’est-à-dire à faire fructifier et faire croître les forces productives. C’est le mode de production capitaliste et l’esclavage salarié qui sont alors condamnés puisqu’ils ne parviennent plus à faire ce pour quoi ils ont été édifiés au siècle dernier en remplacement du mode de production féodal et du servage.

Ainsi, la condamnation pratique qu’appelle la crise de sous-reproduction du capital est bien celle de la sous-consommation de biens et de services, parce qu’elle est purement artificielle (sociale), et non pas celle du développement limité des forces productives qui grâce aux progrès scientifiques et technologiques pourraient être démultipliées. Bien que relative à la surproduction, c’est la sous-consommation qui condamne le capitalisme à sa destruction en alimentant la lutte de classe du prolétariat, le fossoyeur du salariat, du moment qu’il perçoit que ce système économique ne lui permet plus de se reproduire en tant que classe sociale. Nous y reviendrons.

Tandis que le développement des forces productives, de la science et des technologies, est le côté positif du capitalisme, une condition potentiellement réalisée pour abolir la sous-consommation (la pénurie), c’est-à-dire en fait pour abolir le rapport d’appropriation privée qui est à la racine de la contradiction insoluble entre forces productives et rapports sociaux de production. Ce n’est pas en s’opposant à la consommation, à la mondialisation, à la globalisation, à l’internationalisation du processus de production que nous trouverons la solution à la contradiction du capitalisme, mais en s’opposant à l’expropriation de la plus-value, à la privatisation du fuit de la productivité accrue, et à la destruction des moyens de production (20).

La solution de la contradiction antagoniste

Ceci signifie que la classe ouvrière se mettra un jour en marche pour l’insurrection. Elle sera motivée par le désir de préserver les conditions de reproduction de son esclavage salariée. Ce sera l’ultime lutte de la classe ouvrière « en soi », gréviste et instinctive pourrait-on dire, pour son autoreproduction en tant que classe sociale. Le passage à la phase révolutionnaire du processus de changement radical de la trame sociale consistera pour la classe ouvrière à conscientiser que l’ancien système économique ne peut pas être sauvé, le retour vers le passé est trépassé, et un nouveau mode de production socialisée est exigé, et il est de sa vocation de classe « pour soi » de l’édifier mettant fin, une fois pour toutes, à la succession des sociétés de classes.



À LIRE EN COMPLÉMENT POUR QUI VEUT APPRENDRE L’ÉCONOMIE : http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520


(1) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/croissance-ou-austerite-aurions-nous-le-choix/
(2) Le Capital. I, 1, p. 609.
(3) Tom Thomas (2012) La Crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(4) Tom Thomas (2012) La Crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(5) K. Marx. Le Capital. I, 1, p. 591. Marx observe à ce propos que cela montre bien que non seulement seul le travail ouvrier produit la plus-value, mais aussi conserve au capital constant sa valeur. Le capitaliste doit au travail vivant « la conservation de la valeur actuelle de son capital… Des interruptions violentes, telles que les crises, le forcent brutalement à s’en apercevoir. » (Le Capital, I, 1, p.205.)
(6) K. Marx. Le Capital. I, 1, p. 630.
(7) Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(8) Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(9) R. Bibeau (2014) La spéculation boursière approfondit la crise financière. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-speculation-boursiere-entraine-la-crise-financiere/
(10) R. Bibeau. (2014) Pour en finir avec Piketty et ses hérésies. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/pour-en-finir-avec-piketty-et-ses-heresies/ et, L’économiste marxiste et le chef d’État normal (!) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/leconomiste-marxiste-et-le-chef-detat-normal/
(11) K. Marx. Le Capital. III, 1, p.271. Éditions Sociales. Paris. Tom Thomas (2012) Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(12) K. Marx. Le Capital. III, 1, p.270. Éditions Sociales. Paris.
(13) K. Marx. TPV II, p.494. Éditons Sociales. Paris.
(14) Le Monde 17.06.03. La «richesse nationale» est mesurée par le PIB, ce qui est très approximatif, mais ne sera pas discuté dans cet ouvrage. Aussi R. Bibeau (27.08.2014) Crise économique et austérité. Comment faire face? http://www.les7duquebec.com/
(15) K. Marx. Le Capital. III, 2, p.145, Éditions Sociales. Paris.
(16) K. Marx. Le Capital. II, 2, p.63. Aussi, Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(17) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-face-cachee-de-la-repression-aux-usa/
(18) K. Marx. Le Capital. III, 2, p.145, Éditions Sociales. Paris.
(19) K. Marx. Le Capital. II, 2, p.63. Aussi, Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
(20) R. Bibeau (2014) La mondialisation néolibérale qu’est-ce que c’est ? et R. Bibeau (28.08.2014) La quintessence de la mondialisation néolibérale. http://www.les7duquebec.com/


Jeudi 16 Octobre 2014


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