Politique Nationale/Internationale

L’ouvrier en bâtiment contre l’armée des Etats-unis d’Amérique



Mercredi 11 Juin 2008

L’ouvrier en bâtiment contre l’armée des Etats-unis d’Amérique
"Nom, prénom, âge, profession, lieu de résidence et nationalité du plaignant ?"
"Ben Moujane Mohammed, 27 ans, ouvrier en bâtiment, Casablanca et de nationalité marocaine"
"accusée ?"
"L’armée des Etats-unis d’Amérique(*)"
"lieu du crime ?"
"le centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba"
"durée de détention ?"
"automne 2001 jusqu’en octobre 2006"
"M.Ben Moujane, qu’avez-vous a déclaré à la Cour ?"
"J’ai pris pour la première fois l’avion en juin 2001 pour rendre visite à ma soeur qui avait épousé un Saoudien en Syrie. Or, une fois à Damas, j’ai appris qu’elle était partie vivre en Afghanistan. Trois semaines après mon arrivée à Kandahar, les attentats du 11-Septembre avaient lieu et bientôt les Etats-Unis intervenaient militairement contre le régime taliban. Avec des proches, on a tenté d’obtenir des visas pour gagner le Pakistan voisin, mais toutes les ambassades étaient déjà fermées. On a décidé de fuir à bord d’autocars en partance pour la frontière : je suis monté dans l’un d’eux, et mes proches ont embarqué dans d’autres. Je ne les ai jamais revus.
Ma soeur Raja a péri dans un bombardement américain. Moi, j’ai réussi à rejoindre le Pakistan, où j’ai été appréhendé par la police. Tout individu arabe y était arrêté. Les policiers pakistanais se faisaient beaucoup d’argent en vendant des soi-disant terroristes, et les Américains gobaient tout. Remis à l’armée américaine, celle-ci m’a immédiatement transféré à la base de Kandahar. Là, j’ai cessé d’être humain. Je suis devenu le numéro 149. J’ai été interrogé brutalement et violenté. Un jour, ils m’ont totalement dénudé et photographié avec d’autres détenus. On nous a donné une combinaison orange, ce qui m’a soulagé presque. J’avais vu beaucoup de films d’Hollywood, alors j’ai reconnu cette tenue et j’ai cru que j’irais en Amérique...
En fait, c’est à Guantanamo, base navale américaine en territoire cubain, que je suis envoyé, baillonné, pieds et poings entravés, les yeux bandés et les oreilles bouchées.
J’ignore la date de mon arrivée, mais je suis certain d’y avoir été détenu au moins depuis le 11 janvier 2002, je suis donc l’un des premiers détenus de cette prison militaire. J’avais alors 20 ans. Interrogé plusieurs fois par semaine, j’étais toujours à Guantanamo cinq ans plus tard, sans avoir vu ni avocat ni représentant de mon ambassade. Victime de vexations liées à ma religion, j’ai observé de nombreuses grèves de la faim, comme les autres détenus. Mais on m’a nourri de force par intraveineuse, tandis que ceux qui résistaient se voyaient imposer un tuyau dans le nez.
Mes derniers mois dans cette prison ont été les pires, des drogues étant systématiquement mélangées à l’eau et la nourriture qui m’étaient servies. Chaque fois que je mangeais, j’avais des visions. Je n’ai rien ressenti quand on m’a annoncé mon transfert dans mon pays. Ils m’ont volé ma vie, je suis sonné, je suis comme un squelette qui peut encore se lever."
"M.l’avocat, quelles sont les réclamations de votre client ?"
"M.le juge, nous voulons obtenir réparation du gouvernement américain. Il y a de nombreux motifs de poursuites. Nous avons à votre disposition une liste d’une vingtaine de conventions qui ont été violées par les Etats-Unis, des textes sur la torture aux Conventions de Genève."
"M.le représentant de l’armée des Etats-unis d’Amérique, qu’avez-vous a déclaré suite à ce témoignage et ces accusations portées contre votre client ?"
"L’armée les dément en bloc, M.le juge. S’agissant de Ben Moujane, elle se refuse à tout commentaire spécifique.
Nous ne répondons pas à chaque allégation d’abus formulée par d’anciens détenus"
"Je déclare le procès ouvert"
(...)

Al Faraby
Mercredi, 11 juin 2008

(*) Des avocats britanniques accusent les Etats-Unis d’avoir des preuves de torture sur un prisonnier de Guantanamo
LONDRES - Le gouvernement des Etats-Unis détient des photos prouvant qu’un détenu de Guantanamo a été torturé au couteau après avoir été conduit au Maroc par l’armée américaine, a affirmé un avocat du prisonnier mardi 10 juin.
L’organisation britannique Reprieve, qui fourni une aide juridique à de nombreux détenus de Guantanamo, a déclaré que son client, Binyam Mohamed, avait eu les organes génitaux entaillés à plusieurs reprises au scalpel alors qu’il se trouvait en détention au Maroc, où des responsables américains l’ont conduit en 2002 depuis le Pakistan.
Reprieve a ajouté que d’autres photos avaient été prises par les ravisseurs plus tard pour montrer aux autorités l’évolution des blessures.
De nationalité éthiopienne, Binyam Mohamed est poursuivi par les Etats-Unis pour complot avec Al-Qaïda visant à faire exploser des immeubles américains.
Ses avocats affirment que le chef d’accusation est basé sur des aveux faits sous la contrainte, et que Binyam Mohamed a été victime de "rendition", une pratique prêtée à la CIA consistant à enlever et transférer secrètement un prisonnier dans un pays étranger.
La CIA a refusé de commenter les affirmations de Reprieve, expliquant qu’elle ne réagissait pas, par principe, aux accusations de "rendition".

http://www.aloufok.net http://www.aloufok.net



Mercredi 11 Juin 2008


Commentaires

1.Posté par Népios le 11/06/2008 18:02 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

La CIA ne réagit pas "par principe" au accusations de "rendition"...!?!? Des principes...!!!!! On croit rêver...

2.Posté par unbonarien le 12/06/2008 01:16 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

donc ils ont attaqué l'afghanistan..avec la complicité sonnante et trébuchante de la soldatesque pakistanaise,ils ont appréhendé tous ceux qui ressemblaient peu ou prou a un arabe..

ils les ont ligotés.. baillonés..expédiés manu militari dans une de leur base extraterritoriale transformé en camp afin de se prémunir contre leurs propres lois et réglementations relatives a la protection des droits et libertés civiles..

ils les ont exclus de toutes protections normatives internationales..il ont inventé pour cela la notion sui generis de "combattant illégal"...

Après les avoir détenus des années durant sans autre forme de procès,ils leur préparent une masacrde judiciaire digne de l'indigne procès de Nuremberg..dans lequel le vainqueur avait cru bon d'envelopper son ignominie dans les draps poisseux de la justice.

A quel type de monstre étatique avons nous a faire?

le plus etonnant est que cette situation inouie ne soulève aucune indignation ni aux etats unis ni en europe ni parmi tous ceux qui ne manquent jamais de s'etouffer quand ils évoquent l'abscence de société civile democratique dans les affreux pays sous développés.

ou sont-elles les pleureuses occidentalistes qui ne cessaient pas de dénoncer le terrible goulag?

le cauchemar orwellien n'est pas une lubie littéraire,nous y vivons.


VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires