Géopolitique et stratégie

L'or bleu sillonnera la mer Noire



Samedi 8 Août 2009

L'or bleu sillonnera la mer Noire
Au carrefour des mondes, entre l'Asie centrale, l'Europe occidentale et le Caucase, la Turquie sent, ces jours-ci, fortement le gaz. A peine séché l'encre de l'accord sur le futur gazoduc Nabucco, soutenu par l'Union européenne et les Etats-Unis, conclu en Turquie, il y a un mois, Moscou y lance à son tour un accord, lui aussi imbibé de gaz. Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine a mis à profit sa visite officielle, jeudi 6 août, dans la capitale turque, pour renforcer la coopération énergétique entre les deux pays et signer une quinzaine de contrats dont le point d'orgue est le protocole d'accord qui scelle leur entente sur le projet de gazoduc South Stream, un concurrent direct du Nabucco, construit par le géant russe Gazprom et par la compagnie italienne ENI, qui passer la mer Noire et ralliera la Bulgarie, via les eaux territoriales turques. S'agit-il d'un nouvel avatar du "Grand jeu" qui opposa au XIXe, les empires russe et britannique de la Caspienne au bassin de la mer Noire, ou bien d'une nouvelle "route de la soie", qui transitera de l'or bleu? Quoi qu'il en soit, au-delà de la simple logique commerciale, l'enjeu de la bataille est politique. Ce ne sont pas seulement russes et européens qui s'emploient sur cet échiquier, les turcs, tiraillés entre leur aspiration à intégrer l'Union européenne et à maintenir des échanges économiques conséquents avec la Russie, aussi y cherchent leur profit. Avec le South Stream - renforcé par son double baltique North Stream, un projet germano-russe, - qui pourra acheminer jusqu'à 63 milliards de m3 de gaz par an d'Asie centrale vers l'Europe, Moscou espère maintenir son emprise sur le marché gazier et contrecarrer les desseins du Nabucco, dont le but affiché est de réduire la dépendance énergétique des pays européens vis-à-vis de Moscou. Le South Stream aura également, pour les Russes, l'avantage de court-circuiter l'Ukraine, en froid avec son puissant voisin. Lancé en 2002, le projet Nabucco, qui semblait rester dans les tuyaux, vient de rebondir. Ce gazoduc de 3300 kilomètres reliant les rives de la mer Caspienne à l'Europe occidentale, via la Turquie, est le résultat d'un constat simple: l'Europe ne veut plus dépendre de la Russie pour son énergie. Dans cette bataille des gazoducs, la mer Noire se trouve au centre de ces équations sécuritaires : Moscou s'est attelé à conforter ses assises dans cette mer hautement stratégique. Le soutien aux séparatistes de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, les pressions sur l'Ukraine, s'expliquent notamment dans ce cadre. Quant à la Turquie, vu sa situation géostratégique, au littoral sud de la mer Noire et faisant pluie et beau temps dans les détroits de Dardanelles et de Bosphore, semble incontournable dans tout projet énergétique lié à cette mer, mais aussi dans ses dispositifs sécuritaires, une place qui pourrait peut-être lui ouvrir les portes de l'Union européenne.

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Samedi 8 Août 2009


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