Société

L’opinion publique : élections, médias, buzz internet, réseaux sociaux


En introduction au débat du Café Politique :

Que peut-on attendre des élections régionales ?

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Vendredi 26 Février 2010

L’opinion publique : élections, médias, buzz internet, réseaux sociaux

L’opinion publique est dans une démocratie un concept flou (cf. "L’opinion publique n’existe pas" de Pierre Bourdieu). Elle n’existe réellement qu’à travers sa mesure le soir d’une élection, soit sur une question précise posée lors d’un référendum, soit sur le choix de candidats à des responsabilités particulières. La démocratie transforme cette opinion publique mal définie en volonté populaire. Pour autant la démocratie ne peut-être réduite au seul déroulement de la journée de l’élection, Il est nécessaire que les principaux courants d’opinion aient la possibilité de présenter des candidats ou de défendre dans l’espace public leur point de vue. Les grands partis politiques sont censés être suffisamment proche des citoyens pour que l’on puisse les considérer comme l’émanation de ces grands courants d’opinion, le taux d’abstention aux élections et les propos désabusés de nombreux français obligent cependant à pondérer cette considération. Le processus électoral n’a donc de sens que si les citoyens peuvent au préalable participer au débat démocratique, qui doit permettre à tout un chacun de se construire une opinion. Cela suppose des citoyens ayant un minimum de culture générale de base, un système d’information objectif et la capacité de faire circuler dans la société les diverses analyses politiques. Ces conditions sont à peu près réalisées dans notre société, même si l’argent et les relations donnent bien plus de moyens pour se faire entendre. La difficulté, quand on pense que l’on a des idées à défendre, est de participer à la construction de l’opinion publique de manière efficace, c’est un enjeu politique majeur dans une démocratie.

L’opinion publique est un processus dynamique complexe qui fait intervenir quelques mécanismes régulés par les institutions comme le Conseil Supérieur de l’audiovisuel, mais qui se construit essentiellement dans la sphère privée, notamment par les interactions de l’individu avec l’économie de marché. Le lobbying des groupes de pression du secteur privé se généralise partout, y compris au sein même de l’Assemblée Nationale. Dans ce que certains qualifient de plus grande démocratie du monde, les milliards dépensés par les grandes banques pour empêcher Barack Obama de tenter un début de régulation du système bancaire en est un exemple caricatural. L’importance de l’opinion publique est telle, qu’actuellement tous ceux qui ont des intérêts à défendre essayent de l’influencer plus ou moins discrètement. Il existe une égalité formelle dans les institutions publiques, mais aussi de très fortes inégalités dans les moyens d’actions qui sont le produit d’une longue histoire économique, sociale et culturelle.

Si les groupes sociaux dominants ont investis depuis longtemps les médias dominants -Il suffit pour s’en convaincre de considérer la liste des actionnaires des grands journaux et des chaînes de télévision- il n’en est pas de même des nouveaux médias. Internet et la généralisation des téléphones mobiles ont permis de faire émerger des capacités d’échange et de dialogues entre citoyens, ce qui a profondément inquiété les différents pouvoirs, institutionnels, politiques et économiques. Actuellement on assiste à la reprise en main par tous ces pouvoirs de cette prise de parole considérée comme trop anarchiste : la loi loppsi2 est un symptôme de cette volonté de maîtriser ces nouveaux moyens d’expression. D’un autre côté les lobbyistes en tout genre, pas toujours dans une grande transparence, investissent dans les réseaux sociaux, participent aux nombreux forums et créent de nombreux sites internets.

Pour qu’une idée fasse son chemin, il faut qu’elle soit comprise et considérée comme méritant d’être répercutée par plusieurs personnes. Le nombre, qui conditionne le financement par la publicité, est souvent privilégié dans les médias classiques. Dans les nouveaux réseaux, c’est le lien implicite créé par un centre d’intérêt commun ou par des liens relationnels préexistants qui augmente l’efficacité de la communication. Les pouvoirs dominants insistent sur le manque de crédibilité du net ou des réseaux sociaux, pointant le manque de contrôle et l’absence de journalistes professionnels. C’est paradoxalement cela qui fait leur force, le système médiatique classique est de plus en plus considéré par beaucoup comme étant au service des dominants. Sans tomber dans une naïveté simpliste sur la valeur des informations ou des articles lus ça et là sur le net, il est bon pour l’hygiène mentale de regarder la société avec d’autres lunettes que celle de TF1 ou du Figaro.

Si dans les questions relevant des sciences les plus dures, les expériences et la cohérence du discours suffisent en quelques années à faire basculer les représentations, il n’en est rien dans les questions sociales (On peut cependant remarquer que la mécanique quantique a mis de nombreuses années à se faire accepter par les physiciens et qu’elle reste mystérieuse pour la plupart des citoyens). L’argument principal pour donner de la crédibilité à une opinion non vérifiable expérimentalement est le pourcentage de gens qui sont convaincus de la justesse de cette opinion. La majorité est en quelque sorte le critère de la vérité dans nos démocraties, d’où l’importance des sondages d’opinion (cf. http://lecafepolitique.free.fr/spip...) ou de manière plus moderne les sites de marché prédictif (cf. http://predipol.newsfutures.com).Ce qui se passe actuellement autour du climat en est un bon exemple.

Il y a quarante ans le climat semblait relativement stable (même si à l’époque on accusait les bombes de le détraquer), en quelques années les scientifiques et les écologistes ont réussi à persuader la majorité de la population qu’il y avait un réchauffement causé en partie par l’émission de gaz à effet de serre, essentiellement provoquée par l’utilisation excessive d’énergies fossiles. A l’occasion du débat sur la taxe carbone et à cause de la montée d’Europe Ecologie, l’aspect politique est devenu tel qu’une attaque contre cette idée dominante, qui semblait pourtant bien installée et bien relayée par les médias, s’est mise en route. Le combat s’est déroulé sur la scène médiatique classique mais aussi de manière extrêmement dynamique sur le net et dans les réseaux sociaux. De nombreux acteurs ont participé à la polémique, des chercheurs, beaucoup de citoyens, mais aussi des lobbyistes en tout genre et quelques professionnels des services secrets pour pirater les ordinateurs des chercheurs dans l’affaire du "climategate".

Dans une première étape, en s’appuyant sur les incertitudes des modèles, sur le désaccord de quelques scientifiques et sur le statut ambigu du deuxième volet du rapport du GIEC concernant les capacités d’adaptation au changement climatique, on a déclaré que la climatologie n’était pas une science exacte. Cela a permis de ranger globalement l’avis des experts du climat dans la catégorie des opinions politiques, qui sont par nature discutables. Dans un deuxième temps on a disqualifié l’essentiel des travaux du GIEC en pointant quelques erreurs et maladresses de certains scientifiques (cf. l’erreur sur les glaciers himalayens). Ensuite on a expliqué que les idées défendues par le GIEC traduisent une idéologie catastrophiste et contraire à la philosophie de la modernité, la décroissance qui pointe le bout de son nez a été présentée comme le renoncement au projet fondamental de l’humanité : conquérir et dominer la planète. Si on ajoute la mauvaise gestion par l’OMS et le gouvernement de l’épidémie de grippe A, quelques sondages qui expriment les doutes de la population, tout cela lors d’un hiver rigoureux on a réussi à faire vaciller la représentation de l’avenir du climat (jusqu’à la prochaine canicule....). Les inquiétudes sur l’environnement qui avaient favorisé la liste Europe-Écologie pendant les élections européennes sont donc pour un moment rangées au placard. L’urgence est redevenue la crise économique et la reprise de la croissance. Les grands lobbies économiques partisans du productivisme peuvent être soulagés, les décisions prises par les politiques ne compromettront pas dans l’immédiat leur avenir économique. L’échec de Copenhague peut aller dans les poubelles de l’histoire. Les intérêts à court terme défendus par les puissants, mais aussi par les pauvres qui avait légitimement peur de faire les frais des décisions qui auraient pu être prises, ont donc gagné. L’erreur des écologistes dans ce débat est de ne pas avoir su montrer assez de crédibilité dans la défense de la justice sociale, celle des scientifiques est d’avoir cru que leur prestige pouvait les dispenser d’un travail de persuasion. Le paradoxe c’est que l’opinion publique a mis en doute un discours inquiet largement majoritaire dans le monde scientifique, alors que jusqu’à présent la science était considérée comme le moteur principal du progrès et les scientifiques souvent pris pour des apprentis sorciers. Le mythe faustien d’une science prête à faire prendre tous les risques à l’humanité est-il en train de s’épuiser ?

Un des aspects important actuellement est l’usage du politiquement correct pour disqualifier les adversaires politiques. Une vidéo sur le net qui met en lumière un « dérapage » peut avoir des effets dévastateurs sur l’avenir de n’importe quel politicien. A priori un dérapage est considéré comme l’indice d’une pensée profondément critiquable, comme l’émergence d’un sentiment inacceptable indigne d’un responsable politique, occasion de mettre à jour par un travail d’analyse les contradictions entre les discours généreux des responsables et les conséquences des décisions politiques. Le politiquement correct va plus loin, la faute est dans le fait d’avoir dit une phrase incorrecte. L’exemple de George Frêche est flagrant : Il passait auparavant plutôt pour un pro-sioniste absolument pas antisémite, mais sa phrase sur Laurent Fabius a pourtant été considérée par le PS comme étant antisémite et donc comme étant une faute suffisamment grave pour justifier de prendre le risque de perdre la région Languedoc-Roussillon. Dans notre société hyper médiatisée, dire une connerie devient une faute gravissime, qui permet de mettre en avant l’aspect moralisateur et émotionnel, bien adapté à la superficialité ambiante. Cela fait du buzz... ce qui est l’objectif principal de notre grande machinerie communicationnelle. Plus dangereux, c’est la tentation pour les partis politiques d’instrumentaliser les médias pour essayer de faire un croche-pied à un adversaire. Tout responsable devrait apprendre à manier la langue de bois non seulement dans les discours officiels ou devant la télévision mais aussi quasiment tout le temps. Exercice paradoxal quand on sait l’importance de la petite phrase qui à vocation à être médiatisée mais qui est souvent un peu excessive pour accrocher les journalistes.

Ce qui est toujours difficile à cerner, c’est pourquoi certains sujets occupent à un moment donné le devant de la scène. Le panurgisme des grands médias explique bien pourquoi une fois un sujet lancé il grossit comme une bulle de savon, par contre le départ qui est souvent compréhensible après-coup est rarement prédictible. Par exemple dans cette campagne électorale un sujet important dans toutes les régions est l’emploi et le dynamisme économique, sujet sur lequel la région a quelques compétences. Depuis quelques mois s’est déroulé en France un grand débat national sur les nanotechnologies qui vient juste de terminer. Les entreprises de ce secteur demandent évidemment d’être accompagnées par les collectivités locales. Toulouse est avec Saclay et Grenoble un des trois grands pôles choisis par le gouvernement pour développer ces filières que certains pensent pleines d’avenir. Nombre de scientifiques demandent à ce que l’aspect toxicologique soit mieux étudié et certaines associations contestent les orientations déjà prises. On aurait donc pu penser que ces deux problématiques allaient naturellement se rencontrer pendant la campagne électorale des régionales en Midi-Pyrénées. La Région doit-elle soutenir cette filière en facilitant l’installation de start-up dans le tissu des villes moyennes autour de Toulouse ou, comme elle l’a fait pour les OGM, exprimer clairement ses réticences ? Cette question aurait pu se déployer sur : quelles technologies faut-il développer ? Pour quel projet de société ? Difficile de trouver trace de ce débat de fond dans la campagne électorale actuelle... qui se focalise plutôt sur une autre question : comment empêcher les entreprises de licencier, de fermer ou délocaliser. Les citoyens espèrent que les collectivités locales seront par ces temps de crises mondiales un " bouclier social et territorial" (Martin Malvy) qui leur permettra de résister un peu mieux à la dureté de l’époque qui s’annonce. Le débat sur les nanotechnologies et la convergence NBIC (Nano-Bio-Info-sciences Cognitives) peut continuer à mijoter dans les cénacles d’experts en philosophie des sciences.

Les campagnes électorales sont en partie structurées par des programmes incarnés par des candidats et soutenus par des partis. La crédibilité des projets de société, même s’ils ne sont pas toujours très explicites, se construit dans le long terme à travers une multitude de débats de fonds et d’expérience de terrains. Le candidat dans le champ interne du parti qui le présente à l’élection a acquis une certaine notoriété. Une fois déclaré le candidat doit construire une image positive de sa personne devant l’opinion publique pour prouver qu’il est capable d’incarner les idées qu’il défend. Les médias classiques jouent toujours un rôle fondamental, les sites Internet et les réseaux sociaux dédiés au soutien du candidat commencent à se généraliser. Les nouveaux modes d’expression autorisent l’arrivée de nouveaux acteurs dans la construction de l’opinion, un citoyen motivé a plus d’efficacité en écrivant sur le net qu’en avait le militant politique en distribuant des tracts dans les boites à lettres ou en collant des affiches. Difficile de mesurer l’impact réel des nouvelles formes de militantisme politique, mais on peut parier sans trop de risque que cela a vocation à devenir de plus en plus important. C’est une opportunité pour briser la coupure qui s’est creusée depuis quelques années entre les citoyens et le monde politique, à chaque citoyen de faire un bon usage de ces nouveaux moyens.



Vendredi 26 Février 2010


Commentaires

1.Posté par Intellecterroriste le 26/02/2010 11:34 | Alerter
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Et quand on s'appelle Sarkozy, il suffit de mentir éhontément pour se faire une belle image! C'est aussi con que ça! Plus le mensonge est gros, et plus facilement il est gobé!

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