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L’islamophobie subliminale du Nouvel Observateur


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Comment vendre des journaux en panne de vitesse? Avec la franc-maçonnerie et la vie sentimentale de François Hollande, l'islam et ses dérivés constitue un marronier idéal. Illustration.

Devinette: pour représenter la dernière couverture du Nouvel Observateur, une seule de ces deux images accolées est authentique. Saurez-vous deviner laquelle?


Hicham Hamza
Lundi 24 Février 2014

L’islamophobie subliminale du Nouvel Observateur
Que les lecteurs de Panamza se rassurent: le journal proche du Parti socialiste ne s'est pas aventuré à "enquêter" sur ces Français partis servir un régime d'occupation et d'apartheid en faisant la guerre au nom de l'État d'Israël. Dossier de la semaine, paru jeudi 20 février: ces jeunes gens présentés comme des "djihadistes" et partis combattre le régime syrien aux côtés des miliciens religieux hostiles à Bachar El-Assad. Une "enquête" qui s'inscrit dans la cadence du gouvernement: mi-janvier, c'est Manuel Valls (en tandem avec Michaël Darmon, journaliste à I-Télé et chroniqueur dans la chaîne israélienne i24news) qui a donné l'ordre du jour aux médias hexagonaux en dramatisant ce "phénomène très particulier et dangereux pour nos intérêts".

 

 

 

Sans oublier l'inénarrable Hassen Chalghoumi (co-auteur d'un prochain livre de "conseils pour aider un jeune homme qui tombe dans le piège de la criminalité"…): il vient de faire connaître au Figaro, durant une interview d'une rare et délicieuse complaisance, qu'il était en contact avec le ministre de l'Intérieur sur ce sujet et qu'il allait sillonner la France (avec quels fonds? Mystère) pour constituer ce qui s'apparente à des cellules de crise pour les familles concernées.

 

Passons ici sur le paradoxe d'un combat globalement soutenu par la France mais critiqué, politiquement et médiatiquement, dès lors qu'il s'agit d'un enrôlement individuel sur le mode des "Brigades internationales" survenu lors de la guerre d'Espagne.

La dernière couverture du Nouvel Obs n'est pas sans rappeller celle d'un livre catastrophiste et truffé d'anecdotes confondant allégrement islam, intégrisme et terrorisme: Les islamistes sont déjà là, publié en 2004 et co-écrit par Christophe Deloire, l'actuel patron de Reporters sans frontières. Panamza aura l'occasion de revenir sur ce personnage et ses réseaux idéologico-policiers méconnus dans un prochain dossier.

 

Aujourd'hui, pour tenter de mieux comprendre les ressorts psychologiques de l'équipe du Nouvel Obs, voici un article, rédigé par l'auteur de ces lignes en avril 2013 et toujours d'actualité.

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Fondé en 1964 et détenu par l’ex-mendésiste Claude Perdriel, le Nouvel Observateur est l’hebdomadaire de référence, diffusé à plus de 500 000 exemplaires, pour la gauche sociale-démocrate française.

En mars 2011, le magazine d’actualité avait pris position contre l’organisation -par l’UMP- d’un débat interne consacré à la compatibilité entre "islam et laïcité".

A la faveur d’une pétition lancée, entre autres, avec Respect Mag et relayée par le site Oumma.com, le journal dénonçait cette "stigmatisation" des musulmans par le parti alors majoritaire. Dans un éditorial vidéo, son directeur délégué, Claude Weill, déplorait vigoureusement les "effets délétères" d’un tel débat à l’encontre de l’islam de France.

 

 

Le directeur de publication, Laurent Joffrin, surenchérissait en pointant du doigt la"position très anti-musulmane" de l’UMP.

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Deux ans plus tard, à l’instar de ses confrères L’Express et Le Point, c’est au tour de l’hebdomadaire classé à gauche de stigmatiser l’islam -de manière plus feutrée- à travers un article mis en ligne. Le 10 avril, le site du Nouvel Obs relaya ainsi un papier issu de l’Agence France-Presse à propos de l’affaire Merah. Il s’agissait de mettre en avant la parution -le lendemain, dans ses colonnes- de "l’enquête" du journaliste Guillaume Dasquié -également collaborateur des services secrets français- dont l’objet visait à présenter les hypothétiques liens précoces du Toulousain avec la mouvance narco-djihadiste en Afghanistan.

Les mots-clés de l’article, dénommés également "tags", ont été les suivants: "drogue, enquête, homicide, islam".

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Si les trois premiers termes paraissent appropriés, le dernier laisse songeur: que vient faire la religion islamique, en soi, dans l’affaire Merah?

Le choix du terme est d’autant plus curieux que, sur une autre affaire impliquant un criminel extrémiste se revendiquant d’une autre religion, le Nouvel Obs n’évoque pas son"christianisme". Tel est le cas à propos d’Anders Breivik comme l’illustre cet article du 18 avril.

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Un classique "deux poids deux mesures"? Breivik n’avait jamais caché sa motivation religieuse quand il se déclarait, dans son manifeste, "partisan d’une Europe mono-culturelle chrétienne". Même si le terme de "fondamentaliste" ne peut pas lui être rigoureusement appliqué -au regard de son dédain personnel pour la pratique rituelle au quotidien-, un éminent spécialiste du nationalisme religieux, Mark Juergensmeyer, reconnaît qu’on peut néanmoins qualifier l’homme de "terroriste chrétien". Pourtant, aucune mention au christianisme ou à un extrémisme se référant à la Bible n’est faite dans les tags du Nouvel Obs à son propos.

D’un côté, on souligne le rôle prétendument joué par "l’islam" dans l’affaire Merah; de l’autre, on omet de faire allusion au radicalisme chrétien d’Anders Breivik.

Soulignons ici que c’est le même journal qui organisa, la semaine dernière à Nantes, un débat dont l’intitulé suggère, comme le faisait remarquer le géopolitologue Pascal Boniface, un "sous-entendu" dépréciatif : "Vers un islam moderne?" (Comprenez qu’il ne l’est pas).

En filigrane, ce double traitement -à propos de Merah et Breivik- ne révèle pas seulement un préjugé islamophobe au sein de la rédaction du magazine qui a conçu et laissé passer ce tag. Il reflète également la méconnaissance du journaliste moyen de la presse généraliste française à propos de l’islam : malgré une formation universitaire bac+5 et un profil "élitiste" de plus en plus similaire (Sciences Po + école de journalisme), le rédacteur web typique de la place de Paris, généralement âgé entre 22 et 35 ans, reproduit sans sourciller les clichés du café du commerce.

Nulle surprise quand on connaît, pour les avoir fréquentées, la particularité socioculturelle des salles de rédaction de la presse nationale : une faible présence de jeunes musulmans issus des quartiers populaires et assumant leur identité religieuse. S’il est vrai que de plus en plus de noms à consonance arabe peuvent être désormais identifiés dans les articles de la presse écrite et audiovisuelle, trois tendances sociologiques se dessinent à leur propos :

* Les femmes issues de l’immigration maghrébine y sont plus présentes que les hommes (davantage cantonnés à des rôles techniques : cadreur, monteur, preneur de son).

* Les rares musulmans présents dans les grands médias affichent généralement un discours apolitique et détaché au sujet de l’islam ("modéré", "athée", "non pratiquant").

* Fait peu évoqué : ce sont plus souvent des hommes et des femmes issus de familles bourgeoises du Maghreb, ayant bénéficié d’études matériellement confortables et héritant de réseaux dans la sphère culturelle et médiatique parisienne, que l’on peut trouver dans les rédactions les plus importantes.

Evidemment, ces trois tendances ne sont pas exclusives et il existe, de plus en plus, de jeunes Français musulmans de condition modeste -vigilants sur la question de l’islamophobie- qui arrivent à démarrer, tant bien que mal, une carrière journalistique dans les médias nationaux.

Mais une chose est patente : le Français d’origine maghrébine -enfant de prolétaires, doté d’une conscience politique et musulman assumé- aura davantage de mal à gagner -et conserver- un poste rédactionnel (et non technique) dans les rédactions de la presse hexagonale que la jeune bourgeoise maghrébine, issue d’une famille de notables et adepte consensuelle d’un islam "light" (déguisé ou aseptisé).

Pour une Intifada dans les médias

Dans les années 80, Guy Bedos tenait sur scène une revue de presse dans laquelle il qualifiait régulièrement le Nouvel Obs de "kibboutz". Par ce mot, l’humoriste faisait allusion, de manière sarcastique, à l’importance -selon lui- du nombre de  journalistes juifs au sein de l’hebdomadaire français. Ce type de regard fut également porté, plus sérieusement, par Jean-François Kahn, ex-directeur de Marianne. Dans un entretien accordé en 2008 à Israël Magazine, l’homme reconnaissait sereinement que son propre hebdomadaire était "l’un des journaux de France où il y a le plus de Juifs sionistes" avant d’ajouter un commentaire singulier auquel pourraient pourtant souscrire, en aparté, bon nombre de patrons de la presse hexagonale :

"Je pense qu’il y a des musulmans athées – se définissant comme musulmans modérés – , des musulmans profondément démocrates et républicains.

Mais ils sont modérés parce qu’ils ont pris de grandes distances avec la dogmatique islamique.

Mais dès lors qu’il s’agit de musulmans qui adhèrent à la doctrine musulmane, je dirais qu’il n’y a pas de musulmans modérés.

La majorité des musulmans sont non radicaux et non violents mais dès lors qu’ils adhèrent à la communauté musulmane, ils adhèrent à un dogme intégriste".

Le jour où des musulmans "visibles" (et aux multiples interprétations religieuses) investiront -sans attendre d’être adoubés par Jean-François Kahn et consorts- le secteur de l’information nationale, des tags comme "islam" à propos de l’affaire Merah n’auront plus une chance de passer.

 Hicham HAMZA                                                              

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Lundi 24 Février 2014


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