Société

L’intégration politique ne se quémande pas elle se conquiert


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À force de s’entendre poser la question, Alain Soral donne – enfin – son avis sur les récentes émeutes des banlieues...


Vendredi 20 Janvier 2006




Ces émeutes sont elles une forme moderne de lutte de classe ?

Au risque de décevoir le goût des jeunes pour la révolution, non. Car ces émeutes n'expriment aucune vision fondée sur une conscience acquise par la praxis, le travail, la relation aux autres groupes de la société. Niveau conscience politique c'est zéro. Ces cons en sont encore à penser que le P.S. les protège et que le danger c'est Le Pen. Leurs revendications sont le plus souvent la répétition pour la galerie du catéchisme inlassablement ressassé par les médias de masse : égalité, racisme, jeunesse, chômage. En réalité, beaucoup de ces petits gars seraient très embêtés si on leur proposait demain un travail pour les prendre au mot. Un travail en rapport avec leur compétence, c'est à dire un travail de merde, de larbin, de grouillot, à moins de mille euros par mois. Et quand on a été élevé dans la culture "racaille" ça se comprend aisément. Pour conforter cette thèse un peu désenchantée, je vous ferai remarquer qu'une intégration sociale et politique ça ne se quémande pas, ça se conquiert, l'histoire même de tous les groupes dominés démontre bien que le pouvoir ne vous donne jamais rien que vous ne lui ayez arraché de haute lutte. Un groupe s'éveille, puis se structure et produit des élites solidaires. Est-ce que vous pensez que les ouvriers au XIXème siècle ont demandé gentiment au patronat de leur donner des acquis sociaux au nom de l'égalité et des droits de l'homme ? Non, ils se sont organisés, ils ont trouvé la faille, notamment la grève, pour peser dans le rapport de force. S'ils s'étaient contentés de pleurnicher et de brûler des calèches, on leur aurait envoyé l'armée.

Comment expliquer que ces jeunes, issus des franges les plus marginalisées de la population, ne s’organisent pas politiquement pour défendre leurs intérêts ?

D'abord parce qu'ils sont incultes, ensuite parce qu'ils sont très individualistes, ou néo-tribaux, suivant en cela les sirènes des médias de masse qui constituent leur seul fond de culture. Enfin parce que les rares personnes intelligentes qui parviennent, malgré tous ces handicaps, à atteindre un certain niveau de lucidité et qui essayent de s'organiser, comme du temps de la "marche des beurs", sont immédiatement récupérés et manipulés par les associations de contrôle qui quadrillent le terrain, suivant la vielle méthode coloniale. Associations type SOS Racisme, plus récemment Ni Pute Ni Soumise, qui soit les embobinent, soit les neutralisent, soit, s'ils sont trop rotors, les cooptent à condition qu'ils trahissent les leurs, comme le démontre très bien le beau parcours de Malek Boutih.

Ces associations qui véhiculent un discours victimaire, les maintiennent en réalité dans le sous-développement mental, l'assistanat. Elles jouent, en accord avec les médias, ce duo pervers qui consiste à ne promouvoir que des marginaux, rappeurs, taggeurs, semi-délinquants, plutôt que ceux qui tendraient à faire penser aux Français de souche que ces gens là sont comme nous, capables de faire des études, de monter des entreprises, de réussir calmement par des voies non marginales. Conclusion, non seulement les banlieues sont très peu organisées et structurées politiquement, mais en plus, ceux qui sont censés leur donner un coup de main sur le terrain ont tout fait, depuis 25 ans, pour les maintenir dans la marge, le sous-développement.

A croire qu'il y a une vraie peur du pouvoir que ces gens là s'intègrent et qu'on a tout fait, en réalité, pour qu'ils ne s'intègrent pas. Au fond, il se passe en France, sur le plan des manipulations sociales et communautaires, la même chose que ce qui s'est joué aux USA dans les années 60-70 avec la lutte pour les droits civiques : encadrement, manipulation puis quand la manipulation tend à être éventée, diabolisation.

Comment le PCF, avec son organisation structurée en parti de classe, a-t-il perdu ce contrôle dans les banlieues ?

Par l'immigration justement. Le PCF vivait de son encadrement et de sa défense historique de la classe ouvrière, anciennement majoritaire en banlieue. Le but du regroupement familial a donc été clairement, entre autres, de casser ce pouvoir en important massivement dans les banlieues, des Africains issus de la paysannerie pauvre du tiers monde et du bled, sans culture ouvrière, syndicale. Ainsi, on a cassé une organisation et une conscience de classe, comme on a cassé à la même période les forteresses ouvrières et syndicales, type Billancourt. Aujourd'hui, les gosses qui brûlent des bagnoles ne sont pas des enfants d'ouvriers qui se battent pour préserver des acquis de classe, mais des paumés violents, issus le plus souvent de familles sans pères et forcément nihilistes, puisque n'ayant aucune culture solide, aucun exemple valorisant auquel se raccrocher. Ces jeunes ne sont pas des opprimés en lutte, ce sont des névrosés sociaux.

Des névrosés sociaux ? C'est-à-dire…

Quand on naît en France de parents étrangers venu d'un pays moins développé qui a été exploité puis ennemi de la France. Quand on a vu son père bosser 30 ans pour le smic et raser les murs. Quand notre intelligentsia cosmopolite leur a appris en sus, la haine du Français de souche via les éducateurs trotsko-gauchistes. Quand on a détruit en une génération le patriarcat traditionnel dont ils sont issus pour les soumettre au néo-matriarcat marchand dont, en plus, ils ne touchent pas les dividendes ni concrets ni symboliques. On crée alors objectivement une génération d'adolescents complètement perturbés, déstructurés. Des gosses qui ne sont pas dans la misère au sens traditionnel du terme, puisqu'en banlieue chacun mange à sa faim, peut s'habiller, avoir un téléphone portable et le tout sans bosser, on le voit bien sur les images. Une situation parasitaire qui ne les empêche pas d'être dans un profond mal-être, un sentiment confus, peu verbalisé d'envie et d'impuissance que vient encore redoubler l'énergie de la jeunesse.

Ça c’est l’analyse psycho-sociologique. Mais politiquement qui sont ces jeunes ?

Ils correspondent à ce que Marx appelle le sous-prolétariat, d'autres les classes dangereuses. Bien que l'Histoire prouve qu'en fait de dangereuses, elles ne le sont jamais que pour elles-mêmes. Après tout les bagnoles qui brûlent ce sont celles de la banlieue, les leurs, pas celles du centre ville. Quant à l'avenir de ce genre d'action c'est relégation et prison. Le sous-prolétaire dont l'éloignement du travail productif solidaire ne lui permet pas d'atteindre à la conscience de classe, a vocation de jouer le rôle de "jaune" dans les troubles sociaux, c'est-à-dire d'allié objectif du pouvoir. Quand il casse devant toutes les télés du monde, que fait-il sinon se faire détester du reste de la population française, et ainsi légitimer la droitisation de la politique française, à la demande de Sarkozy. Sur le plan idéologique, ces jeunes-là sont d'ailleurs des libéraux, des « Américains », habillés en américains, rêvant comme des américains à la consommation, à la maille sur le modèle des noirs américains du ghetto, fascinés par cette idéologie de l'embrouille et du vice. Ils ne sont d'ailleurs pas la preuve de l'échec du modèle français, contrairement à ce que nous dit Sarkozy l'américain, mais du danger que représente, pour la France, l'importation sur notre sol du modèle inégalitaire et communautaire américain.

Durant la période du plein emploi, la classe ouvrière défendait des intérêts en coupant la production par des grèves. Aujourd’hui, dans certains quartiers le taux de chômage frôle les 50%. Et ceux qui trouvent du travail sont soumis aux contraintes de l’intérim ou du CDD. Comment défendre ses intérêts dans ces conditions ?

A court terme, en mettant le feu effectivement. Comme Sarkozy, après avoir eu la maladresse de les provoquer (sans doute sciemment d'ailleurs pour mener à bien son programme de "bushisation" de la France) n'a pas eu le courage de les affronter, l'Etat français leur a bien fait comprendre qu'il était près à donner un peu pour qu'ils se calment. Une attitude qui ne peut que légitimer un peu plus la posture délinquante, posture délinquante qui a long terme, justifie un peu plus le virage droitier et inégalitaire pris par le pouvoir. Piège ô combien pervers. La solution serait plutôt qu'émerge une élite légitime et mandatée de ces lieux et de ces communautés, une sorte de phénomène Dieudonné pour les banlieues. S'il émergeait cette élite politiquement intelligente et capable de peser en s'appuyant sur une base solidaire, alors la population des banlieues pourrait enfin obtenir des choses sur le long terme. Mais pour l'instant, compte tenu de la situation que j'y ai vue, il y a plutôt une petite élite incomprise et désabusée qui ne songe qu'à fuir la banlieue et à s'intégrer en ville dans une logique individuelle, laissant sans encadrement une masse à la fois colérique et inorganisée qui sert, malgré elle, le projet ultra-libéral et communautaire de messieurs Sarkozy et Finkielkraut.

Propos recueillis par Sancho

Source: poivrerouge.ouvaton.org


Vendredi 20 Janvier 2006

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