Politique Nationale/Internationale

L’intégration politique de l’ALBA


L’organisation régionale s’est transformée en un bastion pour affronter les grands défis politiques qu’affrontent les peuples latino-américains constamment menacés par l’avidité hégémonique usaméricaine.

Traduit par Gérard Jugant. Édité par Fausto Giudice


Hedelberto LÓPEZ BLANCH
Lundi 21 Décembre 2009

L’intégration politique de l’ALBA

En seulement cinq ans l’Alternative (devenue Alliance) Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) s’est transformée en instrument économique, social et politique le plus important de l’union et de l’intégration des pays latino-américains.

L’ALBA est née le 14 décembre 2004 quand les président de Cuba, Fidel Castro Ruz et du Venezuela, Hugo Chávez Frías se réunirent à La Havane et signèrent les protocoles de sa fondation comme forme d’intégration et d’union de l’Amérique latine et des Caraïbes basée sur un modèle de développement indépendant avec en priorité la complémentarité économique régionale, qui permette la volonté de promouvoir le développement de tous et renforce la coopération moyennant le respect mutuel et la solidarité.

La Déclaration conjointe de sa constitution, signée à cette date par Fidel et Chávez, stipulait: “Nous sommes d’accord que l’ALBA proposée par le Président Hugo Chávez Frías à l’occasion du IIIe Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Association des Etats des Caraïbes, qui s’est tenue dans l’île Margarita en décembre 2001, trace les principes directeurs de la véritable intégration latino-américaine et caribéenne, basée sur la justice, et nous nous engageons à lutter ensemble pour en faire une réalité”. Et elle ajoutait: “Nous affirmons que le principe cardinal qui doit guider l’ALBA est la solidarité la plus large entre les peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes, qui se nourrit de la pensée de Bolívar, Martí, Sucre, O’Higgins, San Martín, Hidalgo, Pétion, Morazán, Sandino, et tant d’autres précurseurs, sans nationalismes égoïstes ni politiques nationales objectives qui nient l’objectif de construire une Grande Patrie en Amérique latine, telle que l’ont rêvée les héros de nos luttes émancipatrices”. L’organisation surgit aussi comme une manière de neutraliser les intentions des USA de créer une Zone de Libre Echange pour les Amériques (ZLEA) qui “est l’expression la plus achevée des appétits de domination sur la région, et qui, en entrant en vigueur, constituera l’approfondissement du néolibéralisme et créera des niveaux de dépendance et de subordination sans précédents”.

Les chefs d’État latino-américains se chargèrent de mettre en déroute la ZLEA durant le IVe Sommet des Amériques à Mar del Plata, Argentine, en 2005, mais subsistaient les dangereux Traités de Libre-Échange (TLC) bilatéraux entre Washington et certains pays de la région.

Après le Venezuela et Cuba les gouvernements de Bolivie et du Nicaragua s’intégrèrent plus tard au projet d’union régionale avec l’arrivée au pouvoir de ses présidents Evo Morales, en 2006 et Daniel Ortega, en 2007. En janvier 2008, la petite île caribéenne de La Dominique s’inscrivit comme cinquième membre permanent. Le Honduras (qui depuis juin dernier se trouve sous un gouvernement de facto) s’incorpora en août de cette année et en 2009 ce fut au tour de Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda et l’Equateur.

L’ALBA, dans ses quelques années de vie, a démontré que le libre-échange n’est pas capable d’engendrer les changements sociaux requis, et qu’avec une volonté économique souveraine on peut éradiquer les épineux problèmes que vivent des millions d’êtres humains en Amérique latine.




L’accord implique neuf pays. En Amérique du Sud le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. En Amérique centrale le Nicaragua et le Honduras et dans les Caraïbes de langue espagnole et anglaise, Cuba, La Dominique, Saint-Vincent et les Grenadines et Antigua-et-Barbuda, avec une population d’environ 74 millions de personnes, pour une superficie globale de 2.536.000 kilomètres carrés et un Produit Intérieur Brut d’approximativement 461 000 millions de dollars.

Les 28 et 29 avril 2007 se tint à Barquisimeto, au Venezuela, le Ve Sommet de l’ALBA, qui coïncida avec le premier anniversaire du Traité de Commerce des Peuples (TCP). Ses membres et invités de Haïti, Saint-Christophe-et-Niévès, et Uruguay, évaluèrent le développement des programmes et projets approuvés dans le Premier Plan Stratégique de l’ALBA et la coopération et l’intégration déployées durant l’année 2006. Ces pays, qui ont souffert des conséquences des politiques néolibérales au détriment des grandes majorités, instaurées par Washington au travers d’organisations financières puissantes comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI), optèrent pour des intégrations et alliances qui leur permettraent de diminuer la faim et la misère à laquelle ils ont été soumis.

En ce sens, l’ALBA travaille pour l’intégration régionale où la solidarité et la collaboration impulsent la construction d’espaces économiques et productifs d’un nouveau type, qui produisent de plus grands bénéfices à leurs peuples, moyennant l’utilisation rationnelle des ressources et actifs de ces pays.

Des entreprises dites « grand-nationales » (grannacionales) se sont constituées dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’énergie, des mines, de la communication, du transport, du logement, de la voirie, de l’alimentation, et l’élargissement du Traité de Commerce des Peuples avec des échanges justes et équilibrés a été promu.

De même ont été mis à exécution des plans pour résoudre les soins médicaux et l’alimentation de ses habitants, et éliminer par des efforts propres, la faim et la misère accumulée durant des années par le pillage et l’exploitation des capitalistes étrangers et nationaux.

Le VIe Sommet du groupe qui s’est tenu à Caracas le 17 janvier 2009 a reconnu que “devant nous s’ouvrent de nouvelles perspectives d’intégration et de fusion qui font partie du saut qualitatif que les profonds liens de coopération établis dans ces années sont en train de provoquer”.

La déclaration finale de ce VIe Sommet signalait: “Nous sommes engagés à mettre en avant la construction d’espaces économiques et productifs d’un type nouveau, qui produisent de plus grands bénéfices à nos peuples, moyennant l’utilisation rationnelle des ressources et actifs de nos pays, pour lesquels il est nécessaire d’avancer dans la constitution d’entreprises grannacionales (…) dans des domaines comme l’éducation, la santé, l’énergie, la communication, le transport, le logement, la voirie, l’alimentation, entre autres”.

Les gouvernements membres de l’ALBA ont compris que face aux années de politiques néolibérales et de libre commerce imposées dans la région par les USA et les organismes financiers internationaux et les constantes menaces de déstabilisation auxquelles sont exposées ces nouvelles politiques économiques de la part de Washington et des oligarchies nationales, il s’avère indispensable d’obtenir des impulsions économiques et sociales profondes au bénéfice de leurs peuples.

Ce fut lors du VIe Sommet extraordinaire de l’ALBA-Traité de Commerce des Peuples, qui se tint à Maracay, État d’Aragua, au Venezuela, le 24 juin 2009, que ses participants décidèrent de changer le mot Alternative par celui d’Alliance, étant donné qu’il “est entendu que la croissance et le renforcement politique de l’ALBA-TCP en font une force réelle et effective”.

De même commença l’institutionnalisation du groupe par la création du Conseil Ministériel pour les programmes sociaux qui sera constitué des représentants directs des Chefs d’État et de gouvernement, et d’un Conseil Ministériel de Développement Economique, qui se réunira mensuellement et concentrera ses travaux dans trois domaines principaux: la planification économique, les échanges et investissements productifs et les programmes de coopération.

Un Groupe de Travail sur le thème du Droit International, de l’autodétermination, du respect de la souveraineté et des droits humains s’est aussi constitué, qui sera coordonné par la Bolivie et présentera ses rapports à la Commission Politique à travers son Secrétariat Exécutif.

Un autre instrument a été la création d’un Conseil Ministériel des Femmes dans le but de constituer un espace de visibilité et de protagonisme des femmes, pour assurer la transversalité de genre de toutes les initiatives et instruments d’intégration qui verront le jour.

Cela signifie le renforcement de l’ALBA-TCP et sa consolidation comme une alliance politique, économique et sociale en défense de l’indépendance, de la souveraineté, de l’auto-détermination et de l’identité des pays qui l’intègrent et des intérêts et aspirations des peuples du Sud face aux tentatives de domination politique et économique.

Dans le même sens, apparaît l’importance vitale de l’ALBA dans la construction d’un monde multipolaire, qui reconnaît l’intégration de valeurs sociales et humanistes héritées de nos peuples originaires.

A Maracay a été adoptée l’exécution du Système Unique de Compensation Régionale (Sucre), qui dans l’avenir se transformera en monnaie virtuelle et même physique du groupe. Le Conseil Monétaire Régional a également été fondé, ainsi qu’une unité de compte commune, une chambre centrale de compensation et un Fonds de Réserves et de Convergence Commerciale.

Deux mois plus tôt, les positions politiques adoptées durant le Sommet extraordinaire de l’ALBA qui eut lieu en avril 2009 à Cumana, au Venezuela, et les positions de souveraineté économique des pays latino-américains au Ve Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago réussirent à démythifier l’espèce de ZLEA bis édulcorée que proposait la délégation usaméricaine.

La veille, la réunion de l’ALBA avait tracé les positions politiques et économiques que porteraient ses membres au rendez-vous des Amériques, dans lequel la grande absente fut  Cuba, du fait des diverses administrations usaméricaines, qui ont maintenu pendant 50 ans un blocus total contre l’île des Caraïbes.

À la réunion de Cumana l’accord fut unanime de ne pas signer la déclaration finale de Por-of-Spain. Dans une ferme position assumée par les participants s’est affirmé l’appui total à Cuba dans sa lutte contre le blocus, décision qui, avec la voix d’autres pays latino-américains, fut portée au Sommet des Amériques et ensuite à la consécutive Assemblée Générale de l’OEA.

Cette organisation régionale engendrée par les USA, se vit obligée de déroger à l’obsolète et illégal mandat qui avait expulsé Cuba de l’OEA en 1962, devant la poussée de l’ALBA et de la majorité des Chefs d’État latino-américains. Ce fut là un exemple des batailles que les pays de l’ALBA peuvent défendre, diriger et gagner ensemble.



Devant le perfide coup d’Etat contre le président constitutionnel hondurien, Manuel Zelaya, les membres de l’ALBA se réunirent de manière urgente et adoptèrent une résolution de censure qui signala le chemin à suivre dans les réunions de l’OEA, de l’UNASUR et de l’ONU qui en première instance condamnèrent le coup de force dans ce pays centraméricaine. La réintégration du président légitime Zelaya n’a pas pu se réaliser du fait de l’appui postérieur que l’impérialisme usaméricain a apporté au régime de facto.

De nombreuses résolutions politiques furent adoptées lors du VIIe Sommet du groupe tenue à Cochabamba, en Bolivie, entre le 16 et le 17 octobre 2009 dans lequel le président vénézuélien Hugo Chavez déclara : “Dans l’ALBA se construit un chemin alternatif, le socialisme. Dans aucun autre lieu de notre planète il n’y a un processus aussi dynamique et extraordinaire que l’ALBA”.

Au rendez-vous de Cochabamba furent adoptés 30 accords qui vont depuis l’impulsion à l’ONU du Droit Universel à la Mère Terre, position conjointe à mettre en avant à la réunion sur le changement climatique de Copenhague, jusqu’à l’étude de la création d’un Tribunal International de Justice climatique où pourront être jugés les pays et entreprises responsables de la détérioration de la planète.

On a approuvé le projet constitutif du SUCRE comme moyen d’échange juste entre ses membres et l’on a fondé l’entreprise commerciale d’exportation et d’importation ALBAEXIM, comme mécanisme de complémentarité commerciale.

De même furent fixées les nouvelles sanctions contre le régime putschiste au Honduras; la création de Radio del Sur; la restitution de la base navale de Guantánamo à son légitime propriétaire, Cuba; l’élimination du blocus économique que les USA maintiennent contre l’île.

Un autre point remarquable fut d’établir la définition d’une Stratégie de Défense Intégrale Populaire Conjointe et la constitution d’une Ecole de Dignité et Souveraineté des Forces Armées dans les pays de l’ALBA-TCP.

Le Commandant en Chef Fidel Castro, principal gestionnaire avec Chávez de cette intégration, dans une réflexion d’octobre 2009 intitulée l’ALBA et Copenhague, a souligné: “Un petit groupe de peuples de la zone sont engagés à démontrer qu’un monde meilleur est possible. L’ALBA, inspirée par les idées de Bolívar et Martí,, comme un exemple sans précédent de solidarité révolutionnaire, a démontré combien on peut faire en à peine cinq années de coopération pacifique”.

Les victoires obtenues par l’ALBA durant ses cinq premières années sont nombreuses et avec cette nouvelle forme de lutte politique, économique et sociale, l’avenir lui apportera de nouvelles et éclatantes victoires en faveur du bien-être de nos peuples.


Source : Rebelión-La integración política del ALBA

Article original publié le 15/12/2009

Sur l’auteur

Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9566&lg=fr


Lundi 21 Décembre 2009


Commentaires

1.Posté par rolad le 25/12/2009 00:06 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

une chanson de style populaire méxicain en l'honneur de Chavez
ça fait du bien de la musique comme ça, plein de chaleur

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires