Politique Nationale/Internationale

L’instrumentalisation du conflit Hamas-Fatah



Mercredi 31 Mai 2006

 

Décryptage

Dans la presse dominante occidentale, la lecture du conflit israélo-arabe passe, depuis le déclenchement de la seconde Intifada, par une dramaturgie fixe mais dans laquelle les acteurs peuvent changer de rôle. Dans ce système de représentation, globalement admis par tous les titres mainstream malgré des variations selon les analystes, le gouvernement israélien quel qu’il soit est globalement bienveillant et désireux de faire la paix, malgré le jusqu’au-boutisme de son extrême droite (ou son extrême-extrême droite), qui, elle s’oppose à toute concession. Ce schéma conduit à ignorer les mouvements pacifistes israéliens et surtout à relooker systématiquement les bellicistes en pacifistes lorsqu’ils dirigent le gouvernement. Ainsi, lorsque le général Ehud Barak, présenté comme un De Gaulle israélien cherchant à établir une « paix des braves » céda la place au général Ariel Sharon, l’ex-patron de l’escadron de la mort et boucher de Sabra et Chatila fut soudain présenté comme un « faucon » converti au « pragmatisme ». Plus étrange encore, lorsqu’il fonda un parti politique favorable à des annexions de territoires par la force et à une politique intérieure de discrimination raciale, sa formation fut qualifiée de « centriste » !
Côté palestinien, les rôles sont, là encore, fixés. Le pouvoir palestinien est bien souvent présenté comme le principal obstacle à la paix. Cette idée même se fonde sur une image du conflit israélo-palestinien qui fait du « terrorisme » et non de l’occupation le principal problème. Conformément à l’idéologie coloniale, les peuples arabes sont décrits comme insuffisamment civilisés, donc incapables de parole et de dialogues, ne sachant s’exprimer que par la violence aveugle. Leurs dirigeants sont dépeints comme n’offrant pas les garanties nécessaires pour permettre l’ouverture de négociations, soit par duplicité, soit par faiblesse. Le camp palestinien n’est cependant pas présenté de façon uniforme. Dans ce schéma, certains Palestiniens, ceux qui sont prêts à faire le plus de concessions à l’occupant, sont qualifiés de « pacifistes » manquant malheureusement d’influence et qu’il faut soutenir. Il s’agit presque de la seule raison pour laquelle la brutalité israélienne peut être condamnée : elle risque d’affaiblir les « modérés ». A l’inverse, on trouve dans ce schéma des mouvements « extrémistes », qui sont présentés comme étant une menace pire encore pour la paix que les dirigeants palestiniens.
Quand le Fatah a perdu les élections législatives au profit du Hamas, les rôles ont changé. L’ancien parti de Yasser Arafat, autrefois dénoncé pour son incapacité à faire la paix avec Israël est devenu l’organisation pragmatique dont le retour au pouvoir est souhaitable pour parvenir à un accord. On ne parle donc plus des Brigades des martyrs d’Al Aqsa, mouvement armé lié au Fatah et dont l’existence seule servait autrefois d’argument médiatique pour dénoncer la duplicité de l’Autorité palestinienne en matière de lutte contre « le terrorisme ». Le Hamas endosse désormais le rôle du pouvoir palestinien incapable d’accepter les concessions nécessaires à la paix, figure qu’il est d’autant plus facile de lui prêter qu’il est l’ancien « opposant extrémiste » du schéma médiatique.

La victoire électorale du Hamas et le refus de celui-ci de reconnaître l’État d’Israël ont été utilisés par les dirigeants israéliens et leurs relais pour légitimer leurs actions unilatérales en affirmant y être contraints par l’absence de négociateurs arabes. Partant de là, ils ont donné une apparence de légitimité à l’annexion territoriale de pans de la Cisjordanie. En outre, ils ont utilisé l’affrontement entre le Hamas et le Fatah, présenté bien souvent comme un début de guerre civile, comme une preuve supplémentaire de l’impossibilité de voir émerger à court terme un dirigeant pacifiste représentatif de l’ensemble de la société palestinienne.

Conscient que la division entre le Fatah et le Hamas affaiblissait la cause palestinienne, les responsables palestiniens et les éditorialistes arabes tentent de démentir les annonces de guerre civile en gestation.
L’ancien ministre de l’Information de l’Autorité palestinienne, le membre du Fatah Nabil Amr, tente de minimiser le problème tout en donnant le beau rôle aux partisans de Mahmoud Abbas. Dans Asharq Alawsat, il assure que le président palestinien mène une politique équilibrée, respectant l’élection du Hamas mais multipliant les contacts pour parvenir à une relance des négociations. Cette politique évite une déchirure dans la société palestinienne et préserve les chances de paix selon l’auteur. Cette tribune a été rédigée avant que la question des forces de sécurité n’envenime la situation.
Dans le même quotidien, le journaliste palestinien Ali Badouan, affirme ne pas croire non plus au déclenchement d’une guerre civile, faisant confiance au sens des responsabilités des Palestiniens. Par contre, il estime qu’il faut faire diminuer les tensions entre le Fatah et le Hamas et que cela passe par une réforme du gouvernement palestinien.

L’éditorialiste pan arabe, Patrick Seale, est, pour sa part, bien moins optimiste. DansGulf News, il s’alarme des risques de guerre civile. Pour le journaliste, il ne fait pas de doute que ce serait la pire des évolutions. Dénonçant la représentation médiatique occidentale, il estime que le Fatah est un mouvement corrompu et que le Hamas est stigmatisé moins en raison des attentats suicide qu’il a orchestré que du fait de son incorruptibilité. Pourtant, il ne voit pas d’autre solution pour le Hamas que de se plier aux exigences de Mahmoud Abbas sur la question des forces de sécurité. L’auteur reconnaît bien des défauts aux exigences du président de l’Autorité palestinienne, mais compte tenu des circonstances, et même s’il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’une couleuvre difficile à avaler, mieux vaut les accepter que provoquer un conflit interne.

Contrairement à Patrick Seale, les mouvements ultra sionistes se réjouissent de la situation et se sentent renforcés.
L’ancien patron de la CIA, fondateur de la Fondation pour la défense de la démocratie et ancien dirigeant de Freedom House, James Woolsey, met en scène cette situation dans le Wall Street Journal. Il s’agirait-là d’une preuve de l’échec du retrait de Gaza. L’auteur, qui imaginait autrefois un lien entre Al Qaïda et Saddam Hussein, affirme aujourd’hui avec le même aplomb que le retrait israélien de Gaza a développé un chaos dans lequel se sont déployés Al Qaïda, le Hezbollah libanais et des forces iraniennes. Gaza serait aujourd’hui un refuge pour les « terroristes ». Un retrait de Cisjordanie aurait un résultat analogue à plus grande échelle et encouragerait les fantasmes « génocidaires » des Arabes contre les juifs. M. Woolsey recommande donc le maintien de l’occupation de la Cisjordanie et rejette le plan Olmert, bien que ce dernier ne laisse que des bantoustans aux Palestiniens.

Le plan d’Ehud Olmert est également dénoncé par ceux qui le jugent dangereux pour les Palestiniens et qui soutiennent un retour aux frontières de 1967.
Dans Libération, l’ancien président états-unien, Jimmy Carter, s’inquiète des conséquences de cette politique unilatérale. Il rappelle qu’elle est illégale et juge qu’elle ne pourrait en aucun cas stabiliser le Proche-Orient. Il demande un retour à la « feuille de route » et la reprise des négociations.
Dans le Los Angeles Times, le journaliste états-unien Sandy Tolan, dénonce à son tour la manœuvre d’Ehud Olmert. Pour lui, Olmert instrumentalise les difficultés palestiniennes pour réaffirmer qu’il n’y a pas de possibilité de négocier avec les Arabes et pour développer un plan qui ne leur laisse que des bribes de territoires. Olmert parvient toutefois à se donner une bonne image en prétendant rompre avec le rêve du grand Israël. Pour l’auteur, il est impossible que les Palestiniens acceptent un tel plan et cela ne peut donc pas permettre la paix et la stabilité.

Ces critiques émanent de cercles qui ont l’habitude de remettre en cause le jusqu’au-boutisme sioniste. Toutefois, elles interviennent également au moment où les milieux politiques et intellectuels états-uniens remettent en cause l’influence sioniste aux États-Unis. Une polémique qui ne pourrait être qu’un feu de paille, mais dans laquelle une partie de la gauche états-unienne trouve un motif d’espoir.
C’est le cas du lobbyiste arabe états-unien démocrate, James Zogby, dans Gulf News. D’un côté, il déplore qu’à l’occasion de l’élection du Hamas, l’AIPAC soit parvenue à faire voter par la Chambre des représentants une résolution anti-palestinienne sous couvert de lutte contre le terrorisme. D’un autre côté, M. Zogby observe que l’outrance de cette résolution a suscité un vaste débat et –fait nouveau- ouvert une contestation de l’influence de l’AIPAC.

Réseau Voltaire




  

« L’embarras palestinien : Un gouvernement fantôme…Y’a-t-elle de contestation ? »

Auteur Nabil Amr


 Ancien membre de l’équipe de négociateur de l’OLP avec Israël, ancien chargé de communication de Yasser Arafat et ancien ministre de l’information, Nabil Amr est élu au Conseil législatif palestinien. Proche de l’ancien Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, il est un opposant à Yasser Arafat et les États-Unis et Israël avait tenté de l’imposer dans le gouvernement Qoreï. Il est le fondateur du journal palestinien al-Hayat al-Jadeeda de Rammalah.

Source Asharqalawsat
Référence « المأزق الفلسطيني : حكومة الظل.. وهل من اعتراض؟ », par Nabil Amr, Asharq Alawsat , 18 avril 2006.

Résumé Depuis la victoire du Hamas, le Fatah s’est montré prudent et perplexe face à la nouvelle situation. En fait, le Fatah qui n’a toujours pas récupéré suite à sa défaite. Il ne veut pas apparaître comme un rival envieux ou comme le complice d’un échec du Hamas. Quant au mouvement d’Ismaïl Haniyeh, il n’est toujours pas sûr des « bonnes » intentions d’Abou Mazen et de son équipe. Dans un tel climat, le sort de la gouvernance palestinienne reste vague.
La situation en Palestine est exceptionnelle. Cela ne veut pas dire qu’il faut blâmer l’autorité ou le Fatah, car ce n’est pas de leur faute. C’est un produit des conditions qui ont caractérisé la naissance du processus de paix, et qui ont servi pour base à la création de l’autorité nationale, qui dépend, quant à elle, majoritairement des aides extérieures.
La victoire du Hamas, qu’elle soit démocratique ou pas, n’a fait que compliquer la situation et multiplier les moyens de pression sur les Palestiniens. C’est bien ce que nous sommes en train de vivre actuellement sur tous les plans.
Comment Mahmoud Abbas doit-il réagir dans une telle situation ? Il n’a aucun intérêt à soutenir le Hamas de façon inconditionnelle. Car une telle position risque de mettre tous les Palestiniens dans une situation délicate, sous un embargo cruel. De même, les principes d’Abou Mazen l’empêchent de profiter de la situation délicate que vit le Hamas pour le renverser et reprendre le plein pouvoir.
Abou Mazen a fait le bon choix, en reconnaissant publiquement la légitimité de Hamas, et en défiant ceux qu’ils l’ont menacé de lourdes sanctions en cas de reconnaissance du mouvement « terroriste ». En parallèle, il a montré une flexibilité lui permettant de préserver le soutien d’un certain nombre de collaborateurs étrangers.
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ne fait pas partie de ceux qui sont assoiffés de pouvoir. Un grand nombre de ses décisions ont été prises par nécessité et non pas par volonté d’élargir son pouvoir ou de marginaliser le rôle du nouveau gouvernement. C’est d’ailleurs ce que les responsables du Hamas doivent comprendre.
Où sont les promesses de Hamas aux citoyens palestiniens ? Il ne suffit pas de dénoncer l’ex gouvernement et de le rendre responsable de la situation actuelle. Il faut présenter les alternatives et soutenir le président de l’Autorité qui ne ménage pas ses efforts pour débloquer la situation actuelle.
 

« Affrontement Fatah- Hamas : Une ministère fantôme ou un discours de discorde ? »

Auteur Ali Badouan


 Ali Badouan est écrivain, analyste politique et leader palestinien. Il est correspondant de plusieurs journaux arabes dont Asharq Alawsat.

Source Asharq Al Awsat
Référence « إحتكاكات فتح ـ حماس : وزارة ظل أم خطاب فتنة؟ », par Ali Badouan, Asharq Alawsat, 23 avril 2006.

Résumé On ne pensait pas que le désaccord entre le mouvement Hamas et le Fatah prenne place aussi tôt. Au contraire, tout semblait indiquer que les choses allaient se dérouler en bon ordre entre les deux mouvements.
Les décisions prises par le président de l’Autorité palestinienne et le ministre de l’Intérieur concernant la formation d’une force de sécurité, composée d’activistes issus des groupes armés, reflètent une sorte de test entre le gouvernement et le président de l’Autorité palestinienne. En se rendant compte qu’il commence de perdre de plus en plus de pouvoirs, le gouvernement du Hamas a décidé de former cette force pour gagner du terrain.
L’opposition de Mahmoud Abbas dans cette affaire confirme la naissance de deux sources décisionnelles en Palestine. Ce qui rend plus compliqué la coordination entre les différents acteurs palestiniens.
Partant de ces mêmes données, il est malheureux de voir que la « guerre » est déjà déclenchée entre les deux principaux mouvements en Palestine. Surtout après que le Hamas a lancé des accusations relatives à ce qu’il a appelé un « gouvernement fantôme ».
Il est abusif de parler de guerre civile car le peuple palestinien est conscient qu’elle ne peut que rendre la situation plus délicate. Donc, pour trouver des issues à la crise actuelle, il faut reformer le gouvernement palestinien d’une façon plus harmonieuse et ne pas laisser l’équipe de Hanieya faire face, toute seul, à son sort.
 

« Éviter un suicide national »

Auteur Patrick Seale


 Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Avoiding national suicide », par Patrick Seale, Gulf News, 29 mai 2006.

Résumé Quiconque s’intéresse à la perte progressive de la Palestine face aux sionistes sait qu’une des raisons de la défaite palestinienne est la division interne. Bien sûr, il ne s’agit pas du seul facteur, mais il s’avère que ce fait demeure. Les Palestiniens ont rarement présenté un front uni. Dans les années 20 et 30, les sionistes ont pu s’implanter du fait de leur plus grande unité. La division la plus fondamentale est sans doute entre ceux qui se laissent corrompre et ceux qui refusent de se faire acheter.
Aujourd’hui, les Palestiniens sont au bord de la guerre civile et la question centrale est de savoir s’ils seront assez avisés pour éviter ce suicide national. Israël et les États-Unis cherchent à détruire le gouvernement du Hamas, pourtant démocratiquement élu, d’une part en privant de ressources les Palestiniens et, d’autre part, en finançant et en équipant ses rivaux. Rien, en effet, ne servirait davantage les intérêts israéliens qu’une guerre entre Palestiniens. Si elle se déclenchait, Olmert pourrait mettre en place son programme sans difficulté et prendre possession de 35 % de la Cisjordanie.
Si Israël et les États-Unis sont effrayés par le Hamas, ce n’est pas parce qu’il a organisé des attentats suicide, c’est parce qu’il n’a pas été corrompu. Aujourd’hui, Mahmoud Abbas pose au Hamas un ultimatum. Il lui demande d’accepter un texte, rédigé par des militants palestiniens incontestables mais qui lui ferait reconnaître, de fait, Israël. Le texte est par ailleurs pragmatique, mais présenté sous la menace et non comme une base de négociation, il pourrait être rejeté par Ismaïl Haniyeh.
Pourtant, compte tenu de la situation actuelle, le Hamas devrait l’accepter.
 

« La Cisjordanie, État terroriste »

Auteur James Woolsey


 James Woolsey est ancien directeur de la CIA. Il fut vice-président du Committee for the Liberation of Iraq et mentor de l’Iraqi National Congress. Il est fondateur de la Foundation for the Defense of Democracies, de l’Institute for Analysis of Global Security, du Committee on Present Danger ; Ex-président de la Freedom House ; administrateur du Center for Strategic and international Studies et du Jewish Institute for National Security Affairs ; membre du Council on Foreign Relations et conseiller de Americans for Victory over Terrorism. Il est par ailleurs vice-président de Bozz Allen & Hamilton et associé du Paladin Capital Group. Il est membre du Policy Advisory Board du département de la Défense. Il est signataire de la lettre des 115 contre la Russie.

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « West Bank terrorist state », par R. James Woolsey, Wall Street Journal, 23 mai 2006.

Résumé Que faire quand un allié semble décidé à commettre une grave erreur ? Le financer pour qu’il la fasse ?
Ehud Olmert demande aujourd’hui à Washington son aide pour mener à bien le retrait de 90 à 95 % de la Cisjordanie et de larges parties de Jérusalem. Beaucoup d’Américains croient sincèrement qu’un tel retrait favoriserait la solution à deux États et que seules des concessions israéliennes peuvent faire diminuer l’hostilité palestinienne. Ces deux croyances sont erronées.
Il suffit de voir Gaza pour en avoir la preuve. Depuis le retrait israélien, on a vu une implantation d’Al Qaïda, du Hezbollah et des forces iraniennes, des batailles rangées entre le Fatah et le Hamas et ce dernier mouvement a tenté d’assassiné le chef du renseignement du Fatah et l’ambassadeur de Jordanie. Se retirer de Cisjordanie ne ferait qu’amplifier le problème. Israël et la Jordanie subiraient des attaques menées depuis ce territoire.
Lors des 13 dernières années, toutes les tentatives de conciliation ou les gestes de bonnes volontés israéliens ont créé davantage de problèmes. Ce n’est pas le désespoir qui alimente la violence, c’est la haine. Le but de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas est le génocide des juifs. Une solution à deux États ne sera possible que quand les juifs pourront être traités en Palestine comme les Arabes sont traités en Israël.
 

« Confettis de Palestine »

Auteur Jimmy Carter


 Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des États-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.

Source Libération (France)
Référence « Confettis de Palestine », par Jimmy Carter, Libération, 24 mai 2006.

Résumé Le nouveau Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a annoncé que pendant les quatre prochaines années, Israël prendrait des mesures unilatérales pour fixer ses frontières. Son plan consiste à saisir la moitié de la Cisjordanie, ne respectant pas les frontières internationalement reconnues depuis 1967. La seule division géographique entre Israël et la Palestine qui a été reconnue par les États-Unis et la communauté internationale accorde à Israël 77 % du territoire total ; ce qui reste a été divisé entre Gaza et la Cisjordanie. La bande de Gaza, qui représente deux fois la surface de Washington D.C., n’est viable ni sur le plan politique, ni sur le plan économique : elle est isolée de la Cisjordanie, d’Israël et du monde extérieur. Le plan Olmert soumettrait ce qui reste de la Cisjordanie palestinienne aux mêmes conditions inacceptables. Les enclavements d’Israël, la diviseraient en effet en trois morceaux. Le Premier ministre a également annoncé que des soldats israéliens resteraient basés dans les Territoires et en contrôleraient la frontière orientale dans la vallée du Jourdain, isolant du même coup totalement les Palestiniens
Personne ne peut considérer ce plan illégal comme une solution permanente au conflit au Proche-Orient. C’est, de plus, une politique en contradiction flagrante avec la « feuille de route ». Il violerait une partie des accords de Camp David, des accords d’Oslo et des résolutions de l’ONU. La seule solution passe par des négociations sincères sous les auspices du Quartet avec le président Mahmoud Abbas. Certes, les parlementaires récemment élus du Hamas n’entendent pas reconnaître ni négocier avec Israël tant que la Palestine reste occupée ; mais le Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, a exprimé son soutien à des pourparlers de paix directs entre Olmert et Abbas. On aurait tort de sous-estimer la difficulté de trouver un accord mutuellement acceptable, mais beaucoup d’Israéliens, de Palestiniens et de représentants de la communauté internationale s’entendent sur les contours généraux d’un tel accord final.
 

« L’incroyable rétrécissement de la Palestine »

Auteur Sandy Tolan


 Sandy Tolan est journaliste, écrivain et documentariste. Il est l’auteur de The Lemon Tree : An Arab, a Jew, and the Heart of the Middle East.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « The incredible shrinking Palestine », par Sandy Tolan, Los Angeles Times, 21 mai 2006.

Résumé L’histoire du conflit israélo-palestinien se résume assez bien dans les cartes successives du Proche-Orient. Certains Palestiniens et Israéliens regardent encore la carte de la Palestine sous mandat britannique avec nostalgie. Les premiers voient dans cette entité le territoire d’un État unifié, indépendant, démocratique et laïque avec une majorité arabe, tandis les seconds voient le territoire d’Eretz Israël, la mère patrie juive. La carte de 1947, prévue par l’ONU n’a jamais eu d’existence réelle puisque la guerre de 1948 a permis à Israël d’annexer de nouveaux territoires. À partir de 1967, la carte a encore changé. Aujourd’hui, Olmert vient avec une nouvelle carte.
Suivant le plan du Premier ministre israélien, les Palestiniens auraient moins de 20 % de la Palestine originelle. Olmert prétend qu’il n’y a pas de partenaires arabes avec qui négocier et décide donc de fixer unilatéralement les frontières d’Israël. Il est toutefois douteux qu’eune telle méthode soit en mesure d’apporter la paix et la stabilité. Olmert met en avant que son plan met un terme au rêve du grand Israël, mais il met aussi fin à toute possibilité de revenir aux frontières de 1967. Les Palestiniens perdraient ainsi toute possibilité d’avoir Jerusalem pour capitale.
Comment les Palestiniens pourraient-ils accepter une telle situation ? Cette « solution » ne ferait que prolonger le conflit.
 

« Une petite portion de bonnes nouvelles en provenance du Congrès états-unien »

Auteur James J. Zogby


 James J. Zogby est président et fondateur de l’Arab American Institute, lobbyiste politique démocrate et membre du Council on Foreign Relations. Il présente le programme de radio et de télévision « A Capital View » sur l’Arab Network of America qui est également retransmis au Proche-Orient, et est éditorialiste hebdomadaire de Gulf News. Il est le frère de John Zogby, le PDG de Zogby International.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « A bit of good news from the US Congress », par James Zogby, Gulf News, 29 mai 2006.

Résumé Il y a quelques bonnes choses à tirer de la mauvaise nouvelle qu’a été l’adoption par la Chambre des représentants du Palestinian Anti-terrorism Act. Cette loi a été présentée par ses partisans comme une loi anti-Hamas, mais ses modalités vont bien plus loin : elle place tout financement de l’aide aux Palestiniens sous de tels contraintes qu’elle marque la fin de facto de nombreux programmes de secours. Elle rend quasi-impossible l’obtention d’un visa pour toute personne travaillant avec l’Autorité palestinienne, même s’il n’est pas membre du Hamas. Elle vise à la fermeture du bureau de l’OLP à Washington et limite les possibilités d’action de cette organisation à l’ONU. On peut s’attendre à ce que l’AIPAC, qui est derrière cette loi, cherche à aller encore plus loin dans l’avenir. Il est paradoxalement amusant de constater qu’au moment où l’AIPAC fait cette démonstration de force, elle mène campagne pour accuser d’antisémitisme tous ceux qui dénoncent son influence.
Voilà pour les mauvaises nouvelles. Les bonnes à retirer de ce triste épisode portent sur le fait que cette démonstration de force a créé un débat inhabituel à Washington. Certains redoutent le tort qu’elle fera à la diplomatie états-unienne ou aux Palestiniens ou regrettent le message qu’elle envoie aux Palestiniens modérés. Une des parlementaires qui a voté contre cette loi a dénoncé l’attitude de l’AIPAC qui, en retour, l’a présentée comme une partisanne du terrorisme. Elle a prévenu qu’elle ne recevrait plus un seul lobbyiste de cette organisation tant qu’elle n’aurait pas obtenue des excuses.
La loi est contestée par les Arabes états-uniens, mais aussi par trois organisations juives, par les évêques catholiques et une coalition d’Églises catholique, orthodoxes et protestantes. Face à ce mouvement, le Sénat va sans doute limiter la portée de ce texte, même s’il ne le supprimera malheureusement pas.

 

http://www.voltairenet.org/article139605.html http://www.voltairenet.org/article139605.html



Mercredi 31 Mai 2006

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