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L’infirmier US de Saddam Hussein : « Il m’a dit qu’il serait un frère pour moi »


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Les révélations de l’ancien infirmier du Président défunt sur les détails de la vie quotidienne de son prisonnier : Saddam Hussein était un homme affable, sentimental et s’était adapté aux conditions de sa détention.

Calme, affable, sentimental sont des qualificatifs qui ne coïncident pas beaucoup avec le portrait du président défunt et le moindre d’entre eux n’a pas sa place dans le lexique usaméricain. Mais, dans l’État du Missouri et plus précisément dans la localité de Normandy dans la banlieue de Saint Louis, le sergent Robert Ellis, de l’armée usaméricaine, raconte son expérience de 8 mois avec Saddam Hussein dans sa geôle, dans son rôle de responsable de l’état de santé du président.



Ellis (56 ans), qui travaille aujourd’hui comme infirmier dans un hôpital usaméricain, a parlé à Al Hayat de la double personnalité qui colle à Saddam Hussein, de sa solitude en prison, n’étant pas au courant de ce qui se passait à l’extérieur. Ses soucis quotidiens se réduisaient à « l’arrosage de ses plantes », au « contrôle de son poids » et à « nourrir les oiseaux ». Il ne savait pas que « la mort l’attendait « et « n’a parlé d’aucun de ses ennemis ».



Robert Ellis, propos recueillis par Joyce Kram, 7 janvier 2007

Traduit par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice


Robert Ellis
Dimanche 7 Janvier 2007

L’infirmier US de Saddam Hussein : « Il m’a dit qu’il serait un frère pour moi »
Comment avez-vous rencontré le président irakien défunt ?


Je suis parti en Irak au mois de janvier 2004 où j’ai été affecté à Camp Cropper . Je ne savais pas qu’on allait me confier de superviser la santé de Saddam Hussein et il ne m’était pas possible de refuser. Je ne suis qu’un militaire qui reçoit des ordres. J’ai assumé cette mission durant 8 mois et demi et je le voyais tous les jours, matin et soir, pendant une demi-heure.


Comment le voyiez-vous avant votre rencontre ?


J’ai entendu parler de Saddam au cours de la deuxième guerre du Golfe (Tempête du désert, pour la libération du Koweït) où je faisais part de la mission médicale de l’armée usaméricaine au Koweït. L’idée que je me faisais de lui était liée à la guerre et très négative.


Qu’est-ce qu’il y a de changé après votre rencontre ?


Aujourd’hui, quand je parle de la personne de Saddam, je me sens partagé. J’ai réussi au cours de mon expérience personnelle avec lui, à voir l’autre côté de l’homme. Pour moi il y a deux Saddam : le premier dont on nous dit qu’il avait tué et détruit et le second, un sentimental, que j’ai rencontré dans sa geôle


Qu’avez-vous senti lors de son exécution ?


C’est une expérience pénible et triste.


Dites-nous comment il vivait, son état de santé ?


Il mangeait régulièrement, c'est-à-dire trois fois par jour. Il n’avait pas de gros problèmes de santé, juste quelques problèmes simples, certains en rapport avec sa tension et d’autres avec sa prostate. Les médicaments que nous lui avons prescrits pendant cette période, l’ont beaucoup aidé à les surmonter. Il buvait du café pour combattre les problèmes de tension.


Qu’est-ce qu’il mangeait ?


Il mangeait la même nourriture que les soldats en respectant bien sûr les interdits alimentaires de la Charia. Il évitait de consommer les viandes non halal. Nous avons respecté son choix et tenu compte de tout cela dans la préparation de son alimentation.


Est-ce qu’il était pratiquant ?


Oui, il faisait ses cinq prières quotidiennes et lisait le Coran.


S’est-il acquitté de ses obligations religieuses pendant le mois de Ramadan ?


Le mois de Ramadan de cette année-là correspondait au mois d’octobre 2004 et il a été transféré dans un autre camp. Ma mission s’était terminée mais j’ai continué à lui rendre visite d’une façon irrégulière et non officielle. Mais je me souviens qu’il s’acquittait du jeûne.


Ce qui m’a surpris chez lui, c’est qu’il n’a pas changé de rythme de vie et qu’il n’a pas été affecté par son passage du palais à la prison et qu’il continuait sa vie comme quelqu’un de normal.


Est-ce qu’il mangeait des pâtisseries ?


Non, parce qu’il contrôlait son poids, pensant que son rythme de vie ne lui permettait pas de consommer trop d’énergie. C’est pour cela qu’il mangeait très léger. Il lui est arrivé de perdre beaucoup de son poids et il parut même très pâle à un certain moment, ce qui avait inquiété l’équipe médicale. Nous avons été obligés de forcer son régime et je lui donnais quelques morceaux de gâteaux que ma famille m’envoyait du Missouri.


Comme quoi ?


Des sucres, des biscuits (Orio) et des beignets.


Il les prenait ?


Bien sûr. C’était devenu partie intégrante de son régime alimentaire


Vous avez dit qu’il gardait du pain pour les oiseaux ?


Tout à fait. Il gardait des miettes de pain du déjeuner et il arrosait aussi des plantes sauvages qu’il considérait comme son jardin.


Est-ce qu’il était d’un tempérament calme ou plutôt nerveux ?


De par mon expérience, il était très calme. Durant ma présence au camp, il ne s’est jamais montré agressif contre quelqu’un et je ne l’ai jamais vu s’emporter ou humilier quelqu’un dans le Camp.


Comment vous avez communiqué ?


Il me parlait en anglais, mais il était un peu limité. Quand il oubliait un mot, il utilisait le langage des signes. Un fois, il voulait me demander pourquoi nous avions envahi l’Irak et comme il ne trouvait pas les mots, il a alors simulé un soldat usaméricain portant un fusil. Je lui ai répondu que la nature de mon travail m’empêchait d’intervenir en politique et aussi d’être partisan.


Est-ce qu’il était nostalgique de ses jours de gloire ?


Il n’en a rien dit.


Est-ce qu’il était en rupture avec sa véritable situation ?


Non, il savait où il était et traitait les choses avec beaucoup de réalisme.


Qu’en est-il de sa famille ?


Il en parlait avec discrétion et sans beaucoup de détails. Parfois, quand je lui donnais ses médicaments le soir, il se rappelait comment il donnait la moitié d’une dragée à sa fille cadette pour ses brûlures d’estomac.


Est-ce qu’il savait que ses deux fils, Oudei et Kousei étaient morts ?


Je le lui ai demandé une fois et il m’avait répondu qu’ils étaient décédés.


Quels étaient ses sentiments ?


Il n’a pas exprimé de sentiments devant moi.


Que pensait-il des Usaméricains et des USA d’une façon générale ?


Il n’a pas exprimé d’animosité envers les Usaméricains ou aucun autre peuple.


Est-ce qu’il était au courant de la violence qui se passait en Irak ?


Non. Il n’était pas autorisé à écouter la radio ou à regarder la télévision ou à lire les journaux. Il lisait des livres religieux ou de littérature.


Si j’ai bien compris, il vivait dans son monde à lui ?


Oui, il était détaché de ce qui se passait dehors.


Est-ce que sa santé mentale a été affectée ?


Non. Il avait une grande capacité d’adaptation


Est-ce qu’il savait qu’il allait affronter la mort ?


Il ne savait pas qu’il allait mourir et il n’a jamais parlé de la mort.


Quels étaient ses plus grands problèmes ?


La plupart des problèmes étaient liés à la réalité quotidienne de la prison. Par exemple, il m’avait parlé de deux problèmes : le premier était la manière de lui servir la nourriture en la passant par une lucarne en bas de la porte. Ce qu’il avait refusé et il avait fait la grève de la faim pour protester. Le second était le bruit que faisaient les gardiens la nuit, ce qui l’empêchait de dormir. Nous avons réglé les deux problèmes et tout est rentré dans l’ordre.


Est-ce qu’il pratiquait des sports ?


Oui, il faisait de la marche au cours de la promenade.


Est-ce qu’il vous connaissait de nom ?


(Riant) Il m’appelait par mon nom, Ellis, au lieu de mon prénom, Robert. Au fait c’était mon nom qui était inscrit sur le veston. Beaucoup de soldats avaient peur d’exhiber leur identité, pas moi.


La dernière fois que vous l’avez vu ?


Au mois de novembre 2004.


Vous lui avez fait vos adieux ?


Non, je ne savais pas que ce serait la dernière fois. J’ai quitté l’Irak et je suis revenu aux USA tout de suite après.


Est-ce qu’il souriait ?


Oui, il était affable et souriait quand il me parlait. Il était aussi accueillant. Quand je lui avais dit que je devais rentrer au pays parce que mon frère était mourant, il m’avait pris dans ses bras et souhaita à mon frère la guérison. Il m’a dit qu’il serait un frère pour moi.


Est-ce qu’il a nommé quelqu’un de ses ennemis ?


Non, jamais.



Al Hayat
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice, membres de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1858&lg=fr



Dimanche 7 Janvier 2007


Commentaires

1.Posté par scrawler le 10/02/2007 10:00 | Alerter
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C'est déplorant de voir un homme jugé pour la peine capital avant la fin de son procés et sous occupation américaine. Les politiques américains nous ont une fois montré le visage de leur vision de la démocratie et surtout de quoi ils étaient capables pour leurs intérêts..
Vive l'Humanisme Européen (sans celui de la Grande-Bretagne valet des Etats-Unis)

2.Posté par fayss le 03/04/2008 18:09 | Alerter
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l'humanisme européeen pas trop, il fut un temps ou c'était les américains frere qui avait empeché l'expédition de suez fait par la france et l'angletrre, c'est à cet occasion ke la france dota israel de l'arme nucleéaire

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