Propagande médiatique, politique, idéologique

L'industrie du vagin et quelques réflexions sur un fait divers



Samedi 15 Novembre 2008

L'industrie du vagin et quelques réflexions sur un fait divers
Vous avez sans doute comme moi entendu parler de cette affaire qui s’est produite à Toulon. La presse l’a par exemple évoquée sous le titre « Une lycéenne violentée par sa famille car elle refusait un mariage forcé en Algérie.» Vous trouverez ici un compte rendu de cette affaire qui est celui qui grosso modo a été repris par les journaux.
J’ai personnellement un doute sur la véracité du contenu des faits reprochés à la famille. Ce doute tient aux quelques éléments suivants : dans le dépôt de plainte initial, la victime [la fille] n’évoque pas les lettres tracées avec une lame sur son ventre mais ne le fait que le lendemain. Ce point me semble-t-il pose problème. Quant aux lettres tracées, il s’agit de UTE ; on déduit sans efforts que l’intention était d’écrire le mot « pute.» Mon expérience de tortionnaire est nulle, et c’est tant mieux, mais j’imagine qu’il faut une sacrée dose de haine et/ou de méchanceté pour faire ce genre de choses et… qu’on s’applique à tracer à peu près correctement au moins la première lettre. Et ça, c’est juste l’expérience de quelqu’un à qui il arrive d’écrire. Dans la phrase « Omar m’a tuer,» la faute se trouve à la fin du dernier mot sans toutefois pénaliser le sens, ce qui n’est pas le cas avec UTE au lieu de PUTE.
L’autre point qui soulève des interrogations en moi est le fait que la justice, tout en inculpant et en plaçant les auteures de l’acte sous contrôle judiciaire les a laissées en liberté. Or le chef d’inculpation est rien moins que "enlèvement, séquestration, violences aggravées."
Quelque part, je n’ai pu m’empêcher de penser à un rapprochement
avec cette affaire là.
Ce ne sont bien sûr que des déductions fragiles et reste certain pour l’instant que la jeune fille a bien été séquestrée chez ses parents pendant un certain temps.
Autre point que j’ai trouvé étonnant : on nous dit que cette lycéenne de 18 ans s’est mise en ménage avec un camarade de son âge, lycéen également. Vous connaissez beaucoup de lycéens de 18 ans qui ont leur propre logement ? A part en
MAJO ou en FJT, je n’en ai jamais connu.
Bon, j’ai peut être tort de douter sur certains points et il reste que la famille aurait dû respecter la volonté de la fille et surtout ne pas recourir à certains actes regrettables et, s’ils sont confirmés, graves. Même si, personnellement, tout en respectant la loi et, du mieux possible, la liberté de ma fille, je veillerai à ce qu’elle ne fasse pas n’importe quoi.
Et pour ceux qui pensent que je suis macho ou « réac, » qu’ils sachent bien que la mise en ménage signifie le plus souvent la fin des études pour les filles. Que cette mise en ménage soit « forcée » ou « volontaire. »
Maintenant, je voudrais vous faire partager cet article tiré du Guardian britannique (via comme souvent
Angry Arab). Juste pour faire comprendre que la domination masculine (quoique notre affaire semble à 100 % féminine) reste plus que jamais d’actualité en Occident. Elle prend seulement le visage du négoce, et de la cotation en bourse, le libéralisme quoi. Et aussi afin que, pour reprendre une formule connue qui est aussi le titre d’un blog intéressant, la paille ne masque pas la poutre. L’article que je vous propose déborde mon propos mais comme je ne veux pas qu’on dise que je ne traduis que ce qui m’arrange, je vous en livre la traduction intégrale.
Les positions défendues par l’auteure sont parfois contestables mais, et c’est ce qui m’a aussi intéressé, elle donne cependant des indications chiffrées, des précisions sur des modes de fonctionnement qui elles sont incontestables.
Pour ceux qui voudraient creuser les questions féministes, je ne saurais trop leur recommander le classique de Claude Alzon «
Femme mythifiée, femme mystifiée. »

Le 'mariage est une forme de prostitution’
L'auteure féministe Sheila Jeffreys n'a jamais craint la controverse. Aujourd’hui, avec l’industrie du vagin, elle s’intéresse au commerce global du sexe. Julie Bindel l’a rencontrée.
Par Julie Bindel, The Guardian (UK) 12 novembre 2008 traduit de l’anglais par Djazaïri

C’est lorsqu’elle émigra en Australie au début des années 1990, que la féministe Britannique Sheila Jeffreys se rendit compte de l’énorme importance qu’avait acquise l’industrie globale du sexe0 La prostitution avait été légalisée en 1984 en Australie et c’est en parcourant un quotidien un jour, qu’elle réalisa avec horreur que des femmes étaient proposées à la vente dans des annonces accompagnées de leurs photos. En phase avec les autorités politiques, de nombreuses féministes Australiennes en étaient venues à voir la prostitution simplement comme une forme de travail, et Jeffreys de retrouva effarée par ce ‘’néolibéralisme” – l’absence complète d’indignation concernant la vente de corps de femmes.
Ceci s’avéra un des nombreux motifs qui l’incitèrent à écrire son dernier livre, L’industrie du vagin : Economie politique du commerce global du sexe. Professeur de science politique à l'université de Melbourne et militante de longue date contre les violences sexuelles, Jeffreys avait auparavant publié ‘’Anticlimax’’, qui avait mis à nu mythe de la révolution sexuelle des années 60, et ‘’Beauté et misogynie’, qui révélait la brutalité de l'industrie de la beauté. Elle nous explique que l’idée d’écrire L’industrie du vagin a pris forme lorsqu’ elle s'est rendue compte que l'industrie du sexe « se développait “en spirale hors de tout contrôle ».
Le livre de Jeffreys explore la manière dont le commerce du sexe s’est transformé d'artisanat caché et honteux, en une industrie très rentable et légitime. Aussi, le livre présente de nombreux chiffres effrayants. Il y a le fait que l'industrie du strip tease a un chiffre d’affaire mondial d’au moins 75 milliards de dollars, dont 15 milliards rien qu’aux USA - plus que les revenus générés par le base-ball. Ou ce détail que le commerce de la pornographie connait maintenant une telle réussite qu’il se banalise et que la presse financière en rend compte, et que certaines entreprises, comme Beate Uhse – le plus gros réseau de sex shops d'Allemagne sont cotées en bourse. “La « prostitution est maintenant un secteur significatif du marché dans certaines économies nationales”, «dit-elle, du ton direct qui est le sien. « L'industrie du sexe aux Pays Bas, où elle [la prostitution] est légale, représente environ 5% du PIB. «
Ceci s’est produit à l’époque où le pouvoir des femmes était supposé s’être accru. Pourquoi la prostitution, le strip tease et la pornographie sont-ils devenus plus populaires au moment où les femmes acquéraient un rôle public plus fort ? Jeffreys nous explique que c’est parce que les femmes sont maintenant plus souvent en position de dire «non’ aux pratiques sexuelles dégradantes »; le recours à des prostituées est une manière pour les hommes de maintenir leurs privilèges traditionnels.
Jeffreys a justement découvert qui faisait de l’argent avec ce marché. Il s’agit bien entendu d’une énorme source de revenus pour des souteneurs, des trafiquants et des gérants de bordels, mais beaucoup d’autres catégories en profitent aussi : les hôteliers se font des revenus supplémentaires en fournissant des prostituées à des hommes d’affaires; les chauffeurs de taxi empochent des commissions en conduisant les touristes hommes dans des bordels précis.
“Des milliards et des milliards de dollars se font sur le dos des femmes dans cette industrie,” explique Jeffreys et les féministes qui s’y opposent font face à des groupes d’hommes puissants et souvent à des gouvernements tout entiers... Où est la critique de gauche contre cette énorme industrie capitaliste? Nous pouvons démolit les industries du tabac et nucléaires, mais pas l’industrie du sexe qui maltraite les femmes les plus pauvres et qui ont le moins de droits.”
Les femmes concernées s’enrichissent rarement par la prostitution, affirme-t-elle, malgré le lieu commun selon laquelle ce travail est très lucratif pour elles. Jeffreys fournit des preuves tirées d’études conduites en Australie et au Canada qui montrent que le revenu moyen annuel d’une femme prostituée dans un bordel n’est que de 15 000 £ (environ 17 800€). “Nous devons en discuter indépendamment des arguments féministes qui consistent à savoir si c’est néfaste ou non pour les femmes,” dit-elle, “et l’examiner en tant qu’industrie de masse dont les profits ne vont pas aux femmes.”
Jeffreys n'a jamais craint de traiter des sujets controversés, un aspect qui lui a valu de nombreux détracteurs ainsi que de nombreux admirateurs. En 1979 elle avait été une des co auteures de “L'amour votre ennemi”, un pamphlet qui s’interrogeait sur le degré d’engagement des féministes hétérosexuelles dans le mouvement féministe. Elle a également critiqué les lesbiennes pour leur usage de la pornographie, et a affirmé que la chirurgie de changement de sexe était une forme d'automutilation. Elle dit qu'elle aimerait écrire une histoire du mouvement des femmes dans «une perspective féministe révolutionnaire » ; le fil conducteur de son travail est sa ferme conviction que les hommes maintiennent leur domination sur les femmes par les relations sexuelles, et que l’hétérosexualité est donc mauvaise pour les femmes.
Cette conviction se reflète dans ‘L’industrie du vagin’ dans sa description du mariage comme une forme de prostitution; une transaction légale qui a traditionnellement garanti l’accès aux corps des femmes en échange de leur subsistance. “La prostitution et la mariage ont toujours été liés,” explique Jeffreys. “Ce qui est choquant est que de nos jours le mariage devient plus à la mode chez certaines jeunes femmes.” Elle écrit que même dans le cas de femmes qui travaillent et sont bien payées, “les droits des hommes sur le corps des femmes à des fins sexuelles n’a pas disparu mais reste un présupposé à la base de la relation hétérosexuelle.”
Elle met en évidence d’autres liens plus évidents entre mariage et prostitution – comme le problème croissant de l’industrie du mariage par e-mail. L’industrie du mariage par e-mail est, affirme-t-elle, une forme de trafic où bon nombre des femmes qui se font connaître pas des sites web d’agences matrimoniales finissent par être vendues pour prostitution pas leurs maris. La majorité des hommes qui ont accès à ces services sont des blancs originaires de pays riches, leurs épouses venant de cultures où le stéréotype féminin la soumission et la docilité.
La force du nouveau livre de Jeffreys réside précisément dans les nombreux aspects de l’industrie du sexe qu’il traite et la compréhension de leurs relations. Par exemple elle souligne les liens entre les sites web matrimoniaux et la pornographie; entre les clubs de danse nue et les opérations de trafic.
Elle pense que le recours à des prostituées par l’armée, qui se fait depuis longtemps dans des endroits comme la Thaïlande, la Corée du Sud et les Philippines, a été le facteur le plus important dans la globalisation de l’industrie du sexe. Dans les pays “où cette industrie a prospéré sous occupation militaire, des hommes sont venus d’ailleurs pour accéder aux services de la prostitution.” Jeffreys assure que les pays qui ont légalisé la prostitution sont des “Etats proxénètes.” “Si l’Etat facilite la prostitution des femmes, il maintient directement les femmes dans l’inégalité.”
Alors que nous parlons, Jeffreys fait ses préparatifs pour un voyage en Europe où elle donnera des conférences sur la prostitution comme pratique culturelle néfaste, sur le même pied que les mutilations génitales. Nous lui demandons si elle s’attend à des auditoires critiques. “Bien sûr,” s’esclaffe-t-elle, “les féministes se font toujours tirer dessus à boulets rouges quand elles disent la vérité sur l’industrie du sexe. Mais les femmes continueront à en être victimes tant que nous continuerons à croire les mensonges.
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• The Industrial Vagina: The Political Economy of the Global Sex Trade by Sheila Jeffreys is published by Routledge at £14.99, and can be ordered at http://www.routledge.com/ or through Bookpoint on 01235 400524

http://mounadil.blogspot.com/ http://mounadil.blogspot.com/



Samedi 15 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par Abu'Issa le 16/11/2008 04:36 | Alerter
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une industrie très très loin de s arreter vu c q elle rapporte

2.Posté par Muku le 17/11/2008 16:04 | Alerter
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Le féminisme militant stupide à la Isabelle Alonzo couvre en réalité l'asservissement des femmes.

Lorsqu'on remarque que les femmes n'étaient pas obligées de travailler avant même dans les milieux pauvres ouvriers, que le nombre de divorces a explosé depuis la "libération des femmes", que les femmes n'ont plus le temps pour éduquer leurs enfants et entretenir le foyer comme elles l'ont toujours fait, que faire la cuisine et le ménage pour une famille qu'on aime n'est pas plus dégradant que de se faire exploiter par des patrons et des banquiers qui ne vous connaissent même pas... on est immédiatement traité de macho, de rétrograde, ou de tout autre qualificatif dénué de sens. L'homme du peuple n'est pas libre, loin de là, il est esclave de la production capitaliste ; en calquant la position de la femme sur celle de l'homme on ne la libère pas, au contraire.

Par ailleurs, les mutilations faciales et pectorales pudiquement appelées "chirurgie esthétique", l'anorexie, le surendettement, la sous-fécondité, la fragilité des relations mère-enfant ainsi que les difficultés des mères célibataires et des familles recomposées... sont directement liées à ce diktat de la femme "moderne", qui doit être "overbookée" pour exister. "La" femme y a-t-elle vraiment gagné au change ?

Les mots-étiquettes comme "macho", "misogyne"... jouent le même rôle que le mot "antisémite", dans la mesure où ils sont censés disqualifier l'interlocuteur simplement sur la base de son désaccord avec des idées reçues ; indépendamment de son argumentation. On ne peut pas bâtir un raisonnement solide en utilisant ces termes comme s'ils avaient un sens réel : il n'y a pas de misogyne, tout le monde (ou presque) a une mère ; mais assumer d'être un homme, c'est aussi refuser d'être une femme.

3.Posté par Muku le 18/11/2008 09:53 | Alerter
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Il est d'ailleurs amusant de remarquer que ceux qui valorisent le rôle de mère, de femme... sont traités de machos ; alors que ceux qui préconisent l'exploitation, l'endettement et la pornographie sont considérés comme modernes. Quelle époque !

4.Posté par sara le 14/12/2008 18:49 | Alerter
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je suis une femme et je suis entièrement d'accord avc toi muku

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