Géopolitique et stratégie

L’incident du détroit d’Hormuz et la stratégie usaméricaine



George Friedman
Mardi 15 Janvier 2008

L’incident du détroit d’Hormuz et la stratégie usaméricaine
Des vedettes rapides iraniennes auraient, dit-on, menacé des bâtiments de guerre usaméricains en ballade dans le détroit d’Hormuz, le 6 janvier. Depuis lors, les Etats-Unis ont fait le maxi afin de gonfler la menace que représenterait l’Iran pour les forces usaméricaines dans ce détroit, ainsi, par extension, que pour le transit du pétrole dans la région du Golfe persique.

par George Friedman *

in Geopolitical Intelligence Report (Stratfor), 14 janvier 2008

http://www.stratfor.com

traduit de l’étazunien par Marcel Charbonnier

Les révélations concernant une menace iranienne dans le détroit d’Hormuz était particulièrement opportunes pour les Etats-Unis, étant donné qu’elles intervenaient juste avant la visite du président George Deubeuliou Bush dans cette région du monde. Washington utilisera donc cet incident afin de faire la promo d’une coalition anti-iranienne auprès des pays arabes du Golfe, et de pousser l’Iran à œuvrer publiquement de conserve avec les Etats-Unis sur la question irakienne.

D’après des sources usaméricaines et un document vidéo rendu public, un nombre important de vedettes rapides iraniennes se sont approchées d’une escadre navale usaméricaine composée de trois bâtiments de guerre, qui traversait le détroit en rasant le territoire iranien, le 56 janvier (les premières informations sur l’incident ayant commencé à émerger le 7). De plus, les Etats-Unis ont fait état de la réception d’un message menaçant provenant desdites vedettes rapides.

A la suite de cet incident, les Etats-Unis ont commencé à se rétracter quant à leur allégation selon laquelle les Iraniens auraient proféré des menaces, indiquant qu’il aurait pu s’agir d’intrus ayant incidemment émis des menaces par radio juste au moment où les vedettes rapides iraniennes manoeuvraient au milieu des bâtiments de guerre usaméricains [… ?] Des communications de harcèlement, à partir de la côte, ne sont pas inconnues dans la région, ni dans d’autres parties du monde, d’ailleurs, en particulier dans les cas d’utilisation de fréquences de communications de bord à bord internationalement reconnues. Et il est difficile, voire impossible, de distinguer la source d’une transmission au cours d’un incident très bref et intense, comme celui qui nous occupe. La combinaison d’un équipage iranien à très faible distance de bâtiments de guerre usaméricains et de ce message, quelle qu’en ait été la source, ont indubitablement augmenté le sentiment de danger.

Deux points importants :

1, la probabilité qu’une attaque iranienne délibérée et disciplinée – notez qu’aux dires de l’US Navy, l’action iranienne était parfaitement disciplinée – soit précédée d’une sommation est faible. Les Iraniens n’allaient pas, quand même [merci, Niko], vendre la mèche et renoncer à l’effet de surprise, élément essentiel d’une attaque non-simulée. Si le commandant du terrain d’opérations n’a pas ce luxe, qui est le nôtre, de rejeter d’un revers de main ce genre de message – de fait, le commandant doit assumer le pire – son existence réduit la vraisemblance d’une attaque. Attaquer des navires de guerre, cela exige de la part de l’attaquant qu’il mette à profit la moindre seconde opportune pour mener à bien sa mission ; eussent les Iraniens été sérieux, ils auraient tout fait afin d’apparaître les moins menaçants que possible et ce, aussi longtemps que possible.

2, les bâtiments usaméricains n’ont pas ouvert le feu. Nous ne connaissons pas les règles d’engagement remises aux capitaines de bâtiments usaméricains opérant dans le détroit d’Hormuz, mais la consigne fondamentale de ce genre de règlements consiste en ce qu’un capitane doit protéger son navire et son équipage contre toute attaque, en permanence. En particulier après le précédent fâcheux de l’USS Cole, qui avait été attaqué par une vedette rapide dans un port de guerre yéménite, il nous est difficile d’imaginer une quelconque circonstance dans laquelle un capitane de navire de l’US Navy n’aurait pas ouvert le feu, eussent ces vedettes rapides iraniennes représenté une menace sensible.

Des porte-parole de la Vème Flotte ont déclaré, le 13 janvier, que les bâtiments usaméricains étaient en train d’évaluer la menace et de se préparer à ouvrir le feu tandis que les Iraniens se désengageaient et disparaissaient à l’horizon. Cela tendrait à indiquer que le niveau de la menace n’avait pas encore atteint la ligne rouge. En l’absence d’un passage au niveau de la menace réelle, on ne peut trancher catégoriquement dans le sens du risque que cet incident eût pu générer de multiples engagements entre des bâtiments de guerre usaméricains et des vedettes iraniennes dans l’étroit chenal du détroit d’Hormuz.

Le New York Times a publié, le 12 janvier, une version manifestement « fuitée » en direction de sa rédaction par le Pentagone, donnant quelques éléments du contexte des alarmes usaméricaines. D’après cette version, les Etats-Unis auraient été en train d’effectuer des jeux stratégiques visant à évaluer les conséquences d’une attaque simultanée d’un essaim de vedettes rapides bourrées d’explosifs et pilotées par des équipages kamikazes. Les résultats de l’exercice stratégiques s’étaient avérés dévastateurs. Au cours d’un tel jeu, effectué en 2002, l’US Navy avait perdu 16 bâtiments majeurs, dont un porte-avions, des croiseurs et des bâtiments amphibies – le tout, au cours d’attaques d’une durée de 5 à 10 minutes maximum. Les défenses de la flotte avaient été dépassées par de grands nombres de petites vedettes rapides de petite taille et d’une grande manœuvrabilité, dont certaines étaient armées de roquettes et d’autres armes, mais dont la plupart (c’est nous qui en faisons la supposition) étaient équipées de torpilles pilotées (chacune) par un plongeur (kamikaze).

La décision de révéler les résultats du jeu stratégique en question visait manifestement à apporter une certaine crédibilité aux mises en garde publiques de l’administration Bush à propos des tactiques de harcèlement en essaim. Cela soulève la question de savoir pour quelle raison les navires de guerre usaméricains n’ont pas ouvert le feu, étant donné que le jeu stratégique en question a certainement abouti à des règles d’engagement particulièrement agressives contre les vedettes iraniennes patrouillant le détroit d’Hormuz. Mais il y a plus important : cela en dit long sur le fond de la pensée de l’administration usaméricaine dans le contexte du voyage de Bush dans la région, et du rapport d’évaluation controversé du renseignement américain [National Intelligence Estimate – NIE] consacré au programme nucléaire [militaire] iranien.

Ce NIE a suscité une énorme controverse, beaucoup d’observateurs avançant qu’il avait été refourgué à l’administration « à l’insu de son plein gré » [merci, Riri !] Nos lecteurs savent que ce n’est pas ce que nous pensions, et nous ne le pensons toujours pas [it is still not our view ] [cliquer !]. Les déclarations faites par Bush au sujet de ce NIE n’ont pas varié. Primo, il n’a pas récusé ce rapport. Deuxio, il persiste à considérer l’Iran comme une menace. En se rendant au Moyen-Orient, il a notamment pour objectif de créer une coalition anti-iranienne renforcée parmi les pays arabes de la Péninsule Arabique. La menace nucléaire ne représentait pas un ciment suffisamment tenace pour en coller les morceaux. Pour un tas de raisons, allant des échecs du renseignement usaméricain en Irak aux limites temporelles d’une éventuelle menace nucléaire iranienne, un programme nucléaire n’était tout simplement pas considéré comme une base suffisamment crédible pour redouter des actions militaires iraniennes dans la région. Les pays de la Péninsule Arabique avaient bien plus peur des attaques usaméricaines contre l’Iran qu’ils ne redoutaient un Iran doté de bombinettes nucléaires, et pas avant cinq ou dix ans, de surcroît.

Mais le détroit d’Hormuz, ça n’est pas de la petite bière : environ 40 % de la production de pétrole de la région s’y écoulent. Durant la guerre irano-irakienne, dans les années 1980, la bataille des tankers, au cours de laquelle les pétroliers évoluant dans le Golfe Persique étaient bombardés par des avions, offrait un spectacle annexe. Non seulement cela menaçait en permanence l’écoulement du pétrole, mais cela fit s’envoler les tarifs des assurances maritimes. Les Etats-Unis convoyèrent certains pétroliers, mais la guerre des tankers reste un souvenir effrayant pour toute la région.

Cette guerre des tankers n’était rien, comparée à la menace dont les Etats-Unis ont fait état, la semaine dernière. Le détroit d’Hormuz est en effet le goulet d’étranglement que le pétrole du Golfe Persique est contraint de franchir. Dès lors que ce détroit serait obstrué, l’approvisionnement en pétrole serait interrompu. Le prix du pétrole atteignant 100$ le baril, la fermeture du détroit d’Hormuz ferait augmenter ce prix – et c’est là un plaisant euphémisme. Nous n’avons aucune idée de ce que deviendrait le prix du pétrole dans le cas où (par malheur) ce détroit deviendrait impraticable. A 100$ le baril, la fermeture du détroit d’Hormuz transformerait en désastre le triomphe économique précisément des pays dont les Etats-Unis ambitionnent qu’ils se fondent dans une coalition anti-iranienne efficiente.

La révélation d’une menace navale émanant de l’Iran, dans le détroit d’Hormuz, juste avant que le président n’embarque dans l’avion officiel Air Force One pour se rendre en visite dans la région était fortuite, à dire le moins. Les Iraniens ont insisté sur le fait que cet incident n’avait rien d’exceptionnel, de leur point de vue, et le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Mohammad Ali Hosseini a déclaré que « certaines factions politiques états-uniennes s’adonnent à l’aventurisme à seule fin d’aider Bush à propager l’iranophobie dans la région. Les responsables états-uniens doivent présenter leurs excuses à l’Iran, aux pays de la région, sans oublier le peuple américain ». Il y a peu de chances que cela advienne, mais Bush sera reconnaissant, à n’en pas douter, aux Iraniens pour avoir mentionné que l’incident n’avait rien d’extraordinaire. Si cet incident relevait de la routine, et si les jeux stratégiques usaméricains ont une quelconque véridicité prédictive, cela signifie que les Iraniens mettent en scène des incidents de routine, dont l’un quelconque risquerait d’entraîner une confrontation militaire dans le détroit. Gageons que Bush distribuera des copies du script de la déclaration iranienne à chacune de ses escales…

La politique mise de côté, pour l’instant, la menace navale iranienne représente une menace bien plus réaliste, immédiate et dévastatrice pour les intérêts régionaux que ne le fut jamais la ‘menace nucléaire’ iranienne. Mettre au point un système d’armement nucléaire était probablement au-delà des capacités de l’Iran, dès lors que le simple assemblage d’une bombinette – un système délicat et fiable susceptible d’exploser dans des circonstances parfaitement sous contrôle – aurait demandé à ce pays encore plusieurs années. Par contraste, la menace navale dans le détroit d’Hormuz est d’ores et déjà à la portée de l’Iran. Le succès n’est pas garanti, en raison de l’écrasante supériorité de la puissance des forces navales usaméricaines, mais on est déjà très loin des élucubrations stratégiques.

Les conséquences de cette menace navale sont immédiates ; elles affectent les pays musulmans à un niveau que même une menace nucléaire pesant sur Israël n’atteindrait pas. Obtenir des Saoudiens qu’ils se rangent dans le camp opposé à l’Iran, à propos d’une attaque contre Israël, est un plus, quelle que soit la menace. Obtenir des Saoudiens qu’ils y mettent le prix ne nécessite pas énormément de travail de persuasion, dès lors que les prix du pétrole atteignent des sommets quasi-historiques. Quoi qu’il se soit produit dans le détroit le 6 janvier, Bush est arrivé dans la région avec un thème d’un intérêt régional très largement partagé : la nécessité de maintenir ouvert le détroit d’Hormuz, face à une menace réelle. Nous ne sommes pas persuadés qu’un porte-avion du gabarit du Nimitz soit susceptible d’être coulé par des petites vedettes rapides, fussent-elles en essaim… En revanche, nous sommes certains que le détroit pourrait être fermé, ou rendu trop dangereux pour les pétroliers, au moins pour une courte période. Et nous savons qu’à l’instar de ce qui se passe dans une offensive terrestre, il serait très difficile de trouver les bases de départ de navires aussi petits que des hors-bords. Cette menace-là est fort plausible.

En laissant tomber la menace nucléaire iranienne et en passant à la menace sur le détroit, Bush déplace la question iranienne, transformant une menace concernant les Etats-Unis et Israël en une menace excluant Israël, mais impliquant tous les producteurs de pétrole de la région. Aucun d’entre eux ne veut voir cette menace se concrétiser, et tous ne peuvent faire autrement que la prendre extrêmement au sérieux. S’ils arrivent à démontrer cette menace, les Etats-Unis cesseront d’être des avocats à charge contre l’Iran, devenant le garant des intérêts perso des Arabes. Et si le prix que doivent acquitter les Arabes pour que les Etats-Unis maintiennent le détroit d’Hormuz ouvert consiste à faire en sorte que la menace jihadiste soit anéantie en Irak, c’est une bonne affaire pour eux, pour le coup…

Voilà qui met l’Iran dans de sales draps. Avant la publication du NIE, les Iraniens avaient modifié certaines de leurs politiques en Irak. Le déclin de la violence dans ce pays est en partie dû à l’insurrection elle-même, mais aussi au fait que l’Iran a renoncé à certaines choses qu’il avait pour habitude de faire, en particulier : soutenir les milices shiites avec des armes et de l’argent, et les exhorter à s’en prendre aux sunnites. Il est clair, également, que les limites imposées par l’Iran à certains des hommes politiques shiites irakiens vis-à-vis de leurs homologues sunnites se sont déplacées. La nouvelle loi autorisant des membres du parti Baath à réintégrer la vie publique n’aurait pu être adoptée sans l’acquiescement de l’Iran.

Manifestement, l’Iran a changé sa manière d’agir en Irak, tandis que les Etats-Unis modifiaient leur position sur les armes nucléaires iraniennes. Mais l’Iran a reculé devant l’obtention d’un modus vivendi avec les Etats-Unis au sujet de l’Irak, à la suite de la publication du NIE. Des fractures partisanes, en Iran, se manifestent à l’approche des élections, et si les Iraniens ont effectivement modifié leur manière d’agir, ils n’ont pas modifié leur affichage public. Les Etats-Unis considèrent que la modification de la position publiquement affichée de l’Iran st cruciale pour convaincre les factions irakiennes, en particulier la totalité des partis shiites, de s’acheminer vers une solution politique. Contrôler les milices, c’est très bien, mais Washington veut obtenir que le pas final soit franchi (non seulement Washington le veut, mais c’est pour lui une nécessité absolue). Le glissement du NIE, qui a fait disparaître la question nucléaire sous la table, n’était pas assez important pour l’obtenir. En élevant le niveau de tension à propos d’une menace réelle – et d’une menace aux conséquences régionales ne faisant aucune sorte de doute – les Etats-Unis espèrent amener le débat politique interne à l’Iran vers une participation ouverte au remodelage de l’Irak.

Mais l’Iran ne veut pas franchir ce pas, pour trois excellentes raisons. Primo, l’Iran veut conserver toutes ses options ouvertes. Il ne fait pas confiance aux Etats-Unis lorsque ceux-ci jurent qu’ils ne se serviront pas d’un accord publiquement avoué à propos de l’Irak comme un tremplin pour augmenter l’influence américaine en Irak et la menace américaine contre l’Iran. Deuxio, Téhéran est confronté à un problème politique interne. Exactement de la même façon que Bush a été confronté à une avalanche de protestations à propos du NIE, de la part de ses partisans, les Iraniens connaîtront une résistance à toute collaboration affichée avec les Etats-Unis. En fin de compte, les Iraniens ne sont pas persuadés d’avoir vraiment besoin d’un accord publicisé. De leur point de vue, ils ont ‘assuré’, en matière d’Irak, les Etats-Unis ont ‘assuré’ avec le NIE, et les choses évoluent dans une direction satisfaisante. Pourquoi tout mettre sur la table ? Le désir américain de montrer aux shiites irakiens que l’Iran a publiquement renoncé à leur aspiration à voir l’Irak devenir un Irak shiite n’a strictement rien qui soit de nature à plaire aux Iraniens…

Les Iraniens ont utilisé la mise sur pied de ce que nous pourrions qualifier de « marine de guérilla » en guise de levier contre les Américains et comme un coin visant à séparer les Etats-Unis des Arabes. L’argument massue des Iraniens à destination des Arabes a été le suivant : « Si les Etats-Unis vont trop loin avec nous, nous fermerons le détroit d’Hormuz. Par conséquent : à vous d’empêcher les Américains de nous acculer. » Les Américains ont répliqué en disant que les Iraniens ont désormais la capacité de condamner le détroit d’Hormuz et ce, potentiellement, indépendamment de ce que fait (ou ne fait pas) l’U.S. Navy. Par conséquent, à moins que les Arabes ne souhaitent être à la merci de l’Iran, ils doivent se joindre aux Etats-Unis au sein d’une coalition anti-iranienne chargée de replacer l’Iran sous contrôle. Dans sa drague des Arabes, Washington mettra l’accent sur le fait que les Iraniens sont encore bien plus incontrôlables qu’ils ne l’imaginent, faisant observer que Téhéran reconnaît tout de go que le genre de harcèlement constaté le 6 janvier relève de la simple routine. Un jour – et ce jour, c’est l’Iran qui le choisira – tout cela sera, pour de vrai, cette fois, totalement incontrôlable.

Les Iraniens ont énormément à gagner du fait de disposer de la capacité de fermer le détroit d’Hormuz, mais ils ont fort peu à gagner à le fermer effectivement. Les Etats-Unis placent l’Iran dans une situation telle que les Arabes du Golfe demanderont à Téhéran des assurances que l’Iran n’entreprendra pas une telle action. Les Iraniens leur donneront ces garanties, campant le décor pour une exigence régionale que les Iraniens dispersent leurs vedettes rapides, qui sont typiquement des armes offensives, avec une très faible dimension défensive.

Ayant simplifié la situation aux Iraniens avec leur NIE, et n’ayant pas obtenu le renvoi d’ascenseur qu’ils attendaient de leur part, les Etats-Unis s’ingénient actuellement à compliquer la situation au moyen d’un cadre de travail entièrement nouveau – un cadre de travail bien plus efficace que celui qu’ils utilisaient jusqu’ici.

En fin de compte, ce n’est pas du détroit d’Hormuz, dont il est question : l’Iran ne vas pas s’en prendre à l’U.S. Navy, et l’U.S. Navy n’est pas tout-à-fait aussi vulnérable qu’elle ne l’affirme – par conséquent, les Etats-Unis, manifestement, ne sont pas aussi ‘tireurs fous’ [am : ‘trigger-happy’] qu’ils voudraient le donner à accroire. Washington a abattu une carte maîtresse. La question, désormais, est de savoir s’il est en mesure d’impliquer l’Iran dans une résolution publique du problème irakien.

Les Iraniens semblent prêts à une solution discrète. Ils ne sont vraiment pas chauds partisans d’un déballage public. La coalition anti-iranienne pourrait se renforcer, mais aussi intelligente soit la présente manœuvre américaine, elle n’amènera certainement pas les Iraniens à tout mettre sur la table. Pour cela, des concessions supplémentaires [américaines] sont nécessaires, en Irak. Plus précisément, pour qu’il y ait un arrangement au grand jour, le « Grand Satan » et les membres patentés de l’ « Axe du Mal » doivent apporter des retouches politiques au portrait public [plutôt caricatural] qu’ils affichent l’un de l’autre. Mais c’est là quelque chose de difficile à faire, dans deux pays confrontés à une année électorale.

[* En cliquant sur ce lien, vous pourrez dire à George ce que vous en pensez… :

Tell George what you think ]

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The Strait of Hormuz Incident and U.S. Strategy

http://www.stratfor.com

January 14, 2008 | 1955 GMT

By George Friedman

Iranian speedboats reportedly menaced U.S. warships in the Strait of Hormuz on Jan. 6. Since then, the United States has gone to great lengths to emphasize the threat posed by Iran to U.S. forces in the strait — and, by extension, to the transit of oil from the Persian Gulf region. The revelation of an Iranian threat in the Strait of Hormuz was very helpful to the United States, coming as it did just before U.S. President George W. Bush’s trip to the region. Washington will use the incident to push for an anti-Iranian coalition among the Gulf Arabs, as well as to push Iran into publicly working with the United States on the Iraq problem.

According to U.S. reports and a released video, a substantial number of Iranian speedboats approached a three-ship U.S. naval convoy moving through the strait near Iranian territory Jan. 6. (Word of the incident first began emerging Jan. 7.) In addition, the United States reported receiving a threatening message from the boats.

Following the incident, the United States began to back away from the claim that the Iranians had issued threats, saying that the source of the transmission might have been hecklers who coincidentally transmitted threats as the Iranian boats maneuvered among the U.S. ships. Shore-based harassing transmissions are not uncommon in the region, or in other parts of the world for that matter, especially when internationally recognized bridge-to-bridge frequencies are used. And it is difficult if not impossible to distinguish the source of a transmission during a short, intense incident such as this. The combination of Iranian craft in close proximity to U.S. warships and the transmission, regardless of the source, undoubtedly increased the sense of danger.

Two things are interesting. First, the probability of a disciplined Iranian attack — and, by U.S. Navy accounts, the Iranian action was disciplined — being preceded by a warning is low. The Iranians were not about to give away the element of surprise, which would have been essential for an effective attack. While the commander on the scene does not have the luxury we have of dismissing the transmission out of hand — in fact, the commander must assume the worst — its existence decreases the likelihood of an attack. Attacking ships need every second they can get to execute their mission; had the Iranians been serious, they would have wanted to appear as nonthreatening as possible for as long as possible.

Second, the U.S. ships did not open fire. We do not know the classified rules of engagement issued to U.S. ship captains operating in the Strait of Hormuz, but the core guidance of those rules is that a captain must protect his ship and crew from attack at all times. Particularly given the example of the USS Cole, which was attacked by a speedboat in a Yemeni harbor, it is difficult for us to imagine a circumstance under which a ship captain in the U.S. Navy would not open fire if the Iranian boats already represented a significant threat.

Spokesmen for the 5th Fleet said Jan. 13 that the U.S. ships were going through the process of determining the threat and preparing to fire when the Iranians disengaged and disappeared. That would indicate that speed, distance and bearing were not yet at a point that required a response, and that therefore the threat level had not yet risen to the redline. Absent the transition to a threat, it is not clear that this incident would have risen above multiple encounters between U.S. warships and Iranian boats in the tight waters of Hormuz.

The New York Times carried a story Jan. 12, clearly leaked to it by the Pentagon, giving some context for U.S. concerns. According to the story, the United States had carried out war games attempting to assess the consequences of a swarming attack by large numbers of speedboats carrying explosives and suicide crews. The results of the war games were devastating. In a game carried out in 2002, the U.S. Navy lost 16 major warships, including an aircraft carrier, cruisers and amphibious ships — all in attacks lasting 5-10 minutes. Fleet defenses were overwhelmed by large numbers of small, agile speedboats, some armed with rockets and other weapons, but we assume most operated as manned torpedoes.

The decision to reveal the results of the war game clearly were intended to lend credibility to the Bush administration’s public alarm at the swarming tactics. It raises the issue of why the U.S. warships didn’t open fire, given that the war game must have resulted in some very aggressive rules of engagement against Iranian speedboats in the Strait of Hormuz. But more important, it reveals something about the administration’s thinking in the context of Bush’s trip to the region and the controversial National Intelligence Estimate (NIE) on Iran’s nuclear program.

A huge controversy has emerged over the NIE, with many arguing that it was foisted on the administration against its will. Our readers know that this was not our view, and it is still not our view. Bush’s statements on the NIE were consistent. First, he did not take issue with it. Second, he continues to regard Iran as a threat. In traveling to the Middle East, one of his purposes is to create a stronger anti-Iranian coalition among the Arab states on the Arabian Peninsula. The nuclear threat was not a sufficient glue to create this coalition. For a host of reasons ranging from U.S. intelligence failures in Iraq to the time frame of an Iranian nuclear threat, a nuclear program was simply not seen as a credible basis for fearing Iran’s actions in the region. The states of the Arabian Peninsula were much more afraid of U.S. attacks against Iran than they were of Iranian nuke s in five or 10 years.

The Strait of Hormuz is another matter. Approximately 40 percent of the region’s oil wealth flows through the strait. During the Iran-Iraq war of the 1980s, the tanker war, in which oil tankers moving through the Persian Gulf came under attack from aircraft, provided a sideshow. This not only threatened the flow of oil but also drove shipping insurance rates through the roof. The United States convoyed tankers, but the tanker war remains a frightening memory in the region.

The tanker war was trivial compared with the threat the United States rolled out last week. The Strait of Hormuz is the chokepoint through which Persian Gulf oil flows. Close the strait and it doesn’t flow. With oil near $100 a barrel, closing the Strait of Hormuz would raise the price — an understatement of the highest order. We have no idea what the price of oil would be if the strait were closed. Worse, the countries shipping through the strait would not get any of that money. At $100 a barrel, closing the Strait of Hormuz would take an economic triumph and turn it into a disaster for the very countries the United States wants to weld into an effective anti-Iranian coalition.

The revelation of a naval threat from Iran in the Strait of Hormuz just before the president got on board Air Force One for his trip to the region was fortuitous, to say the least. The Iranians insisted that there was nothing unusual about the incident, and Foreign Ministry spokesman Mohammad Ali Hosseini said that “Some political factions in the U.S. are pursuing adventurism to help Bush to spread Iran-phobia in the region. U.S. officials should apologize to Iran, regional countries and the American people.” This probably won’t happen, but he undoubtedly will be grateful that the Iranians said there was nothing out of the ordinary about the incident. If this incident was routine, and if the U.S. war games have any predictive ability, it means that the Iranians are staging routine incidents, any one of which could lead to a military confrontation in the strait. Bush undoubtedly will be distributing the Iranian statement at each of his stops.

Leaving aside the politics for a moment, the Iranian naval threat is a far more realistic, immediate and devastating threat to regional interests than the nuclear threat ever was. Building an atomic weapon was probably beyond Iran’s capabilities, while just building a device — an unwieldy and delicate system that would explode under controlled circumstances — was years away. In contrast, the naval threat in the Strait of Hormuz is within Iran’s reach right now. Success is far from a slam dunk considering the clear preponderance of power in favor of U.S. naval forces, but it is not a fantasy strategy by any means.

And its consequences are immediate and affect the Islamic states in ways that a nuclear strike against Israel doesn’t. Getting the Saudis to stand against Iran over an attack against Israel is a reach, regardless of the threat. Getting the Saudis worked up over cash flow while oil prices are near all-time highs does not need a great deal of persuading. Whatever happened in the strait Jan. 6, Bush has arrived in the region with a theme of widespread regional interest: keeping the Strait of Hormuz open in the face of a real threat. We are not certain that a Nimitz-class aircraft carrier could be sunk using small swarming ships. But we are certain that the strait could be closed or made too dangerous for tankers for at least a short period. And we know that, as in land warfare, finding the bases that are launching ships as small as speedboats would be tough. This threat had substance.

By dropping the Iranian nuclear threat and shifting to the threat to the strait, Bush moves the Iran issue from being one involving the United States and Israel to being one that excludes Israel but involves every oil producer in the region. None of them wants this to happen, and all of them must take the threat seriously. If it can establish the threat, the United States goes from being an advocate against Iran to being the guarantor of very real Arab interests. And if the price Arabs must pay for the United States to keep the strait open is helping shut down the jihadist threat in Iraq, that is a small price indeed.

This puts Iran in a tough position. Prior to the issuance of the NIE, the Iranians had shifted some of their policies on Iraq. The decline in violence in Iraq is partly because of the surge, but it also is because Iran has cut back on some of the things it used to do, particularly supporting Shiite militias with weapons and money and urging them to attack Sunnis. It also is clear that the limits it had imposed on some of the Iraqi Shiite politicians in the latter’s dealings with their Sunni counterparts have shifted. The new law allowing Baath Party members to return to public life could not possibly have been passed without Iranian acquiescence.

Clearly, Iran has changed its actions in Iraq as the United States has changed its stance on Iranian nuclear weapons. But Iran shied away from reaching an open accommodation with the United States over Iraq following the NIE. Factional splits in Iran are opening up as elections approach, and while the Iranians have shifted their behavior, they have not shifted their public position. The United States sees a shift of Iran’s public position as crucial in order to convince Iraqi factions, particularly all of the Shiite parties, to move toward a political conclusion. Reining in militias is great, but Washington wants and needs the final step. The NIE shift, which took the nuclear issue off the table, was not enough to do it. By raising the level of tension over a real threat — and one that has undebatable regional consequences — the United States is hoping to shape the internal political discussion in Iran toward an open participation in reshaping Iraq.

Iran doesn’t want to take this step for three good reasons. First, it wants to keep its options open. It does not trust the United States not to use a public accord over Iraq as a platform to increase U.S. influence in Iraq and increase the threat to Iran. Second, Tehran has a domestic political problem. In the same way that Bush saw an avalanche of protest from his supporters over the NIE, the Iranians will see resistance to open collaboration. Finally, the Iranians are not sure they need a public agreement. From their point of view, they have delivered on Iraq, the United States has delivered on the NIE and things are moving in a satisfactory direction. Why go public? The American desire to show the Iraqi Shia that Iran has publicly abandoned the quest for a Shiite Iraq doesn’t do Iran a bit of good.

The Iranians have used the construction of what we might call a guerrilla navy as a lever with the United States and as a means to divide the United States from the Arabs. The Iranians’ argument to the Arabs has been, “If the United States pushes us too far, we will close the strait. Therefore, keep the Americans from pushing us too far.” The Americans have responded by saying that the Iranians now have the ability to close the Strait of Hormuz, potentially regardless of what the U.S. Navy does. Therefore, unless the Arabs want to be at the mercy of Iran, they must join the United States in an anti-Iranian coalition that brings Iran under control. In its wooing of the Arabs, Washington will emphasize just how out of control the Iranians are, pointing out that Tehran is admitting that the kind of harassment seen Jan. 6 is routine. One day — and the day will be chosen by Iran — this will all get really out of hand.

The Iranians have a great deal to gain from having the ability to close the strait, but very little from actually closing it. The United States is putting Iran in a position such that the Gulf Arabs will be asking Tehran for assurances that Iran will not take any action. The Iranians will give assurances, setting the stage for a regional demand that the Iranians disperse their speedboats, which are purely offensive weapons of little defensive purpose.

The United States, having simplified the situation for the Iranians with the NIE and not gotten the response it wanted, now is complicating the situation again with a completely new framework — a much more effective framework than the previous one it used.

In the end, this isn’t about the Strait of Hormuz. Iran isn’t going to take on the U.S. Navy, and the Navy isn’t quite as vulnerable as it claims — and therefore, the United States obviously is not nearly as trigger-happy as it would like to project. Washington has played a strong card. The issue now is whether it can get Iran into a public resolution over Iraq.

The Iranians appear on board with the private solution. They don’t seem eager for a public one. The anti-Iranian coalition might strengthen, but as clever as this U.S. maneuver is, it will not bring the Iranians public. For that, more concessions in Iraq are necessary. More to the point, for a public accommodation, the “Great Satan” and the charter member of the “Axis of Evil” need to make political adjustments in their public portrayal of one another — hard to do in two countries facing election years.

Tell George what you think



Mardi 15 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par MIJEON Amaury le 15/01/2008 21:43 | Alerter
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trop de déballage qui me semble simpliste.
Une analyse comme une autre.

2.Posté par rossel le 09/02/2008 09:42 | Alerter
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l'incident naval entre les 2 pays a fait certainement des victimes militaires ce n'est pas un incident mineur. secert militaire. la verité ne sera jamais connue ou peut etre dans 20 ans

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