Néolibéralisme et conséquences

L'impunité bancaire



Gilles Devers
Lundi 26 Avril 2010

gandhi.jpgLes dirigeants de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, la première des US, ont gagné un max, pour leur banque et pour eux, en misant sur l'effondrement du marché immobilier aux Etats-Unis en 2007, ce qui a été élément déclencheur de la crise financière et économique qui a dévasté le monde. La banque misait sur une dévaluation des titres dérivés des crédits hypothécaires à haut risque, les célèbres « subprimes », en pariant sur l’éclatement de la bulle financière, l’écroulement des titres, et leur rachat en sous-main. Ils se sont gavés, donnant à la crise financière l’accélération qui allait conduire au crack de 2009. La Goldman Sachs n’a pas été la seule, mais elle a été au premier rang. Elle a doublé ses profits au premier trimestre 2010. Après une enquête du Sénat, l’autorité de régulation des marchés boursiers américaine, la SEC, vient de déposer plainte.

 

 

 

La commission du Sénat américain a enquêté depuis plusieurs mois, et son rapporteur, Carl Levin, conclut : « Les banques d'investissement comme Goldman Sachs n'étaient pas de simples courtiers. Elles étaient les promoteurs intéressés de produits financiers risqués et complexes qui ont favorisé l'éclosion de la crise ». Il y avait intention de nuire. La Goldman Sachs leurrait ses clients en leur vendant des titres bourrés subprimes pourries, tout en se réservant des produits financiers à cour terme, misant sur l’effondrement  du marché immobilier et se donnant les moyens d’acheter quand le prix serait écroulé. Ce qu’on appelle les « positions courtes ». D’un côté je te99002941soeur-emmanuelle-jpg.jpg vends des trucs très chers, et de l’autre je me prépare à attaquer les titres, au jour le jour, juste avant que ça tombe, et pour accéler la chute. Tu seras ruiné, et ça fera déflagration dans toute l’économie, mais je serai sur mon matelas, prêt à repartir.

 

 

 

Trois de ces mails ont déjà fait le tour du monde.

 

 

 

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein : « Nous n'avons bien évidemment pas échappé à la pétaudière des crédits immobiliers à risque. Nous avons perdu de l'argent et ensuite nous en avons gagné plus que nous n'en avons perdu grâce à nos positions courtes ».

 

 

 

Le directeur financier de la banque, David Viniar, dans autre mail, se félicite d'avoir gagné plus de 50 millions de dollars en une journée grâce à ces positions courtes, lorsque les créances immobilières se sont écroulées. « Ca dit bien ce qui pourrait arriver à ceux qui ne sont pas blindés en positions courtes ». En décembre 2006, David Viniar écrivait déjà au responsable de la division titres : « Il y aura de bonnes occasions lorsque les subprimes iront vers ce qui semble être de plus grandes difficultés et nous devons être en position d'en profiter ».

 

 

 

Abbe_Pierre.jpgUn troisième, d’un manager de la banque, réagit aux mauvaises nouvelles annoncées par les agences de notation qui ont fait perdre de l'argent à de nombreux investisseurs. « Il semble que nous allons nous faire beaucoup d'argent » se réjouit-t-il. Et son interlocuteur répond : « Oui, nous sommes bien positionnés ».

 

 

 

Ce 16 avril, l’autorité de régulation des marchés boursiers américaine (SEC) a porté plainte au civil contre la Goldman Sachs pour fraude. La SEC accuse la banque d'avoir trompé des investisseurs en leur faisant faire des placements sur des titres risqués dont elle savait qu'ils allait baisser, sans les informer quelle-même pariait sur la baisse des produits qu'elle leur faisait acheter.

 

 

 

Exemple avec les placements Abacus, géré en lien avec le plus vérolé des fonds d'investissement Paulson & Co. La banque vendait à des investisseurs, allemands et américains, des produits liés aux crédits dopés de subprimes, avec un discours ronflant sur des perceptives de hausse,  alors que dans le même temps, elle anticipait l’écroulement de ces titres, en organisant ses fameuses positions courtes. Le bilan des placements Abacus, c’est une perte d’un milliard de dollars pour les clients. Fabrice Tourré, un courtier français au cœur du système, se marrait dans un mail  d’avril 2007 :  « J'ai réussi à vendre quelques titres Abacus à des veuves et des orphelins que j'ai croisés à l'aéroport, apparemment ces Belges adorent  les investissements complexes », alors qu'il attendait joyeusement l'effondrement du marché. Des extraits de ces messages sont cités dans la plainte de la SEC.MandelaPassport.jpg

 

 

 

Apprenant qu’une enquête était en cours, les cinq principaux dirigeants de Goldman Sachs ont d’abord protégé leurs arrières, en vendant leurs actions à la banque, entre octobre 2009 et février 2010, pour un total de 65,4 millions de dollars.

 

 

 

Prochaine étape ce mardi. Le PDG de la banque, Llyod Blankfein, est convoqué devant le Sénat, avec son staff, et il nous servira deux arguments : ces accusations sont politiques, et visent seulement à justifier la loi  de régulation du marché bancaire que veut imposer Obama : nous traitons avec des financiers de haut vol, très connaisseurs du marché, et si nous avions prévu des sécurités, nous n’avions jamais joué le crack. « Goldman n'a rien fait que d'autres banques n'aient fait avant elle : profiter intelligemment des possibilités qu'offraient les marchés. » Et va s’enclencher la grande bataille de la com’ et des lobbyistes. Bref, vous avez compris la ligne : ce n’est peut-être pas moral, mais c’est légal.

 

 

 

Gordon Brown et Angela Merkel, nos deux dirigeants européens, annoncent des recours. « Des centaines de millions de dollars de dédommagement devront être versés aux banques britanniques ». La banque britannique Royal Bank of Scotland, l’allemande IKB, l'assureur américain AIG on annoncé des poursuites civiles contre Goldman Sachs pour les pertes subies.

 

 

 

En France, notre gouvernement en faillite politique et morale continue d’exciter la foule sur les allocations familiales des pauvres. Brice, tu as sûrement une calculette pas loin. Combien de pauvres pour atteindre les milliards de dollars truandés par ces banques ?

Brice, dis moi ce que t'on volé les pauvres...
Brice, dis moi ce que t'on volé les pauvres...

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Lundi 26 Avril 2010


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