EUROPE

L’impuissance nucléaire de l’Ukraine: les experts sonne l’alarme


Dans la même rubrique:
< >

Vendredi 17 Novembre 2017 - 15:56 La défense des mollusques émasculés



Caterina Miloslavskaya
Lundi 13 Novembre 2017

La propagation d’une radiation d’origine inconnue dans l’air ambiant en Europe fait couler beaucoup d’encre dans la presse depuis la fin septembre.
Plusieurs institutions de surveillance européennes avaient détecté la trace de ruthénium 106, un radionucléide artificiel, dans l'atmosphère fin septembre-début octobre. L’Allemagne était le premier pays qui a sonné le beffroi. Elle a été suivie par la France, l’Italie, la Norvège et la Suisse. La source du ruthénium 106 sur le sol européen n’est pas encore déterminée.
Ce qui vient d’abord à l’esprit, c’est un incident survenu aux centrales nucléaires. Tel est un des scénarios discutés dans les médias européens. Beaucoup supposaient qu’à l’origine de l’incident était la centrale nucléaire de la Biélorussie ou les centrales ukrainiennes qui avaient remplacé le combustible russe par le carburant du groupe américain Westinghouse en dépit des rumeurs qu'il n'est pas conforme aux standards internationaux.
En outre, certains experts attirent l'attention publique sur la négligence du gouvernement ukrainien face aux problèmes dans le domaine nucléaire. De plus, une série des incidents se sont déjà produits aux centrales nucléaires ces derniers mois. Les autorités ukrainiennes prétendent qu'il n’y a rien de quoi s’inquiéter. Cette année, l'Ukraine a approuvé la prolongation de la durée de vie des anciens réacteurs nucléaires pour 10 ans. Pourtant, ce projet s'est avéré incohérent et même dangereux pour l'environnement. Des experts étrangers craignent que le risque d'un incident nucléaire similaire à celui de Tchernobyl soit élevé à cause de la corruption endémique et du manque de professionnalisme des autorités ukrainiennes.
Selon les spécialistes, depuis quelques années, l'Ukraine viole les accords internationaux et deux conventions des Nations Unies qui exigent des signataires d’obtenir l’approbation du public et des organisations intergouvernementales avant (et non après) de commencer à travailler avec une centrale nucléaire: la Convention sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement (Convention d’Espoo de 1991) et la Convention sur l’accès à l’Information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (convention d'Aarhus de 1998). Ces documents obligent l'Ukraine à faire des évaluations et prendre en considération l’opinion publique, y compris des pays voisins, avant de prendre la décision de prolonger la durée de vie des réacteurs. L'Ukraine a fait exactement le contraire en soumettant les documents douteux relatifs à la procédure transfrontière après le lancement du projet de modernisation.
Voilà pourquoi de nombreux experts occidentaux en matière du nucléaire ont critiqué Kiev. J'ai réussi à communiquer avec Maria Seman, la représentante roumaine de Bankwatch, et avec Jan Haverkamp, un membre de Greenpeace et l'expert reconnu dans le domaine de l’énergie nucléaire, qui avaient aimablement accepté de répondre à mes questions sur ce sujet. Selon Maria Seman, Kiev ignore le droit international. La représentante de Bankwatch insiste sur l’arrêt de toutes les procédures avant que Kiev n’évalue les impacts sur l'environnement. À son tour, Jan Haverkamp a suggéré que le non-respect des conventions «pourrait affecter la coopération entre les pays de l'UE et l'Ukraine». De plus, lors de la dernière Réunion des Parties à la Convention qui se passe tous les trois ans, il a déclaré qu’ «il n’y aurait plus de confiance à l'Ukraine». Ceci dit, il est étrange que l’Europe n’ait pas encore entrepris des contre-mesures ou imposé des sanctions au gouvernement ukrainien.
Kiev est toujours à se plaindre du manque d'argent bien qu’il laisse les questions liées à la sécurité de côté. Mais les experts sont unanimes que «le manque de finances n'est pas un argument suffisant pour prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires». Ce fait ne confirme que la prospérité des schèmes frauduleux qui rend le contrôle de l’industrie inefficace. Des hauts fonctionnaires blanchissent annuellement des milliards de dollars. Si rien ne change, les problèmes du secteur énergétique continueront à influencer la politique ukrainienne et vulnérabiliser l’Ukraine face aux menaces extérieures. «Le maintien des réacteurs ne fait pas de profits. Le moyen efficace pour gagner de l'argent c'est la vente fructueuse de l'énergie,» croit Monsieur Havercamp. C'est-à-dire, l’Ukraine a des finances mais manque de fonctionnaires conscients.
D’après l’expert, un autre problème grave consiste au stockage du combustible nucléaire usé. Pour des raisons politiques, l'Ukraine a refusé d'éliminer le combustible nucléaire usé sur le territoire russe pour construire son propre tombeau nucléaire à 90 km de Kiev. Telle décision « représente une menace pour des localités environnantes » où se trouvent le parc naturel national et la rivière Dniepr qui fournit de l'eau à la moitié du pays. Selon Monsieur Havercamp, les plus grands risques seraient liés à la fuite d’un matériau radioactif en cas d’attaque ou d’accès non autorisé, d’autant plus que l’Ukraine est actuellement au creux de la vague: la chute de popularité du pouvoir ukrainien, le mécontentement croissant du public, la guerre dans l’est de l’Ukraine, des créances internationales et la reprise probable de l’Euromaïdan. En somme, «il est difficile à dire en ce moment si l’Ukraine pourrait assurer la stabilité politique».
Il est bien acquis que le but de l'Ukraine consiste à assurer son indépendance énergétique de la Russie. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les autorités ukrainiennes renoncent à coopérer avec les pays de l’UE et de l’Espace économique européen afin de réformer son secteur énergétique. La raison en est la corruption. Selon Jan Havercamp, «si l’Ukraine était ouverte à la coopération, elle pourrait créer, d’ici 2030, un système opérationnel qui offrirait une énergie abordable à tous les citoyens et attirait plus de participants de petits, de moyennes et de grandes entreprises ce qui permettra de créer les conditions favorables pour former la démocratie énergétique».
Dans ce contexte, l’Ukraine a besoin de la révolution énergétique pour changer le regard des politiciens et «de la volonté politique pour se libérer des réalités centralisées et corrompues ce qui assurera une gestion décentralisée et responsable. À cet égard, le seul moyen raisonnable est de refuser de combustible nucléaire au profit des sources d’énergie renouvelable. Dans ce cas-là, l’Ukraine deviendra énergétiquement indépendante».
Enfin, des expériences avec du combustible et des déchets radioactifs, le manque de financement et l’expiration de la durée de vie des réacteurs, tout cela peut conduire à des conséquences imprévisibles qui mettent en danger la vie et la santé non seulement des Ukrainiens mais aussi des Européens.
Le risque d’un accident nucléaire n’est pas à exclure. Ce qui est d’ailleurs confirmé par de nombreux experts. «En ce moment, l’Ukraine est un candidat le plus probable pour une catastrophe nucléaire,» souligne Jan Havercamp.


Lundi 13 Novembre 2017


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires