Ce ne sont que quelques morts de plus, mais ils serviront, peut-être, à remettre sous les feux des projecteurs le trou noir de l'information qu'est redevenu l'Afghanistan: 40 personnes, dont six députés, ont été tuées, et 120, blessées, dans l'attentat-suicide le plus meurtrier commis, mardi, contre des parlementaires, en visite, dans une usine du nord du pays. Cet Afghanistan, que l'Amérique et ses alliés brandissent à tout bout de champ, comme exemple du succès de la "stratégie préventive", mérite, pourtant, qu'on en parle davantage: les commentaires les plus prudents font état d'une moyenne de dix morts, par jour, sans compter toutes les victimes indirectes de la guerre. La reconstruction promise attend toujours des jours meilleurs, sans parler de la « Démocratie » dénaturée par les soins de ceux qui prétendent l'avoir installée en une véritable fusillocratie! Quant à la culture du pavot, de la production et du trafic de drogue, le pays vient de battre ses propres records passés : avec une hausse vertigineuse de 32%, en l'espace d'un an, l'Afghanistan a produit, rien que depuis le début de l'année en cours, quelques 8.200 tonnes de différentes espèces de drogues. Au niveau administratif, comme le souligne, sans cesse, le Président Karzaï, la corruption et la bureaucratie sont endémiques, laissant peu de chance de succès à une gestion efficace des affaires courantes. Et il serait un peu facile, dans le cas de cette débâcle flagrante, de ne s'en prendre qu'aux Talibans. La situation afghane fait écho, en effet, aux errances présentes et passées des puissances occidentales, qui entretiennent, depuis bientôt trente ans, la spirale infernale, dans laquelle s'enfonce le pays, en l'occurence, depuis l'invasion soviétique de 1979. Entre le soutien aux Talibans, pour contrer le péril rouge, puis le rabibochage avec d'autres alliés, pour casser ces mêmes Talibans, depuis qu'il a fallu entrer en guerre contre le "terrorisme", l'Occident n'a jamais poursuivi de politique, à long terme, si ce n'est celle du pire. Et le pire continue: selon les informations, des négociations secrètes seraient, actuellement, en cours entre les émissaires américano-britanniques et les Talibans, à Ghaleh Moussa Khan, en vue de tisser de nouvelles alliances. Bref, que de mauvaises choses en perspective, à l'aune desquelles l'Afghanistan risque de rester, encore, pour longtemps, la patrie de toutes les batailles. Une seule question se pose: n'est-il pas grand temps que les Afghans tournent, définitivement, le dos aux étrangers et tendent la main aux Etats et aux populations qui partagent avec eux une même histoire, les mêmes valeurs, et une même destinée? Vu la tournure que prennent les évolutions afghanes, la réponse semble aller de soi.