Histoire et repères

L'identité arabe



Ibrahim Alloush
Lundi 25 Décembre 2017

L'identité arabe
L'aggravation, venant d’apparaître ou ancienne, des conflits d'identités secondaires, alléguées ou fabriquées du gouvernorat de Saʿda (1) à l'Irak, en passant par la Jordanie, le Darfour, jusqu'au Sahara occidental..., n'est nullement accidentelle ou sans contexte. La campagne menée contre l'identité nationale et civilisationnelle de notre umma – c'est-à-dire contre l'arabité et l'islam – est aussi ancienne que l'orientalisme lui-même. Toutefois, cette campagne s'est clarifiée, comme stratégie politique aux caractéristiques concrètes, au moment des accords dans les années 1990 (2). Puis elle a été menée ouvertement après l'occupation de l'Irak en 2003. Cette stratégie fut nommée « Moyen-Orient (3)».

Le déni de l'identité arabe dans l'optique orientaliste a commencé par la tentative de faire apparaître l'existence arabe à l'extérieur de la péninsule arabique comme une occupation ou comme une existence fortuite, sans aucune racine. L'orientalisme a présenté la conquête islamique dans les frontières actuelles de la nation arabe comme une invasion brutale des peuples de la péninsule arabique contre les peuples autochtones. Il a également postulé qu'il n'existerait aucun lien entre les peuples de la péninsule arabique et ces peuples autochtones.

Il s'agit là d'une confusion et d'une rêverie oscillant entre l'ignorance flagrante et l'orientation suspecte politiquement et conquérante culturellement. Cette optique orientaliste ignore le lien linguistique et civilisationnel – voire même tribal – existant entre la péninsule arabique et le reste de la nation arabe. Les Lakhmides d'Irak et les Ghassanides du Bilâd ash-Shâm (4) sont originaires de la péninsule arabique comme nous le savons. Le Dr Othmane Saadi a démontré que les Berbères étaient venus du Yémen il y a plusieurs millénaires. Le Dr Saadi a élaboré un dictionnaire dans lequel il a démontré que l'amazigh a été influencé par l'arabe et par le phénicien, l'ancien cananéen, qui est l'ancêtre de la langue arabe. Le cananéen est appelé à tort le « sémitique ». En effet, le « sémitique » est un terme inventé par les orientalistes afin d'effacer l'évocation de toute trace arabe de l'histoire de la civilisation humaine comme l'a démontré le Dr Ahmed al-Dawoud dans ses études. Nous pouvons également citer les études du Dr Okasha El Daly concernant l'arabité de l’Égypte antique. Enfin dans ses revues, Izzat Darwaza a attesté de l'arabité ininterrompue de l'Irak, du Bilâd ash-Shâm et de la vallée du Nil, depuis des temps anciens.

En réalité, les références attestant de l'arabité ininterrompue de nos pays depuis des temps anciens sont abondantes pour quiconque les recherche. Nous disons « ininterrompue » car l'occupation passagère, ou plus longue, ne lui a aucunement porté atteinte. Dans un article intitulé « La conquête islamique n'était pas une invasion (5)», le Dr Fouad al-Marʿi a révélé que l'élan des habitants de l'Irak, du Bilâd ash-Shâm et de l’Égypte pour s'unir sous l'étendard de l'islam, après une occupation romaine, byzantine et perse, était principalement dû à l'incapacité de ces deux occupations à éradiquer l'arabité historique de la région. Le même article expliquait que les musulmans sont entrés en Irak, dans le Bilâd ash-Shâm et en Égypte, en libérateurs et non en occupants. Les premiers musulmans savaient que les chrétiens d'Orient, leurs cousins, étaient opprimés par les Byzantins et qu'ils les aideraient en se basant sur un fondement national arabe, même s'ils n'embrassaient pas l'islam. Cette action était menée selon une stratégie sûre – et non une œuvre hasardeuse – reposant sur le sentiment instinctif d'unité de la terre, de la culture et de l'homme arabes dans un environnement géographique naturel ne faisant aucune distinction entre la péninsule arabique, le Croissant fertile, la vallée du Nil et le Maghreb. L'arabité a ainsi prédisposé à la propagation de l'islam lui-même vécu en tant que mouvement d'unité, de libération et de renaissance de la umma arabe. Il y a là un élément permettant de comprendre la raison pour laquelle la Perse n'a pas abandonné sa langue après l'arrivée de l'islam !

Face aux nouveaux envahisseurs qui tentent de présenter l'arabité et l'islam dans nos pays comme une occupation accidentelle et face aux identités du démantèlement sanglant soutenu par l'Occident, il est plus que jamais nécessaire de rappeler cette histoire aujourd'hui.

La suite sioniste de ces récits inventés sur le « Moyen-Orient », arrive avec la négation de l'arabité d'al-Quds avant l'islam afin de donner une assise à la revendication de la fausse identité juive de la ville sainte avant l'arrivée des Romains. Il s'agit de l'élément le plus dangereux au sein de l'ensemble des projets actuels de judaïsation d'al-Quds.

Le bâtisseur d'al-Quds est Melchisédech, le roi des Jubéséens cananéens. Quiconque n'insiste pas sur le rôle des Jébuséens arabes dans la fondation d'al-Quds, sur l'entière arabité des Cananéens et sur l'arabité de la terre de Canaan, offre la ville sainte avec al-Aqsa comme proie facile aux juifs sous prétexte qu'ils la posséderaient historiquement. Si les Hébreux ont traversé la terre de Canaan comme ils le prétendent, ils l'ont alors traversé comme n'importe quel occupant. Les Cananéens étaient là avant eux, en même temps qu'eux et après eux pour protéger l'arabité de cette terre. Il s'agit là de l'identité arabe ininterrompue qu'aucune occupation n'a pu remplacer.


Notes de lecture :

(1) Note de la traductrice : Le gouvernorat de Saʿda se situe au nord ouest du Yémen, à la frontière de l'Arabie saoudite.
(2) NDT : Ibrahim Alloush fait référence aux accords d'Oslo entre l'entité sioniste et l'Organisation de Libération de la Palestine en 1993 et aux accords de Wadi Araba entre l'entité sioniste et la Jordanie en 1994.
(3) NDT : Sur la critique du concept de « Moyen-Orient » cf. Ibrahim Alloush, « Prenez garde à l'expression de Moyen-Orient », 12/04/2013
(4) NDT : Actuel Liban, Syrie, Palestine et Jordanie.
(5) Publié dans la revue al-Bayân al-Kuwaïtiyya, le numéro 7 et 8 mensuel de l'année 1998.


https://french.palinfo.com/35489
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Lundi 25 Décembre 2017


Commentaires

1.Posté par mourad le 26/12/2017 07:30 | Alerter
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A chaque fois que les israéliens font quelque chose, construction de logements, cas du Guatemala qui déménage son ambassade, cas des colons qui se rendent quotidiennement à la mosquée Al Aqsa, les palestiniens sont réduits à chaque fois à condamner en se servant de mots.

Que des mots, que des mots…. !

Messieurs les mots n’ont jamais rien ramené du concret.

Seules les armes doivent parler chez vous, les mots c’est après.

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