Politique Nationale/Internationale

L'exception culturelle francophone: un cas de perversion


La composition du nouveau gouvernement Fillon a de quoi surprendre en apparence : pas moins de trois représentantes des minorités visibles (Rachida Dati et Rama Yadé étant de droite et Fadala Amara de gauche), autant de cadres du PS ralliés à la politique sarkozyenne (Bernard Kouchner, Jean Marie Bocquel, Eric Besson). La critique de cette stratégie dite d’ouverture a porté sur le débauchage d’élites, à contresens des orientations naturelles des camps représentés et visant à affaiblir l’opposition de gauche. Cette critique ne résout pas pour autant la question de la réussite médiatique d’une telle opération, acceptée par ailleurs par les tenants de l’Etat UMP dont on aurait pu penser que les préjugés raciaux ou partisans s’opposeraient à une telle démarche


martineboudet@voila.fr
Jeudi 16 Août 2007

En fait, un point commun existe entre ces deux types de nominations, la politique extérieure de la France et ses incidences en métropole, en matière d’immigration en particulier. En effet, Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Etrangères, a fait une bonne partie de sa carrière de french doctor au chevet des malades africains du néocolonialisme :guerre du Biafra commanditée en sous-main par la France pompidolienne pour les intérêts de nos compagnies pétrolières, génocide rwandais dont la cohabitation Mitterrand-Balladur porte une part certaine de responsabilités… Nul doute qu’avec un tel actif, Kouchner respectera l’hégémonie présidentielle, le fameux domaine réservé. Sous ses ordres, le Secrétariat d’Etat aux Droits de l’homme, attribué à la jeune et belle Sénégalaise Rama Yadé, apparaît comme un alibi quand on connaît l’état piteux des relations entretenues entre Paris et les pays d’Afrique subsaharienne par exemple. Enfin, le poste dévolu à Bocquel, celui de la Francophonie et de la Coopération, fera de ce dernier un commis apparemment humaniste, dans les faits discret et dévoué, de la France néocoloniale et de ses intérêts illégitimes, défendus par tous les gouvernements de la 5e République. Son homologue de l’Intérieur, Brice Hortefeu, ami personnel du Président, occupera d’ailleurs une part de ses attributions (le co-développement) et jouera, lui, la carte visible et sécuritaire, pour la France lepéniste, de la main de fer, celle de l « éloignement » des clandestins indésirables.


Une fois encore, l’hypocrisie de la France des droits de l’homme a bien fonctionné ; ces trois jeunes femmes sont censées représenter un anti-racisme généreux, ces promotions individuelles ne devant pas en fait dissimuler la réalité des banlieues laissées pour compte malgré la grave crise de l’automne 2005. Elles incarnent également l’opposition républicaine et progressiste aux fléaux des cultures des Suds : l ‘intégrisme musulman, le machisme patriarcal ou celui des grands frères des banlieues…C’est de bonne guerre, la question qui se pose étant de savoir pourquoi ce simulacre de l’Etat UMP s’opère en l’absence de réalisation effective des gauches sur ce qui apparaît comme leur terrain naturel: l’équipe de campagne de Ségolène Royal était d’un blanc immaculé, Christiane Taubira et Malek Bouthy étant, malgré leur loyauté et la démonstration récente de leur incorruptibilité, encore largement sous-employés. Les gauches antilibérales, ATTAC et en fait tous les partis d’opposition sont bien incapables de rivaliser avec le pouvoir en termes de cooptation de cadres issus des minorités visibles.


Au delà de la question des personnels de l’arène politique ou associative, c’est bien sûr d’orientation dont il s’agit. Confrontés au rouleau compresseur de l’Etat UMP, Etat hybride qui tire une part de sa force de ses liens avec les dictatures du Sud, qui sait manier aussi bien le bâton que la carotte (comme le démontre l’inquiétant coup de force médiatique lors de la campagne pour les législatives), il nous faut sortir du carcan hexagonal et intégrer ce tiers exclu des débats publics qu’est la politique extérieure, la Coopération et son corollaire, l’immigration. Certes, le sursaut électoral du deuxième tour des législatives a sauvé l’honneur, en particulier grâce aux questions sociales, celles du pouvoir d’achat (TVA sociale), de l’égalité devant les soins (franchise médicale), de l’avenir des universités…Cela dit, les paramètres traditionnels des gauches sont désormais insuffisants pour créer les conditions d’une alternative politique en France. Sortir de la confusion, de l’ambiguïté, de la régression psychologique, alimentés par le pouvoir qui joue sur le terrain des coups médiatiques et de la manipulation des symboles nécessite de l’audace et de l’innovation en termes programmatiques. Faire le bilan de la gestion des relations franco-africaines, c’est la voie tracée par l’affaire Borrel, émergeant suite au black out de la Présidence chiraquienne, cautionnée en son temps par le gouvernement de la gauche plurielle. Comme l’a dit Ségolène Royal le soir du second tour des législatives, les relations Nord-Sud sont devenues un enjeu majeur à mieux maîtriser pour l’avenir du pays. Nous appelons toutes les composantes progressistes à prendre dans ce domaine leurs responsabilités. Nous continuerons quant à nous à informer sur les nouvelles dérives des relations franco-africaines.

Fraternité franco-Africaine (FFA)
Site : http://fraternafrique.over-blog.com
Courriel : fraternafrique@ml.free.fr


Jeudi 16 Août 2007

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