Géopolitique et stratégie

L'exception culturelle francophone: état des lieux



martineboudet@voila.fr
Jeudi 16 Août 2007

L’EXCEPTION CULTURELLE FRANCOPHONE : ETAT DES LIEUX


I- la question des réseaux et des lobbies


L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République a consacré une fois encore l’omnipotence en France des réseaux d’affaires et des lobbies, en particulier industriels, financiers, militaires, médiatiques. Dans la même période, de nombreuses affaires de corruption engagent la responsabilité d’une partie de la classe politique dirigeante dont ses premiers élus: affaire EADS, affaire Clearstream, affaire ELF, affaire des frégates de Taïwan, affaire des HLM de Paris, affaire Borrel… dont l’élucidation et la sanction sont trop souvent empêchées par une justice aux ordres.

Le verrouillage du pouvoir central au service d’intérêts privés et claniques, favorisé par un mode de scrutin majoritaire devenu anachronique au regard des critères démocratiques de l’Union Européenne, est tel désormais que depuis 1995, l’alternative politique, voire même l’alternance au niveau du pouvoir exécutif, est devenue une hypothèse bien improbable. Par contrecoup, s’installe une crise grave dans tous les secteurs de l’opposition, quelle que soit au demeurant leur responsabilité propre dans ce passif: implosion du processus d’unification du mouvement antilibéral, débauchage systématique de cadres du centre et de la gauche républicaine, sous la pression d’un Etat unitariste et autocentré du fait d’une longue tradition impériale. Dans ces conditions, il est nécessaire de recadrer le débat public et en particulier de renforcer la composante stratégique des différentes gauches et de leurs médias. Pour combattre la politique libérale-autoritaire du nouveau régime, nous proposons que soit constitué un dossier grand public recensant les différentes affaires de corruption de la décennie, de manière à favoriser le contrôle citoyen et parlementaire des institutions de l’Etat et son désengagement progressif à l’égard des réseaux et des lobbies, tant nationaux qu’internationaux, en particulier françafricains. Une telle mobilisation contribuera au renforcement des contre-pouvoirs institutionnels, judiciaire et médiatique, également menacés actuellement ; par ailleurs, ajoutée à la question des privilèges patronaux (parachutes dorés à Airbus et ailleurs…) et militaires (deuxième porte-avions en perspective), elle serait une contre-offensive à la mesure de la politique drastique menée ou programmée par le nouveau gouvernement à l’encontre des plus démunis et au-delà de la grande majorité du pays : TVA sociale, franchise médicale, non augmentation significative du SMIC…


II- la question des relations franco-africaines (Nord-Sud)

Par comparaison avec les progrès effectués par certains pays environnants (affranchissement de l’Espagne et de l’Italie de leurs propres régimes libéraux-autoritaires engagés dans la guerre en Irak, basculement d’une bonne partie de l’Amérique latine à gauche , élection aux Etats-Unis d’un contre-pouvoir parlementaire qui se mobilise pour en finir avec la guerre en Irak menée par l’administration Bush, élection en Allemagne d’une femme chancelière...), l’exception culturelle francophone doit être ciblée. Dans le cadre d’un altermondialisme concret, orienté par ce nouveau paradigme des relations internationales qu’est celui des relations Nord-Sud depuis la chute du stalinisme, il reste à faire du combat pour l’abolition du néo-colonialisme un autre préalable à la recomposition idéologique et institutionnelle en France. En effet, si les conflits entre les blocs atlantiste et intégriste/islamiste verrouillent les relations Nord-Sud, les relations franco-africaines en font de même sur l’axe Europe-Afrique : le partage des rôles de répression s’opère entre la « grande muette » qui quadrille à partir de ses bases l’Afrique francophone au compte des multinationales françaises et occidentales et le Ministère de l’Intérieur dont la législation liberticide renforcée tente de « régler » les problèmes d’immigration (qu’une caricature de Coopération technique et culturelle crée trop souvent ) et menace désormais les droits des autochtones eux-mêmes. Sur cette base, le Front National, alimentant de concert avec le parti-Etat la pompe du nationalisme et de l’idéologie sécuritaire, parasite le terrain électoral.

Contrecarrer le dérivatif démobilisateur des fausses ouvertures sur des individualités de l’immigration signifie pour nous le renforcement de vraies alliances avec les communautés et les peuples des Suds, tant dans le secteur de l’immigration et des banlieues que dans celui des DOM-TOM et des pays d’Afrique...Nous proposons une politique volontariste d’intégration de militants et de cadres de ces secteurs à des postes visibles de responsabilité. Au-delà, il s’agit de reconnaître et de médiatiser le parcours propre des peuples africains et de leurs Etats.

Il est un fait que, dans un contexte politique, international et africain, plus ouvert depuis les années 90 et marqué en particulier par la tenue de Conférences Nationales pour la démocratisation des régimes nationaux et la création de l’Union Africaine, les peuples d’Afrique francophone ont d’une manière générale conquis de haute lutte certains droits fondamentaux en matière de libertés d’expression, d’organisation syndicale, associative et politique. Cela dit, dans de nombreux cas, la construction des Etats de droit et des sociétés civiles reste largement entravée du fait de la collusion de la Coopération franco-africaine, de l’Union européenne et des organismes financiers internationaux. (FMI, Banque Mondiale…) …La réaction parfois fascisante de la métropole à l’évolution historique se traduit par la corruption grandissante de ses cadres, incorporés dans une véritable maffia, communément appelée la "Françafrique" et même la "Maffiafrique" . Cette nébuleuse, qui échappe actuellement au contrôle politique des peuples et à la sanction des cours de justice (inter)nationales, est responsable de la dégradation de la situation dans de nombreux pays francophones en cette période charnière de leur histoire : manipulation de chefs de guerre responsables de génocide, défini par la loi de "crime contre l’humanité" (au Rwanda en 1994), responsables de guerres civiles meurtrières qui détruisent les acquis sociaux et démocratiques et menacent l’intégrité des Etats (Congo Brazzaville, Congo Kinshasa, Côte d’Ivoire…), aide au maintien de dictatures qui laissent planer en permanence la menace de la guerre civile et de la régression ethniste dans les pays qui ont majoritairement et pacifiquement opté pour la démocratie depuis une décennie (Togo, Tchad…). Et cela pour le maintien de privilèges pharaoniques en matière d’exploitation économique: monopole de la compagnie ELF-TOTAL sur le pétrole congolais, tchadien, des grandes compagnies (telles Bouygues, Bolloré.. ) sur le patrimoine public ivoirien, camerounais…

Sur la base de ce bilan, nous proposons d’intégrer au programme général des gauches et de leurs médias les revendications défendues en France en particulier par les associations Survie et Agir ici, par la juge Eva Joly : renégociation avec les représentants des Etats d’Afrique francophone des accords historiques de Coopération, arrêt du monopole français dans les échanges commerciaux avec certains de ces Etats, arrêt de la vente et du traffic d’armes ainsi que du mercenariat, neutralisation des réseaux maffieux dans l’espace politique et judiciaire (inter)national, contrôle parlementaire et citoyen de l’Aide Publique au Développement (APD) et des accords ACP-CEE, promotion de la coopération décentralisée et du co-développement, de manière privilégiée par référence aux modes de développement africains. Par ailleurs, il est souhaitable de promouvoir l’éducation populaire et le dialogue des cultures pour contribuer à la démocratisation de la géo-politique et de l’espace francophone , l’évolution des mentalités étant favorisée, depuis les émeutes des banlieues de l’automne 2005, par un mouvement d’opinion à l’encontre des discriminations négatives et pour le respect de la diversité culturelle. De manière générale, il nous reste à contribuer utilement à la construction d’une politique solidaire et responsable de l’Union Européenne à l’égard des pays du Sud, celle-ci étant l’un des piliers principaux du modèle altermondialiste à promouvoir.


Fraternité Franco-Africaine (FFA)

Référence : http://fraternafrique.over-blog.com




Jeudi 16 Août 2007


Commentaires

1.Posté par Oumar le 18/08/2007 17:04 | Alerter
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Votre proposition ressemble à un alignement lointain au discours du Président Français qui pourrait être résumé à mon sens , de la manière suivante:pillage de l'afrique par l'europe plutôt que par les pays d'europe .
Je vois plutôt la responsabilisation des autorités africaines ,la libéralisation des énergies et des initiatives aux niveaux des collectivités autonomes , comme les communes et les associations .Les autorités africaines doivent viser à se passer d'aide et d'éviter de se complaire dans l'assistanat .Cela n'est possible que si à tous les niveaux , on trouve de vraies autorités , responsabbilisées d'avantage et correctement contrôlées.L'Etat eurpéen ou l'Europe ne devrait intervenir que pour des opérations qui émergent ou qui concernent plusieurs pays ou régions .
L'exeption culturelle doit être bien vue en France et en Afrique, ce qui n'est pas le cas actuellement.En Afrique c'est l'imitation aveugle de l'Europe qu'on peut observer, imitation qui va jusqu'au changement de religion .

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