Tribune libre

L’éternel retour d’une haine sans objet – 4


Cet épisode 4 de ma haine sans objet peut sembler racialiste (c’est moins vulgaire que « raciste » vous ne trouvez pas ?). Il n’en est rien ; je ne crois pas aux races. Blancs/chrétiens (Blch) et Juifs/juifs (Jj)1 sont employés dans le sens qui me parvient à travers les filtres historico-politico-médiatico-philosophiques. D’après ces sources, une pratique semble leur être commune : la perversion sémantique. Un art du langage destiné à fausser la réalité dans l’esprit des récepteurs des infos2.


saidab
Samedi 16 Mars 2019

Une haine qui ne dit pas son nom

Je m’appuie sur deux films qui datent pour exposer ma réflexion sur le suje : Gentlemen’s agreement (Le mur invisible, déjà annoncé) et Lost horizon (Les horizons perdus)3 Auparavant, j’illustre le phénomène en France.
Les citoyens français sont libres de circuler, se rassembler, critiquer, blasphémer ... Mais l’armée est mobilisée avec un arsenal de guerre quand ils occupent la rue en gilets jaunes ; interdiction absolue est faite de questionner l’objet conceptuel shoah ; pénalisation du cannabis pourtant moins toxique et mortel que le tabac, la vitesse ou les médicaments ; moins addictif que l’alcool ou la compétition ; dit-on ...
Quelques chevauchements critiques de sens pour nous assurer de parler de la même chose : le projet de légaliser la (con)fusion entre antisémitisme et antisionisme assimilerait les Jj antisionistes à des antisémites (!) ; les hommes influents accusent un jour les Gilets jaunes de populisme et de « horde haineuse », et se réclament du populisme et des Gilets jaunes quarante huit heures plus tard ; un gigantesque philosophe politique condamne les Gilets jaunes en France et applaudit aux manifestations en Algérie. Tentons tout de même de vider la haine de son fie ; après nous y être plongés corps et âme ...

Gentlemen’s agreement relate un antisémitisme aussi coutumier que le consensus mou dont il fait l’objet  : racialistes Blch et Jj vivent dans un état d’exclusion douce, en gentilshommes au même titre. Je cite quelques faits marquants de cet état d’esprit dans le film.
Chargé d'écrire un article sur le sujet, le bel et ankylosé Gregory Peck emprunte une identité Jj et s’en va enquêter. Pour découvrir que, dans un modus vivendi partagé en surface, l’antisémitisme est ancré dans les mœurs. Un état d’esprit associé à la présomption d’une suprématie Blanche, les Jj étant tolérés à condition d’être transparents4 ; jusqu’à nos jours de peu de gloire et d’intelligence5 … Même ceux qui se déclarent humanistes, se disent outrés par le sort fait aux juifs et clament haut et fort l'égalité de tous les Américains, ne réagissent pas quand ils sont témoins d’un fait antisémite. Et vont jusqu’à dissimuler leurs amitiés juives à leurs coreligionnaires Blch. Réaction horrifiée de l’héroïne humaniste activiste : « Mais tu n'es pas Juif ! Cette affaire est horrible ! » s’indigne-t-elle quand l’enfant du faux juif se plaint d’être traité de « sale juif ». De leur côté, tout en étant américains de plein droit, et parmi les plus méritants en termes d’initiatives, parmi les plus possédants aussi en Amérique comme en Europe, les Jj se conduisent en clandestins  jusque dans leur langage6. L’un des protagonistes Jj est officier dans l'armée américaine mais son identité Jj est un obstacle dans sa recherche de logement. Un autre a modifié son nom pour trouver du travail. Arguant de l'inexistence de races au sens scientifique du terme, un autre se déclare non juif … Dieu est un porte drapeau fort accommodant …
Réalisé dix ans auparavant, Lost horizon est un conte. Il parle d’un christianisme messianique inédit, et annonce la couleur dans le préambule écrit du film : une action de sauvetage est menée en Chine pour extraire quelques Blancs (White people) qui risquent d’être inquiétés dans une guerre civile locale (une vraie pour le coup : guerre civile en Chine). Pas des Anglais, des Belges, des Européens ... Des Blancs7. Le choc de cultures est ancien dans les pratiques des chock-makers universels, qui attribuent aux Autres les projets dont ils font la promotion.
L’aventure se passe dans un temple bouddhiste sur les hauteurs du Tibet. Pourquoi le Tibet ! Je m’aventure à imaginer que c’est un cadre idéal pour une association romanesque de la foi et de l’exotisme. Cependant, aussi excentrique soit-elle, cette délocalisation fictive du siège du bonheur peut aussi signifier l’échec de la foi en terre chrétienne.
Le maître d'hôtel est un moine du terroir. Son âge n'est pas révélé contrairement à l’âge du Grand Lama ; on peut imaginer qu’il puisse être (beaucoup) plus âgé. Sa tâche consiste néanmoins à servir de majordome à ces messieurs venus d’ailleurs, avec un dévouement quasi religieux. Tombé du ciel (accident), le héros de l'aventure est anglo-saxon et futur Grand Lama. Eh oui ! Le Grand Lama, bicentenaire, est omniscient. C’est lui qui l’a fait tomber du ciel pour ainsi dire, après l’avoir choisi à son insu et à distance pour prendre sa relève. Grand Lama ! Alors que c’est en Blch qu’il s’adresse à son jeune khalif qu’il informe enfin de son destin (les parenthèses et les guillemets sont de moi) : « Il est temps « maintenant » mon ami que cette rage s'épuise d'elle-même ; que la cruauté et la soif de pouvoir périssent par leur propre glaive (« glaive » est une référence chrétienne). Quand ce jour viendra, nous avons « l'espoir » que l'amour et la fraternité se répandront à travers le monde. Oui, lorsque les violents se seront dévorés entre eux, la sagesse « chrétienne » pourra enfin être respectée et les modérés (?) auront la terre en héritage. » Avec les Népalais8 ?

Ce patriarche peu charitable bénit le chaos au nom de l'avènement escompté d’une justice divine, dont lui-même serait le signe précurseur manifeste. Comme il y a longtemps on s’est inventé un créateur à la fois dieu et son propre père et fils, incréé mais né d’une femme9, le film se construit sur un montage exsangue : attribuer à un Blch le rôle d’une (quasi) divinité en fuite qui attend dans un paradis non chrétien que ses troupeaux s‘entre tuent jusqu’au dernier gredin de la façon la plus effroyable possible pour que les élus puissent se partager les bonnes choses. Un projet divin teinté d'un capitalisme simpliste10 … Une métaphore vient à l’esprit : promoteur ou repreneur d’une entreprise en péril, un PDG vertueux en délocalise le siège social pour la faire renaître de ses cendres en exil, avec l’intention de la rapatrier en terre de prédilection quand les concurrents se seront dévorés entre eux. Quelque économiste inventif pourrait-il se pencher sur le lien sacré entre le dogme spirituel sans frontières ainsi illustré et le libéralisme mondialisé actuel ?

L'aventure se situant en 1935, juste avant la der des der, rappelons quelques faits, puis tirons-en les enseignements :
- Janvier 1919 : déclenchement de la révolution spartakiste en Allemagne (extrême droite)
- Juin 24 : assassinat de Giacomo Mattéotti, socialiste italien, par des fascistes
- Août 24 : plan Dawes relatif aux réparations allemandes des dommages de la première guerre
- Octobre 25 : accords de Locarno relatifs aux frontières établies par le traité de Versailles
- 1925 : publication de « Mein Kampf », Adolf Hitler
- 1926 : lois fascistes votées en Italie
- Mai 26 : coup d'état militaire en Pologne
- Janvier 29 : dictature en Yougoslave
- Juillet 32 : dictature au Portugal
- Février 34 : coup de force de l'extrême droite à Paris
- Mai 1936 : violation des accords de Locarno par l'Allemagne
- Août 36 : dictature en Grèce ; film « Z », Costa Gavras, France
- 1937 : « Lost horizon »

Ces évènements se produisant entre Blch, la question de savoir ce que signifie « civilisés » se pose de façon évidente. Ainsi que de savoir qui est plus ou moins civilisé parmi eux. Cette interrogation légitime posant le problème plus large du rapport entre langue, valeurs, concepts et projets de société. Plus une dernière interrogation (pour moi) : quel rapport y a-t-il entre les sociétés qui se proclament supérieures et celle qui se désigne élue ? Autrement dit : qui décide pour l’autre ?
Suite à venir ...

NOTES
1 - Association de la culture socio-ethnique et de la religion.

2 - Exemple futile : quel pourcentage de Français emploient le terme « exsangue » ? Accessoirement, pourquoi s’écrit-il de cette façon ? Remarquez, en Algérie on s’est montré encore plus radical en terme de cloisonnement par le langage ; on a introduit une langue officielle étrangère à la société : l’arabe classique, qui est une belle langue quand elle est parlée par des natifs. Ainsi a-t-on exclu de l’information et d’une compréhension possible des réalités nationales toute la population non arabisée. C’est-à-dire jusqu’à la première promotion d’arabisés après l’indépendance (ne sont pas concernés les Grandes familles cultivées et ceux qui ont vécu dans les pays orientaux). Aujourd’hui encore, les Algériens parlent leurs arabes ou berbères d’origine entre eux, et ceux qui parlent arabes classique dans les médiats ne le parlent pas en privé … Mais la devise est : pour le peuple et par le peuple. Ce que l’on semble redécouvrir avec les manifestations contre le cinquième mandat du président actuel ...

3 - Elia KAZAN, 1947 ; Frank CAPRA, 1937

4 - Partout et depuis … toujours : https://www.herodote.net/610_1492-synthese-24.php ?

5 - https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/02/12/en-france-les-differents-visages-d-une-haine-anti-juive-insidieuse-et-banalisee_5422326_3224.html

6 - En Allemagne durant l'entre deux guerres, « Il n'y avait pas de différence notable (entre le parler des ouvriers, des « brutes de la Gestapo » et chez nous ») dans ce jargon zoologique des Juifs en cage [...], à vrai dire, il n'y en avait aucune. Tous, partisans et adversaires, profiteurs et victimes, étaient incontestablement guidés par les mêmes modèles. » LTI, La langue du IIIe Reich, Victor Klemperer ; traduction Elisabeth Guillot, Etude 2003, page 26

7 - Oui, à cette époque-là, on parlait ainsi. Mais qu’est-ce qui a changé depuis ? Une inversion du sujet grammatical : on ne parle plus des tireurs mais des cibles. On ne parle plus de « nègre » aujourd’hui mais ça ne change pas le matériau avec lequel on fourbit les armes idéologiques …

8 - C’est le Grand Lama lui-même qui l’a désigné à son insu et à distance.

9 - Les réalisateurs du film auraient exempté le christianisme de tout soupçon racialiste si, grâce à son pouvoir, le Lama avait converti le moine tibétain et l’avait désigné son successeur …

10 - Je ne discute pas la foi des personnes, j’exprime ma difficulté à suivre la logique de l’info.

11 - Le vrai étant un peu plus sophistiqué : Thema sur le capitalisme, ARTE, mardi 21 octobre 2014


Vendredi 15 Mars 2019


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