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L'essentialisme du Figaro


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Le Futile
Mardi 7 Novembre 2006


Le Figaro et l’essentialisme

« L'éditorial de Michel Schifres - Publié le 03 novembre 2006 »

Il est une expression chez les jeunes censée exprimer l'écoeurement le plus absolu, l'exaspération totale : «gaver grave». Eh bien, nous sommes «gavés grave» après ce qui s'est passé à Marseille et ce qui se déroule tous les jours dans les transports en commun de plusieurs villes.

C'est par ces mots que commence l'éditorial. Par l'identification au vocabulaire, l'auteur identifie la colère du lecteur à la sienne « nous sommes » et la puissance de cette colère est l'image mentale d'un bus ou d'un immeuble en feu.
Il confirme ensuite cette colère par l'emploi du mot « ultraviolence » qu'il associe aussitôt à la perte du respect humain.

En quelques lignes, l'auteur à fait pénétrer brutalement le lecteur dans son monde de violence et de rancoeur. Cette brutalité tend à empêcher le lecteur de garder son esprit critique et facilitera d'autant plus son adhésion au « idées » à venir.

« Encore faut-il savoir que des responsables censurent leurs constatations. »

Après avoir mis en condition le lecteur, il lui fait une petite « révélation ». « Les choses sont encore pire que ce que l'on vous dit! » essaie-t-il de faire croire au lecteur. C'est peut-être vrai, mais dans cet emploi, cela ne sert que de tremplin pour effrayer le lecteur. S'ensuit des critiques des maires, directeur d'établissements et un élargissement à « une partie du pays » qui pratique toujours « l'omerta ». Un peu de démagogie...

Le décor est bâti. Rien ne va, on nous cache tout! Le lecteur est passé du sentiment de Colère à celui de Peur, puis à l'Oppression voir l'Abandon: Il est perdu.

« Ce n'est pas supportable. »

L'auteur réagi en même temps que le lecteur! Ce dernier adhère maintenant pleinement à ce que dit l'auteur. Il est obliger d'être d'accord avec celui qui comprend si bien ses sentiments. Rappelons nous que le texte nous plonge de façon abrupte dans la violence sans nous laisser le temps de la réflexion.

« Qu'on cesse d'excuser le forfait par la détresse. Qu'on finisse d'absoudre la crapulerie par le malheur. Qu'on arrête de recouvrir le mal du blanc manteau de l'irresponsabilité. A force de «comprendre», l'esprit s'obscurcit et la volonté tremble. Ainsi l'immigration et le chômage sont-ils trop souvent appelés à la rescousse et constituent des alibis pour ne rien faire. Voilà, d'une part, qui a créé dans le public une culpabilisation revenant, de fait, à disculper la violence. Voilà, de l'autre, qui évite d'appeler les choses par leur nom. Marseille est d'abord un crime de droit commun, un point c'est tout. »

Ca y est, après avoir obtenu l'adhésion du lecteur, on le bombarde d'affirmations faisant écho à un ressenti profond éveillé par la première partie de l'article. Tout est enchaîné par des liens logiques, vient rebondir sur les méfaits de la culpabilisation et de la fuite. Dans la dernière phrase, on fait croire qu'il y a plusieurs problèmes avec le terme "d'abord", mais la phrase se termine par "un point c'est tout", coupant court à toute réflexion, chose suggérée dans le même paragraphe.

Comme il ne sert à rien de comprendre, vient l'emploi du « bon sens », forme de manipulation qui permet de passer d'une idée à une autre sans lien logique. Ainsi, les dirigeants socialistes deviennent indirectement la cause du désordre ambiant et des émotions négatives ressenties.

Les socialistes sont ensuite décrits comme des chiens par l'image « A l'affût d'un os à ronger », meute divisée que seule la faim réunie pour lutter contre l'inébranlable Sarkozy qu'aucune insulte ou mauvaise foi ne peut atteindre. L'image est presque mystique: Sarkozy en blanche colombe de la paix. Hollande est attaqué directement: un chien « vif » qui a vu un semblant d'os se jette dessus de façon ignoble en rendant Sarkozy coupable des brûlures de la jeune fille (selon l'auteur).

Rien n'est épargné à la gauche, on ne peut vraiment pas leur faire confiance, ce sont des animaux! Telle est l'idée qui tente d'être imposée. La conclusion du paragraphe revient sur le sérieux de la politique auquel la gauche ne saurait satisfaire, chose dont le peuple est conscient.

Voilà donc une des idées auquel on veut fait adhérer le lecteur. Tous les mauvais sentiments mis en place au début de l'article ont été évacués sur la gauche, le calme va revenir dans l'esprit du lecteur, il va falloir lui apporter sa dose de réponses et de pensées positives.

« Est-ce la répression, la fermeté, l'autorité ? Evidemment oui, et voilà sans doute pourquoi Nicolas Sarkozy bénéficie d'une aussi forte et durable popularité : il apparaît autant comme l'homme de la réforme que comme celui de la résolution. »

Les réponses arrivent vite, très vite! La question contient la réponse, elle est fermée et les mot employés contraignent l'esprit, la libération, la réponse, vient comme une explosion
« Evidemment oui »: Sarkozy. Il a un solide soutien populaire indéniable. Le ton du texte est beaucoup plus calme, positif, posé et réfléchi (tient..réfléchi sensé...?). On comprend la lenteur nécessaire de la prévention, mais personne n'a apporté la preuve qu'elle fonctionne! Le lecteur redescend de sa chaire de haine et de colère, se pose, "comprend " qu'il faut sortir du "cycle infernal", que cela aurait déjà dû être fait, Il n'a plus le choix et se sent obligé d'agir, d'être dans l'action à son tour: vivement que les élections arrivent !

La phrase de fin confirme et impose ce sentiment :

"Il faut en être persuadé. Nous n'avons plus le temps."


Tels sont les textes qui parcourent nos vies.

Ouvrez l'oeil, restez critiques!


Le Futile



Mardi 7 Novembre 2006

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