Conflits et guerres actuelles

L'erreur irakienne quatre ans après


Le 20 mars 2003, une pluie de bombes américaines s'abattait sur Bagdad, annonçant le début de l'Opération Iraqi Freedom où, plus simplement, de la guerre d'Irak


Vladimir Simonov
Mardi 20 Mars 2007

L'erreur irakienne quatre ans après
Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti



Quatre ans après cette intervention les Etats-Unis pourraient la rebaptiser Opération "Chaos irakien". Elle s'est soldée par la mort de 60 à 300.000 Irakiens selon les estimations et a plongé le pays dans la guerre civile certainement la plus terrible que le Proche-Orient ait jamais connue.

Cette erreur historique a déjà coûté à l'Amérique la vie de 3.217 de ses soldats, un bilan auquel il faut ajouter 24.000 blessés graves et 500 milliards de dollars pour financer les opérations militaires. Seulement il semble bien que l'heure du paiement définitif n'est pas pour demain.

Ce week-end le sinistre quatrième anniversaire a été marqué dans le monde par de nombreuses manifestations anti-guerres de New York à San Francisco et de Madrid à Melbourne. Sur les pancartes les plus souvent brandies on pouvait lire "Balançons Bush et non des bombes" (Drop Bush, not bombs) ou encore "Quatre ans c'est trop".

Et la seule personne à pouvoir alors se réjouir, une coupe de champagne à la main, de l'évolution des événements, c'est Oussama Ben Laden, le leader d'Al-Qaïda.

Mieux que les autres il se rend compte que l'opération des Etats-Unis en Irak c'est autant de forces et de moyens détournés de la lutte contre le terrorisme proclamée par George W. Bush. Ces ressources auraient pu être utilisées bien plus efficacement quelque part en Afghanistan ou en Asie du sud-est. Bagdad aujourd'hui ce n'est pas un front de la lutte contre Al-Qaïda. C'est le lieu de rencontre de prédilection des terroristes et le symbole de leur cohésion.

En l'espace de quatre ans l'attitude des milieux politiques américains à l'égard de la force appliquée en Irak a changé du tout au tout.

Si à l'époque l'ONU n'avait pas accordé sa bénédiction à l'invasion, le Congrès des Etats-Unis, souvenons-nous, l'avait fait. La majorité des membres des deux chambres, parmi lesquels des prétendants à la Maison-Blanche comme Hillary Clinton et John Edwards, avaient voté la guerre, croyant qu'elle pouvait épargner à l'Amérique une réitération de la tragédie du 11 septembre. Par ce comportement - louable disons-le - les membres du Congrès avaient traduit l'opinion de leur électorat: au mois de mars 2003 deux Américains sur trois avaient appuyé sans hésiter les actions militaires de la coalition internationale en Irak.

Depuis c'est une Amérique métamorphosée que nous voyons. Un sondage conjoint réalisé par l'agence AP et le centre Ipsos révèle que six Américains sur dix considèrent que la campagne militaire irakienne est une erreur et souhaitent qu'elle se termine le plus vite possible.

Les personnes interrogées sont enclines à penser que si la perception de la guerre par l'opinion américaine a changé, c'est parce que cette guerre s'est avérée différente.

Elle n'a manifestement pas été déclenchée par les motifs invoqués dès le début: Saddam Hussein ne disposait pas d'armes de destruction massive. Qui plus est, cette guerre était menée au moyen de méthodes inconvenables pour les Etats-Unis, une puissance revendiquant le rôle de messie universel de la démocratie. Rappelons-nous les tortures et les humiliations infligées par les geôliers américains aux détenus de la prison d'Abou Ghraib. Ou encore le bain de sang provoqué le 19 novembre 2006 à Hadita, un village situé au nord de Bagdad, quand une patrouille de l'armée américaine avait abattu 24 civils irakiens, dont un vieillard de 74 ans et un enfant de trois ans.

Enfin, la guerre pour la libération de l'Irak s'est transformée en guerre que même le Pentagone qualifie de civile aujourd'hui. Il y a tout lieu de penser que quel que soit le nombre de soldats américains transférés en Irak, ils ne seront pas à même d'y stopper la montée de la violence interconfessionnelle. Et il est peu probable qu'au cours des dix-huit mois qui lui restent avant l'expiration de son mandat l'administration des Etats-Unis réussisse à améliorer tant soit peu la situation en Irak.

Le Capitole, passé sous le contrôle des démocrates justement en raison de cette guerre, s'emploie à refléter cette réalité dans un nouveau projet de loi. Le texte subordonne le financement de l'envoi de troupes supplémentaires en Irak au retrait de la totalité du contingent des Etats-Unis le 1er septembre 2008 au plus tard et même avant si possible. En qualité de motivation du retrait on fait état de l'incapacité des autorités irakiennes à remplir leurs engagements.

Le plus probable, c'est que le document sera bloqué dès le sénat où la majorité démocrate est insignifiante. Même si le projet de loi réussit à passer aux deux chambres du Congrès, George W. Bush lui opposera son veto. Stephen Hadley, le conseiller du président pour la sécurité nationale, cherche à intimider les législateurs: leur initiative pourrait transformer l'Irak en éden pour les terroristes. Comme si ce n'était déjà pas le cas.

L'épopée irakienne a modifié le paysage politique de l'Amérique dans sa totalité excepté une chose. Comme il y a quatre ans, l'administration américaine est toujours persuadée que cette guerre menée au bout du monde peut encore être remportée.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mardi 20 Mars 2007

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