Conflits et guerres actuelles

L’engagement allemand en Afghanistan est politiquement irrationnel


En reprenant la troupe d’intervention rapide au nord du pays, la Bundeswehr se trouve engagée pour la première fois avec une unité de combat en Afghanistan. Alors que ce commando venait de prendre ses quartiers, des soldats allemands furent blessés lors d’une attaque. Depuis un certain temps, ce terrain de guerre est devenu plus dangereux pour les troupes occidentales que l’Irak; mais c’est surtout la population afghane qui en ­souffre – quant aux aides humanitaires étrangères, elles se retirent. Malgré tout, la coalition à Berlin veut prolonger, en automne, le mandat de la Bundeswehr et envoyer 1000 soldats supplémentaires.

par Jürgen Rose*


Mercredi 6 Août 2008

L’engagement allemand en Afghanistan est politiquement irrationnel
«Il est important, à Kunduz, de combattre les Allemands et de les tuer. Car ils sont les plus importants ennemis dans le nord et leur stationnement à Kunduz va bientôt faire de cette ville un nouveau Kandahar du nord.» C’est ce qu’a proclamé le commandant taliban Qari Bashir Haqqani en s’adressant à la Bundeswehr, il y a quelques semaines; cela montre que la situation devient de plus en plus dangereuse pour les troupes alle­mandes de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), alors même qu’on présente toujours cette zone d’occupation nord comme relativement paisible. A partir des régions sud contrôlées par la guérilla afghane, cette dernière s’étend de plus en plus vers les positions tenues par les troupes allemandes. Il est vrai que les unités de la FIAS ont, au cours de combats acharnés, en automne 2007 et au printemps passé, repoussé les forces ennemies, appelées Organized Militant Forces – mais ce n’est que partie remise. En juin, les Talibans ont réussi un coup de maître, en prenant d’assaut de façon spectaculaire la prison Sarpossa de Kandahar. Cela au nez et à la barbe non seulement du gouvernement afghan, mais aussi des troupes internationales d’occupation.
Il n’est donc pas étonnant que le bilan dressé de l’engagement militaire, lors de la conférence sur l’Afghanistan à Paris en juin, est plutôt mitigé. «La situation sécuritaire est devenue nettement plus instable depuis le début de 2006, notamment dans le sud et l’est du pays. Certains districts ne peuvent être atteints par les responsables et le personnel d’entraide afghans. Environ 6% des écoles ont été la proie des flammes, puis fermées; ce qui signifie qu’environ 200 000 enfants ne peuvent bénéficier d’un enseignement. 220 élèves et enseignants ont été victimes des combats», peut-on lire dans le rapport final.
Selon une étude de l’institut hambourgeois Hamburger Institut für Friedensforschung und Sicherheitspolitik, le nombre d’accrochages a passé de 2600 en 2006 à 4000 l’an passé. Ce sont les attentats suicides qui ont le plus augmenté. Alors qu’en 2005 on comptait 17 de ces attaques, elles passèrent à 123 en 2006 et à 131 l’année passée. Les troupes d’occupation ont perdu 99 soldats cette année-ci, le nombre le plus élevé jusqu’ici. L’ONU a dénombré en 2006 environ 220 groupes paramilitaires illégaux, qu’il s’agisse d’islamistes, de Pachtounes nationalistes, de trafiquants de drogues, de milices locales, de terroristes al-Kaïda ou de combattants du djihad venant de l’étranger. On estime à plus de 200 000 le nombre de combattants, dotés de trois millions et demi d’armes légères, qui contrôlent, selon les estimations du groupe d’experts international Senlis Council, 54% du territoire afghan et marquent leur présence dans 38% du territoire.
On peut déduire du nombre imposant d’interventions de l’aviation militaire de l’OTAN l’intensité des combats entre la guérilla afghane et les troupes d’occupation occidentales: entre 2006 et 2007 il y eut 1000 interventions de plus pour en atteindre 2764, soit deux fois plus qu’en Irak en même temps(!).
Face à la situation allant en empirant, les commandants de l’OTAN n’ont rien trouvé de mieux que d’exiger toujours plus de troupes Alors que les effectifs de la FIAS ont été portés à 52 000 hommes, il en manquerait encore 6000 selon le général allemand Egon Ramms. Le Commandant en chef des armées américaines Michael Mullen entonne le même air quand il exige l’apport d’au moins trois brigades de combat, cela alors même qu’en mars 3200 soldats de l’infanterie de marine américaine furent envoyés dans le sud de l’Afghanistan, en tant que renforts. Ils seront toutefois retirés déjà en août.
Pour la Bundeswehr, la «défense de la liberté» dans cette partie éloignée de l’Asie centrale est un travail de Sisyphe. Partant de 1800 soldats, la limite supérieure des effectifs a constamment été élevée pour atteindre actuellement 3500. De plus, la mission de stabilisation de la paix s’est transformée insensiblement en engagements de combat. L’année dernière ce fut au tour d’avions de combat Tornado, depuis quelques mois, c’est une compagnie de parachutistes allemands assurant la sécurité du camp retranché de Kunduz qui avait dû essuyer des tirs quotidiens, au printemps ce furent 60 soldats allemands qui furent envoyés au combat dans «l’opération Karez» et depuis le 1er juillet ce sont près de 250 infanteristes qui se trouvent arme au pied comme «Quick Reaction Force» dans le commandement régional Nord.
Pour répondre aux exigences de ses généraux, le ministre de la Défense Franz Josef Jung a décidé d’envoyer encore 1000 hommes en automne prochain – il semble bien qu’on ne manque pas de chair à canon allemand. Tout ceci alors que la population est loin de s’enthousiasmer pour la guerre. Plus de trois quarts des gens s’opposent à cet engagement et souhaitent vivement un retrait de cette force militaire. Pour éviter un affrontement quant à l’élargissement de l’engagement militaire allemand, du fait de l’approche des élections nationales du Bundestag, les politiciens de la grande coalition ont trouvé un truc: la prolongation du mandat de la FIAS, prévue pour l’automne 2008, doit porter sur 14 mois au lieu de 12, soit jusqu’à fin 2009.
On espère ainsi que le peuple ne remarquera pas la combine antidémocratique – autrement dit une manipulation du pouvoir en lieu et place d’une légitimation parlementaire.
A Vienne, on prend des gants pour expliquer cette politique militaire débordante, comme le prétend le journal Österreichische Militärische Zeitung, de tendance très conservatrice, en affirmant que «la tendance à des engagements toujours plus intenses semble se poursuivre. La valeur de solidarité de l’engagement allemand augmentera certainement ainsi – on peut toutefois douter que cela se passe sans augmentation des risques». Il y a des petits pays qui affichent plus de raison en politique que les grands.    •

*    Jürgen Rose est lieutenant-colonel de la Bundes­wehr. Des raisons de droit disciplinaire le contraignent à préciser que cet article n’exprime que ses opinions personnelles.
(Traduction Horizons et débats)



Mercredi 6 Août 2008


Commentaires

1.Posté par koala le 06/08/2008 13:30 | Alerter
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ces gens sont labas pour la came uniquement, le reste c'est du pur pipo.....

2.Posté par kerozen le 06/08/2008 23:54 | Alerter
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ta oublier le trolpé^^

3.Posté par la roche de roche le 07/08/2008 00:09 | Alerter
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Courage lieutenant ! Merkel posera une croix de fer sur votre cercueil de colonel !

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