Géopolitique et stratégie

L’empire des Etats-Unis: La guerre froide n’a jamais cessé – la guerre chaude non plus


Le rapport du ministère de la Défense concernant la structure des bases militaires (Base Structure Report, année budgé-taire 2006) dénombre 2965 bases dans 60 Etats et 7 territoires de l’Union. De plus, il en compte 766 dans 40 pays étrangers. Il faut y ajouter les effectifs stationnés dans 150 pays étrangers, soit 462 000 personnes. Selon les statistiques que le ministère a publié le 30 juin 2006 à propos du personnel militaire et des commandes passées, les effectifs en Irak et en Afghanistan ne sont pas compris dans ces chiffres. 3000 hommes continuent d’être en stationnement au Japon et à Okinawa, 30 000 en Corée du Sud et environ 100 000 en Europe: stratégiquement, la guerre froide n’a jamais cessé. Pour 2008, le Pentagone envisage de proposer au Congrès un budget s’élevant à USD 622,6 milliards. Ce montant comprend USD 141,7 milliards permettant de continuer à faire la guerre en Irak et en Afghanistan. Le 2 février, un fonctionnaire du Pentagone a confirmé officiellement ces chiffres. Rappelons que le budget de la défense se chiffrait encore à USD 276,2 milliards en 1999.


William Buckler
Vendredi 9 Mars 2007

par William Buckler, Australie



Les deux secteurs économiques complémentaires des Etats-Unis

Le premier de ces domaines est évidemment le secteur géant des services, qui occupe quatre des cinq Américains ne travaillant pas pour le gouvernement. Le second englobe l’économie réelle, qui produit les biens destinés à la vente, mais dont fait partie aussi le complexe militaro-industriel. Celui-ci grève l’économie du pays. Il ne produit que des biens militaires destinés au ministère de la défense et constitue donc une double charge pour le reste de l’économie américaine.

La «croissance» économique à la mode militaire


L’économie militaire s’étend vigoureusement. La planification budgétaire fédérale que le Président vient de présenter au Congrès le démontre clairement. Les dépenses non militaires du pays augmentent de 1%. Le budget militaire s’élève de 11% et le budget global atteint USD 2,9 billions. Au budget pour 2008 figurent des dépenses de guerre s’inscrivant à USD 142 milliards. Acceptées, elles porteraient l’ensemble des dépenses de guerre relatives à l’Irak et à l’Afghanistan à quelque USD 737 milliards.

Où est l’argent?

La rentabilité des entreprises américaines diminue, les salaires étant montés ces six dernières années à un rythme inconnu auparavant. L’expérience nous enseigne que les gains sur actions deviennent plus difficiles dans cette situation. Les marges bénéficiaires ont atteint un niveau record en 2006, après s’être élargies pendant 18 trimestres consécutifs. Or près de la moitié des entreprises dont les actions forment l’indice S&P 5001 et qui viennent de faire rapport à propos de leur bénéfice au quatrième trimestre font maintenant état d’une réduction ou d’une stabilité des marges. Si cette évolution ne s’est pas encore répercutée sur les marchés d’actions des Etats-Unis, cela ne saurait tarder.

Incapable d’épargner, je puis certainement emprunter et dépenser comme en 1932 et 1933

Dans toute l’histoire des Etats-Unis, le taux d’épargne n’a été négatif que quatre fois durant toute une année, à savoir en 2005 et 2006 ainsi qu’en 1932 et 1933. Pendant les 21 derniers mois, il a été constamment négatif. En décembre, les dépenses personnelles ont augmenté au rythme le plus fort des cinq derniers mois. Le 1er février, le ministère du Commerce a déclaré que le taux de progression des achats était passé de 0,5% en novembre à 0,7% en décembre. Economiquement, il en résulte que les marges se sont réduites à néant dans les ménages: en raison du taux d’épargne négatif, seul l’accroissement de l’emprunt des particuliers maintient la consommation des ménages à un niveau élevé. Qui prendrait le risque d’avoir encore des stocks importants quand la plupart des consommateurs peuvent cesser d’acheter à tout moment?

Où sont les entrées de commandes?

Pour la première fois depuis avril 2003, l’indicateur de la marche des affaires aux Etats-Unis que sont les entrées de commandes a surpris par un fléchissement au mois de janvier. L’Association nationale des responsables d’achats dans les entreprises (National Association of Purchasing Management) a communiqué que son baromètre des affaires était descendu de 51,6 en décembre à 48,8 en janvier. Or un chiffre inférieur à 50 marque une récession. Les transporteurs américains, qui assurent 70% du fret intérieur, passent aussi par une mauvaise phase. Durant toute l’année 2006, l’indice du tonnage de l’Association des transporteurs des Etats-Unis (American Trucking Association) est descendu. Au quatrième trimestre de 2006, il était nettement inférieur à l’indice enregistré un an auparavant. De manière générale, les indicateurs économiques des Etats-Unis ont baissé sur toute la ligne.

Augmentation des dépenses de guerre

Le budget des Etats-Unis pour 2008 prévoit des dépenses de guerre d’un montant de USD 141,7 milliards. Ainsi, le gouvernement Bush indique sans ambages qu’il entend maintenir le nombre de ses troupes en Irak à un haut niveau jusqu’à la fin de l’an prochain. En outre, il a prévu USD 93 milliards supplémentaires consacrés au financement des guerres pour l’année budgétaire en cours, qui s’achève au 30 septembre. Dans l’ensemble, les deux suppléments budgétaires portent les dépenses totales se rapportant à l’Irak et à l’Afghanistan à USD 737 milliards. Ils confirment que le président Bush continuera de faire occuper l’Irak pendant les près de deux ans qui lui restent à gouverner et qu’aucun retrait d’Irak n’aura lieu tant qu’il occupera le salon ovale.

La grande question qui se pose au Congrès: faut-il approuver les crédits de guerre?

Le Sénat s’est fourvoyé dans une énorme procédure juridique visant à trancher si une discussion sur l’Irak devrait avoir lieu en séance plénière ou non. En revanche, la Chambre des représentants semble s’acheminer directement vers un tel débat. Comme ces deux débats visent à adopter une résolution sans conséquences exprimant la consternation du Congrès au sujet de la guerre en Irak, la Maison Blanche n’a pas besoin de se faire trop de soucis. Mais elle ne saurait se dispenser d’inciter le Congrès à mettre à la disposition du Président les fonds nécessaires à ses aventures militaires. Si le Congrès contrôlé par les démocrates y consent, aussi bien le Congrès que les démocrates et le Président Bush seront responsables des guerres.

Si tel est le cas – et tout semble l’indiquer –, les élections intermédiaires de novembre 2006 s’avèreront sans effets. Le peuple américain aurait tout aussi bien pu s’abstenir de voter. Si le Congrès contrôlé par les démocrates approuve les crédits demandés, le Président disposera des moyens nécessaires pour payer les troupes américaines en Irak jusqu’à la fin de son mandat.

Source: The Privateer, n° 571, édition de la mi-février Traduction Horizons et débats


Vendredi 9 Mars 2007

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