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L'économie Étasunienne repose en paix


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Paul Craig Roberts
Lundi 10 Septembre 2007

L'économie Étasunienne repose en paix


Par Paul Craig Roberts, le 8 septembre 2007


​​​​L'économie US continue sa mort lente devant nos yeux, mais les économistes, les responsables, et la majeure partie du public sont aveugles à la terre légendaire semblant en passe de s'effondrer à l'occasion.


​​​​En août le nombre de jobs dans l'industries productrice de marchandises a baissé de 64.000. Dans l'ensemble, l'économie US a perdu 4.000 emplois. Le secteur privé n'en a créé que 24.000, pouvant être attribués aux 24.100 nouveaux boulots de serveuses et de barmans, et le secteur gouvernemental a perdu 28.000 postes.


​​​​Au 21ème siècle l'économie US a cessé de créer des emplois dans l'industrie d'exportation et dans les industries concurrençant l'importation. La croissance du travail est confinée aux services domestiques, surtout dans la restauration et les débits de boissons (serveuses et barmans), à l'éducation et aux services de santé (soins de santé mobiles, infirmiers et ambulanciers), et à la construction (qui a maintenant fait le plein). L'absence de croissance d'emploi dans le travail de haute productivité, dans les professions les mieux payées liées aux classes moyennes et supérieures Étasuniennes détruira par la suite le marché de consommation.


​​​​Le taux de chômage est resté stable, mais c'est parce que 340.000 Étasuniens incapables de trouver du travail ont abandonné la population active en août. Les USA mesurent le chômage seulement dans la main-d'œuvre active, qui inclut ceux qui recherchent du travail. Ceux qui sont découragés et ont renoncé ne sont pas comptés comme chômeurs.


​​​​Avec les industries de production de biens en déclin de longue durée, comme la production des entreprises est de plus en plus déplacée à l'étranger, les professions techniques sont en régression. Les postes de direction sont principalement confinés au commerce de détail et aux services financiers.


​​​​Les concessions et les chaînes de magasins ont restreint les opportunités d'entreprises familiales, et la politique gouvernementale d'ouverture des frontières prive de travail non qualifié les membres déchus de la classe moyenne.


​​​​Quand les compagnies US délocalisent à l'étranger la production pour les marchés Étasuniens, les conséquences sont fortement préjudiciables à l'économie US. Une conséquence est que le travail étranger se substitue au travail US, avec pour résultat la réduction des perspectives de carrières et de croissance du revenu US. Une autre est que le Produit Intérieur Brut US est transformé en importations. En transformant les noms des marque US en importations, la délocalisation est une double malédiction pour le déficit commercial. Simultanément, la quantité des importations de la production délocalisée augmentent, et la fourniture de produits manufacturés exportables diminue de la même quantité [1].


​​​​Les USA ont maintenant un déficit commercial avec chaque partie du monde. En 2006 (dernières données annuelles), ils avaient un déficit commercial se montant à 838.271.000.000 de dollars (838 milliards).


​​​​Le déficit commercial US avec l'Europe était de 142.538.000.000 de dollars. Avec le Canada le déficit était de 75.085.000.000 de dollars. Avec l'Amérique Latine il était de 112.579.000.000 de dollars (dont 67.303.000.000 avec le Mexique). Le déficit avec l'Asie et le Pacifique était de 409.765.000.000 de dollars (dont 233.087.000.000 avec la Chine et 90.966.000.000 avec le Japon). Avec le Moyen-Orient le déficit était de 36.112.000.000 de dollars, et avec l'Afrique le déficit commercial était de 62.192.000.000 de dollars.


​​​​Depuis trois décennies, la préoccupation publique sur le déficit pétrolier US a créé la fausse impression chez les Étasuniens que leur autosuffisance est seulement compromise par leur dépendance au pétrole du Moyen-Orient. Le fait est que le déficit total US avec l'OPEP, une organisation comportant autant de pays à l'extérieur qu'à l'intérieur du Moyen-Orient, est de 106.260.000.000 de dollars, soit environ un huitième du déficit commercial annuel.


​​​​De plus, les USA se procurent la majeure partie de leur pétrole à l'extérieur du Moyen-Orient, et leur déficit commercial reflète ce fait. Le déficit avec le Nigeria, le Mexique, et le Venezuela est 3,3 fois plus grand que celui avec le Moyen-Orient malgré le fait que les USA vendent plus au Venezuela et 18 fois plus au Mexique qu'à l'Arabie Saoudite.


​​​​Ce qui frappe au sujet de la dépendance des USA aux importations est qu'ils le sont pratiquement de manière généralisée. Les Étasuniens dépendent des importations étrangères d'aliments, de fourrage, et de boissons pour un montant de 8.975.000.000 de dollars.


​​​​Les Étasuniens dépendent des importations de fournitures industrielles et de matériaux étrangers pour un montant de 326,459,000,000 de dollars -- plus de trois fois leur dépendance à l'OPEP.


​​​​Les Étasuniens ne peuvent plus pourvoir à leur propre moyens de transport. Ils dépendent des importations de véhicules, de pièces, et de moteurs de véhicules à moteur pour un montant de 149.499.000.000 de dollars, 1,5 fois plus grand que leur dépendance à l'OPEP.


​​​​En plus de leur dépendance envers les automobiles, les Étasuniens dépendent 3,4 fois plus des importations de biens de consommation manufacturés durables et non durables que de l'OPEP. Les Étasuniens ne peuvent plus produire leurs propres vêtements, chaussures, ou appareils électroménagers, et ils ont un déficit commercial dans les produits de consommation manufacturés pour un montant de 336.118.000.000 de dollars.


​​​​La « superpuissance » US a même un déficit dans les moyens de production, y compris les mécanismes, les machines de production électrique, les machines-outils, des ordinateurs, et les équipements de télécommunications.


​​​​Que signifie un déficit commercial US de 800 milliards de dollars ?


​​​​Ça signifie que les Étasuniens consomment 800 milliards de dollars de plus qu'ils ne produisent.


​​​​Comment les Étasuniens payent-ils cela ?


​​​​Ils payent cela en abandonnant la propriété d'avoirs existants -- actions, obligations, compagnies, immobilier, marchandises. Les USA étaient une nation créancière. Maintenant les USA sont une nation débitrice. Les étrangers possèdent 2.500 milliards de capitaux Étasuniens de plus que les Étasuniens possèdent de capitaux étrangers. Quand les étrangers achètent des droits de propriété sur des avoirs US, ils héritent aussi de la possession des futurs flux de revenu que ces avoirs produisent. Plus de revenus déménagent loin des Étasuniens.


​​​​Combien de temps les Étasuniens pourront-ils consommer plus qu'ils ne peuvent produire ?


​​​​La surconsommation Étasunienne pourra continuer aussi longtemps que les Étasuniens trouveront des moyens pour s'enfoncer plus profondément dans la dette personnelle afin de financer leur consommation et tant que le dollar pourra rester la devise de réserve mondiale.


​​​​Le 21ème siècle n'a apporté aux Étasuniens (excepté aux directeur généraux, aux gestionnaires de fonds spéculatifs et aux banquiers d'affaires) aucune croissance en revenu réel des ménages moyens. Les Étasuniens ont augmenté leur consommation en laissant tomber leur taux d'épargne au niveau de celui de la dépression de 1933 où il y avait du chômage massif et en dépensant leurs rentes sur hypothèques immobilière et en laissant grossir leur facture de carte de crédit. La capacité d'une population, sévèrement affectée par la fuite des bons emplois à l'étrangers en conséquence de la délocalisation, des H-1B work visas [2] et de l'éclatement de la bulle immobilière, à continuer à accumuler davantage de dette personnelle est pour le moins que l'on puisse dire limitée.


​​​​Les étrangers acceptent les dollars US contre des marchandises et des services réels, parce que le dollar peut servir à régler les comtes internationaux de chaque pays. En gérant un déficit commercial, les USA assurent le financement du déficit budgétaire de leur gouvernement car les dollars en surplus aux mains des étrangers sont investis dans la Trésorerie US et dans d'autres avoirs libellés en dollar.


​​​​La capacité du dollar à maintenir son statut de monnaie de réserve s'érode à cause de l'augmentation continuelle du budget US et des déficits commerciaux. Aujourd'hui le monde est littéralement inondé de dollars. En tentant de réduire leur vitesse d'accumulation des dollars, les gouvernements étrangers et les investisseurs se diversifient dans d'autre devises échangées. En conséquence, les prix en dollars de l'euro, de la livre britannique, du dollar canadien, du baht thaï, et d'autres devises sont devenus plus chers. Au 21ème siècle, le dollar US a diminué d'environ 33 pour cent contre d'autres devises. Le dollar demeure la monnaie de réserve surtout par habitude et par manque d'alternative claire.


​​​​Les données utilisées dans cet article sont librement disponibles. On peut les trouver sur deux sites officiels du gouvernement US : Bureau of Economic Analysis: U.S. International Transactions Accounts Data et Bureau of Labor Statistics. Employees on nonfarm payrolls by industry sector and selected industry detail.


​​​​Les données sur le travail et l'absence de croissance du revenu réel pour la majeure partie de la population sont en contradiction avec les rapports sur le PIB US et la croissance de productivité. Les économistes considèrent comme allant de soi que la main-d'œuvre est payée conformément à sa productivité. L'élévation de productivité se traduit ainsi par l'élévation des revenus réels des employés. Néanmoins, nous avons eu des années rapportée en forte croissance de productivité mais stagnantes ou déclinantes en revenus des ménage. Et pour une raison ou pour une autre, le PIB monte, mais pas les revenus de la main-d'œuvre.


​​​​Il y a quelque chose d'erroné. Soit les données indiquant la productivité et la croissance du PIB sont fausses, soit Karl Marx avait raison [de dire] que le capitalisme travaille à concentrer les revenus dans les mains de quelques capitalistes [traduction en français]. Un argumentaire peut être construit pour les deux explications.


​​​​Récemment une économiste, Susan Houseman, a découvert que la fiabilité de quelques statistiques économiques US ont été compromises par la délocalisation. Houseman a constaté que la réduction des coûts réalisés par les sociétés US déménageant la production à l'étranger sont mal comptés comme la croissance du PIB et que les gains de productivité réalisés par les firmes US quand elles déplacent la conception, la recherche, et le développement à l'étranger ressortent comme une augmentations de productivité aux USA. Manifestement, la production et la productivité à l'étranger ne font pas partie de l'économie intérieure des USA.


​​​​La découverte du Houseman méritait une histoire de couverture de Business Week le 18 juin dernier (Le vrai coût de la délocalisation, par Michael Mandel), mais sa considérable découverte semble avoir déjà sombré dans l'oubli. La profession économiste s'est sur-engagée sur le « bénéficie » de la délocalisation, de la mondialisation, et de l'inexistante « nouvelle économie. » La découverte de Houseman est une grande menace pour le capital humain de l'économiste, le corporatif cherche la reconnaissance, et l'idéologie du marché libre.


​​​​Les médias ont de même laissé aller l'affaire, parce que dans les années 90 l'administration Clinton et le Congrès renversaient la politique US en faveur de divers médias indépendants et permettaient à quelques méga-entreprises de concentrer entre leurs mains la propriété des médias US, ce qui est conforme aux intérêts des entreprises et du gouvernement.


​​​​L'argumentaire de Marx est que la délocalisation a augmenté les revenus des entreprises en abaissant les coûts de main-d'œuvre, concentrant de cette façon la croissance du revenu entre les mains des propriétaires et des patrons du capital.


​​​​Selon Forbes Magazine, les 20 plus hauts salariés chez les actionnaires privés et les gestionnaires de fonds spéculatifs (hedge fund) gagnent en moyenne 657.500.000 de dollars d'indemnisation par an, avec quatre gagnant réellement plus de 1 milliards de dollars par an. La moyenne autrement excessive de 36.400.000 de dollars de paye annuelle des 20 plus hauts salariés chez les directeurs généraux des compagnies détenues par l'État semble pauvre en comparaison.


​​​​Les carrières et les perspectives financières de nombreux Étasuniens ont été détruites pour arriver à ces hauts revenus pour un petit nombre.


​​​​L'orgueil démesuré empêche de réaliser que les Étasuniens perdent leur avenir économique avec leurs libertés civiques et sont au bord d'être transformés en serfs.



Original : http://www.vdare.com/roberts/070909_rip.htm
Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info



Notes du traducteur


​​​​1- La fabrication de biens à l'intérieur d'un pays alimente sa consommation intérieure et permet de proposer des objets manufacturés à l'exportation (et, détail insignifiant, fournit du travail dans le pays). Quand la fabrication est délocalisée à l'étranger, les biens de consommation internes doivent être importés et il n'y a pas de biens manufacturés à exporter (ni de travail dans cette branche d'activité et donc davantage de chômeurs).


​​​​2- Le H-1B work visa est une catégorie controversée de visa, non pas pour l'immigration mais pour permettre aux compagnies d'employer temporairement des ouvriers qualifiés étrangers qui ont l'équivalent d'une licence US. Voir l'explication en anglais ici :
http://encyclopedia.thefreedictionary.com/H-1b




Mardi 11 Septembre 2007


Commentaires

1.Posté par roland le 10/09/2007 22:24 | Alerter
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Une des phrases que je remarque: "Les concessions et les chaînes de magasins ont restreint les possibilittés ("opportunity" est un mot ANGLAIS, qui veut dire OCCASION, en français, le mot français "opportunité" n'a pas le même sens, c'est le caractère de ce qui est opportun de faire) d'entreprises familiales"
eh oui! parmi les fauteurs de chomages et les en fait ennemis de la libre entreprise (et toc!) il y a, peut-être même en tête, les grandes surfaces, ces empires féodaux, qui foutent en l'air les villes, les paysages, la vie quotidienne des gens, les droits de l'homme, l'emploi, l'agriculture, etc, etc. J'en conclu une conséquence: boycotter les supermarchés:
http://miiraslimake.over-blog.com/article-658066.html://
Boycott des Grandes Surfaces - la &#349;nuron de l&#146;vivreto

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