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L’éclatante victoire du Président Chávez


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Le 3 décembre 2006, Hugo Chávez a de nouveau été réélu par les citoyens vénézueliens, remportant ainsi une éclatante victoire face à son rival, soutenu par l’opposition et les Etats-Unis, Manuel Rosales. Si sa réélection était prévisible et attendue, Chávez a fait l’objet d’un véritable plébiscite. En effet, le président est arrivé en tête dans les 24 Etats du pays, y compris dans les Etats de Zulia (50,57%) et Nueva Esparta (58,49%), les seuls encore gouvernés par des représentants de l’oligarchie1.


Salim Lamrani




Salim Lamrani
Mardi 26 Décembre 2006

L’éclatante victoire du Président Chávez
La participation populaire, qui a dépassé les 75%, n’a eu qu’un précédent dans l’histoire électorale de la nation, celui de 1988 (81,2%). Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral (CNE) a salué « le peuple vénézuelien qui est sorti massivement pour participer à la fête de la démocratie ». Au total, Chávez a obtenu 63% des voix (7 millions) contre 37% (4 millions) pour Rosales, alors que ce dernier avait l’appui de plusieurs dizaines de groupes d’opposition et de 90% des médias du pays. Dans certains Etats, les élections ont été à sens unique. En effet, Chávez a remporté plus de 70% des suffrages à Monagas, Portuguesa, Delta Amacuro, Amazonas, Sucre, Cojedes, Aragua et Guárico2.


Manuel Rosales a remporté une seule victoire très symbolique à … Miami, en Floride, bastion de l’opposition, où l’adversaire du président a été choisi par près de 95% des 15 000 ressortissants vénézueliens. Lors du référendum révocatoire de 2004, les Vénézueliens de Miami avaient déjà voté à 96% contre le leader bolivarien. Depuis l’arrivée de Chávez au pouvoir en 1998, certains secteurs de la très haute bourgeoisie ont choisi d’émigrer vers les Etats-Unis et de s’y installer une partie de l’année. Considéré comme le candidat des élites par les électeurs vénézueliens, complice du coup d’Etat avorté du 11 avril 2002, soutenu par Washington, Rosales n’avait guère de chances face au président sortant dont la politique sociale a surtout bénéficié aux couches populaires qui représentent près de 80% de la population du pays3.


Chávez a été élu pour la première fois en 1998 avec 56,2% des voix. Par la suite, avec l’approbation de la Constitution bolivarienne le 30 juillet 2000, il avait obtenu 60% des suffrages. En 2004, le président remportait le référendum révocatoire avec 59,1%. En 2006, Chávez, désigné une nouvelle fois par l’immense majorité des 16 millions d’électeurs pour six années supplémentaires, avec un score jamais atteint précédemment, restera donc au pouvoir au moins jusqu’en 2012. C’est ainsi la quatrième victoire présidentielle consécutive qu’il remporte face à l’opposition de droite4.


Le président Chávez n’a pu contenir son émotion lors de son discours au peuple depuis le balcon du Palais de Miraflores, rebaptisé pour l’occasion Balcon de la Victoire populaire. « C’est la victoire de l’amour, de la paix, de l’espérance et du Venezuela tout entier », a-t-il déclaré à la foule venue l’acclamer. « La victoire que nous avons obtenue n’a pas de comparaison dans notre histoire », a-t-il souligné5. Chávez a annoncé également le début d’une nouvelle étape qui aura « comme ligne stratégique fondamentale l’approfondissement, l’ampliation et l’expansion de la révolution bolivarienne, de la démocratie révolutionnaire, dans la voie vénézuelienne vers le socialisme6 ».


L’opposition a, pour la première fois depuis 1998, reconnu sa défaite par la voix de Manuel Rosales. « Nous reconnaissons qu’ils nous ont battus », a-t-il affirmé, adoptant ainsi une position raisonnable et constructive, malgré les pressions provenant des secteurs radicaux et des médias. Certains groupes tels que Súmate, dont la présidente María Corina Machado  s’était personnellement réuni avec le président George W. Bush à Washington, ont essayé de crier à la fraude, mais n’ont pas été suivis par le reste de l’opposition7. Quant au candidat Manuel Rosales, défait dans son propre fief de Zulia, il risque même désormais de faire face à un référendum révocatoire et perdre son poste de gouverneur. Morel Rodríguez, gouverneur de l’Etat Nueva Esparta se trouve confronté au même dilemme8.


Les observateurs internationaux ont exprimé leur satisfaction quant au bon déroulement des élections présidentielles et ont avalisé les résultats finaux. L’audit réalisé par le CNE a révélé que les résultats étaient fiables à 99,81%. L’Union européenne ainsi que le Centre Carter ont confirmé la validité du scrutin9.


La mission d’observation électorale de l’Organisation des Etats américains (OEA) a, pour sa part, considéré que le scrutin du 3 décembre 2006 a renforcé la démocratie au Venezuela. « Ce processus […] a été reconnu par la grande majorité des acteurs politiques » et s’est déroulé « dans un cadre de normalité », a admis la délégation de 80 membres de l’OEA. Le chef de la délégation, Juan Enrique Fisher, a souligné la transparence du scrutin ainsi que la participation massive «  dans un pays où le vote n’est pas obligatoire10 ».


La défaite de l’opposition est également une déroute substantielle pour l’administration Bush qui avait placé tous ses espoirs en Rosales. « L’élite étasunienne devra reconnaître la force de la révolution bolivarienne, le leadership du président Chávez et la nouvelle situation des nouveaux leaderships d’Amérique latine et des Caraïbes », a annoncé Nicolás Maduro, ministre des Affaires étrangères, en référence aux dernières élections au Nicaragua, avec l’arrivée de Daniel Ortega au pouvoir et en Equateur avec la prise de pouvoir de Rafael Correa11.


Face au comportement sensé de l’opposition, Hugo Chávez a réitéré sa proposition de dialogue. « Je serai toujours ouvert au dialogue mais sans conditions, sans chantage et surtout je ne m’écarterai jamais de mes principes », a-t-il averti12.


De nombreux présidents latino-américains ont félicité Chávez pour sa nouvelle victoire. Fidel Castro de Cuba, Lula da Silva du Brésil, Evo Morales de Bolivie, Néstor Kichner d’Argentine, Daniel Ortega du Nicaragua, Rafael Correa d’Equateur ont salué le triomphe du leader vénézuelien. La Colombie, le Costa Rica, le Pérou ainsi que d’autres pays ont également transmis leurs compliments au chef d’Etat vénézuelien13.


Pour sa part, Thomas Shannon, le sous-secrétaire d’Etat pour l’hémisphère occidental des Etats-Unis a déclaré que la réélection de Chávez « est une expression démocratique du peuple vénézuelien ». « Il semble que Chávez a gagné de manière impressionnante », a-t-il acquiésé14. Le président vénézuelien a apprécié les déclarations de Shannon : « Enfin un représentant des Etats-Unis a au moins reconnu que le Venezuela est une démocratie et que les institutions démocratiques fonctionnent ici. Je crois que ce sont de bons signaux15 ».


Pour la première fois, les Etats-Unis ont exprimé, par le biais de Sean McCormack, porte-parole du département d’Etat, leur souhait d’avoir une relation « positive » et « constructive » avec le gouvernement bolivarien. « Nous félicitions le peuple vénézuelien pour sa conduite durant cette élection », a-t-il déclaré tout en exprimant son souhait de « travailler avec le gouvernement du président Chávez ». Le changement semble radical car il n’y pas si longtemps, Washington qualifiait Chávez de « force déstabilisatrice pour la région16 ».


Hugo Chávez a accepté la main tendue par l’administration Bush et a réitéré son souhait de discuter de leurs différents à condition que cela se fasse à partir d’une base d’égalité, de réciprocité et de respect mutuel. « S’ils veulent converser d’égal à égal, nous acceptons », a-t-il déclaré. Mais il a exigé auparavant la fin de toute tentative d’ingérence dans les affaires internes de son pays. « Comment pouvons nous avoir de bonnes relations avec un gouvernement qui a financé ici des activités conspiratrices ? », a-il questionné en référence au coup d’Etat de 2002, au sabotage pétrolier de 2003 et au financement des groupes d’opposition17. « Nous sommes disposés au dialogue […] mais je doute que ce gouvernement […] soit sincère », a-t-il noté avec scepticisme18.


L’inflexion de la position étasunienne est due au changement radical des rapports de forces en Amérique latine. L’émergence de nouveaux leaders progressistes opposés à la politique ultralibérale dévastatrice promue par Washington a amené l’administration Bush à édulcorer son discours. Mais l’état de grâce n’a pas duré très longtemps. En effet, les Etats-Unis, qui ont réussi à obtenir l’appui docile du Canada en cette occasion, se sont immédiatement opposés au texte de résolution adopté par l’OEA et exprimant « sa félicitation au président Hugo Chávez pour sa réélection ». Mis en minorité par tous les autres pays membres de l’Organisation, les deux nations ont finalement fait profil bas et se sont ravisées. La méfiance d’Hugo Chávez était fondée19.


 


Notes


 


1 Agencia Bolivariana de Noticias, « Hugo Chávez Frías ganó en todos los estados del país », 4 décembre 2006.


 


2 Agencia Bolivariana de Noticias, « Chávez también ganó en Zulia y en Nueva Esparta », 4 décembre 2006 ; Casto Ocando, « Chávez reelecto », El Nuevo Herald, 4 décembre 2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Proclamado Chávez presidente reelecto para período 2007-2013 », 5 décembre 2006.


 


3 Helena Poleo, « Rosales victorioso en urnas de Miami », El Nuevo Herald, 4 décembre 2006.


 


4 Agencia Bolivariana de Noticias, « Victoria Roja, Rojita », 3 décembre 2006.


 


5 Agencia Bolivariana de Noticias, « Ésta es la victoria del amor, la paz y la esperanza », 3 décembre 2006.


 


6 Casto Ocando, op.cit..


 


7 Ibid.


 


8 Fabiola Sanchez, « Oposición venezolana apuesta a unidad para superar derrota », El Nuevo Herald, 4 décembre 2006.


 


9 Agencia Bolivariana de Noticias, « Última auditoría del CNE arrojó 99,81% de confiabilidad », 11 décembre 2006.


 


10 Agencia Bolivariana de Noticias, « OEA : 3D fortaleció el proceso democrático de Venezuela », 4 décembre 2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « OEA destaca transparencia y masiva participación en elecciones de Venezuela », 13 décembre 2006.


 


11 Associated Press, « Chávez promete ‘profundizar su revolución », 5 décembre 2006.


 


12 Associated Press, « Gobierno y oposición proclives a dialogar en Venezuela », 6 décembre 2006.


 


13 Agencia Bolivariana de Noticias, « Personalidades latinoamericanas destacan victoria de Hugo Chávez Frías », 4 décembre 2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Gobiernos latinoamericanos felicitan a Hugo Chávez por su reelección », 4 décembre 2006.


 


14 Agencia Bolivariana de Noticias, « Shannon: Reelección de Chávez es expresión democrática del pueblo venezolano », 4 décembre 2006.


 


15 Associated Press, « Venezuela: Chávez elogia declaración de Shannon », 3 décembre 2006.


 


16 Agencia Bolivariana de Noticias, « EEUU elogió democracia y aseguró que desea ‘relación positiva’ con Chávez », 4 décembre 2006.


 


17 Agencia Bolivariana de Noticias, « Chávez acepta diálogo con EEUU sólo en igualdad de condiciones », 5 décembre 2006.


 


18 Vivian Sequera, « Chávez abre la puerta a un diálogo con EEUU », Associated Press, 5 décembre 2006.


 


19 Nestor Ikeda, « OEA, tras superar dificultades, felicita a Chávez », 13 décembre 2006.





Salim Lamrani est chercheur français à l'Université Denis Diderot (Paris VII), spécialiste des relations entre Cuba et les USA. Auteur de Cuba face à l'empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d'état, Éditions Timéli, 2006, et de Washington contre Cuba, Éditions Le Temps des Cerises, 2005.

Illustration de titre : La gloire de Simón Bolívar, technique mixte sur bois, 82 X 100 cm, 2004 par Emilita Rondón, Mampote, État de Miranda. Source : http://encontrarte.aporrea.org/galeria/
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1795&lg=fr



Mardi 26 Décembre 2006

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