Politique Nationale/Internationale

L'axe Caracas-Moscou-Minsk-Téhéran: Le pragmatisme de Chávez inquiète Washington


Durant la visite du Président vénézuélien Chávez à Moscou, Minsk et Téhéran, les USA ont durci leur position à l’égard de Caracas.

AUTEUR: Harald NEUBER

Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice


Harald NEUBER
Lundi 23 Juillet 2007

L'axe Caracas-Moscou-Minsk-Téhéran: Le pragmatisme de Chávez inquiète Washington
Au Venezuela l’idéalisme est très coté. Pratiquement aucun discours du Président Hugo Chávez qui n’invoque les idéaux de Simon Bolivar, l’icône anticolonialiste. Ernesto « Che » Guevara est lui aussi l’une des références du « socialisme du XXIe  siècle. » Parallèlement des spots télévisés invitent les enfants à lire la Bible : « Ces idées te rendront fort » promettent  des dessins animés. Mais, bien éloignée de ces discours idéalistes, la politique vénézuélienne joue le pragmatisme. C’est ce que montre le tout récent voyage du Sud-Américain en Russie, Biélorussie et Iran. Au plan politique le Venezuela bolivarien a bien peu de points communs avec ces régimes. Mais il noue des alliances tactiques avec les régimes critiques envers les USA (v. mon article Pakt der Parias). Et c’est bien cela qui rend la politique étrangère du Venezuela aussi dangereuse pour les USA.

Moscou, Minsk et Téhéran : le voyage du chef d’État vénézuélien suivait en grande partie ce que Washington nomme l’« Axe du Mal ». La Russie -  aux yeux de l’Occident un pays émergent sur le plan politique - contribue par ses contacts ouvertement affichés avec Caracas à briser la politique d‘isolement pratiquée par les USA. Moscou n’entend pas reconnaître ainsi une quelconque proximité politique, mais poursuivre une politique d’alliances pratiques, c’est ce qui ressort clairement de la quatrième visite de Chávez à Moscou. La visite de ce dernier provoqua des divergences à l’intérieur du clan Poutine : l’hôte devait-il ou non faire un discours à la Douma ? En définitive Chávez n’a pas pris la parole, se contentant de rencontrer quelques députés qui lui voulaient du bien. Ce qui sembla le satisfaire. Selon lui, les entretiens menés  dans la capitale russe ont permis « de faire beaucoup progresser» la coopération bilatérale.

Contre le « blocus US »

Cháavez et Poutine, 28 juin 2007En Russie et en Bélorussie, seconde étape du voyage, il s’agissait au premier chef de commerce d’armes. Par le passé Chávez et son homologue russe Vladimir Poutine avaient déjà conclu des accords de vente de ce type pour un montant de 3,5 milliards de dollars US. Le Venezuela avait acquis deux douzaines d’avions de combat Sokol 30 ainsi que 53 hélicoptères militaires. Mais l’essentiel de la vente était constitué par 100 000 fusils Kalachnikov destinés à moderniser le stock d’armes vieilli de l’armée vénézuélienne.Lors de sa dernière visite Chávez a de nouveau visité  une usine d’armement, située  à 1200 km au Sud de Moscou, où il a envisagé l’achat d’hélicoptères de combat et de transport de troupes de type MI-35M et MI 26 T. Selon les sources russes la Russie  doit aussi livrer à Caracas 5 sous-marins  non atomiques.

Ces affaires ont été accompagnées, principalement de la part du Venezuela, de la rhétorique politique accoutumée.Au cours de sa visite dans l’usine d’hélicoptères, Chávez a déclaré que la Russie et le Venezuela partageaient en frères un même but, celui d’établir un monde multipolaire « libéré des hégémonies et de l’impérialisme. » Mais ce dessein - et Chávez a  alors désigné les hélicoptères de combat derrière lui - n’allait pas sans un armement approprié.

Il semble que l’administration US ait au moins cette analyse en commun avec le chef de la « révolution bolivarienne. »Washington avait empêché il y a deux ans l’achat en Espagne et au Brésil d’armement lourd parce que les biens en question, avions et navires de guerre, comportaient des pièces fabriquées aux USA. Pour la Russie, le gouvernement de Washington en resta aux protestations verbales, sans grand succès toutefois. À Moscou Chávez avait félicité son homologue pour sa « politique d’indépendance. » La Russie, selon lui, contribuait ainsi à « rompre le blocus imposé par les USA à l’encontre du Venezuela. »

Le duo Chavez- Ahmadinedjad

Ce qui vaut pour Moscou est plus que sûr pour la Biélorussie et Téhéran. À Minsk Chávez a conclu l’achat d’un vaste système de protection. Cet équipement doit contribuer à la surveillance  de l’espace maritime et aérien dans un rayon de 300 km. Avant son départ le chef d’État avait clairement fait allusion aux évènements qui ont accompagné la tentative de putsch contre son gouvernement en avril 2002. Des navires et avions de guerre usaméricains avaient alors violé l’espace territorial vénézuélien. « Avec ce nouvel outil, on verra bien s’ils s’y risqueront encore », a déclaré Chávez.

Chávez et Ahmadinejad, août 2006Pour finir, ce n’est pas uniquement chez ses ennemis politiques que les liens de Chávez avec le chef d’État iranien Mahmoud Ahmadinedjad font problème. Alors que les adversaires de Chávez insistent sur les projets supposés du gouvernement de Téhéran d’acquérir l’arme atomique (et  ont prêté à Chávez les mêmes intentions lorsqu’il a annoncé son  voyage à Téhéran), ses partisans avancent les divergences idéologiques avec un régime islamiste qui aujourd’hui encore se livre à des persécutions brutales contre les militants de gauche.  Les promesses faites par Ahmadinedjad d’en revenir aux valeurs laïques et progressistes de la révolution de 1979  n’ont jusqu’ici guère été suivies d’effet. Chávez s’en soucie peu. Négligeant les critiques - même issues de son propre camp - il a présenté son  duo avec Ahmadinedjad comme un accord anti-usaméricain. Et son hôte iranien a fait de même

À Téhéran, les deux chefs d’État se sont montrés convaincus que l’intensification de leur coopération économique « ébranlait les piliers de l’impérialisme » et « contribuait à la libération des peuples. » Mais pour l’instant on en est à des choses plus terre-à-terre. Outre les 164 traités économiques  conclus entre le Venezuela et l’Iran les deux hommes politiques ont posé la première pierre d’une usine de méthanol  en bordure du Golfe Persique, qui devrait produire par an  1,65 millions de tonnes de carburant. Une autre installation de même capacité issue de la coopération entre les deux pays est prévue au Venezuela. Le coût de chaque construction est évalué à 650-700 millions de dollars US.

Cette joint-venture (entreprise conjointe)  s’inscrit dans une coopération économique qui a déjà permis la construction d’une usine de tracteurs au Venezuela en 2005. Un an plus tard une entreprise mixte a été fondée avec 51% de participation pour le Venezuela et 49% pour l’Iran.  Elle doit produire 8000 voitures d’ici à la fin de l’année. D’autres accords ont été conclus dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, du commerce, de l’éducation, de la science, des mines, de la coopération technique et de l’industrie.

Contre-offensive de Washington

De toute évidence le gouvernement des USA considère avec une inquiétude croissante les relations que le Venezuela établit avec des États situés hors de sa zone d’influence immédiate. En témoigne le durcissement de la politique à l’égard de Caracas. Fin juin la Chambre des représentants a donné suite à la demande d’un député républicain  d’intensifier les émissions radio à caractère politique à destination du Venezuela.  Ce dernier, Connie Mack, connu pour ses positions critiques à l’égard du Venezuela, avait réclamé  « tous les moyens nécessaires » permettant à l’instance compétente, le Broadcasting Board of Governors     d’atteindre ce but. Ce qui augmentera la part consacrée au Venezuela dans l’enveloppe budgétaire annuelle de 612,6 millions de dollars US consentie au BBG. C’est aussi à la demande de Mack que l’émetteur destiné à l’étranger  Voice of America avait élargi dès l’an dernier son programme vénézuélien.

Le BBG est le responsable historique  pour les émissions politiques à l’étranger. Aux dernières nouvelles il retransmet des programmes en 57 langues. La « Voix de l’Amérique » est partie intégrante de ce projet, tout comme le légendaire émetteur de la guerre froide, Radio Free Europe. C’est non seulement l’histoire qui témoigne de la proximité du programme politique de l’émetteur BBG avec  la propagande politique, mais les propos du commanditaire lui-même :

Dans cette Chambre les  débats sont libres et le peuple états-unien peut les entendre grâce à une presse libre. Mais dans le Venezuela d’Hugo Chávez, le peuple ne peut entendre que ce qu’Hugo Chávez souhaite qu’il entende.
Connie Mack devant la Chambre des Représentants

Le journaliste uruguayen Aram Aharonian, membre de l’équipe rédactionnelle de l ‘émetteur latino-américain Telesur lui répliqua du tac au tac :

Peut-être Mack confond-il le Venezuela avec la base américaine de Guantanamo.

Il est intéressant de noter que la ligne dure de Mack,    l’adversaire bien connu de Chávez, est également appuyée par l’autre grand parti usaméricain, les Démocrates. Nita M. Lowey, chargée de la répartition du budget pour les Initiatives internationales a expressément soutenu la charge de Mack. Les émissions radio à l’étranger sont incontestablement « un élément essentiel de la politique étrangère de notre nation », dit la représentante démocrate new-yorkaise. Les propos de Mack selon lesquels les émissions en direction du Venezuela étaient « partie intégrante de notre guerre contre le terrorisme dans notre propre pré carré» ont eux aussi rencontré un écho favorable.

Journalistes payés en ligne de mire

Cette guerre bat son plein, ainsi que l’avait révélé quelques jours auparavant à Caracas la juriste vénézuélo-US Eva Golinger.  Des documents gouvernementaux auxquels elle avait eu accès en vertu de la loi US sur la liberté de l’information attestent l’existence de projets du Département d’État visant à corrompre des journalistes et des médias pour influencer le contenu politique de leurs livraisons. Ces projets, selon Madame Golinger, étaient du ressort d’un « département pour l’éducation et les affaires culturelles » ; elle a pu prouver ce type d’activités « avant et après la tentative de putsch de 2002. »

Six journalistes vénézuéliens ont reçu par le passé des fonds US. L’un d’entre eux est le cyberjournaliste Roger Santadomingo. Indépendamment des révélations d’Eva Golinger il avait fait l’objet d’une enquête diligentée par le Parquet vénézuélien. Alors que les investigations menées par ce dernier sont en cours, la voiture personnelle de Santadomingo a été mercredi dernier la cible d’un attentat à Caracas. La voiture a entièrement brûlé, il n’y a pas eu de dommages humains. Tandis que la PJ enquêtait, « Reporters sans Frontières » s’est le jour même hâté de dénoncer les « méthodes détestables » visant à intimider les journalistes.

Le Parquet  s’était intéressé à Santadomingo après la publication par ses soins d’un sondage suspect d’être truqué.

Ce sondage prétendait que 30 pour cent de la population vénézuélienne estimait que la seule « solution » était d’assassiner Chávez.


Source : http://www.heise.de/tp/r4/artikel/25/25655/1.html

Article original publié le 6 juillet 2007

Sur l’auteur

Michèle Mialane et Fausto Giudice membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=3356&lg=fr



Lundi 23 Juillet 2007

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