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L’aide au secteur automobile américain et l’alternative socialiste à la dégradation des conditions négociées par les syndicats


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Il est clair à présent que la question centrale des débats sur l’extension de l’aide à l’industrie automobile américaine est la destruction des conditions de travail des travailleurs de l’automobile. Que ce soit sous forme d’un prêt gouvernemental ou de dépôt de bilan de l’un ou de plusieurs des « Big Three » [« les trois grands », Ford, Chrysler et General Motors (GM)] de Detroit, l’objectif est de créer les conditions qui anéantiront les conventions collectives et ramèneront les travailleurs aux conditions de pauvreté et d’exploitation impitoyable qui ont prévalu avant les luttes sociales et qui ont résulté, dans les années 1930, à la construction du syndicat United Auto Workers Union (UAW).


Samedi 22 Novembre 2008

L’aide au secteur automobile américain et l’alternative socialiste à la dégradation des conditions négociées par les syndicats
Par Jerry White

Au moment où cette semaine le Congrès poursuit les discussions au sujet d’un éventuel plan de sauvetage de 25 milliards de dollars, des divisions ont émergé sur la meilleure manière de faire payer la crise aux salariés. Les républicains du Congrès ont dénoncé le plan de sauvetage à l’automobile comme étant une ingérence inadmissible dans le libre marché. Ils affirment que les sociétés automobiles devraient plutôt déposer le bilan, même aux dépens de millions d’emplois et recourir aux tribunaux pour faire des coupes dans les coûts de main-d’œuvre en appliquant une restructuration sur des bases bien plus profitables.

Pendant ce temps, les dirigeants démocrates du Congrès ont mis en avant l’argument que le plan de sauvetage est nécessaire pour aider les constructeurs automobiles à poursuivre le processus de restructuration qui depuis 2006 a déjà entraîné la suppression de 100 000 emplois. S’exprimant dimanche dans l’émission « Meet the Press », de la chaîne de télévision américaine NBC, le sénateur démocrate influent du Michigan, Carl Levin, s’est félicité de ce que les constructeurs automobiles s’étaient déjà débarrassé de la moitié de leurs travailleurs payés à l’heure et du tiers de leur effectif salarié. « Les choses ont changé, si seulement les gens voulaient reconnaître ce que les « Big Three » et le syndicat UAW ont négocié en terme de concessions, en terme de réduction de salaire, en terme de réduction de bénéfice. »

Les analystes économiques disent que même avec une aide les entreprises automobiles mettront fermeront provisoirement au moins dix autres usines d’assemblage, en éliminant de ce fait 30.000 emplois et en licenciant en plus des milliers d’ingénieurs et de personnel salarié. La plupart de l’aide servira à indemniser les travailleurs plus âgés ou mieux payés et en remplacer une partie avec des travailleurs nouvellement recrutés et payés la moitié des anciens salaires.

Les médias ont universellement soutenu ces mesures qui détruiront les acquis des travailleurs de l’automobile issus de décennies de luttes. Dans un commentaire particulièrement brutal et cynique paru vendredi dans le Washington Post et intitulé « l’ineptie du sauvetage », Charles Krauthammer a déclaré que la faillite signifierait, « une délivrance d’accords salariaux ruineux ainsi que de leurs prestations sociales astronomiques… d’engagements en matière de retraite et de consignes de travail impraticables tels les « job banks » [agence pour l’emploi], un euphémisme pour payer un grand nombre d’employés à ne rien faire. »

Quant aux libéraux, tel Robert Reich, un conseiller du président élu Barack Obama, ils insistent pour dire que toute aide doit être liée à davantage de sacrifices de la part des travailleurs de l’automobile. « En échange de l’aide gouvernementale, les créanciers des « Big Three », les actionnaires et les directeurs d’entreprise devraient être obligés d’accepter des pertes aussi grandes que celles qu’ils avaient endurées sous le chapitre 11 [de la loi sur les faillites qui procure des droits et des privilèges aux entreprises américaines]. Et l’UAW devrait accepter des réductions de salaire et des prestations sociales pour toutes les catégories. »

Le Washington Post a également écrit vendredi dans son éditorial que si l’UAW n’acceptait pas des « conventions collectives reformulées qui prévoient une plus grande flexibilité sur le lieu du travail et des coûts de main d’œuvre plus faibles, » alors « le Congrès devrait faire savoir clairement que l’alternative est le dépôt de bilan qui décrétera certainement la même restructuration radicale. »

Les questions de classe ne pourraient se présenter plus clairement. Ceux qui exigent que les travailleurs paient pour la crise sont ceux-là mêmes qui soutiennent le plan de sauvetage de plusieurs billions de dollars de Wall Street. Personne n’exige que les directeurs de banques fassent des sacrifices. En fait, on leur remet l’argent sans condition aucune ou sans exigence de la part du gouvernement.

Le fait que l’Etat ait été obligé d’intervenir dans l’économie est une reconnaissance implicite de l’échec du système capitaliste. Les plans de sauvetage organisés par les deux grands partis pro-patronaux n’ont cependant absolument rien à voir avec la protection des intérêts de la population laborieuse. Bien au contraire, c’est du vol à grande échelle de l’argent des contribuables pour garantir les intérêts et le patrimoine privé de la classe capitaliste qui est responsable du désastre économique.

La crise nécessite une nouvelle stratégie. La classe ouvrière doit intervenir pour défendre la société de la ruine financière. Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste, Etats-Unis) appelle à la nationalisation de l’industrie automobile sous contrôle démocratique de la population laborieuse. Toutes les décisions concernant la production, la répartition des ressources financières, les salaires, les conditions de travail, aussi bien que le choix du personnel d’encadrement, doivent être prises par des comités d’usine et d’entreprise, élus par les travailleurs eux-mêmes.

Une fois que l’industrie automobile est devenue propriété publique, la question de la compensation des anciens propriétaires et des actionnaires peut être négociée. Ceci devra se faire en rapport avec la nationalisation des banques placées sous contrôle public pour la réorganisation de l’ensemble de l’économie selon le principe de production, afin de satisfaire les besoins de la population et non l’enrichissement personnel.

Un plan économique mondial doit être élaboré démocratiquement afin d’en finir avec la concurrence nationale destructrice qui, dans tous les pays, résulte dans des pertes d’emplois tout en montant les travailleurs les uns contre les autres, pour trouver ceux qui sont prêts à travailler pour les salaires les plus bas et dans les pires des conditions. Au lieu de cela, les ressources humaines et technologiques de l’industrie automobile mondiale doivent servir à procurer à tous des moyens de transport sûrs, abordables et non polluants.

Une telle politique est inconcevable pour le gouvernement à venir d’Obama qui, tout comme le président républicain, agit dans l’intérêt de l’aristocratie financière. Pour accomplir un tel changement fondamental la classe ouvrière doit construire un parti de masse, indépendant des deux partis pro-patronaux, afin de lutter pour un gouvernement ouvrier et un contrôle démocratique authentique de la vie économique et politique.

L’attaque contre les travailleurs de l’automobile servira de précédent pour faire porter le fardeau de la crise économique capitaliste à l’ensemble de la classe ouvrière. Mais les travailleurs ne sont pas responsables. Ils n’ont aucune influence sur les décisions qui sont prises par les propriétaires et leurs conseils de surveillance. Ces derniers font en fait régner une dictature dans l’entreprise et rejettent la responsabilité sur les travailleurs quand leur avarice et leur incompétence mènent au désastre.

L’industrie automobile est un exemple typique. Déjà lors du sauvetage de Chrysler en 1979-80, les travailleurs de l’automobile avaient été forcés de faire des concessions à hauteur de milliards de dollars. L’argent n’avait pas été utilisé pour améliorer la survie à long terme de l’industrie, mais pour accroître la richesse des plus gros actionnaires et des membres du comité directeur.

En 1984, les hauts dirigeants de l’industrie automobile américaine touchaient 12 à 18 fois le salaire moyen d’un ouvrier. En 2006, ils étaient payés 122 fois plus, sans compter les parachutes dorés à hauteur de 100 millions de dollars ou plus pour chaque cadre dirigeant. La dernière convention collective votée par l’UAW fait que les directeurs percevront à présent une compensation qui sera de façon incroyable 240 fois supérieure au salaire des salariés nouvellement embauchés !

Les directeurs d’entreprises de capital d’investissement tel le propriétaire de Chrysler, Cerberus Capital Management, ont engrangé davantage encore. L’année passée, les directeurs des 50 premiers hedge funds et fonds de capital d’investissement ont reçu en moyenne 588 millions de dollars, ou plus de 10 000 fois ce que gagne un ouvrier de l’automobile.

De tels niveaux d’inégalité ahurissants et une telle dilapidation des ressources sont symptomatiques d’un système en faillite et dépassé qui doit être remplacé par un système bien plus rationnel et égalitaire, c’est-à-dire le socialisme.

Dans leur lutte pour la défense de leurs emplois et de leurs conditions de travail, les travailleurs ne peuvent pas compter sur l’UAW qui a pendant longtemps joué le rôle de partenaire des patrons dans les attaques contre la classe ouvrière. Sa seule préoccupation est de garantir, autant que possible, l’intérêt financier de la bureaucratie, y compris de soutenir le nouveau fonds pour la santé des retraités, de plusieurs milliards de dollars, et que le syndicat contrôle à présent. Dans un commentaire du Washington Post de vendredi, le président de l’UAW, Ron Gettelfinger, s’est réjoui de ce que le dernier accord signé par le syndicat ait supprimé la différence de coûts de main-d’œuvre entre les salariés de l’industrie automobile syndiqués et les non-syndiqués.

Les grandes traditions qui ont inspiré les grèves sur le tas des années 1930, dans lesquelles les travailleurs affiliés aux organisations socialistes et révolutionnaires avaient joué un rôle décisif doivent être reprises et de nouvelles organisations de lutte doivent être mises en place. Ceci signifie avant tout la construction du Socialist Equality Party comme parti politique de masse de la classe ouvrière.

http://www.wsws.org http://www.wsws.org



Samedi 22 Novembre 2008


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