RELIGIONS ET CROYANCES

L’agneau coupable : « Pourquoi l’Islam est-il méprisé ? »


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Le Boston Globe a publié le 19 mai une tribune intitulée, « Pourquoi l’Islam est-il méprisé ? »de Jeff Jacoby. Je lui réponds (Israel shamir)


Vendredi 27 Janvier 2006







« On ne saurait respecter les musulmans dès lors qu’un événement aussi banal que la destruction d’un exemplaire du Coran les jette dans la frénésie », s’exclame Jeff Jacoby ».



« et s’ils se mettent à assassiner des innocents ; alors que les « gens corrects » - les catholiques, les juifs et les bouddhistes – demeurent de marbre lorsqu’on offense leurs sensibilités religieuses ».



Quand bien même ce serait vrai, cela ne devrait pas nous empêcher de respecter le monde musulman. Notre indifférence au sacrilège et leur conscience de ce qui est sacré devraient impliquer que notre civilisation devenue profane est condamnée à être supplantée par la civilisation musulmane, laquelle est bien vivante et vibrante, et peu importe qu’un type comme Jacoby la méprise.



Mais ce n’est absolument pas le cas. Jacoby se cache derrière son chapeau. Son article m’a rappelé, à moi qui suis un écrivain israélien et vis à Jaffa, une blague juive : « C’est vrai, que Katz a gagné un million à la loterie ? » « Oui, c’est vrai. Mais c’était au poker, pas à la loterie ; et dix dollars, et pas un million. De plus, il n’a pas gagné : il a perdu… » Pas une phrase, dans l’article de Jacoby, qui ne soit mensongère. Il fallait le faire ; on l’applaudit bien fort !



Jacoby relève : « des émeutes musulmanes généralisées… des menaces brutales et le massacre de dix-sept innocents », puis il s’exclame : « les gens honnêtes ne se mettent pas à assassiner autrui pour la simple raison que quelqu’un a froissé leur sensibilité religieuse ». C’est vrai ! Mais ce qui s’est passé, ce n’est pas que des fanatiques musulmans auraient assassiné dix-sept enquêteurs américains innocents. C’est le contraire : des musulmans, qui manifestaient pacifiquement, ont été tués par les forces américaines d’occupation et par leurs auxiliaires en Afghanistan, à Gaza et à Andijan. Les innocents massacrés étaient musulmans, alors que leurs bourreaux brutaux étaient payés par le contribuable américain pour effectuer leur sale besogne.



Jacoby propose un exemple, positif, de ce qui est convenable : « Les communautés juives ne sont pas adonnées à une violence mortelle, en 2000, après que les Arabes eurent démoli le Tombeau de Jacob, incendiant l’ancien mausolée et assassinant un jeune rabbin qui tentait de sauver un rouleau de la Torah. »



Encore une fois, il a tout faux ! Le Tombeau de Joseph, à Naplouse, est un vieux mausolée musulman ; il n’a pas été démoli, mais reconstruit par la municipalité (musulmane) de Naplouse ; le seul Israélien qui soit mort lors des affrontements à proximité du Tombeau n’était pas je ne sais quel « jeune rabbin qui tentait de sauver un rouleau de la Torah », mais un mercenaire druze (de l’armée israélienne). La communauté juive, connue également sous l’intitulé de l’Etat juif d’Israël, a bel et bien été en proie à une violence meurtrière. Les Israéliens ont tué plus de vingt musulmans devant le tombeau, et plusieurs centaines, ailleurs.



Jacoby écrit : « Inimaginable, pour un rabbin modéré, d’exiger qu’un blasphémateur soit égorgé. » Cependant, cet « inimaginable » se produit quotidiennement : plusieurs rabbins modérés ont publié une fatwa équivalent à une condamnation à mort contre toute personne impliquée dans le « sacrilège » du retrait de la bande de Gaza. Cela inquiète le chef de nos services de sécurité ; il en a parlé à la télévision nationale. Jacoby pourra lire des articles à ce sujet dans notre Haaretz et dans d’autres colonnes. Les appels à « exterminer les musulmans » sont très courants, eux aussi ; j’en veux pour preuve ces graffiti sur un mur d’Hébron, occupée par Israël.



De plus, la moindre occurrence d’un sacrilège contre des lieux saints juifs – des inscriptions sur le mur d’une synagogue ou dans un cimetière –, font défiler en solidarité des milliers d’Européens et d’Américains, pendant que Kofi Annan convoque une session spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU et que les chefs d’Etat se précipitent à Jérusalem afin d’y jurer de leur soutien entier aux juifs. Ainsi, on le voit, les sensibilités religieuses juives sont bien protégées ; de plus, la loi israélienne permet d’arrêter et de juger, en Israël, quiconque aurait commis un tel agissement où que soit dans le monde. Comme si cela ne suffisait pas, la France, l’Allemagne et quelques Etats encore disposent d’une loi spéciale qui punit de longues peines de prison toute atteinte portée à des sensibilités juives, et quelques dizaines de contrevenants languissent, à présent, dans les prisons européennes, pour ce méfait.



Cependant, les sensibilités musulmanes ne sont protégées ni par l’ONU, ni par des lois nationales, ni par des manifestations massives d’Européens ou d’Américains. Je doute fortement que les interrogateurs états-uniens coupable d’avoir offensé des musulmans se retrouveront en prison aux côtés d’Ernst Zundel, lequel a, lui, offensé les juifs. Au début de la semaine, l’Etat juif n’a pas autorisé le chef d’Etat musulman à la retraite Mahatir Muhammad à aller prier dans la sainte mosquée Al-Aqça, dans la ville occupée de Jérusalem – et cette atteinte flagrante à la liberté de culte n’a pas amené l’ONU à réunir une session d’urgence. Tant pis pour les sensibilités musulmanes et tant pis pour notre indignation ! Les explications de l’irrespect envers l’Islam invoquées par Jacoby s’effondrent comme un château de cartes dans le vent frisquet de la réalité. Me permettrez-vous de proposer une meilleure raison ?



Si l’Islam est vilipendé – non par nous, mais par les Jacobys qui nous entourent – c’est parce qu’il a peu d’influence ; parce qu’il est pacifique et non-agressif ; parce que les musulmans ne comprennent toujours pas pourquoi on les attaque, un peu partout dans le monde, ni pourquoi on les torture à Guantanamo. L’activisme musulman ne s’est jamais enraciné profondément dans le monde musulman – il a été créé de toutes pièces par la CIA afin de combattre les Russes, tant en Afghanistan qu’en Tchétchénie. Les activistes musulmans pro-américains ont été surpris de se retrouver montrés du doigt comme l’Ennemi par excellence et, cela, au moment même où, après l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre Froide, les Etats-Unis faisaient d’eux « la principale menace pour la paix mondiale ». Les musulmans étaient aussi coupables que l’agneau de la fable de La Fontaine, lequel était coupable parce que le loup avait faim. Le complexe militaire américain avait besoin d’un ennemi afin de justifier ses dépenses ; les médias pro-sionistes avaient besoin d’un ennemi afin de justifier le transfert de milliards de dollars à l’Etat juif ; et le monde musulman fut choisi pour interpréter le rôle du gros Méchant.


Il n’y était pas assez bien préparé ; des musulmans richissimes ont investi dans les valeurs américaines et acheté les industries primaires des Etats-Unis ; ils restent dans la zone dollar et dépensent leurs devises en achetant des biens occidentaux. Encore maintenant, dix ans après le déclenchement de la guerre contre l’Islam, ils sont incapables de comprendre quel est le problème et de trouver la réponse appropriée.



Des moyens – parfaitement pacifiques, qui plus est - les musulmans en détiennent. Ils peuvent mettre la pression sur le dollar et sur les obligations américaines. Ils peuvent acheter des médias états-uniens et renverser les tables sur les Jacobys et consorts. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe : les musulmans ne s’affirment pas dans les médias et ils n’agissent pas sur les marchés financiers. Apparemment, ils se contentent de se prélasser dans leurs salons, à feuilleter le Boston Globe et à se demander, perplexes, « pourquoi l’Islam n’es pas respecté… »



par Israel Shamir


Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier



Vendredi 27 Janvier 2006

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