Politique Nationale/Internationale

L’administration Bush nie toute responsabilité dans la torture de Maher Arar



Le jour même où le président Bush expliquait la démocratie et menaçait l’Iran et d’autres pays aux Nations unies et où la Maison-Blanche et les dirigeants du Congrès américain continuait leurs négociations sur le texte de la nouvelle loi légalisant la torture par la CIA, le chef de ceux chargés d’appliquer la loi a nié toute responsabilité dans la torture bien documentée d’un citoyen canadien arrêté par des agents américains à New York il y a quatre ans.


Patrick Martin
Samedi 23 Septembre 2006

L’administration Bush nie toute responsabilité dans la torture de Maher Arar

Par Patrick Martin


Maher Arar, un ingénieur en informatique alors âgé de 31 ans, a été détenu par des agents américains de l’immigration en octobre 2002 lors d’un transbordement d’avion à l’aéroport international John F. Kennedy alors qu’il retournait chez lui à Montréal. Il a été questionné par les Etats-Unis pendant plus d’une semaine à cause d’informations transmises par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) le décrivant faussement comme étant associé à al-Qaïda.

Arar a été mis sur un avion de la CIA et amené en Jordanie. De là, on l’envoya en Syrie, son pays d’origine. Il a été sévèrement torturé pendant 10 mois et a confessé dans les mains de ses tortionnaires avec participé dans un camp d’entraînement d’al-Qaïda en Afghanistan jusqu’à ce que, finalement, les autorités syriennes, canadiennes et américaines concluent qu’il n’y avait pas vraiment de preuve contre lui. Après un an dans une prison syrienne, Arar a été remis aux autorités canadiennes et ramené chez lui.

Une enquête du gouvernement canadien présidée par le juge en chef de la Cour suprême de l’Ontario, Dennis O’Connor, a remis son rapport le 18 septembre après une enquête de plus de deux ans. Le rapport accuse à la fois la GRC pour ses fausses informations sur Arar et le gouvernement américain pour avoir de fait enlevé le citoyen canadien et pour sous-traiter l’interrogatoire et la torture au régime syrien que l’administration Bush dénonce publiquement comme un Etat finançant le terrorisme.

Répondant à la publication du rapport canadien, le Procureur général Alberto Gonzales a déclaré lors d’une conférence de presse mardi que « nous ne sommes pas responsables pour son transfert en Syrie », ajoutant aussi « Je ne suis pas au courant qu’il ait été torturé. »

Devant les voix qui se sont élevées en opposition à cette déclaration, particulièrement au Canada où le cas Arar est bien connu, un responsable du département de la Justice a retiré ce déni, admettant que le gouvernement américain avait en fait envoyé Arar en Syrie, mais minimisant la signification de la deuxième partie de la déclaration de Gonzales. Le responsable a déclaré que Gonzales niait seulement que le département de la Justice était responsable de la déportation, puisque l’application des lois sur l’immigration et les douanes est maintenant la responsabilité du département de la Sécurité nationale, même si l’agence était rattachée au département de la Justice en 2002 lorsqu’Arar a été détenu.

Gonzales a aussi déclaré que l’arrestation d’Arar était légale. « M. Arar a été déporté en vertu de nos lois sur l’immigration. Il a été tout d’abord détenu parce que son nom apparaissait sur nos listes de terroristes et il a été déporté selon nos lois », a déclaré le Procureur général.

Si tel était le cas, ce fait démontrerait que les lois américaines actuelles, que l’administration Bush déclare inadéquates pour mener la « guerre au terrorisme » offre déjà suffisamment de pouvoir au gouvernement pour traiter un innocent de façon injuste et révoltante sans qu’un seul représentant gouvernemental ne soit imputable.

Gonzales a aussi argumenté que la détention d’Arar et son transfert en Syrie n’étaient pas un exemple de « remise extraordinaire », la tristement célèbre pratique de la CIA consistant à enlever des individus ailleurs qu’aux Etats-Unis et à les amener dans un troisième pays où ils pourront être interrogés et torturés. La raison : Arar a été arrêté en territoire américain et non étranger, aussi il a été déporté, pas remis. Ces arguties légales n’empêchent pas les cicatrices physiques et morales de la victime.

Le Procureur général a aussi affirmé que le gouvernement américain aurait tenté d’obtenir l’assurance de la part des représentants syriens qu’ils ne tortureraient pas Arar, qui est né en Syrie et a émigré au Canada à l’âge de 17 ans. Selon le témoignage d’Arar, maintenant appuyé par un rapport de 800 pages du gouvernement canadien, il était battu si souvent et si intensément avec un câble en métal que ce dernier était effiloché. Durant un an, il a été confiné dans une cellule à peine plus grande qu’une tombe : un mètre de large, deux mètres de long et deux mètres de haut.

Lors d’entrevues avec les médias canadiens et américains, Arar a exposé les mensonges de Gonzales et d’autres porte-parole du gouvernement des États-Unis. « Je ne crois pas qu’ils soient honnêtes à ce sujet, » a-t-il dit. « Ils m’ont livré à un pays qu’ils considèrent encourager le terrorisme et qui est reconnu pour sa pratique de la torture. »

« Les faits parlent d’eux-mêmes, vous savez », a-t-il affirmé à la radio de la CBC. « Le rapport a clairement établi que j’ai été torturé. C’est scandaleux qu’il dise ne pas être au courant de l’affaire ou de ne pas savoir que j’ai été torturé. »

Le rapport du gouvernement canadien fournit plusieurs détails sur les agissements des agences de sécurité américaines et canadiennes dans l’affaire Arar.

*La GRC a soutenu qu’Arar était lié à al-Qaïda, car il aurait été vu à l’extérieur d’un bar en train de discuter avec un autre individu de la petite communauté musulmane montréalaise qui était lui-même suspecté (sans preuve à l’appui).
*Cette culpabilité par association a aussi été appliquée à la femme d’Arar, une spécialiste en économie à l’université, qui a aussi été placée sur la « liste de surveillance » al-Qaïda. Les deux jeunes enfants d’Arar ont aussi été placés sur cette liste.
*La GRC a faussement affirmé, et a dit au FBI, qu’Arar se trouvait à Washington le 11 septembre 2001 et qu’il avait refusé de répondre à des questions à propos de ses présumés liens terroristes.
*Le FBI a menti à la GRC à propos de ses intentions de questionner Arar et de le livrer à la Syrie, insinuant qu’il ne se ferait que refuser l’entrée aux États-Unis et qu’il serait forcé de retourner à Zurich en Suisse, d’où provenait son vol.
*Les représentants américains ont repoussé les demandes d’Arar, qui exigeait de parler à des responsables du consulat canadien à New York, violant ainsi les accords internationaux sur le traitement des voyageurs internationaux.

L’administration Bush a constamment refusé d’accepter quelque responsabilités que ce soit pour la détention illégale et la torture d’Arar et a cherché à bloquer toute enquête sur les circonstances de l’affaire. Depuis le début de 2004, les responsables américains ont refusé de coopérer dans l’enquête du gouvernement canadien.

Au même moment, l’administration Bush a cherché à empêcher toute réparation pour Arar par le système légal américain. Le procureur du département de Justice a plaidé l’an dernier devant une cour fédérale du district de Brooklyn dans l’Etat de New York, que les passagers internationaux passant par les aéroports américains n’ont essentiellement aucun droit, même s’ils n’ont pas l’intention d’arrêter aux États-Unis et qu’ils étaient simplement transbordés d’un avion à un autre.

Ils pourraient être détenus, interrogés sans avocat, se voir refuser l’entrée, même se voir refuser de la nourriture et de l’eau durant la détention. Ils pourraient être incarcérés dans une prison américaine indéfiniment. Le seul traitement qui serait interdit serait « le mauvais traitement physique abusif », a-t-elle maintenu. En d’autres termes, selon l’administration Bush, les voyageurs internationaux ont le même statut légal que les prisonniers de la baie de Guantanamo.

Plutôt cette année, le juge de la cour fédérale David Trager a rejeté la demande d’Arar d’être entendu devant les cours américaines en acceptant l’argument du gouvernement américain que « le privilège du secret d’État » pouvait être invoqué dans son cas. Cette décision est maintenant en appel.

(Article original anglais paru le 22 septembre 2006)

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Samedi 23 Septembre 2006

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